DE LA
PATRIE ARABE Lpg PAYS ARABES AUX ARABES:
Comité supérieur ——— w
LE COMITÉ SUPÉRIEUR NATIONAL ARABE à tous les Ciloyens de la Patrie Arabe asservie aux Turcs.
Chers compatriotes,
Chacun de nous peut constater à chaque instant combien le titre glorieux et illustre de citoyen arabe
* Traduction de la proclamation arabe envoyée en Syrie, en Palestine et en Mésopotamie.
est devenu vilet méprisable dans la bouche des étrangers de toutes nations et des Turcs en particulier. Chacun voit également à quel degré de misère et d’ignorance nous sommes arrivés sous la tyrannie de ces barbares venus du centre asiatique. Notre pays qui est le plus riche et le plus beau de toute la terre est désert et aride. Quand nous étions libres, nous avons conquis en moins de cent ans l'Orient et l’Occident, nous avons répandu partout les sciences, les lettres et les arts et nous avons dirigé pendant plusieurs siècles la civilisation du monde. Mais, depuis que les descendants d’Orthogroul ont usurpé le califat de l'Islam, ils nous ont abrutis pour mieux nous exploiter au point que nous sommes devenus le peuple le plus pauvre de la terre. Pour nous diviser, les Turcs entretiennent des troubles parmi les brigands chrétiens et musulmans de Beyrouth; ils attribuent à la religion des désordres qu’elle réprouve, afin d’éloigner tout rapprochement entre nous, et de laisser croire à l’Europe que les réformes et une bonne administration sont impossibles dans notre malheureuse patrie.
C'est nous seuls qui formons la force des Turcs aux yeux des puissances ; nous sommes la masse ethnique la plus considérable et la plus vaillante de l’empire du Sultan ; c’est par nous qu’Abdul-Hamid maintient les Albanaiïs sous sa domination, et c'est par les Albanais qu’il écrase les Macédoniens ; de mème c’est par nous qu’il comprime les Kurdes, et c’est par les Kurdes qu’il massacre les Arméniens. Ce sont nos soldats de Syrie qui ont arrèté les Russes, à Kars et à Plewna, tandis que les généraux turcs se sont vendus aux agents du Tsar. 40 000 Syriens conduits par Ibrahimpacha ont battu 120 000 Turcs à Nizib, tandis que l'amiral turc trahissait son padischah à Alexandrie
et livrait aux Égyptiens toute l’escadre qu’il commandait.
Nous avons poussé la soumission jusqu’à massacrer nos frères, les Druses du Hauran et les Arabes du Yémen au profit des Turcs au lieu de nous joindre à eux pour briser les chaînes de notre servitude.
Quelles récompenses ces bandits nous ont-ils réservées après tant de services et de dévouement ? 11 nous appellent avec mépris pice Arabe (sales Arabes), nous éloignent systématiquement de toutes les hautes fonctions et nous exploitent sans merci.
Les provinces arabes sont pour les gouverneurs turcs et circassiens un paradis terrestre ; venus chez nous après avoir emprunté l'argent de leur voyage, ils retournent bientôt avec des millions qu’ils nous ont extorqués sans pitié ni scrupule. Jamais un gouverneur turc n’a pu arracher impunément aux Turcs, aux Kurdes ou aux Albanais une somme quelconque.
C’est encore nous qui fournissons les deux tiers du budget de l'empire et les quatre cinquièmes de celui de la liste civile du padischah : Comparez à quel prix on afferme les dîimes dans les pays arabes et dans les autres provinces, Albanie, Kourdistan, etc., et vous verrez à quel point les Turcs nous méprisent et respectent les autres.
C'est également dans notre patrie qu’Abdul-Hamid a confisqué le plus de terrain à son profit personnel : toute la vallée du Jourdain, les trois quarts de celle de l’'Euphrate, toute la plaine de Tyr, une partie de celle de Damas, etc., etc., lui appartiennent par le seul fait qu'il a dit : « elles sont à moi » ; il n’a dédommagé en rien les anciens propriétaires.
Quelle est notre part dans cet immense empire que nous maintenons ? La misère, l’ignorance et l’oppression.
Comment se fait-il donc que depuis que les Turcs sont au pouvoir, pas un seul Arabe n’a été jugé digne d'être Cheik-ul-Islam, grand vizir, ministre, maréchal, général, colonel ou gouverneur de province?
Pourquoi sommes-nous donc systématiquement éloignés de toutes les fonctions de quelque importance ?
