L'ARABIE CENTRALE
"ARABIE centrale est peu connue et ses ri- L chesses, comme sa population, sont à peu près ignorées de tous, car les communications, lentes et difficiles, se font par caravanes.
Cette partie de la péninsule mérite cependant d'être décrite et surtout d'être ouverte au mouvement commercial et économique du monde entier.
Elle a près de 3 millions de kilomètres carrés, dont un tiers environ en déserts.
L'Arabie indépendante compte 2500 000 kilomètres carrés à elle seule. Elle est située sur un plateau de 300 à 500 mètres d’altitude; ses divisions territoriales sont les suivantes :
Le Djowf, au nord, près du désert de Syrie ;
Le Djebel-Schomer ;
Le Kheybar;
Le Kasim (Haut et Bas-Kasim) ;
Le Teyma,
avec, en dehors de la population sédentaire, les tribus nomades des Schomer, Sherarat, Howeytat, Benou-Atyah, Moaz, Taï, Wahhidyah,
L’Ared, |
Le Yemamah, |
Le Harik,
L’Afla},
Le Wadi-Dowasir,
Le Seleyel,
Le Woshem,
Le Sedeyr,
Le Hassa,
Le Kat, et les tribus des Adjman, des Benou-Hadiar, des Benou-Khalid, des Meteyr, des Oteybah, des Dowasir, des Seba, des Aneyzeh, des Al-Morrah,
L'Oman,
L'Hadramaut.
La population, sédentaire, évaluée à 10 ou
composant le Nedjed,
45 millions d'habitants, est douce, travailleuse, industrieuse, commerçante, intelligente, hospitalière et très indifférente en général au point de vue religieux. Les hommes sont grands, bien faits, et ont les traits réguliers. Les femmes ne sont pas recluses et le long voile n’est pas obligatoire.
De nombreux nègres sont employés comme domestiques; quelques-uns, des quarterons, participent aux affaires publiques, surtout dans l’Ared.
Détail particulier, les nobles, les riches, les officiers portent des robes blanches et des manteaux noirs avec l’épée à poignée d’argent.
Examinons maintenant la nature du pays, de son sol, ses villes, ses productions en suivant un “itinéraire pratique, depuis la Syrie jusqu’au golfe
Persique.
Nons trouvons d’abord le désert pierreux de Syrie qui renferme des vallées à la végétation assez abondante, comme le wadi Serhan ou vallée du Loup. L’eau est à 3 ou #4 mètres de profondeur, mais il y a peu de sources. Les puits, autrefois nombreux et maintenant bouchés, rendaient ces terres fertiles; elles étaient couvertes d’oliviers. Aujourd'hui, des nomades les parcourent avec des troupeaux de chameaux et de moutons.
L’oasis du Drowr, habité par les Beyt-Haboub, est sillonné de courants d’eau limpide qui entretiennent partout la fraîcheur et la fertilité. En plus des champs, il y a de nombreux jardins entourés de hautes murailles.
D'aht DS LE NA
Les principaux centres sont Djowf, avec de vastes jardins et de très belles maisons, Sekahah, Djoun, Karra, Dorrah.
Les arbres y sont rares, aussi se sert-on de charbon. Les palmiers-dattiers portent des fruits plus estimés que ceux d'Égypte et de Mésopotamie. On y cultive du blé, des plantes potagères, des melons, des concombres ; comme fruits, des pêches, des abricots, des raisins, des figues, très savoureux. On y a des œufs et du beurre.
Les autruches pullulent dans la région.
Comme marchandises de trafic il faut citer les mouchoirs, les étoffes, les verroteries, les peignes, les miroirs et le café.
Dans le désert de sable rouge qui sépare le Djowf du Djebel-Schomer il existe des vallées en partie recouvertes d’une blanche couche de sel, et en partie occupées par des cultures ou des herbes. Dans celle de Djobbah l’eau est en abondance et de nombreux troupeaux de moutons, de chèvres, de chameaux y paissent.
Le Dsesec-Scuoxer, la province la moins fertile du plateau central, est cependant riche et peuplé. Sa capitale, Hayel (20 000 habitants) possède d'immenses jardins, des monuments, des palais,
et est environnée de remparts aux tours bastionnées et aux portes massives. Les rues, propres, sont encombrées de monde. Partout, dans la campagne, se trouvent de riches et populeux villages.
À Hayel habitent de nombreux Persans, car la ville est située sur la route la plus économique et la plus sûre de la Perse à la Mecque.
Les productions sont : le blé, le maïs, les melons, les courges, les aubergines, les dattes, les abricots, les pêches, les raisins, le beurre.
