LES
PUITS ARTESIENS
La frontière méridionale de l'Algérie est ja^
lonnéc par une série d'oasis qui, presque toutes, doivent la vie et la fécondité à de nombreuses sources jaillissantes que Tiuilustrie de Thomme, et quelquefois les seules forces de la nature,
fl) Le lecteur devra toujours avoir présent à l'esprit que cet ouvrage a été fait en 1851 et qu'il constate l'état de la question des puits artésiens à cette époque, dans le Sahara oriental. Ce sera probablement son seul mé* rite, lorsque rinterrention de Tindustrie française aura modifié profondément la contrée des oasis et effacé les traces de la situation que l'auteur a décrite.
D£ L ÂL6ËRIE (1)
ont amenées à la surface du sol. £n accomplissant la mission qui m'a été confiée par le gouvernement, en 1850-1851, j*ai visité cette ligne extrême de bourgades sahariennes, depuis la frontière tunisienne jusqu'à Ouargla et le Mzab inclusivement. J'ai recueilli, par l'observation directe, de nombreuses notions sur les puits artésiens du désert. Le séjour prolongé que j'ai fait dans TOued Rir\ où cette industrie est généralement répandue, m'a surtout permis d'obtenir de précieux renseignements; j'ai pu y suivre les travaux complets du forage, prendre des échantillons des terrains traversés. Je m'y suis trouvé, d'ailleurs, en relation avec les fontainiers les plus habiles, notamment avec le célèbre Ahmed ben Tatta, dont le nom est populaire dans tout le Sahara oriental. Les explications des hommes du métier sont ainsi venues se joindre à mes observations personnelles pour les compléter et les éclairer.
Ceci n*est pas seulement une question scien** tifique. La prospérité de la plupart des oasis
algériennes est intîmement liée à Textension et au perfectionnement du forage artésien, résultats avantageux qui s'obtiendraient facilement par l'industrie européenne, et ne seraient pas infructueux pour elle. Notre domination aurait surtout à y gagner; car multiplier les sources jaillissantes dans le Sahara, en rendre le percement plus facile, moins coûteux, la durée plus grande, c est augmenter les moyens de subsistance, et par conséquent la population. En se créant de nouveaux contribuables et plus productifs, on aurait aussi des sujets plus souuus. L'importance et la iixitê des intérêts que nous aurions réussi à développer seraient un gage certain d'obéissaiice : une population riche et attachée au sol hésite à se révolter; ou, si elle le fait, on a prise sur elle et Ton peut au moins lui faire payer les frais de la guerre. ^ •
J'ose espérer, qu*aprés avoir parcouru mon
travail, le lecteur pensera aussi que ces résultats n'ont rien de chimérique. C'est ce qui m'a surtout engagé à le faire paraître. Les seuls
eh^ngments que j'aie cru devoir faire à la rédaction primitive, telle qu'elle a été adressée à l'Académie des scieBcea» se bomeniit des mediUcâtiona dans la forme, et k la suppression de quelques détails techniques, qui eussent été sans intérêt pour le public en général.
Les eaux iaiUissautes qui arrosent la majeure partie des oasis les plus inéndioijialeâ de TAlgérie, se divisent en deux ebsaea. Celles qui sont amenées à la surface par le travail de rhomme, et ceUea qui paraissent y an*iver na^ turellement. Je dis paraissent, parce qu'il se pourrait bien que toutes, ou à peu près» fusr sent de la première espèce- et que la plupart de celles qui semblent Tc^uvre de la nature, eussent été élevées artificiéUement, à une époque dont les populations locales ont perdu le souvenir.
Les Sabariens n'ont pas de mot particulier pour désigner les puits artésiens : ils les appellent dïoun^ nom des fontaines, en général ; mais ils aiment, en en parlant, à se servir
d'e^tpressions pittoresques qui semblent s'adres-
ser à des êtres animés, se complaisant aiusi a leur prêter la vie qu'ils en reçoivent. Tant que la source jaillissante abreuve fidèlemeai les racines de l'arbre qui nourrit le Sahara, elle est vivante (kma), Vient-ell-e à se tarir, on la dit morte ; et elle prend alors le nom à^Am-MitUy désignation trop fréquente dans ces régions désoléesi où le sable s'accumule principalement ' autour des ûsisis, parce que là se trouvent les seuls obstacles que les vents rencontrent dans ces plaines immenses.
Il y a dans le désert des puits artésiens, — et c'esl le plus grand nombre, — dont on sait l'origine, dont la durée est prévue, et souvent mftoie très-limitée. Il en est d'autres qui semblent devoir couler éternellement, d'après la solidité des coucbes où ils sont gercés, et dont rorigiae ne paraît pas connue.
