‹ Les puissances devant la révolte arabeChapitre 10 sur 30 · CE RS · texte numérisé non relu

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de Palestine et de Syrie ont refusé de payer la dtme aux Turcs et se sont déclarées indépendantes. De mème, les tribus de la Mésopotamie ont reconnu la suzeraineté d’Ibn-Esséoud.

La Turquie est dans l'impossibilité d’arrèter tous ces mouvements, étant donné surtout l’état d’esprit des soldats de race arabe qui forment les deux tiers de son armée et qui se refusent à marcher contre leurs frères arabes. Le fait vient de se produire de nouveau à propos de la révolte des Druses du Hauran.

En juillet 1905, un iradé impérial établissait un nouvel impôt personnel en Syrie et une taxe sur le bétail. Devant les manifestations nationalistes de Damas, cet iradé fut rapporté. Mais, en octobre, on voulut l’appliquer de nouveau. Dans le Hauran, au village de Ahra, les percepteurs ayant molesté des habitants, furent battus et chassés. Une compagnie de gendarmes fut reçue à coups de fusils et les Druses se soulevèrent. Le gouverneur du Hauran, impuissant à réprimer les désordres et à percevoir l'impôt, fit appel à l’armée régulière. Un bataillon de Damas, réquisitionné, refusa de marcher.

: Les Druses qui, après la révolte de 4893, avaient

obtenu une certaine indépendance, n'ont pas admis la nouvelle ingérence de la Porte et ont refusé de payer toute dtme.

Admirablement armés de fusils à tir rapide, ils constituent une force sérieuse contre laquelle le gouvernement ottoman demeure désarmé.

La Révolle du Yémen et de l'Hedjaz.

Il est utile et même indispensable de s'étendre plus longuement sur les événements qui se sont passés et qui se passent dans les provinces turques du littoral de la mer Rouge.

Le soulèvement armé de toute la partie de la péninsule arabique que baigne la mer Rouge n’est pas l’œuvre d’un seul homme, ainsi qu’on serait tenté de le croire en voyant chaque jour dans les dépêches le nom de Mahmoud-Yahia. Ce chef, sage et vaillant, des insurgés du Yémen, n’est ni un conquérant avide de batailles, ni un envahisseur insatiable brûlant de soumettre toutes les provinces de l’Arabie. IT a désiré et il désire seulement diriger l’effort simultané de tous ses compatriotes contre les Turcs, leurs oppresseurs, que tous détestent. En récompense du service rendu,

toutes les tribus de l’Yémen l’ont reconnu comme leur chef religieux.

Mais comment cette révolte a-t-elle éclaté? De quelle façon a-t-elle pu s'étendre aussi rapidement partout à la fois ? Pourquoi Mahmoud-Yahia n'at-il pas eu besoin de se déplacer ni de faire marcher son armée ?

Pour le comprendre, il convient de connaître le pays, sa configuration, la manière dont il est occupé par les Turcs et la tactique des chefs des rebelles.

De Ia jonction des montagnes de Moab et de Judée avec le massif du Sinaï au golfe d’Akaba se détache une longue chaîne qui court du nord au sud, parallèlement à la mer Rouge jusqu’à l'océan Indien. Cette chaîne a 2700 kilomètres de long et elle possède des sommets assez élevés : le djebel Makla (2000 m.), sur le golfe d’Akaba ; le djebel Schann (2750 m.), dans la Madiana ; le djebel Redwan (1 800 m.), près de Yambo; le djebel El-Kora (880 m.), à côté de Taïf; la montagne de Sanaa (2500 m.), le massif de Taëz (2800 m.) et celui de Kattaba (2500), d'où part la chaîne de l’'Hadramaut.

Du côté de la mer, cette chaîne est abrupte et

6Û LES PUISSANCES DEVANT LA RÉVOLTE ARABE très escarpée, tandis que sur le versant oriental elle glisse en pente très douce vers le plateau de l'Arabie centrale.

La largeur de la plaine entre la mer et la montagne varie entre 50 et 80 kilomètres ; mais au sud, vers Taëz, il n’y a presque aucune séparation entre le littoral et les contreforts du massif.

