‹ Les puissances devant la révolte arabeChapitre 9 sur 30 · I. — AnaBes Er Écypriens · texte numérisé non relu

I. — AnaBes Er Écypriens

Le premier réveil de l’âme arabe se produisit dans la seconde moitié du xvinr° siècle, avant les guerres et les révolutions qui enlevèrent à la Turquie toutes ses possessions d'Afrique, les quatre cinquièmes de ses provinces européennes et une partie de son territoire asiatique.

En 1740, un cheiïk arabe nommé Abdel-Wahab, de la tribu des Temin (fraction des Aneyzeh), né à Éyaneh dans le Nedjed vers 1691, fut frappé, au cours de ses voyages en Mésopotamie et en Syrie, de la servitude bestiale dans laquelle les Arabes de ces provinces étaient tenus par quelques agents turcs et circassiens. Ceux-ci ne s’appuyaient sur aucune force réelle. Abdel-Wahab conçut l’idée de tirer ses frères de cet esclavage et de reconstituer l’ancien empire des Ommiades de Damas, ville où 1l avait fait ses études religieuses. N’osant prêcher ouvertement la haine de l'étranger oppresseur et l'émancipation aux Arabes asservis de Syrie et de Mésopotamie, de peur d’être mis

à mort, il résolut de grouper d’abord toutes les tribus indépendantes de l’Arabie autour d’un seul chef. Puis, grâce à cette force prodigieuse, il voulait chasser les gouverneurs turcs de Bassorah, de Moussoul, d'Alep et de Damas. Il pensait que les Arabes de Syrie et de Mésopotanie se soulèveraient d'eux-mêmes, dès qu'ils auraient vu leurs frères du Désert venir les délivrer.

Pour communiquer à ce mouvement national, que la partie ignorante de la population sédentaire n’aurait pas bien saisi, l’enthousiasme que soulève en Orient toute cause religieuse, le cheik d’'Eyaneh représenta les Turcs comme des impies, des sacrilèges. N’avaient-ils pas transformé la religion très pure et très simple du Prophète en un amas de superstitions criminelles destinées à maintenir le peuple arabe dans la servitude? Abdel- Wahab condamna le luxe, la corruption et lintolérance. Il déclara que l'Islam consistait dans la croyance en un Dieu unique, en la mission de Mahomet et en la pratique de la vertu. Il accusa les Turcs d’être la seule cause de la décadence de la race arabe et de la religion, et prêcha la guerre sainte contre eux.

La prédication à la fois nationale et religieuse

d’Abdel-Wahab eut un grand succès chez les Aneyzeh. Mehemed-Seoud, leur émir, résidant à Dereyah, à cette époque capitale du Nedjed, devint en 1732 le champion de l’indépendance arabe. Toutes les fractions des Aneyzeh suivirent l’exemple de leur chef.

Seoud mourut en 1769, laissant le trône du Nedjed à son fils Abdel-Aziz-ibn-Esséoud, qui s’adjoignit comme lieutenant Mohamed, fils d’Abdel-Wahab mort en 1750. Ces deux hommes unirent leurs efforts pour continuer l’œuvre de leurs pères. Ils réussirent grâce à leur persévérance et, en 1797, toutes les tribus de l’Arabie centrale et de la Mésopotamie faisaient partie de la Confédération.

La Turquie, inquiète, envoya de Bagdad une forte expédition, commandée par le maréchal Alypacha, contre Abdel-Aziz. Les Turcs furent complétement battus à Kerbella. Abdel-Aziz entra dans cette ville et ferma la route de la Mecque par le Nedjed, afin d'empêcher qu’une nouvelle armée ottomane ne pénétrât par surprise avec les caravanes. Un fanatique Persan, encouragé par le pacha de Bagdad, l’assassina en 1804, sous. prétexte qu’il l’avait empêché d'accomplir son pèlerinage.