Aux <pLestion8 que TEuropéen ne manque pas de faire sur ces sources jaillissantes dont les eaux «'épanchent depuis de . âièdes et ont donné naissance, soit à des puits indertructibles, soit à de mystérieux étangs artésiens
(Bhour)j — riiidigène ne sait répondre que par une légende.
« Dou *lKornin, dit-il, voulait offrir cliaque » Jour de l'eau nouvelle à sa femme ; et cha- » que jour perçant le roc avec une tarière ^ » il en faisait jaillir une source nouvelle. »
La mention de la tarière est ici d'aulanl plus curieuse que cet instrument n'est nullement employé aujourd'hui dans le percement des puits artésiens. Un pareil souvenir, conservé par la tradition, semble indiquer que les oasis ont été habitées jadis par des peuples plus avancés en civilisation que ceux qu'on y rencontre aujourd'hui.
Le surnom de Dou '1-Komin a été donné à divers personnages antiques, parce qu'ils ont, disent les historiens musulmans, subjugué les deux extrémités ou cornes du monde, c'est-àdire rOrient et l'Occident. Le grand Alexandre est un de ces conquérants, niais ce n'est pas de lui qu'il #agit dans la légende saharienne.
Le Dou '1-Kurnin dont elle parle se nommait KhedeuT (le verd, le verdoyant); c'était un pro-
piietc cûiUempQrain d'Abraham. Il a vécu 1600 ans, disent les uns, il vit encore et vivra toujours, aflii nient les autres. Car il est immortel et jouit d'une santé toujours florissante, parce qu'il a trouvé la fontaine de vie, et que, selon Texpression d'un poète persan, il y a
bu à longs Irails.
Ce récit a tous les caractères d'un mythe :
Khedeur, le Verdoyant, ne semble-t-il pas être la persoaniûcation de la verte oasis, qui devient, en effet, florissante et immortelle, dès qu'elle peut boire à longs traits Teau des sources jaillissantes? Si TexpUcation n'est pas vraie, elle est au moins assez vraisemblable.
Voici une autre tradition antique à ce sujet.
Volney, dans son Voyage en Syrie^ parle des puits de Salomon, auprès des ruines de Tyr.
La colonne d'eau qui remplit le puits « est élevée de quinze pieds au-dessus du sol. En outre, cette eau n'est point calme, mais elle ressemble à un torrent qui bouillonne et se répand à flots par des canaux pratiqués à la surface du puits; telle est son abondance qu'elle
fait marcher trois moulins qui sont auprès, ip (Y. Journal des SavarUs, 1836, p. 299).
M. de Lamaitiiie mm donne en ces termes la description de ce fameux puits :
« On dit que Salomon fit conatraire ces trois puits (ceux de Salomon, au milieu de la plaine de Tyr) pour récompenser Tyr et son roi Hiram des services qu'il avait reçus de sa marine et de ses artistes dans la construction du temple.
« puits immenses oui au moins 60 à 80 pieds de tour, on n*edi connaît pas la profondeur, et Tun d*6UK n*a pas de fond. Nul n'a jamais pu savoir par quel conduit mystérieux Teau des montagnes peut y arriver. Il y a tout lieu de croire en les examinant que ce sont de vastes puits artésiens inventes avant leur réinvention » (Voyage en Orient^ tom 1, p. 31 1).
En observant attentivement les localités, on re-connaît que le forage artésien doit être pour ainsi dire immémorial dans Toued Hir'; car la plupart des oasis de cette région ne pourraient pas subsister, ne se seraient même jamais ^créées sa^is le concours des sources jaillissante^.
On T6m un exemple réeent de eétte vérité à
propos du Bahar de lebaïche. Or^ 1 existence de nos oasis méridionales se trouvant établie historiquement à des époques très-reculées, on peut en conclure que la connaissance des puits artésiens y est fort ancienne. La vue de quelques sources qui y jaillissaient naturellement aura donné Tidée du forage artificiel; il est même plusieurs endroits où le percement d'un puits pour la recherche d'une source ordinaire aura suffi pour amener un filet de la nappe souterraine à la surface; car il y a des points, dans rOued Eir\ ou ce résultat s'obtient à 10 mètres seulement de profondeur.
Le premier, en Europe, Sbaw a parié des puits artésiens de notre Sahara. En publiant le voyage du pèlerin El-Aïachi ( 1 ) , j*ai produit sur le même sujet un témoignage antérieur et qui remonte à 1663. Depuis que le savant orientaliste M. de Slane a fait paraître le texte de l historien £bn-Khaldoun, on a un témoignage
{\} Tome IX de ï Exploration scientifique*
plus ancien encore. Je reviendrai plus loin sur ces diverses aulorilés.
Mais on savait depuis longtemps qu'il avait existé de ces sources jaillissantes en Égypte. Olympiodore les menlionne dans le vi« siècle de notre ère. M. Aymé, chimiste et manufac* turier français, en a retrouvé quelques-unes qui ramenaient du poisson d*une profondeur de 108 mètres, singularité observée également ^ dans le puits artésien d*£lbeuf et que j'ai aussi corustalée à Ouargla.