Dans les magasins de Hayel on peut se procurer du riz, de la farine, des épices, du café.
Les chevaux du Schomer, très beaux, mais inférieurs à ceux du Nedjed, sont embarqués à Koweyt à destination de l’Inde.
Le Haur-Kasim est une plaine élevée, possédant d’excellents pâturages pour les moutons et les chameaux. Des brises fraîches, un vent très doux, rendent ce pays très salubre et agréable, même en plein été. Le Haut-Kasim renferme une
cinquantaine de grands villages, avec de larges vallées et de l’eau. On y voit de nombreux oiseaux, des gazelles, des perdrix, des gerboises.
Les productions sont : le blé, le maïs, le
millet, les plantes potagères, les melons. Les arbres à fruit sont plus productifs que dans le Schomer et le dattier est de première qualité.
Le cotonnier y vient parfaitement et le coton est de qualité égale à celui de l'Inde.
Les articles de fabrication égyptienne ou européenne y pénètrent par la route du wadi Nedjran et par celle de la Mecque.
Le Kasim occinenTaAL est à 60 ou 80 mètres audessous du plateau central et est formé d’une très riche plaine qui contient cinq grandes villes et une soixantaine de gros villages, non eompris les hameaux.
Le pays est sablonneux, mais fertile, irrigué par l’eau des puits, à 2 mètres au-dessous du sol. Très chaud en été, les matinées sont toutefois délicieuses grâce à une brise douce et fortifiante.
Les grandes villes sont :
Bereydah (25 000 habitants), antique cité fortifiée, avec de belles maisons, des bâtiments en pierres et briques, des magasins, des marchés.
Oneyzah (30 000 habitants), vaste et populeuse.
Eyour (15 000 habitants), située à la jonction des grandes voies de communication du nord et du sud. Elle a une grande importance stratégique,
d’épais remparts, de hautes tours et est dominée
par une citadelle massive.
Les villages sont propres et abrités par de beaux arbres. Les productions sont : le blé, le maïs, les légumes, les fruits (pêchers, orangers, dattiers, grenadiers), le beurre, les œufs, le lait de chèvre et de chamelle, le sel gemme très pur qui donne lieu à un commerce assez étendu.
Les chevaux sont fort beaux; on rencontre aussi de nombreux chameaux, des moutons, des ânes, des mules, des mulets, des dromadaires. La région possède beaucoup de bois et peu de charbon.
Les magasins renferment des vêtements d'Égypte, de Bagdad, de Syrie € et des étoffes de fabrication indigène.
Le riz, le café, le henné, le safran sont des articles d'importation.
Entre le Kasim, le Sedeyr et le Woshem, à l'entrée d’une vallée profonde qui relie le Nedjed à la Mésopotamie, au pied du djebel Toweyk, chaîne de 1700 mètres d'altitude au-dessus de la mer et de 300 mètres au-dessus du plateau, se trouve l’opulente ville de Zulphakh, entrepôt principal des provinces que nous venons de citer. Son importance militaire est de tout premier
ordre. Les pâturages qui l’entourent sont verts toute l’année. Ses jardins sont remplis de dattiers, de figuiers, de grenadiers. Les autruches, les daims, les gazelles abondent dans la région.
Le Dresez Toweyx renferme d'innombrables vallées qui coupent les plateaux et contiennent de nombreux villages, des champs, des jardins. L'eau y est en abondance et est très ferrugineuse. Le climat est très salubre.
Les plateaux constituent d’excellents pâturages et possèdent de beaux bois.
Le Wosuex, capitale Shakra, est d'une grande richesse, grâce à ses terres très fertiles.
L’Arrcas, capitale Kharfah (8 000 habitants), fait un gros commerce avec le Yémen.
Le SEDeyr contient des sources d’eau nombreuses, au courant large et profond. Il y règne un air fort vif.
Les villes principales sont :
Medjmaa (12 000 habitants) avec de luxuriants jardins, des remparts imposants, de spacieux palais à étages ;
Djeladjid, qui existait avant l'hégire; elle est abondamment pourvue d’eau et a des bois de palmiers fort étendus ;
Toweym (15000 habitants), avec de hautes maisons et de grands marchés; c’est la capitale du Sedeyr ; |
Horeymelah, qui est le lieu de naissance de Mohamed-ebn-Abdel-W ahab ;
Hafr, Sadik, Houlah, etc.
Les pâturages abondants renferment de nombreux troupeaux.
Les lièvres, les cailles, les perdrix y foisonnent, ainsi que les gazelles et les daims.
L’Anep est une longue plaine féconde.
