‹ Les Puits artésiens des oasis méridionales de l'AlgérieChapitre 3 sur 3 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

.LE FORAGE AftT£Slti\ OAKS LE m mm ISSO.

fai achevé la description de 1 industrie artésienne dans le Sahara avani 1856; je vais dire succinctement ce qu'elle est devenue depuis cette époque.

Témoin , pendant deux mois passés à Tougourt en 1S50-1851 » du tmps que Ton employait dans cette contrée à creuser un puits artésien profond seulement d*une cinquantaine de mètres, de la peine qu*on s*y donnait, et

des périls que rimperfection des pix)cédés faisait courir au travailleur, je me rappelai plus d'une fois Tappareii de sonde qui gisait iaulile dans un coin de la yieille casba de Biskra, depuis qu on avait renoncé k finir le puits artésien commencé jadis dans cette oasis avec nos instruments et sous une direction française. Je pensai même que les soldats de choix qu*on avait employés à cette besogne exceptionnelle pouvaient se trouver encore sur les lieun; et . ridée me vint tout i^aturellement de faire utiliser à Tougourt ce personnel et ce matériel sans emploi. Je m'efforçai donc d'inspirer au ctieilLh Ben Abd er-Rhaman le désir de provo* quer une expérience dont le succès ne me paraissait pas douteux et qui devait attacher les Sahariens à notre domination, par les grands bienfaits que cet immense perfectionnement leur apporterait sous nos auspices. Le caïd Bou- Chemal, homme de progrés, — chose bien rare dans ces contrées ! — comprit parfaitement mes intentions et me seconda de toutes ses forces auprès du chef.

Avec l'autorisation de ce dernier, j'écrivis, Yers la fin du mois de décembre 1850, à M. le Ministre de la Guerre, pour demander que ia sonde fût amenée à Tongoart avec le personnel propre à la manœuvrer; je faisais savoir en môme temps que le cheikh se chargeait des transports comme aussi d héberger et de rémunérer les travailleurs.

Par suite de circonstances que je n'ai pas connues, ma lettre demeura sans réponse. Peut* Hre même n'est-ellc point parvenue à sa destination ; car, à cette époque, les communications entre Texlrème sud et la côte étaient loin d'avoir la régularité et la certitude qu'elles ont aujourd'hui.

Dans la disposition d*esprit où ces préoccupations m'avaient laissé, je saluai avec joie, en 1856, la nouvelle de la réalisation d'un projet que j'avais vainement tenté de faire réussir dès t850. Cette nouvelle me parvint par la lettre suivante :

« Pwis, le 21 juin 1856.

* À Monsieur BfiliBRUGGEH , Conservateur de la BiàlMMiue H ite Mmée d'Alger.

» Monsieur,

i Bien que nous ayons presque La certitude d'être devancés 9 nous nous hâtons de tous informer du résultat obtenu par la sonde à Tamerna. Comme tous 6teS| Monsieur, un des preluiei's promoteurs de cet instrument dans iè désert, nous espérons que vous ne seres point indilïérent à cette nouvelle.

» Vous savez dans quel état et quelles étaient les craintes des habitants de Tamerna relativement à Textinction de leur belle source, et combien ils redoutaient la cbaleur de cet été pour leurs palmiers.

n C'est cette considération qui nous a excités à faire tout le nécessaire pour qu'un premier sondage soit opéré avant ce terme fatal où tout Européen doit quitter le désert.

» Commencé le l«r mai, le sondage a été

poursuivi, malgré 4&> de chaleur, jusquau 28, où m avait atteint la profondeur de 47»50, Ce n'est que le 9 juin que l'eau a jailli de la profondeur de 60 mètres. Nous ne pouvons vous donner plus de détails» le courrier prociiaiii pouvant seulement nous les donner. Nous savons seulement que la joie des Arabes tenait du délire.