D'après H. Fresnel, des putts artésiens se leiicoutrent dans presque toutes les oasis du Sahara. Ceux de Barka, en Libye, ont excité son adiuiialion. Il les rapporte à l'époque des Pharaons {Lettres à M. Mohl, Journal asiatique^ janvier 1849, p. 58).
On ne peut s'étonner qu'on ait ignoré en Europe Texistence des nombreux puits artésiens de 1 Afrique, puisqu'on ignorait tout récemment f n Frandé que le modèle exact de. la fameuse sonde employée par M. Mulot, pour le forage du puits de Grenelle se trouve très^minutieu-
- lÔ -
)5femént décrit dans un catalogue des inventions
de la collection curieuse exposée à Dresde en 1715; particularité que Tauteur du Vieux neuf a fait connaître dans le feuilleton du Siècle du 19 noTembre 1853*
Je ne m*arrêterai pas davantage sur ces généralités. Ceux qui seraient curieux de connaître cette face de la question avec plus de détails, peuvent lire Texcellente notice de M. Arago, insérée dans VArmuaire du bureau des Longi^ tudes^ année 1835.
Le forage artésien ne se pratique guère plus que dans le Hir' oriental. On rencontre, il est vrai, des puits de ce genre à Ngoussa et à Ouargla, mais ils sont anciens. On en jouit, on les entretient; on n*en perce guère de nouveaux.
Car, dans ces deux oasis, il faut, pour arriver à la nappe souterraine {bahar tahiani)^ traverser d*épaisses couches de roche; et Ton n'a plus la tarière de Oou *i-Koniin.
' Mais, dans le canton de Tougourt, entre les collines du Dour, qui, au nord, le séparent des Ziban, et Sidi bou liauia, qui en foruiu Tex-
trémité méridionale, le sol est comme criblé de sources jaillissantes que le trayail humain a amenées» ou amène chaque jour à la surface. Celles^, véritables puits artésiens < s'élèYent d'une excavation artiUcieile, à oriUce carré, dont chaque côté est large de 70 centimètres à 1 mètre. Ces parois sont cuvelées, c'est-à-dire qu'elles sont revêtues dans toute leur longueur (sauf dans les endroits qui correspondent à des couches rocheuses), d*un boisage en dattiers, les seuls arbres du pays qui soient et puissent être employés dans ces oonstructions.
Quant aux. étangs appelés bahar, alimentés par une source jaillissante naturelle, ou par un puits foré dans la roche, dont l ongme est inconnue, ils ont quelquefois une étendue eon^ sidérable. Les plus remarquables de TOued Uii\ sont Merdjat^a «ntre Tougourt et Temacin, et Beihar el-Salehin (1); celui-ci s'étend à TEst de cette dernière ville et baigne les plantations
(1) Bahar Mm^i, grand étang qui se trouve aussi auprès de Temacin, mais au N.-Q. est alimenté par des sources ordinaires.
de palmiers de ses d^x faubourgs HaCafra et
Baibïeu. On rappelle encore Tabliant, berbérisation du mot Bahar. Sur un de ses bords et touchant la route de Souf, on voit une petite kaubba ou chapelle consacrée à une sainte femme qu'on appelle — faute sans doute de connaître son vrai nom, — Lelta Bakaria, ou la Dame du Lac. Dans le Tel, on désigne par . i épithète de Sidi Mokàfi (caché), tout marabout dont le nom est inconnu.
La plupart de ces étangs artésiens servent à arroser les palmiers* Beaucoup de petites oasis n*ont pas d'autres moyens d irrigation. C'est du reste une bonne fortune pour elles, car elles n'ont pas alors besoin de dépenser beaucoup d'argent pour fbrer des puits qui souvent se bouchent après un petit nombre d'années. Cependant, si par une circonstance très-rare, mais qui n'est pas sans exeinple, l'étang vient à se tarir, les palmiers meurent et la population disparaît. J'ai visité l'oasis de Tebaïche, située entre Mr'ïer et Tougourt: il n'y restait plus un seul habitant: ses dattiers dépouillés de leurs palmes et en-
foûcéi» dans le sable, semblaient les mâts d'une immense flotte échouée* Avant de se résigner à ce triste naufrage, les cultivateurs de Tebaïche avaient remué en tous sens l*entonnoir d'où montait Teau de leur étang et Favaient fouillé à une grande profondeur; mais leurs peines aYaicnt été inutiles: les travaux les plus acharnés n^avaient pu ramener à la surface la
source jaillissante qui fécondait leur oasis. Dieu . leur retirait ce qu'il avait donné à leurs ancêtres 1 Ils acceptèrent avec une résignation toute musulmane ce funeste décret du destin et se dispersèrent dans les oasis voisines. Cet évène^ ment est arrivé il y a treize ans (1).
