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LA POPULATION ARABE ET SA SITUATION VIS-A-VIS DES TÜRCS

A Palestine est une des provinces où l’admi- L nistration turque est la mieux organisée. Cependant, en dehors des villes et des villages où la population est sédentaire, on ne rencontre aucune trace de l’autorité du Sultan.

Cinq grandes tribus évoluent à une demi-heure au sud d’'Hébron et de Gaza, entre la Méditerranée et le lac Asphaltite. Elles ne payent aucun impôt, ne font pas le service militaire et n’extradent même pas les criminels qui se réfugient chez eux. Ce sont les Azazmeh, les Zoullams, les Djahalines, les Tayahas et les Tarabines.

Les Rachaïdeh, les Kâabneh, les Tâäamreh, les Abou-Nousseïr et les Massaïd vivent dans des conditions semblables, aux portes de Jérusalem, sur les rives ouest du Jourdain et de la mer Morte, entre Hébron et Jéricho.

D’autres, plus audacieuses encore, vont jusqu’à défier l’autorité turque dans les districts où elle croit être toute-puissante. Les Kadirat, les Nuféa et les Hawarit se promènent, libres et indépendants, sur le littoral de la mer, entre Gaza, Jaffa et Caïffa. Les Turcs se gardent bien de les inquiéter, car leur révolte pourrait réveiller de leur torpeur les habitants des villes, et l'expulsion des agents du pouvoir turc ne serait plus qu’une question de quelques heures.

La situation est pareille dans le gouvernement général de Damas. Ce vilayet est divisé en trois provinces : Hama, le Hauran et Kérak. Les deux premières s'étendent sur toute la rive est du Jourdain, depuis le golfe d’Astraba jusqu’à Damas. Entre Kérak, Salt et Derat, échelonnées du sud au nord sur le plateau de Moab, vivent à l’état indépendant les tribus suivantes : les Arab-el- Halmid, les Beni-Sakr, les Adouan, les Abbad et les Noueïm. Entre Derat et Damas on rencontre les Druses, dont la résistance aux Turcs est encore toute récente, les Arab-Essoulout et les Abou- Zobeid.

L'autorité du Sultan est simplement une expression géographique dans le pays situé entre Damas,

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Alep et Biredjik sur l’Euphrate. On y trouve de grandes tribus guerrières, les Rouella, les Oulad- Aly, les Môalis, les Sbaâ, les Fedâan, les Salgas

et les Salatines.

Au delà de cette ligne, du côté est, depuis

Palmyr jusqu’à la mer d’Oman, en suivant la rive droite de l’Euphrate et le littoral du golfe Persique, les Arabes jouissent d’une indépendance absolue. Cette immense plaine est parcourue dans tous les sens par les tribus les plus anciennes et les plus nombreuses de l'Arabie. Ce sont d’abord les Amarats, autour de la Palmyrène, puis les Aneyzeh qui évoluent depuis Palmyr jusqu’à l’extrémité méridionale du Nedjed et qui peuvent mettre en ligne 120 000 combattants et 50 000 cavaliers. Îls possèdent des villes importantes comme Er-Riad (25 000 habitants), Houtah, Manfouchat.

Les Chammars qui ne sont pas beaucoup inférieurs comme puissance aux AÂneyzeh, vivent dans la Mésopotamie, entre Moussoul et Bagdad. Ils occupent aussi une large étendue de terrain sur la rive droite de l’Euphrate.

Les Montéficks, aussi puissants, possèdent le territoire compris entre le Tigre et l’Euphrate jus-

qu'à Bassorah, et une partie de la rive droite de l’'Euphrate. Les Chehabs occupent la rive gauche du Tigre jusqu'aux montagnes du Kourdistan et la frontière de la Perse.

On peut juger de cet aperçu que les représentants du Sultan à Diarbékir, Moussoul, Bagdad et Bassorah exercent tout au plus leur autorité sur les quelques villages à population sédentaire, seuls vestiges des anciens empires des Assyriens, des Mèdes et des Arabes.

Le littoral du golfe Persique jusqu’au cap El- Katar dépend du Sultan de Koweyt. Koweyt, qui compte 20 000 habitants, est située dans une admirable baie, vrai port naturel où passent tous les produits provenant ou à destination de l'Arabie centrale et de la vallée de l’Euphrate.

EI-Katif (6000 habitants) est le port de la province de El-Hassa. El-Hofhouf (25 000 habitants) et Mobarrez (15 000 habitants) sont les plus grandes villes de ce sultanat dont les principales tribus sont les Djenaïbs et les Beni-Hadjar. La population entière de la principauté est de 350 000 âmes.

La suite du littoral arabique, c’est-à-dire les provinces d'EI-Katar, de l’Oman, et la partie de

l’'Hadramaut comprise au nord de Marbat sur l’océan Indien, dépend du Sultan de Mascate. Il y a là un million d’habitants environ appartenant à différentes tribus plus ou moins indépendantes, dont les plus importantes sont les Beni-Djabir, les Rafri et les Hinnaoui.