» Lorsque nous auious le dernier rapport^ une coupe géologique sera dressée , et si vous croyez qu'elle puisse cire agréable au Musée nous vous en ferons faire une. ^

» Je vais faire remettre à la poste Texeinplaire que vous avez bien voulu me conlier lors de mon passage à Alger (1). Veuillez donc, Monsieur, agréer, avec mes remerciements, Thommage de nos salutations empressées.

9 DEGOVSte ET IiAimENT. •

Les circonstances les plus favorables s'étaient réunies pour amener ce grand résultat ; spus

(i) n 8*agit d*iin exemplaire de la pranière édition dc« Fuits arténenSf que je réédite aujourdlmt.

le gouvanemenl de M. le Maréchal Bandon,

dont on connait le dévouement ardent et éclairé aux intérêts algériens, un homme d'une hauto intelligence et d'un zélé infatigable pour la prospérité du pays placé sous son commande** ment, M. le Général Desvaux, était à la iéie de la subdivision de Batna et avait tout le Sahara oriental dans ses altributions. Cet oHicier général prit enfin Taifaire des puits artésiens à cœur et ne négligea rien pour qu'elle eut une prompte et heureuse issue. Les sentiments élevés qui 1 animaient se manifestent avec effusion dans la lettre que voici et qu'il écrivit à M. le Maréchal Randon, en juin ISriG, au moment môme du premier succès obtenu :

« Monsieur le Gouverneur-Général,

9 Tespère que vous aurez pu recevoir par le

télégraphe, dans la journée du il juin (1856), la nouvelle que Teau avait jailli du forage de

Tamerna (1), le 9, à trois Ik^ufcs après-midi. Un

(1) Voir ci-dessus, page 124

tel événement dans le Sahara et la rapidité avec laquelle vous en avez éié instruit, démontrent, mieux que tout cé qu'on pourrait dire, les grands progrès accomplis en Algérie depuis quelques années, et promettent, dans un avenir prochain , les plus meiTeilleuses transformations.

» La lecture des ouvrages de MM. Fournel, Berbrugger, et surtout de Texcellent mémoire de M. Dubocq, aurait depuis longtemps éveillé mon attention, lors même que, par instinct, je n'aurais pas songé à ce que la sonde pouvait produire dans le Sud.

» Mais c*est à Sidi Rached, en 1854, que ma résolution a été arrêtée. Le hasard m'avait conduit au sommet d'un mamelon de sable qui douiiue i'oasis entière; vous dire les impressions que me causa la vue de cette oasis est impossiblo : à ma droite, les palmiers verdoyants, les jardins cultivés, la vie en un mol; à ma gauciic, la stérilité, la désolation, la laort. Je Ûs appeler le cheikh et les habitants, et Ton m apprit que ces différences tenaient à ce que

les puits du Nord étaient combléi> par le sable et que les eaux i>arasites empêchaient de creuser de nouveaux puits. Encore quelques jours, et celte popuiatiou devait se disperser, abandonner ses fuycis et le cimetière où reposent ses pères! Je compris à ce moment les féconds résultais <|ue pourraient donner dans cette contrée les travaux artésiens, et, grâce à vous qui avez bien voulu accueillir mes propositions, leur donner votre appui, la vie sera rendue à plusieurs oasis de TOued IUr\ et IV^nir renferme les espérances les plus magnifiques.

» La profondeur du puits est de 60 mètres; la source souterraine donne 3,600 litres d eau à la minute, et Teau en est claire et très bonne.

» Le directeur des travaux, M. Jus, envoyé par la maison Degousée et Laurent, déclare que ce forage est sou plus beau succès. Cet excellent ingénieur a été d'mi dévouement parfait et à la hauteur des obstacles à vaincre; car, il ne faut pas roablier, pendant 39 jours et 39 nuits, ie travail n a pas été interrompu^ et quelquefois le thermomHre a marqué 46 degrés* M. Jus

a été admirablémenl secondé par le maréclialdes-logis Lehaut, du 3« de spahis, qui a révélé des qualités précieuses et promet un chef de sondage des plus distingués. Enfin^ tons»

môme les soldats de la légion étrangère, avaient compris qu'ils travaillaient à une œuvre d'une utilité exceptionnelle, et ont fait des efforts surhumains.