Dans cet étang de Tebalche, d'où Teau s*était retirée si malheureusement, et dans quelques autres, j'ai pu constater qu'il y avait eu tra^ vail humain, au moins dans le creus^ent de Foriflce supérieur, qui m'offrait la forme d*un entonnoir à gradins concentriques^ dimiiiuaat
(1) V. dans le VœjageânSokharîe,^. G3, des faits analogues de éisparition des eaux de rivière dans les sables ott steppes.
de diamètre de liant en i>as. Un conçoit iju'il
ne m'ait pas été possible de reconnaître si le tube qui rattachait cet entouuoir à la nappe souterraine était naturd ou artificiel.
Voici l'énumératioii complète des bahar ou étangs artésiens de TOoed Rir' oriental relevés du nord au sud et sur les deux routes qui conduisent des Ziban à Tongonrt.
El-Ourir. Cette petite oasis, où l'on ne trouve d autres habitants que Foukil d'une mosquée en ruines, est la première que 1 on rencontre en venant par le nord. Ses palmiers, trèspeu nombreux et qui appartiennent, partie aux Selmia, partie à des Rouar'a, sont irrigués par un ba/iur dont l'eau est rare et mauvaise.
jNsir*a. ~ Cette petite oasis inhabitée est à quatre cent mètres au sud de la précédente.
Elle a un bahar ou étang artésien, dont la tradition attribue le percement à Don '1-Kornin. Ses palmiers appartiennent aux Selmia et a la Zaoula des Oulad Enibarak Saim, de Mr'ier. Les plantations bordent la rive occidentale du grand Chot, qui prend le nom de Meir'ir
un peu an nord d'El-Ourir. A la hauteur de
Nftir a, oa Tappeiie BaitààiMa {ir^ tiè»
dangereux de 8*y hasarder en hmr; et, plus ^ d'une foU de» bétes de mmm& et même des hommes y ont été «iglontis dans le terrain rendu mouvant par Teau qui le pénétre sans le recouvrir.
Sur la carte de MM. Carotte et Waraier, Nsir'a est placé au sud de Mrlfer, tandis qu'il se î trouve au nord de celte l)ourgaile. L erreur est grave, mats on la conçoit, ces anteurs n'ayant jamais vu le pa)s. On s étonne davantage de retrouver la même fausse indication sur la carte de M. PraXy qui a suivi la route de Tougourt à Biskara. Je n*ai pu m*expiiqner une pareille faute de la part d'un voyageur ordinairement tréfr^actf qu'en apprenant qu'il avait passé par ' i le désert de Mor'craa, c est-ù-dirc à Touesl et peut-être même hors de vue d'Ël'Ourir» qu'il place (^g^lement et k tort au snd de Mrler.
Oriam, autre bourgade abandonnée. Aujour-
(1) BMbMa se dU de toutes les fondrières de cette espèce.
d*hui, ses ruines se réfléchissent tristement 4ans le bahar qui jadis irrigaatt les dattiers*
Au milieu des plantations, se trouve un second étang artésieBi mais peu abondant.
Onana a eu sa pari des dictons satiriques que le célèbre Boa Mkbebeur a prodigués aux habitants de TOued Rir'; mais répigramme adressée aux gens d'Oriana, et relative à certain embonpoint partiel, assez rare ches les bommeSf ne souffre pas la traduction dans notre langue.
Ce Uou Mkiiiebeur est un personnage historique ; il a été l'éclaireur de la deuxième invasion arabe, au v« siècle de TUégire, et son , nom, ou pour mieux dire son surnom, vient de ce qu'il allait sans cesse aux nouvelles^ afin d'informer les siens des projets et des mouvements de renneoii.
Dfamà, joli village d*à peu.près eOd habitants, a un baiiar qui occupe le sonunet d'une petite colline sablonneuse; il ne donne pas beaucoup d'eau.
Tùieguidin. Son étang artésien s*app6lle Àîn-
Zerga. Il est au milieu des palmiers et figure . parmi ceux dont les indigènes prétendent qa^ov^ n'en trouve pas le fond.
Sidi-Amrm^ jolie zaouïa, qui compte une centaine de maisons. Elle a aussi un de ces baliar dits sans fond. Celui-ci, quoique fournissant beaucoup d'eau, n a pas plus de 40 mètres de largeur.
Sur la roule occidentale, on trouve :
Tebaiche. J'ai déjà parlé de cette oasis abandonnée.
Sidi-^Yàkyaf à 8 kilomètres au sud-ouest de Toasis précédente, n*a qu'un petit bahar, qui ne peut fournir aux besoins de Tirrigation.
On y supplée par des puits dans le genre de ceux de VOued-Souf.