Le fils d'Adel-Aziz, Séoud, lui succéda. Pour venger la mort de son père, il marcha contre Kerbella avec 100000 hommes, fit passer tous les habitants au fil de l’épée et détruisit de fond en comble le tombeau de Hussein, sanctuaire des Schiites persans. En 1802, il prit Koweit, le Hassa et les îles Bahrein, puis partit à la conquête du Hedjaz dont il s’empara sans difficulté. Le chérif Galeb-ibn-Massad, qui y régnait, se reconnut volontiers vassal des Wahabites et interdit à tous les imans de prononcer le nom du Sultan de Constantinople dans les mosquées pendant les prières du vendredi.

Après avoir bien établi sa domination dans le Hedjaz et s'être assuré l'alliance des tribus de l’Assir,. du Yémen et de l’Hadramaut, Séoud rentra dans le Nedjed pour organiser son vaste empire et préparer la conquête de la Syrie. Il envoya en avant-garde son fils Abdallah avec 100000 hommes contre la Mésopotamie et son esclave nègre, Abou-Nocta, à la tête d’une armée aussi nombreuse, contre Damas. Le premier mit le siège devant Bagdad, tandis que le second rançonna Damas et fit la conquête du Hauran et de la Transjourdanie (1811-1812).

Impuissant à arrêter cette invasion, le sultan Mahmoud chargea de ce soin son vassal d'Égypte, Mehemet-Aly. En 1813, Toussoun, fils de ce dernier, fit son entrée dans la Mecque à la tête de 8 000 soldats. Les Aneyzeh se retirèrent presque sans combat et se divisèrent en deux parties : l’une, avec Séoud, alla camper au nord de la Mecque sur la route de Médine, et l’autre, avec Abdallah, s’établit au sud au delà de Taïf, sur la route du Nedjed. Toussoun, complètement battu en poursuivant cette seconde armée, dut rentrer en désordre à la Mecque.

Mehemet-Aly envoya de nombreux renforts à son fils, mais ces troupes furent défaites également aux environs de Taïf.

Séoud mourut après cette victoire. Son fils Abdallah lui succéda.

Pour sauver son prestige, Mehemet-Aly fit répandre le bruit que la peste avait détruit son armée et prépara une nouvelle expédition sous les ordres de son fils Ibrahim (1817). Celui-ci poursuivit Abdallah sans livrer bataille. Tout en avançant dans le désert, il répandait partout des largesses, intriguait savamment, provoquait des méfiances entre les Arabes et se ménageait des

alliés parmi les tribus dont il traversait les territoires. Il s’assurait ainsi des ravitaillements et une retraite. Il put de la sorte atteindre Dereyah et y assiéger Abdallah qui avait eu la maladresse de s’y enfermer.

Réduit à la dernière extrémité après un long siège, Abdallah offrit de se rendre, à la condition qu’on respecterait sa ville et sa famille et qu’on lui accorderait la vie sauve. Ibrahim-pacha promit tout et tint parole. Abdallah fut envoyé au Caire, d’où Mehemet-Aly le dirigea sur Constantinople. Là, malgré la parole donnée, les Turcs promenèrent ignominieusement leur prisonnier à travers les rues, l’exposèrent pendant plusieurs jours à la risée et aux injures de la populace, puis le firent décapiter en public avec tous ses compagnons de captivité (1818).

Après la conquête du Nedjed, Ibrahim retourna en Égypte, en laissant une garnison avec Ismaïlpachacomme gouverneur (1819). En 1821, Khalidpacha succéda à Ismaïl. Ses exactions et ses cruautés, jointes à la nouvelle de l’exécution d’Abdallah, indignèrent les Aneyzeh, qui se soulevèrent, massacrèrent les Égyptiens et proclamèrent émir du Nedjed Tourki, cousin d’Abdallah (1824).

Le nouveau prince s’occupa d’affermir son autorité dans le Hassa, l’Oman et sur la côte du golfe Persique. Il avait déjà réussi à grouper autour de lui toutes les provinces de l’intérieur et se disposait à reprendre l'exécution du plan de Séoud lorsque les Égyptiens intervinrent de nouveau (1832). Mehemet-Aly, maître de la Syrie, craignait que la Porte ne trouvât en Tourki un allié; afin de conjurer ce danger, il envoya en Arabie une forte armée, commandée par Hussein-pacha. Le Nedjed devait être transformé en province égyptienne.