Ne vous laissez pas éblouir par la faveur dont semblent jouir en ce moment Aboul-Houda, Iset-el-Abid et Sélim Melhamé ; ce ne sont que des simples et vulgaires espions, espionnés eux-mêmes par les Tartares et les Circassiens dont Abdul-Hamid s’est entouré. La prétendue fortune de ces malheureux est un supplice affreux : Le tyran craint que ces Arabes ne rentrent dans leur pays et ne se fassent les promoteurs du mouvement national.
Encouragés par notre servilité, les Turcs prétendent aujourd’hui asservir toutes les tribus restées indépendantes de la nation arabe. C’est dans l'intention de dompter le Hauran, le Yémen, l'Irak et le Nedjed qu'ils veulent construire le chemin de fer de Bagdad et celui du Hedjaz. Et ce qui est encore plus dégradant, c’est qu’en les y aidant avec notre argent et notre activité, nous entretenons nous-mêmes les chaînes de notre propre servitude Lorsque ces chemins de fer seront finis, les Turcs se serviront de nous pour écraser l’Irak et le Yémen, et se serviront de ces deux pays pour nous maintenir sous leur joug.
Convaincus qu’on les chassera bientôt de l’Europe et que l’Arménie leur échappera, ils veulent se tailler à nos dépens un autre empire qui, dans leurs mains cupides, ne tardera pas à devenir la proie des étrangers.
C’est pour sauver notre chère patrie de tous ces maux et lui rendre sa liberté et son ancienne splendeur, que nous avons fondé la ligue : la Patrie Arabe, qui a fait
des progrès immenses en quelques mois seulement. Nous possédons déjà des comités dans toutes les grandes villes de la Palestine, de la Syrie et de la Mésopotamie, de même qu’en Égypte et en Europe ; toutes les grandes puissances éclairées sont unanimes à approuver notre mouvement et nous pouvons être sùrs de leurs sympathies.
- Voici notre programme :
Nous voulons nous détacher complètement de la Turquie et fonder un Empire Arabe comprenant tous les pays arabes asiatiques, s'étendant dans les limites de ses frontières naturelles, depuis la vallée du Tigre et de l’Euphrate jusqu'à l’isthme de Suez et depuis la Méditerranée jusqu’à la mer d’Oman.
La forme de gouvernement sera un Sultanat constitutionnel libéral et progressiste. Notre souverain sera Arabe et Musulman.
Nous formerons avec le vilayet du Hedjaz, la ville et le territoire de Médine jusqu’au golfe d’Akaba un empire indépendant du nôtre, dont le souverain, égalementarabe, sera en même temps le Calife universel de l'Islam.
Nous respecterons l’autonomie du Liban, le statu quo dans les sanctuaires chrétiens de la Palestine et dans les principautés indépendantes du Yémen, du Nedjed et de l'Irak. Nous maintiendrons les fonctionnaires arabes dans leurs postes, nous porteronsleurs appointements à un chiffre suffisant et nous leur assurerons uue retraite honorable. Le service militaire sera de deux ans. Les revenus de Wakoufs seront dépensés pour les Wakoufs.
Les propriétés privées du Sultan Abdul-Hamid seront partagées entre ceux qui auront contribué au salut de la Patrie Arabe. Les terres incultes seront allouées aux villages avoisinants.
Nous accorderons une amnistie générale à tous les condamnés sans distinction, quelles que soient leurs peines.
Pour exécuter ce magnifique projet, pas une goutte
de sang n'est nécessaire. Il suffit que nous le voulions pour devenir indépendants. Combien y a-t-il de Turcs dans les pays arabes ? Ils sont 500 ou 600 au plus ; et . nous sommes 12 000 000.
Nous avons pensé à tout ; tout est préparé pour le changement libératéur. Nous prions seulement nos chers concitoyens sans distinction de rite, ni de religion, de rester calmes et de ne se livrer à aucun acte qui puisse motiver une plainte ou une intervention de puissances étrangères et d’obéir avec confiance aux gouverneurs arabes qui se substitueront aux valis et aux mutessarifs turcs. Nous faisons la même recommandation à nos braves et pauvres soldats; qu'ils respectent leurs officiers arabes qui, au jour fixé, remplaceront les colonels et les généraux circassiens.
Nous conseillons également à tous nos compatriotes de ne plus vendre leurs terrains aux étrangers à vil prix ; car lorsque nous serons libres, la valeur de nos propriétés foncières augmentera de 400 0/0.