Tout ce territoire de 2700 kilomètres de long est divisé en deux gouvernements généraux turcs, ou vilayets : celui du Hedjaz, qui commence au golfe d'Akaba et se termine à 20 kilomètres au sud de Taïf, et celui du Yémen, qui part de ce point jusqu’à l'océan Indien. La largeur des possessions turques est d’environ 400 à 150 kilomètres.

Les Arabes ont adopté trois divisions : le Yémen qui s’arrète à Loheia, PAssir qui aboutit à Taïf, et l'Hedjaz. Le Yémen (en arabe : à droite) s’appelle ainsi parce qu’il est situé à la droite du spectateur qui, de la Mecque, regarde le soleil levant ;: l'Assir veut dire en arabe : difficile, à Cause de 525 hautes montagnes et de ses imprati-

cables défilés ; le Hedjaz veut dire : le pays des Pèlep;nages. Du nord au sud, depuis Akaba jusqu'a Aden; les montagnes sont généralement

déboisées, excepté une légère partie de l’Assir et du Yémen central, c’est-à-dire autour de Sanaa. Ce déboisement est cause de l’absence totale de rivières permanentes; par contre les sources d’eau limpide et fraîche abondent dans les vallées des trois provinces.

Toute cette partie ouest de l’Arabie est dépourvue de routes, et c’est à peine si le sentier qui met en communication Hodeidah avec Sanaa est assez large pour permettre à trois cavaliers de le parcourir de front. La partie montagneuse est coupée de gorges étroites et profondes, inaccessibles à une armée régulière. La plaine, sablonneuse, ne possède aucun chemin tracé.

Pendant l'été, dans les vallées du littoral, la chaleur est intense (50 degrés centigrades le jour et 40 la nuit) ; dans la montagne et sur les hauts plateaux, on a à peine 25 le jour et 15 à 48 la nuit. En hiver (décembre à avril), il gèle quelquefois à Sanaa et à Taïf (avec — 8 degrés centigrades) ; sur la côte la température se maintient entre 25 et 30.

Le Yémen et l’Assir, formant un vilayet ture, sont gouvernés par un valy ou gouverneur général. Ce vilayet est divisé en quatre moutessarifats (préfectures), situées à Taëz, Sanaa, l’Assir (capi-

tale Ibhat), et Hodeidah. Le valy du Yémen remplit les fonctions de préfet de Sanaa.

Le moutessarifat de Taëz comprend cinq cazas (sous-préfectures) ayant à leur tête des caïmacans (sous-préfets). Ce sont : Ib, Oudein, Hodjeirieh, Moka et Kattaba.

Le moutessarifat de Sanaa compte huit cazas : Djebel-Hizaz, dont le chef-lieu est Menacha, Kaukaban, Anis, Hidjeh, Zamar, Yerim, Rodäa et Amran.

L’Assir, dont la capitale est Ibhat, a cinq cazas : Mihaïl, Rejal-Elma, Confunda, Temina et Gamed-Ezzahran avec Ragdan comme chef-lieu.

Le district d’'Hodeidah a huit cazas : Zébid, Loheïa, Zeidieh, Djebel-Rina, Hadjour, Beit-el- Fakih, Bagel et Abou-Arisch.

Le Hedjaz forme également un vilayet dont le gouverneur général réside à T'aïf ; il est subdivisé en deux moutessarifats, Djeddah et Médine; le second seulement comprend un caza, celui de Yambo.

Le Yémen a été occupé par les Turcs en 1872, grâce, non pas à la valeur des troupes du Sultan, mais aux intrigues du colonel Eschref-bey et du général Moktar-pacha. Ils ont profité des dissen-

sions des imans d’Abou-Arisch, de Sanaa et de l’Assir, pour leur offrir simultanément leur concours et s'installer dans le pays.