Hussein s’empara de Riad et s’y établit. Tourki, usant de prudence, se retira dans les montagnes du Toweyk sans livrer bataille.

Hussein n’osa pas le poursuivre et voulut soumettre le Harik et affaiblir ainsi la puissance de l’émir. Les guides nedjéens dont il se servait l’abandonnèrent en plein désert de sable, et il y périt de soif et de faim avec ses 5000 hommes (1833),

Tourki rentra à Riad et fut assassiné en 1834 par son cousin Mechari.

Un homme de la tribu de Schomer, Abdal-

lah-ibn-Raschid, au service de Tourki, vengea son

chef en tuant Mechari et plaça sur le trône Fayssal, fils de Tourki (1835).

Ce prince, très intelligent, continua la politique habile et sage de son père ; mais Mehemet-Aly ne le laissa pas tranquille et envoya contre lui une armée très forte sous les ordres de Kourschid-pacha.

Fayssal se retira dans le Hassa sans combattre. Le général égyptien nomma comme émir du Nedjed Kaled, cousin du Fayssal et fils d’Abdallahibn-Séoud décapité à Constantinople, puis se replia dans le Schomer.

Fayssal rentra dans Riad et chassa Kaled ; mais il fut pris par traîtrise par Kourschid-pacha et envoyé en exil à Suez (1838).

Kaled fut réinstallé avec une garnison et des officiers égyptiens qui se substituèrent peu à peu à lui et voulurent gouverner à sa place. En 1840, ils furent rappelés par Mehemet-Aly qui avait été obligé de retirer ses troupes de toute la Syrie.

Kaled demeura valy du Nedjed pour le compte du gouvernement turc. Cette substitution de la suzeraineté de la Porte à celle des Égyptiens déplut aux Arabes qui se révoltèrent contre Kaled et le remplacèrent par son cousin Abdallah-ibn- Tneyan (1841).

L'année suivante, Mehemet-Aly fit relâcher secrètement Fayssal, afin de se venger de la Turquie.

L'ancien émir rentra dans le Nedjed, déposa Ibn-Tneyan et régna de nouveau. Par reconnaissance pour Abdallah-ibn-Erraschid, il nomma celui-ci gouverneur de Hayel dans le Schomer.

En peu de temps, il reprit possession du Kasim, de l'Hassa, de l’Oman et de Koweyt.

Il mourut en 1867, laissant un empire très prospère. Son pouvoir s'étendait sur toutes les tribus nomades.

Il était l’allié des émirs de l’Assyr et du Yémen et il entretenait des relations secrètes avec le chérif de la Mecque, Abdallah-ibn-Aoun.

Avec lui s’arrête la première partie de la lutte pour l’empire. L'intervention égyptienne a cessé avec Mehemet-Aly. L’Arabie centrale se trouve, cette fois, directement en face de la Turquie.

C’est l’histoire très moderne doni l'intérêt est,

comme on le verra, immédiat.

IT. — AnaBes ET TURCS (1867-1900).

La lutte entre les Arabes et les Turcs a un caractère tout différent de celle contre les Égyp-

QE Re i PARU EE pile :

tiens. La Turquie n’use plus des mêmes armes ; elle emploie surtout ce qui lui a réussi souvent, la ruse et la duplicité.

Fayssal laissait deux fils : Abdallah, très cruel et sectaire, et Séoud, d’un caractère libéral. Ces deux princes se disputèrent le pouvoir. Abdallah se retira à Hayel et appela les Turcs à son secours. L’intolérance d’Abdallah lui avait aliéné la sympathie de plusieurs grandes tribus et avait facilité ainsi les menées secrètes de la Porte. Séoud resta à Riad et s’appuya sur la tribu des Aneyzeh.