» L élat sanitaire a toujours été parfait, grâce au moral des travailleurs, aux soins du docteur Bellin, et surtout à la sollicitude de M. le commandant Seroka qui, dans cette ciconstance comme dans tant d*autres, s'est montré un chef aussi intelligent que dévoué.

» J'avais envoyé M. le lieutenant Rose à Tamerna, pour présider à la solennité d'inauguration de la fontaine, le vous adresserai, par rintermédiaire du générai commandant la division, son rapport, très-intéressant et très curieux. 11 serait impossible de rendre les transports de joie des Indigènes.

» Bientôt, une collection d'échantillons des terrains traversés et des bouteilles d'eau du

nouveau puits vous seront envoyées pour les expositions d Alger et de Pans.

» Voici donc des populations entières rassurées sur leur avenir, une partie de ces populations soustraite à toutes les causes de destruction qui les décimaient, la paix et la domination française consolidées dans ces possessions nouvelles. Bientôt des communications faciles pour* ront être ouvertes au commerce et à nos colonnes, peut-être jusqu^au bassin artésien du Touat, certainement jusqu'à Ouargla. Avant quelques années, on pourra fixer les tribus nomades; et si un jour la colonisation européenne tendait à se développer vers le Sahara, elle trouverait de fraîches oasis préparées pour la recevoir (i).

» Veuillez agréer, Monsieur le Gouverneur- Généralt etc.

» lê général commandant la subdivision de Bedna^

» Desvaux,

(1) Voir ManitetiT algérien du 5 juUlet 1856.

Je ne suivrai pas la sonde artésienne dans ses iiiomphes succesBifs et éclatants par tout l*Oaed Rir' et jusque dans le Hodna. Ce sont des faits ti*op récents pour être oubliés et trop remarquables pour avoir passe inaperçus. Désormais, la cause est plus qu'entendue^ elle est gagnée.

Ma tàciie serait dune leiminée dès m présent, si je ne croyais utile d'ajouter quelques mots qui , je l'espère, ne seront pas considérés comme un bors-d'œuvre par tous ceux qui me liront.

Une grande question préoccupe en ce moment les Européens et les Indigènes , celle du cantonnement. Si beaucoup de personnes s^accordent À reconnaître Tutilité, la justice et 1 opportunité de celte mesure délicate, il y a ausai des opposants qui lui trouvent des côtés reprochables et dangereux. Arriver à concilier ces opinions divergentes , en conservant les avantages et en fusant disparaître les inconvénients de ce remaniement général de la propriété arabe, serait , certes, un véritable bienfait public.

En y réfléchissant bien, il semble que la sonde

anésienne pourra aider singulièrement à la solution de ce grave problème. En effet, dans le sud» contrée si favorable à la race arabe, et qui ne convient guère à nos Européens, quoiqu'on ait pu dire, il y a des espaces immenses à peu près improductifs, faute d'eau. Qu'on en fasse jaillir là où elle manque encore sur cette ligne favorisée qui s'étend des Ziban au Touat, là où une expérience si souvent répétée de temps immémorial, indique qu'on en trouvera à coup sûr; et Ton aura préparé des contrées considérables pour recevoir de nouvelles populations. Or, le sud est la patrie naturelle de l'Arabe, race «ssentiellemeut sabarienne» qui y développera, sans inconvénient pour personne et avec avantage pour tous, les instincts qui la poussent vers la vie patriarcale et les occupations du pasleur.

Si donc on croit devoir leur prendre quelque

chose dans le Tel , pour donner à la colonisation européenne, qu'on le leur rende avec usure dans le Saiiara. Chacun se trouvera ainsi a sa plact naturelle

Notez qu'en appliquant ce système, on créera eu même temps une importante route commerciale , vraiment praticable à tous , vers le Soudan y là même où s'étendent aujourd'hui d'affreuses solitudes que Tamour le plus effréné du lucre ue décide pas toujours à traverser.