TamemO'Djediâa^ à 7 kilomètres plus au sud. Cette oasis a Bahar Orlan et Bu/iar el- AràJis^ ce dernier célèbre par la mort de deux tiancés qui s'y noyèrenl m même temps j d'où lui est venu son nom,
Tattaouin est un polit étang biluc presqu'aiix portes de Tougourt ; il est alimenté par deux
sources artésiennes. De là, son nom qui, en langue du pays, signifie Us deux soums^ ou les deux yeux, car, dans cet idiome berber coaune en arabe, le même mot exprime ces idées différentes.
Des plongeurs de i'Uued Rir' m*ont assuré avoir fait de yains efièrts pour atteindre le fond de ces deux sources. Je reproduis leur assertion sans la garantir.
Merdjadja, Bahar el^Salehm, et Bahar Merx^ïaui se . trouvent, les deux derniers auprès de Temacin, et le premier entre cette ville et Tougourt. ie n*ai rien à ajouter à ce que j'en ai déjà dit.
Après avoir éouméré tous les étangs artésiens de rOued Rir\ — dont, à ma connaissance, on n'avait guère parlé jusqu^ici, — je dirai que je n*en ai pas trouvé un seul de ce genre, iioi^ de cette contrée.
Quant à leur nature , je crois, d'après les observations que j ai pu faire sur quelques-uns, que la plupart sont de véritables puits artésiens, mais creusés sans doute dans le roc.
ce qui explique leuif durée. S'ils constituent quelquefois une sorte de pièce d'eau ou même d'étang, cela tient à la forme du terrain au centre duquel ils ont été percés.
Avant de parler des puits artésiens proprement ditSt il fàut donner une idée générale de la configuraiiuu physique du pays où ils sont percés.
C'est une digression indispensable pour faire comprendre tous les développements que le sujet exige.
Un cavalier, marchant au bon pas du cheval arabe, et qui irait de Biskara à Tougourt, arriverait vers le milieu du deuxième jour à une chaîne de petites collines gypseuses appelées Ed^ûour. C'est la limite qui sépare les Ziban de rOued Rir\ Lorsque Sidi Okba, le célèbre conquérant arabe, était encore dans le nord du Sahara, il envoya sommer les noirs habitants des oasis méridionales d'embrasser Tisiamisnie et de se soumettre à lui. Ceux-ci , — que la grâce n'avait pas encore touchés, — répondirent : « Quand Sidi Okba aura triomphé des
Chrétiens et des Berbers blancs, nous ferons HT ce qull demande. » .
Sidi Okba, après de brillantes victoires remportées dans les Ziban, se dirigea enfin vers ie sud avec son aniit e. Arrivé auic collines de Dour, et déjà fatigué des solitudes désolées qu'il venait de parcourir» il s'arrêta pour contempler les steppes immenses qui se déroulaient devant lui. Pour peu que le mirage y aidât, il dut se croire en face d*une vaste mer. Le panorama était magnitique et capable d'enllammer l'enthousiasme d'un artiste; mais le chef d'un peuple qui abandonnait un pays de déserts pour chercher des terres fertiles, ne dut pas être enchanté du coup-d'œil. Bref, après une courte
inspection, Sidi Obka ne pensa pas que le Hir' méritât rhonneur de sa visite ; et renonçant à pousser plus loin, il tourna aussitôt bride vers le nord. De là, les collines historiques où il inscrivit son nec plus ulirà^ reçurent le nom de Dottf, que Ton pourrait très-bien traduire par tourne-bride j si Ton s'en tenait a la valeur , étymologique du mot.
La chaîne basse du Oour, qui sous des noms divers se prolonge fort loin au sud-ouest, est quelque diose de plus qu'une limite géographique entre deux cantons : c'est une ligne de démarcation profonde, une sorte de cor^ dm sanitaire naturel ; car, pour me servir du vocabulaire local, elle sépare la terre de la maladie dû pays de la santé, les contrées de Teau des cantons de la soif.
En effet, au sud du Dour, des eaux abon^ dantes jaillissent de la mer souterraine, mais aussi les ravages de VOukheumj cette véritable peste endémique de TOued Rip\ clabiissent une cruelle compensation. Au Nord, s'étend une contrée saine, mais presque entièrement dépourvue d*eau, si ce n*est auprès des mon*^ tagnes du Tel.
L'alternative se trouve ainsi nettement posée pour I homme blanc dans notre Sahara. Ici, se bien porter, mais mourir de soif; là, boire à souhait, mais périr de la fièvre pernicieuse. 11 n'y a que la race noire des Zenata, mêlée de quelques débris des Sanhadja, qui puisse
Tïvre à toute époque dans cette terre classique de VOukheum.