Le valy turc de Bagdad, Midhat-pacha, lança alors une proclamation dans laquelle il revendiquait la suzeraineté du Sultan sur le Nedjed, et nomma Abdallah gouverneur de cette province.

Pour aller installer son candidat, et malgré l’opposition de l’Angleterre, il fit débarquer à Katif une armée de 5 000 hommes sous les ordres du maréchal Nafiz-pacha.

Séoud marcha contre eux et les défit complètement en 1871. À la suite de ces événements, Abdallah se retira dans Koweyt jusqu’à la mort de Séoud (1874).

En 1872, Reouf-pacha, successeur de Midhat à Bagdad, ouvrit des négociations avec Séoud qui

envoya en parlementaire son jeune frère, Abdel- Rahman. Celui-ci fut retenu prisonnier par le gouverneur turc.

À la mort de Séoud (1874), Abdallah se rendit à Riad sans négocier avec les Turcs et gouverna en prince indépendant. Réouf-pacha, pour provoquer une lutte intestine favorable aux projets du Sultan, remit en liberté Abdel-Rahman. Mais ce dernier, au lieu de faire le jeu des Turcs, alla dans l’Hassa, souleva les Arabes contre eux et chassa la garnison turque qui s'était établie à Hofhouf en 1875. De là il gagna Er-Riad où son frère le reçut avec empressement et partagea le pouvoir avec lui.

Furieux de cet échec et voulant sauver tout au moins les apparences vis-à-vis de Constantinople, le valy de Bagdad, prenant pour prétexte une prétendue pétition des habitants du Nedjed, proclama la famille des Séoud déchue du gouvernement des Aneyzeh. Nafiz-pacha fut nommé gouverneur du Nedjed, mais ne rejoignit jamais son poste.

En même temps, le valy de Bagdad comblait de largesses l’émir Nacer, chef de la tribu des Monteficks, et l’élevait au grade de vizir. Il le

nomma valy de Bassorah et lui fournit des subsides et des armes pour soumettre à son autorité les Chammars et les Chehabs et battre ainsi, avec leur concours, les Aneyzeh.

Grisé plus encore par l'ambition de se substituer aux Séoud que par les avances perfides de la Porte, Nacer-pacha marcha contre les deux tribus désignées plus haut, les vainquit, et étendit en peu de temps ses conquêtes jusqu'au delà de Koweyt, dans l'Hassa et le Katif. Inquiet de ces succès, le Sultan l’invita à se rendre à Constantinople où il le retint prisonnier (1876).

Les Turcs, aussitôt après cette trahison, placèrent un des leurs à la tête du vilayet de Bassorah et organisèrent en province ottomane tous les pays conquis par Nacer.

Phélah-pacha, fils de Nacer, mécontent de ces procédés, s’insurgea en 1882. Vaincu, il prit la fuite.

Profitant des querelles intestines qui s'étaient renouvelées entre les Séoud, et tandis que les intrigues des Turcs ensanglantaient la vallée de l’Euphrate, les émirats de l’'Oman, du Kasim, du Schomer, cessèrent de payer tribut aux Aneyzeh et se proclamèrent indépendants.

L’émir du Schomer, Abdallah-ibn-Erraschid, installé par Fayssal, était mort en 4847. Son fils Telal, qui lui succéda, se suicida en 1867. Le second frère de Telal, Metaab, prit le pouvoir et mourut en 1870. Mohamed, troisième fils d’Abdallah-ibn-Erraschid, s’empara du gouvernement et assassina ses deux neveux, Bender et Badr, fils de Telal, qui lui portaient ombrage. Seul, le jeune Naïf, troisième fils de Telal, né en 1862, fut épargné à cause de son jeune âge et gardé à Hayel. À sa majorité il refusa l’amitié de son oncle et sa succession qui lui était offerte s’il renonçait à venger ses frères, et se réfugia auprès des Séoud à Riad.