En somme , je vois la solution du problême d'établissement des deux races dans la multiplication des puits artésiens au sein du désert, sur des lignes judicieusement choisies.

Mais c'est une pensée qui a besoin de longs développements qui ne seraient pas ici à leur place. Je me borne donc aujourd'hui à la formuler dans son expression la plus giénérale.

BIBLIOfiRAPHIB ARTfiSiliKlIIE.

Je place, à la fin de cette brochure, et par ordre de dates, la liste des publications faites sur les puils artésiens du Sahara oriental, par des personnes qui avaient étudié la question

sur place.

fl«»5i. M. Berdrugger. — /^/'^ Puits artésie?is des Oasis méridionales de l'Algérie. Brochure in- 16, reproduction des articles publiés daus ÏAkhbar, cette même année. (V. ci*deBsas, page 7)

iMt. M. DuBOCQ, Ingénieur des Mines. ^Mémoire

sur la constitution géologique des Ziban et de l'Oued Hir\ au point de vue des eaux artésiennes de celte portion du Sahara. Brochure in-8" de 83 pages, avec planches. Cet ouvrage avait été public antérieurement dans les Annales des Mines, tome 2', page 249; il est 1 œuvre U un homme très distingué dans sa spécialité et doit étrr consulU' par ceux qui désirent étudier la question au point de vue scientifique.

iU9. M. Oh. Laurent. — Mémoire sur le Sahara oriental, au point de vue de l'établts^e oient de petits artésiem dans VOued Sauf, l'Oued Rtr' et les Ziùan, extrait des Mémoire!; de la Société des Ingcmeurs civils ,

séance du 20 juin 1856. Brocliure ia-8° de 72 pages, avec planches.

Dans une très courte préface, l'auteur raconte en ces termes l'origine de son œuvre : « M. le Gênerai Desvaux, dit-il, commandant la subdivision de Batna, convaincu de l'importance qu'aurait pour le Sahara oriental l'emploi des procèdes de sonrlage usités en France, voulut bien nous demander, pendant son séjour à Paris, de lui fournir un outillage et de lui céder un de BOS employés pour la conduite des travaux Après un examen attentif des documents mis à notre dispositiou, il fut convenu, avec l'approbation de M. le Gouverneur général, que je raccompagnerais d'abord, au nom de notre maison, dans sa prochaine expédition, et qu'aussitôt mon retour en France, nous construirions le matériel ffiie je j'ifrerais alors le plus convenable pour mener promptement à bonne lin un premier essai.»

« C'est le résumé de mes impressions que j'ai consigné dans cette notice, lue à la Société des Ingénieurs civils, après avoir appris le succès complet de notre première tentative à Tamema (Oued Rir'). h

Cette brochure est rœuvre d'un industriel distingué, qui a envisagé surtout la question à son point de vue spécial, nouvelle face qui restait à étudier et qui n*étalt certainement pàs la moins importante.

tmmti. M. F. Vatonne, Ingénieur des iMines. — Rapport sur les forayes artésiens exécutés dans le SoJiara de la province de Constantine, en 1856-1857. Alger. Jîro-

cliure in-8* de 23 pages, avec planches. Ce remargualiie mémoire donne de curieuses notices sur les puits creusés dans diverse» oasis par les travailleurs français, pendant ces deux années et il y ajoute l'analyse des eaux de chacun de ces puits.

tSM. M. Cil. L.vlUKM. — Mémoire sur le Sahara oriental au point de vue de rélahlissonrnt (1rs puits artésiens dans VOued Sauf, l'Oiicd Hir' et les Ziban , extrait des Mémoires de la Société des higéniews civils (séance du 20 juin 1856) et du Bulletin de la Société géologique de France (séance du 18 mai 1857.) Brochure in-b" de 92 pages, avec carte et planches.

C'est une réimpresfiion un peu augmentée de la Notice du même auteur, citée précédemment.

Je n'ai pas en (oiiiiaissance d'autres ouvrages sur la matière, écrits par des personnes ayant étudié la question sur place.

Al^cr. ~- ïypcgiapliii' lîAsiTibt:.

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