Tout ce qui a la peau plus ou moins blam lio : Nomades du Sahara, Troud de i*Oued Souf, Mozai)is ou Juifs, s ealuicut précipitamment des oasis du Rir\ dés que les eaux stagnantes prennent la plus petite teinte rouge, dès que les moucherons appelés Ouckê-Omckt ont commencé a paiaitre.
Aussi f les anciens ont respecté cette limite
falale du Dour : j'ai visite avec soin toutes nos oasis méridionales, grandes ou petites; et je n ai pu y découvrir le plus léger vestige d'une construction romaine (1). On a vu que la conquête arabe sW est arrêtée comme devant les Ilots de l'Océan Atlantique.
Les Turcs, en trois siècles de domination, ont franchi trois fois le Dour : Salah Rats pa« fha, en octobre 1552, alla jusqu'à Ouargla, tour de force que nui pacha, ni bey, n a tenté
(1) J'en ai vu chez les Beni-Msab, mais ce pays est au nord de la limite fatale qui se trouve à un endroit app^é Bl-Mlhad, entre Ngonssa et Oomim.
après lai. — Salah» bey de Constantine, vint
mettre le siège devant Tougourt, en 1789. Enfin, Aiimed, paiement bey de Gonstaniine, et surnommé el-Mamlouk, assiéga aussi Touguurl ea 1821. Ces rapides incarsions ont été suivies de retraites plus rapides encore.
Je dirai plus tard pourquoi la France fera peut-être plus sous ce rapport que les cx)nquéranls qui Ton précédée; ce n'est pas qu'on puisse compter sur une colonisation européenne
de ce c6té. Pour donner une idée du peu de probabilité quM) y a de réussir à implanter notre race dans les oasis méridionales* je me conten* terai de dire que pendant mon séjour à Onargla» le iliermomètre marquait tous les jours u midi, à Tombre, — et dans le mois de février^ — de trente-deux à tretUe- trois degrés centigrades an-dessus de zéro! Gela fait pressentir l insupportable température quon doit y avoir en été.
Du soinmel des collines du Dour, — c'est-àdire d'une hauteur qui ne dépasse point 50 mètres au-dessus de la plaine , — on aperçoit,
au nord, les majestueuses montagnes de l'Aul'ès. Mais, pour le voyageur qui arrive du Tel, t e n'est pas de ce côlé que rallenlion se porte. L aspea de TOued Rir' captive bien davantage: on se croit transporté sur les bords de la Méditerîanaée, lorsque nui souine n'en ride la surface.
Au sud, El^ur*ir et Nsir^a, confondues en une seule oasis, par un eilet de la distance, peuvent être prises facilement de loin pour un gros vaisseau à Tancre.
Snr la gancbe, s^éiend rimmense et mys* térieux Melr ir qui reçoit, outre les eaux du Tel, celles du Sahara, celles même de la mer ^ou(errai?ie que l'ii i igation des palmiers n'a pas absorbées. Là, vient aboutir le grand Ghot qui ' coamiencc au siul de Tuugourt, sorte de rivière qui a son lit bien indiqué, et nettment circonscrit par des berges, surtout k son bord orienlal.
Mais, dans ce flenve bizarre, dont le cours
n est pas moindre de cent vingt liilomètres, l'es eaux, glissant entre une couche inférieure imperméable et la couche superficielle, qui est
U'és-meubie, ne traiiissent leur passage que par quelques flaques qui se forment dans les en* droits déprimés ; ailleurs, on les devine seulement à la couleur foncée que prend le thalweg sur la ligne où il se trouve cuaslamiuent humecté (1). Toutes les eaux duRir' s'en vont ainsi vers le nord, à muins qu'un obstacle local ne les force à rester stagnantes. Le superflu de l'irrigation des palmiers des oasis occidentale^s et les torrents qui viennent de louest se diriprent vers Test, pour aboutir aussi au Melr'ir. ha somme, la contrée a une pente prononcée du sud-ouest au nord-est.
Le Sahara partage avec la mer Tavantage d'être presque partout uniforme sans cependant ^Ire jamais monotone. Sa configuration générale est peu variée : en décrivant TOued Rir' , je puis décrire le reste sans que la digression me mène bien loin.
Qu'on se figure uu immense damier dont les
(t) Ceci explique, je crois, pourquoi des voyageurs l)arlcnt d'une rivière dans le Rir', tandis que d'autres affirment qu'il u*y en a pas.
cases seraient rondes et de dimensions différentes, au lieu d'être carrées et de môme mesui*e ; et l'on a la charpente exacte du Sahara. Ces bassins seront caillouteux dans les Ziban, sablonneux dans TOued Souf, pierreux dans le Mzab, à fond de terre salée dans TOued Rîr'.
Dans ce dernier cas, on les appellera sebkha, La sebkha prendra le nom de ehot, si elle est habituellement couverte, ou même imbibéed'eau. On désignera par le mot chemwra la partie de son bassin qui recevra le superflu des irrigations.