En prenant le pouvoir, Mohamed s’était associé avec son cousin Hamid, fils d'Obeyd, le frère d'Abdallah-ibn-Erraschid. Pendant les luttes fratricides des Séoud en 1874, il se déclara indépendant comme nous l’avons dit plus haut, et soumit à son autorité tout le Kasim, le Woschem, les Amarats. En 1880, il eut le Hauran, la Transjourdanie, s’allia aux Druses, et arriva même aux portes de Damas qu'il menaça.

L'ancien empire de Séoud était donc partagé en trois grands émirats rivaux : le Schomer, le

Nedjed, et les Monteficks de la Mésopotamie, Cette rivalité profita aux Turcs qui eurent ainsi toute liberté pour pénétrer dans le Hedjaz où un valy put s'installer à Taïf dans le but de se substituer au chérif de la Mecque. De même, ils organisèrent le Yémen en province turque (1880-1885).

En peu d’années, grâce à cette lutte intérieure et aussi à l’habileté des pachas ottomans, l'Arabie centrale fut cernée de trois côtés à la fois : la Syrie, le Hedjaz et le Yémen, et la Mésopotamie.

Les luttes suscitées par le valy de Bagdad entre les Monteficks, les Chammars et les Chehabs, d’une part, la défaite de Phélah-pacha, d'autre part, avaient affaibli ces tribus et fortifié d'autant le sixième corps d'armée ottoman de Bagdad. En même temps, de Bassorah et du Yémen les Turcs essayaient de s’insinuer sur les bords du golfe Persique et de l’océan Indien. A cet effet, le sultan Abdul-Hamid combla de bienfaits et de largesses le cheïk de Koweyt Mobarak-Essabah et éleva au grade de vizir le seyed Fadl, émir de l’'Hadramaut. Les mêmes honneurs étaient prodigués sans mesure à Mohamed-ibn-Erraschid, qui mourut en 1895 sans héritiers, et à son neveu, Abdel-Aziz, fils de Hamid, qui lui succéda. A ce

dernier, le padischah envoya en 1904, au moment de l’entreprise du chemin de fer de Damas à la Mecque, trois femmes circassiennes prises dans son propre harem ; il lui décerna le grade de Mouchir et la décoration de l’Imtiaz en brillants.

La pénétration turque parmi les tribus indépendantes de toute l'Arabie se poursuivait lentement et presque sans obstacles sérieux. Les révoltes 1s0lées des Druses du Hauran et de l’iman Hamed- Eddin, au Yémen (1892), n'avaient eu aucun résultat. À la suite de l'insurrection du Hauran, la Porte avait même réussi à enlever à Ibn-Erraschid toute la Transjourdanie dont elle fit le Moutessarifat actuel de Kerak (1893).

Rien ne semblait plus devoir arrêter les Turcs. Abdul-Hamid pouvait déjà espérer avoir bientôt sous ses ordres les millions de soldats intrépides que lui fourniraient les tribus arabes, et donner ainsi corps à son rêve panislamique. Il avait compté sans les Aneyzeh, sans la lignée énergique des Séoud, sans l’amour de l'indépendance des Arabes et leur haine de Pétranger et du Turc, et sans l'esprit nouveau des jeunes Arabes instruits dans nos écoles et au courant de l’histoire moderne.

IT. — La GUERRE NATIONALE ET LA RÉVOLUTION ARABE (1904-1905-190...).

Nous arrivons aux temps présents, à la révolte générale des Arabes contre les Turcs, au réveil de l'esprit national dans toute la Syrie. C'est l’histoire d'aujourd'hui, c’est aussi celle de demain, et il est indispensable d’apporter dans l'exposé des faits une précision absolue.

Nous allons chercher à le faire avec le plus de netteté possible.

En 1884, Abdel-Rahman-ibn-Esséoud réussit à se débarrasser de son frère Abdallah, si antipathique. à tous. Abdallah se réfugia à Constantinople où il devint pacha à deux queues et membre du Conseil d’État.