Depuis, la Porte a dù y envoyer le septième corps d'armée pour soutenir ses agents administratifs. Ce corps, qui n'existe plus aujourd’hui, était recruté dans le 5° corps (Damas) et dans le 6° (Bagdad). Ces deux corps pouvaient, en effet, se passer d’une partie de leurs contingents actifs, la Syrie et la Mésopotamie ayant été Jusqu'ici des provinces très calmes.

Le corps d'armée du Yémen comprenait trois divisions, celles de Sanaa, de Hodeidah et de Médine (Hedjaz). Rappelons à ce propos que les Arabes du Hedjaz sont, comme ceux du Yémen, réfractaires à toute conscription.

Il y avait en permanence à Sanaa 3000 à £4 000 hommes de troupes, à Taëz, 1000, autant à Hodeidah et à Ibhat (ou Manadir) dans l’Assir. Chaque caza possédait une garnison de 100 à 200 hommes, comme Moka, Confunda, Kattaba, etc. Cheik-Saïd était gardé par un bataillon de 300 hommes pour le protéger contre un coup de main de la tribu des Achmis-Eddourin amie de la France. Bagel et Menacha, qui commandent

les défilés par où passe la route de Hodeidah à Sanaa, avaient chacune 500 hommes.

Examinons maintenant le côté arabe. La population totale du Yémen et de l’Assir dépasse un million d'hommes dans les seules régions où les Turcs ont un semblant d’autorité. Elle est formée, comme nous l'avons vu plus haut, de tribus nomades vivant sous la tente.

Grâce aux discordes violentes dont nous avons déjà parlé, les Turcs ont pu prendre pied dans le Yémen ; mais, après l’occupation, les tribus ont vécu indépendantes. En vain, chaque année, les troupes ottomanes partaient-elles en expédition pour percevoir l'impôt ; elles rentraient toujours les mains vides, souvent après une défaite. Les agents du Sultan n'étaient réellement maîtres que dans l'enceinte des villes peuplées d’artisans et de commerçants faisant partie des tribus avoisinantes.

Cette occupation turque, plutôt militaire, était par conséquent très coûteuse pour la Porte. A peine les recettes de l’impôt foncier des villes et celles des douanes de Hodeïdah (considérables à cause du café) pouvaient-elles suffire à payer cinq mois d’appointements à la moitié des employés. Ces derniers, composés généralement de Circas-

siens et de Bosniaques ignorants et avides, pressuraient les Arabes des cités afin de pouvoir vivre. De leur côté, les soldats, mal nourris et jamais payés, volaient ce qu’ils trouvaient.

Après trente années de ce régime, le mécontentement devint général. Les chefs arabes abandonnèrent leurs petites querelles et se groupèrent autour de l’émir Mahmoud-Yahia, fils de l’ancien iman de Sanaa, le seïd Hamed-Eddin.

Cet homme de trente-cinq ans prit le parti suivant, très simple mais très sûr. Il enjoignit à chaque tribu de chasser les soldats turcs de la ville qui lui appartenait autrefois et de gouverner à leur place. Il leur recommanda, comme étant le meilleur moyen d’assiéger les villes, d'isoler celles-ci en demeurant à une certaine distance, de façon à prendre les soldats par la faim. Il eut la sagesse de n’imposer aucune condition à ses alliés ; il leur demanda simplement de le recon-

. naître pour leur suzerain et de lui envoyer la

dixième partie de leur récolte jusqu’à la fin de la guerre, et la vingtième partie seulement après la paix.

Mahmoud-Yahia donna l’exemple en assiégeant Sanaa avec les tribus des Zohaïr (à laquelle

12 LES PUISSANCES DEVANT LA RÉVOLTE ARABE il appartient), des Beni-Djabir et Beni-Bahloul.

Au même moment, les Beni-Sliman, joints aux Beni-Shaïb, investissaient Taëz et Kattaba, tandis que les Beni-Kaulan, les Beni-Ismaël et les Beni- Mattar cernaient Menacha et Bagel.

C’est ainsi que toutes les places occupées par les Turcs furent isolées et tombèrent systématiquement les unes après les autres.