Quant aux bassins caillouteux on pierreux, ils s appelleront mader, s'ils a ont pas une très grande étendue ; deCia, s'ils sont vastes et pren-^ nent une foiiac allongée; oued^ enfin, si, sous cette dernière forme, ils se continuent pendant
quelques heures de marche. Lorsque, voyageant pour la première fois dans le Sahara, on entend parler à chaque instant de ces med, on espère toujours que parmi tant de rivières, on trouvera bien un peu d*eau. il est très rare que cet espoir soit satisfait. Oued est, sous ce rapport, une appellation plus décevante encore que nwnSki
( itimmaiif de ma) qui indique presqu'aosd sou-
vcul uu endiuit où il a eu de i eau qu uû eudroit o& il y en a.
Si vuu2> tenez à doEûer à ce squelette du Sahara des muscles el un épiderme, {dacez dans la sebkha quelques rares plantes grasses, miagines dans les mader el les daîa des variétés de genêts, des jujubiers sauvages, etc.; en fait de grands végétaux, prétez-*leur même des térébinthes, comme il s'en voit beaucoup cuire le Maab efLagouat. Revêtez en hiver et au printemps le fond de ces bassins d'un tapis d'herbe courte et rare, d'un tapis à âcJieb^ ce fourrage du désert; et vous aurez, de ces contrées^ une idée aussi exacte qu'il est possible de l avoir sans les visiter.
L Oued lUr' est donc une longue succession de ces bassins appelés sebkha. Les villages sont généralement bâtis aux poiiiis de coniact de ces bassins, parce que là se trouvent les hammad, ou cullines qui les séparent. Puis la forêt de dattiers s'étend au-dessous des mamelons» empiétant plus ou moins sur la ou les
sebkha eavironnantes, selon l'importance de la population qui exploite.
Mais si le sol de TOued Rir' oriental est assez uniforme, il n*en est pas de même du sous^ sol. Les travaux de forage font reconnaître qu iL y a sur cette bande, d*enTiron 120 kilomètres, du nord-est au sud-ouest, de grandes différences dans la nature des couches, et des épaisseurs très-diverses ik traverser pour atteindre la ' nappe jaillissante.
Sur certains points on n'a que de Targile à percer pour arriver au Bahar-TalUani (mer in^ férieure); car les faibles siratcs de calcaire qui interrompent, parfois cette couche puissante, n'ont aucune importance sous le rapport d<»
la dureté et de Tépaisseur. Dans quelques endroits, on trouve Teau jaillissante à 10 mètres; ailleurs, il faut creuser jusqu'à 75. Mais ceci constitue une très rare exception.
En général, les plus petites profondeurs et la prédominance de Targile se remarquent dans le sud du Rir\ Au nord, et surtout au centre, il faut creuser davantage et traverser par-
lois de lortes couches rocheuses ; mais sll y a plus de travail, et par conséquent de dépense, les puits duieut beaucoup plus longtemps que ceux du midi, car dans le système actuel de torage saharien, la durée des sources jaillissantes artificielles est en raison de la résistance des couches à traverser.
UOùed Rir\ étudié à ce point de vue, m*a fourni les observations que voici :
A Mr'ter^ la première oasis habitée que Ton rencontre en venant par le nord, Teau jaillit iiabituellement après un forage de 40 à 45 mètres; les puits n'y meurent i^diS aussi promptement que sur d'autres points, p^rce que T excavation traverse trois couches calcaires assez dures qui interrompent Targile rouge.
Malheureusement pour cette bourgade, la nappe souterraine est précédée par des eau\ parasites d*une telle puissance, qu'elles obli^ gent souvent à abandonner Tentreprise. Quand, malgré cet obstacle, on parvient jusqu'à Teau jaillissante, on la trouve plus abondante qu u Sidi-Khelil, oasis voisine.
Bou Mkhebeur a llétri les geus de Mr ier Uc répithëte de dauab^ ânes, mais s'ils ont les dé<fauls de cet animal, ils en ont les qualités, entre autres la persévérance, vertu qui est mise souvent à une rude épreuve dans le forage de leurs puits artésiens.
Sidi'Khelil, — Ses puils ont do 37 à 40 uic- . très, lis sont faciles à creuser \ mais ils ne du« rentpas plus de cinq à six ans, et ils fournissent peu d'eau. Cette oasis est à 14 kilomètres au sud-ouest de la précédente. G*estla plus grande distance qu'il y ait. dans TOued Kir' orientai^ d'une oasis à Fautre.
Moygar. — 11 y a un ancien puits qui ne donne que fort peu d'eau. Le nouveau, qui est très aix)ndant, a coûté clier aux habitants. Les eaux parasites, surtout celles qu'on nomme dans le pays oued el-fassed (la rivière con oinpue) et aussi ma mahsad^ avaient arrêté le forage et faisaient perdre tout espoir de réussite, lorsque le cheikh de Tougourt intervint et lit venir cent cinquante hommes des villages voisins. Ce ne fut qu'après deux mois d'un ira**
vail incessant, pendant lesquels le village les nourrissait que les travailleurs parvinrent à surmonter l'obstacle.