Quant aux Turs qui habitent parmi nous, nous les traiterons en frères s’ils se joignent à nous, et en ennemis s’ils conspirent en faveur de la bande de scélérats de Yildiz.
Le programme est précis et sera exécuté.
Afin de le bien comprendre, il convient de connaître les différentes régions de l’Arabie, leur état intérieur, leurs richesses économiques, puis
d'étudier la question religieuse, celle du califat, celle aussi importante du chérifat, et enfin de préciser les intérêts des diverses puissances dans CES pays.
Il ne faut pas oublier non plus les leçons de l'histoire. Celle-ci nous apprend, en effet, que tout événement, religieux ou politique, qui se produisit dans ces pays, a eu une répercussion très sensible sur les destinées de tous les peuples de la terre.
En effet, par sa situation géographique particulière entre l'Afrique et l’Asie, la Méditerranée et l’océan Indien, la mer Rouge et le golfe Persique, le canal de Suez et la vallée de l’Euphrate, la presqu’île habitée par les Arabes domine les transactions internationales et leur imprime une impulsion en rapport direct avec les révolutions qui la bouleversent. C’est par la plaine d’Arbelles que la civilisation grecque pénétra en Asie ; c’est au sommet du mont Golgotha que prit naissance le christianisme; c’est dans les montagnes du Hedjaz que naquit Islam ; c’est de la plaine de Tibériade que les Croisés rapportèrent en Europe les sciences et les arts des Arabes; c’est parce que Bonaparte uvait dà reculer devant Saint-Jean d’Acre que Napoléon a été vaincu à Waterloo; c’est enfin
parce qu’il existe un canal de Suez que l’Extrème- Orient se réveille en ce moment.
Une seconde considération, d’un tout autre ordre, doit être remarquée. Bien que, nominalement, l’empire asiatique des Turcs se soit étendu depuis la Perse jusqu'au Maroc, en réalité les Sultans de Constantinople n’ont exercé un certain pouvoir sur les populations musulmanes de races différentes des Turcs, que dans les régions où ces populations étaient mêlées à des chrétiens d’une manière assez sensible.
C'est grâce uniquement aux femmes circassiennes qu'ils offraient de temps en temps aux souverains d'Alger et de Tunis, et qui traïînaient à leur suite des dizaines de frères et de cousins, que les padischachs ont pu exercer une suzeraineté fictive sur les États barbaresques. Jusqu’à nos jours, et malgré les efforts du panislamique Abdul-Hamid, les Arabes de la Tripolitaine refusent la conscription et la dîime aux agents de la Sublime Porte ; dans les villes fortifiées et dans les villages avoisinants, seulement, les gouverneurs turcs perçoivent difficilement quelques impôts insuffisants à payer leurs appointements maigres et fort irréguliers.
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De même, dans la vallée du Nil, les Mamelouks turcs et circassiens, vassaux insoumis de la Porte, ne dominèrent que dans le Delta et sur une partie de la Haute-Égypte, où l’élément copte (chrétien jacobite) formait une proie facile à jeter aux musulmans pour empêcher ceux-ci de s’apercevoir de leur propre servitude.
Ce phénomène est encore plus visible en Asie Mineure, où on peut le constater chaque Jour. Jusqu'à ces derniers temps, partout où il y avait des chrétiens, les musulmans ne songeaient pas qu'il y eût des Turcs qui les opprimaient. Toute leur animosité était habilement dirigée contre les chrétiens, bien que ceux-ci vécussent en paix, en esclavage même, pourrait-on ajouter. Par contre, chez les nomades, on ignore encore lenom de chrétien ; on ne connaît qu'un seul ennemi, lOsmanli, et aucun Turc n’ose pénétrer chez ces Arabes fiers et jaloux de leur liberté.
D'autre part, les Turcs n’ont pu soumettre à leur joug les chrétiens et les autres peuplades non musulmanes que dans les contrées où ces derniers étaient mêlés aux mahométans d’une manière évidente. C’est ainsi que les Maronites du Liban, les Druses du Hauran, les Ansarieh du djebel Akar
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(entre Tripoli et Lattaquieh), les Yézidis du Sindjar (près de Moussoul) et les Kurdes sont restés jusqu’à nos jours plus ou moins indépendants de la Porte.
La nouvelle nation arabe, mettant fin à cet état de choses, servira donc utilement la cause de la civilisation. Elle sera peut-être, sûrement même pourrions-nous dire, un facteur des plus importants dans l’histoire moderne.
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