La Turquie fit un effort considérable pour reprendre Sanaa et quelques autres places. En septembre 1905, le maréchal Feizi-pacha rentra dans la capitale du Yémen, les Arabes n’ayant pas voulu accepter de bataille rangée ; mais dès que les Turcs furent arrivés à Sanaa, le blocus recommença. Plusieurs compagnies, envoyées en reconnaissance, furent anéanties.

Cependant, après avoir reçu des renforts considérables, Feizi-pacha voulut se lancer à la poursuite des Arabes.

L'iman Mahmoud-Yahia s'était retranché dans le plateau de la tribu des Beni-Zohair, à l’est de Sanaa, afin de concentrer ses forces et attendre le moment propice pour reprendre l'offensive. A l'approche des Turcs il continua sa marche en arrière, éloignant ainsi Feizi-pacha de sa base

d'opérations. Lorsqu'il jugea l’armée ottomane assez engagée, il envoya un corps de 15 000 Arabes lui couper la retraite et interrompre toutes ses communications avec Sanaa. En même temps il attaqua avec 50000 hommes l’armée ottomane forte de 45000 soldats, mais épuisée par les maladies, par la disette, par le découragement. Il la battit complètement.

Feizi-pacha voulut rentrer à Sanaa, mais il se heurta aux 15000 Arabes postés sur sa ligne de retraite. Îl prit alors la direction de Amran, village situé plus au nord, qu’il atteignit après avoir subi plusieurs désastres. Son armée était réduite des deux tiers. De Amran il demanda des renforts immédiats au Sultan, pour le débloquer et l’empêcher d’être isolé (octobre 1905 à janvier 1906). Un suprême effort lui a permis de gagner Sanaa où il est bloqué et dans une situation désespérée.

Ce désastre porte un coup définitif à la domination ottomane au Yémen, dans l’Assir et dans le Hedjaz, et aura un retentissement plus grand que la première prise de Sanaa.

Disons en terminant que le plan de Mahmoud- Yahia, plan si admirablement conçu et si bien exécuté, n’eût été peut-être qu'un simple rêve si

ns LES

les soldats de Îa nation arabe, de Syrie et de Mésopotamie, jusqu'ici les uniques soutiens du pouvoir turc dans l’Arabie Heureuse et dans le Hedjaz, n'avaient fait défection en masse. Ils avaient obéi au signal des comités révolutionnaires qui préparent activement le même mouvement dans leurs provinces d’origine, la Syrie et la Mésopotamie :.

4. Voici la traduction de la proclamation adressée en 1904 aux Arabes par Mahmoud Yahia :

Par le nom de Dieu, Munificent et Munifié.

(Le sceau). Le victorieux par l’assistance de Dieu Selfuddin ibn Hamiduddin, chef des Croyants.

A tous les amoureux de la justice, à tous les suivants et adhérents fidèlement attachés au Livre de Dieu, aux Traditions de son prophète, à toutes les dynasties pures qui sont la sauvegarde de la terre contre tout fléau, grâce à leur pureté, arche de salut; à tous les commentateurs du Livre, à tous les proches, les compagnons inséparables jusqu’au jour de l'insurrection, comme une étoile qui disparait à l’horizon et dont la disparition est le symptôme de l'apparition d’une autre.

Nous nous trouvons, par la grâce divine, sous la purification et la protection de Dieu, et cela notoirement, avec des preuves probantes, quelles que soient les vaines forfanteries des autres.

La raison de cette proclamation générale est que. lorsqu'une cécité a envahi l’Arabe, lorsque tous les yeux sont devenus aveugles chez les Arabes et lorsque, enfin, les premiers signes d'humiliation, de dégradation et d’extrème misère ont apparu chez nous, Dieu a rempli le devoir qui nous incombait.

Sachez que Dieu éprouve ses serviteurs pour discerner parmi eux celui qui est vrai et celui qui ne suit que sa propre volonté. Car Dieu a dit dans le Coran : « Assurément, nous vous éprouvons pour que nous sachions exactement parmi vous lesquels sont les lutteurs et lesquels sont les patients. » Il a dit aussi : « Les hommes s’imaginent-ils qu'on

! " bis :

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