Libre, Ibn-Esséoud prépara sagement et silencieusement la reconstitution de l’empire de son père et aussi sa vengeance contre les Turcs qui avaient si outrageusement décapité son ancêtre Abdallah à Constantinople. En Arabie, on n'oublie rien.

Ibn-Esséoud se rapprocha de Mobarak-Essabah, sultan de Koweyt, et contracta avec lui une

alliance. Il put de la sorte s’approvisionner d’armes par les ports de Koweyt et d'El-Katif. Il fit également une propagande très active parmi les tribus de la Mésopotamie et leur communiqua sa haine contre les Turcs. Il agit de même auprès des tribus du Kasim et du Schomer, leur représenta Abdel-Aziz comme l'agent du sultan turc dont l'intention était de les asservir et de les soumettre à la conscription. Il s’entendit avec les émirs de l’Assyr et du Yémen pour provoquer un soulèvement simultané contre le joug ottoman.

Grâce à cette politique prudente et sage, Abdel- Rahman-ibn-Esséoud se trouva, dès le début de 4904, suffisamment armé pour attaquer Hayel qu’il prit d'assaut après avoir infligé une défaite complète à Abdel-Aziz qui se réfugia à Bagdad. Il installa à sa place Naïf-ibn-Erraschid, le troisième fils de Telal, qui était à Riad, comme nous l'avons vu plus haut. |

A l’annonce de ces événements, les Turcs prirent fait et cause pour leur protégé. Le maréchal du 6° corps d’armée, Feizi-pacha (actuellement au Yémen) partit contre Riad à la tête de trente bataillons de réguliers. Il fut complètement battu (mai-juin-juillet 1904).

Pendant que ces faits se passaient dans le centre de l’Arabie et dans la Mésopotanie, l’iman Mahmoud-Yahia, fils de Hamed-Eddin, se soulevait dans le Yémen et assiégeait Sanaa. D’autres tribus du Yémen bloquaient en même temps toutes les villes situées sur leurs territoires respectifs et contenant une garnison turque.

Enfin, au commencement de cette même année 4904, un parti national arabe était fondé en Syrie et des comités s’organisaient rapidement en Palestine, en Syrie et en Mésopotamie en vue de soustraire ces pays au joug ottoman.

En décembre 1904, ce parti national lançait des proclamations à tous les Arabes de la Turquie, les appelant à la révolte contre les Tures et recommandant aux soldats de race arabe de ne plus combattre contre leurs frères du Yémen et du Nedjed. Ce document conseillait toutefois aux habitants des villes de Syrie de rester calmes et de ne se livrer à aucun acte séditieux.

En janvier 1905, une autre proclamation où le comité national arabe exposait ses projets et promettait de respecter les intérêts européens engagés en Syrie, était envoyé aux puissances étrangères. Il sollicitait la bienveillante neutralité de tous

dans la lutte qui allait s’engager entre le pouvoir turc et le peuple arabe.

En février 1905, paraissait à Paris un livre du plus grand intérêt sur cette question nouvelle pour tous. Dans le Révei! de la nation arabe dans l'Asie turque, le programme du parti était nettement et clairemenl exposé. L'auteur, M. Negib- Azoury-bey est d’ailleurs le chef et le créateur du mouvement arabe en Syrie.

En mai 1905, les troupes arabes de Syrie, commandées par le maréchal Riza-pacha, et envoyées dans le Yémen, passaient du côté des insurgés avec armes et bagages (22 000 fusils, 4 000 chameaux chargés de munitions, 44 canons). Grâce à cet appoint précieux les Arabes s’emparaient de Sanaa et de toutes les autres villes de la province. La reprise de Sanaa par les Tures, sans qu’il ait été opposé de résistance, a été une erreur des Turcs et le maréchal Feizi-pacha, entraîné à la poursuite d’ennemis insaisissables, a perdu presque toute son armée.

En même temps, la révolution s’est étendue avec succès dans l’Assyr et dans le Hedjaz et l’autorité des gouverneurs turcs ne dépasse guère les murs de leurs maisons. Toutes les tribus nomades

Page 1