On y rencontre :
Eyanah, ville détruite dont les ruines s’étendent sur une longueur d’une lieue ;
Er-Riad, capitale du Nedjed, ville spacieuse et carrée qui possède de vastes édifices, des palais énormes, des rues droites et larges ;
Houtah, qui rivalise avec Er-Riad ;
Manfouchat, ville très considérable.
L’Ared a des jardins pareils à ceux du Kasim, l'élévation du sol compensant la différence de latitude. Le climat y est cependant plus chaud.
Les produits sont semblables à ceux des autres provinces du nord (blé, maïs, dattes, beurre, miel, etc.); le cotonnier y vient en abondance.
La potasse, qui tient lieu de savon, s’y trouve en quantité.
On y élève la plus pure race de chevaux du monde, et des moutons à large queue, renommés grâce aux pâturages. Leur lame, d'une finesse remarquable, égale presque celle du Cachemire. Si le commerce était développé, et si l’exportation ne présentait pas autant de difficultés, l'Arabie pourrait devenir un important marché de laine.
Les chameaux blancs ou gris, petits, aux poils fins, abondent dans l’Ared. Les bœufs et les vaches sont assez nombreux; ils ont de petits membres et la bosse, comme ceux de l'Inde.
En fait de gibier on trouve la perdrix, la caille, l’outarde, les gazelles.
L’Yemamax a un climat jbeaucoup plus chaud.
La flore change brusquement d'aspect, ce qui annonce l'approche des tropiques.
Soleymah est le district le plus fertile.
Le Hassa, bordé par des montagnes de 500 mètres d'altitude, qui contiennent du calcaire, du granit, des grès, des quartz, du basalte, a un air chaud et humide.
La capitale El-Hofhouf, est une très belle
ville de 25 000 habitants. Ses rues sont larges et propres et ses habitations, aux murs revêtus de plâtre blanc, agrémentées de l’arceau, sont fort
jolies.
La brise de mer y rend le climat assez agréable. Détail particulier : les femmes y sont gracieuses, élégantes et jolies ; les hommes portent un costume particulier : veste de couleur avec broderies, turban de toutes nuances, léger manteau rouge, sandales, dague recourbée.
Mobarrez (20 000 habitants) est une autre ville importante.
Le Hassa contient des sources chaudes, thermales (35°) sulfureuses comme à Eyn-Nejin, à Mobarrez, etc. et d’une grande force hydraulique. Toute l’eau de la province est chaude et la plupart des puits exhalent une assez forte odeur de soufre.
L'agriculture, l’industrie, le commerce et les arts y sont très florissants.
Les principales cultures sont : le riz, le blé, le maïs, le millet, les haricots, les radis, les oignons, la canne à sucre, le coton, l’indigo.
Le dattier y atteint son plus grand développement.
Les palmiers khalas, d’une espèce particulière,
donnent des dattes d’une saveur exquise et font l’objet d’une grande exportation.
Il faut citer aussi le papayer et des aloès monstrueux, des yuccas gigantesques.
On remarque beaucoup de chameaux, beaucoup de bœufs et vaches, et des buffles.
Les armes, les tissus, les broderies, les bijoux d’or et d’argent, les manteaux de Hofhouf, les narghilés ciselés, les vases et ustensiles de cuivre faits dans le pays, sont fort recherchés.
Le Karir possède une atmosphère pesante, car la chaleur y est extrême.
Katif est une ville brumeuse, sur une plage très basse.
La végétation y est abondante (riz, blé, dattes, citrons, etc.). On y voit des marais salants.
La population est d’origine persane.
Les ILes BargeIN ont deux ports : Moharrek et Menamakh, et sont peuplées de 70 000 habitants fort riches et très commerçants. Elles sont renommées par leurs pêcheries de perles. Elles contiennent de nombreux troupeaux de vaches et de bœufs.
Le Kara est une pauvre province, dont Bedaa (6000 habitants) est la capitale. Tout autour sont
des pêcheries de perles, les plus belles du golfe Persique. L’ambre y est en abondance.
L’Assir indépendante contient des caféiers, des arbres à encens.
La TERRE DES PARFUMS ET DE L'or a de l'or en abondance. On la place au centre du grand désert inexploré qui sépare le plateau central de l’Hadramaut.
Telle est, rapidement décrite, l'Arabie centrale économique. En dehors des productions du sol, il convient d’ajouter les richesses du sous-sol, non moins abondantes comme le soufre (Hassa), le pétrole (Afflaj), le charbon, l’or, le cuivre, l’étain, le fer, le bitume, le granit, les calcaires, la potasse, le borax, les marnes, les grès, les quartz, le basalte, etc.