L'Hadramaut s’étend depuis la baie de Marbat jusqu'à Aden. Il est habité par des tribus absolument indépendantes les unes des autres et ne reconnaissant aucune autorité. Cependant, une certaine hégémonie patriarcale passe d’une tribu à l’autre, suivant le prestige et les qualités des chefs qui les dirigent. La population totale est estimée à plus de 500 000 âmes.

L’hinterland de cette région est encore inexploré. Il se divise en plusieurs provinces, telles que celles de : Beled-Beni-Issa, Beled-el-Hadjar, Beled-ed-Djof, Beled-Yahia et Beled-en-Nad- Jiran.

Le Yémen comprend tout le pays qui se developpe entre Aden et Djeddah sur la mer Rouge. La partie nord s’appelle l’Assir.

Par ses productions précieuses et très recherchées, le Yémen est la plus riche contrée de l’Arabie méridionale.

Le pays est habité par des tribus nomades qui vivent sous la tente. Les hommes passent leur temps à la guerre ou à la chasse, laissant à des esclaves nègres ou abyssins le soin de cultiver leurs terres et de faire pattre leurs troupeaux. Ces esclaves deviennent membres de la famille qu'ils servent ; ils sont traités paternellement en parents plutôt qu'en domestiques.

Les tribus, innombrables, se rattachent à un nombre restreint de grandes tribus dont elles forment les branches. Ainsi, dans l’Asair, il existe 545 tribus qui appartiennent aux groupes suivants : les Beni-Harish, au nord ; les Beni-Kahtan au centre; les Beni-Kahlan au sud. Celles du Yémen sont : de l’Assir à Sanaa les Oulad-Alyibn-Haidar, les Kaulan et les Beni-Hobab autour d’Abou-Harisch, s'étendant à la fois dans la plaine et dans les montagnes, les Beni-Merwan, les Beni- Raschid, les Beni-Hassan et les Beni-Kab; entre Loheya et Hodeïdah, sur le littoral, les Beni-Kaïs et les Beni-Kaulan; sur les derniers contreforts des montagnes les Beni-Awan; autour de Sanaa les Beni-Zohaïr, les Beni-Djabir, les Beni-Hakam, les Beni-Sliman, les Beni-Matar ; entre Hodeïdah et Moka, les Beni-Ahmad et les Beni-Hammad.

Les Beni-Schaïb, très nombreux, occupent le massif situé entre Taëz, Aden et Kattaba.

Toutes ces tribus sont bien organisées. Chacune obéit à un chef qu’elle s’est choisi; ce chef est entouré d’un conseil de notables dont 1l est obligé de prendre l'avis dans les circonstances graves. Il jouit d’une grande autorité sur tous les membres de la tribu, autorité très paternelle.

La justice est rendue par le conseil de l’émir, suivant un code coutumier. La seule cause de discorde réside dans la lutte des familles qui les dirigent, pour l’hégémonie sur toutes les tribus de la région. Cette suzeraineté change du jour au lendemain suivant les chances d’une bataille ; elle est d’ailleurs très douce et consiste la plupart du temps en une indemnité de guerre, en un traité d'alliance défensive et offensive et en un tribut annuel. |

Le territoire qui s'étend entre Djeddah et le golfe d’Akaba forme la province du Hedjaz ; celleci renferme les deux villes saintes de l’Islam, Médine et la Mecque. Cette partie de l’Arabie, peuplée de tribus nomades indépendantes les unes des autres, mais reconnaissant toutefois la suprématie morale du chérif de la Mecque, est

encore autonome, bien que les Turcs aient installé un valy à Taïf. L'autorité de ce valy n'est guère reconnue que par les préposés tures aux douanes de Djeddah et de Yambo.

Les principales tribus sont, du sud au nord, les Beni-Ahamdeh, les Beni-Tadl, les Beni-Meymoun, les Beni-Hawazim, les Beni-Harb.

L’hinterland du Hedjaz forme la riche province indépendante du Schomer, qui possède plusieurs villes importantes, et dont la capitale est Hayel. Il est nécessaire d’indiquer déjà que la tribu des Schomer, habitant cette région, est très puissante et a joué un certain rôle dans l’histoire de l’émancipation arabe.

Quant à la population nomade ou sédentaire des grandes provinces de lArabie centrale, le Woschem, le Yémamah, l’Afflaj, le Kasim, etc., elle ignore les Turcs et n’a eu aucune relation avec eux. L’Arabie centrale tout entière est complètement indépendante, et la Turquie ne peut même pas se targuer d’une possession nominale.

Ce tableau panoramique de l’empire turc et des principautés arabes permettra de suivre avec plus de netteté les diverses tentatives qui se sont produites depuis la seconde moitié du xvur° siècle

pour reconstituer l'empire arabe. Il est indispensable d’en faire l’historique, si l’on veut comprendre les causes des insuccès successifs des grands agitateurs égyptiens ou arabes, et la politique actuelle de la Turquie.

La leçon qui s’en dégage est précieuse pour le parti national arabe dont la méthode simple, mais sûre, a déjà fait échec à la domination ottomane.

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