Quand ïoued elrfassed Tait ainsi irruption, ii remplit rexcavation commeneée d'une eau noire et tellement fétide que je ue comprends pas - commént les ouvriers peuvent descendre et séjourner dans les puits. J'en ai pourtant vu plusieurs exemples; le plus remarquable a été à Bou Heumar, village de la banlieue de ïemacin. Je ne pouvais rester plus de cinq minutes à côté du puits infecté, tandis que les . Rouar'a qui en remontaient ne paraissaient pas fort incommodés. Si Moggar n'avait pas été une espèce de fief de Letla Aïchouche, qui on percevait la farama, ou impôt, il n'aurait probablement pas obtenu le concours puissant auquel il doit sa nuuvelic lontaine; et il est probable alors qu'il aurait eu, à peu près, le sort de Tebaïche.
Tamerna. — L'eau jaillissante de cette oasis n amène pas de sable, circonstance précieuse, qui dispense du concours très coûteux des pion*
geurs. Après les sept premiers mètres, ses puiu sont creusés dans la pierre. Leur maximum de profondeur est de 45 mètres. Dans ia chetnorra^ ou etiot formé de Teau surabondante qui sort des plantations de dattiers, on a creusé jusqu*à 55 mètres sans trouver la nappe artésienne. Les habitants m'ont dit qu'à 5 mètres plus bas, ils Tauraient infailliblement rencontrée; mais que Feau parasite les avait vaincm.
Dans les excellentes conditions des puits de Tamerna, le boisage n*eet nécessaire que pour les 7 premiers mètres de Texcavation. Au-delà, se trouve la roche. Il y a même de ces puits dont le boisage de la partie supérieure est pourri depuis longtemps et qui continuent de couler.
Tamerna se trouve, sous ce rapport, dans les mêmes couditious que Ngoussa et Ouargla.
Baurkhès^ près de Megarin. Les puits artésiens y ont 75 mètres de profondeur, dout les 25 deiniers, dans la roche, n*eKigent pas de cuvelage. Ils ont de Teau en abondance et durent très longtemps.
Megarin el'-Djedida n*a qu'une fontaine, maïs
elle donne beaucoup d'eau. Creusée il y a une vingtaine d'années, elle a coûté la vie au haffar (mineur). Cet infortuné avait à peine achevé de percer la dernière couche, qui était épaisse de 50 centimètres, que Teau et le sable montèrent eu tourbillonnant avec une telle violence qu'il fut roulé'au fond du puits comme par une vague puissante. Il était déjà aspiiyxié lorqu'on parvint à le retirer de cet abtme.
Tebesbest^ village considérable, el qui Ta été bien plus autrefois, est à environ 2,000 mètres à Test deTougourt. C'est, au point de vue de L'irrigation, le parasite de ces oasis. On ne se donne pas la peine d'y creuser des puits artésiens, parce qu'on a trouvé moyen de profiter, sans bourse délier, de ceux des habiianls de Nezla. Dans les plantations de ce dernier vil* lage, qui touche presque au fossé de Tougourt, les sources Jaillissantes artificielles sont plus nombreuses qu'en aucun autre endroit du Rii'\ L'eau qui n'est pas absorbée par l'arrosemeut va se jeter dans un grand canal appelé
Uammala qui aboutit à la chemorra de Tougourt. Mais comme ce canal passe non loin de Tebesbest, les habitaiits out eu l'idée ingénieuse d'en détourner une branche sur leurs jardins, qu lis arrosent abondamment et sans qu il leur en coûte rien. Les propriétaires de Nezla en murmurent-, mais, à leur grand regret, ils n'ont pu découvrir jusqu'ici dans les livres de la loi aucun prétexte à réclamation.
Tougourt, Temacin et Blidt-Ameur sont à peu près dans les mûmes conditions de forage, sauf Tépaisseur des couches à traverser, qui est moindre dans les deux dernières oasis que dans la première.
Les faits que je viens d'exposer conduisent a certaines conséquences que jlndiquerai iurs-^ que j'aurai donné tous les éléments de la question, en traitant des puits artésiens delsgouss^i, de Ouargla et du Touat.
Je vais m'occuper maintenant du forage dans leRir* oriental. Les détails dans lesquels j'ai cru devoir entrer jusqu'ici ont suffisamment facilité rintelligence de cette curieuse opération.
Nezia, loasis, où l'on creuse le plus de puits artériens, se trouve à quelques pas de Tougourf , où j'ai séjourné pendant près de deux mois.
Le kald qui ridministre, Si Mohammed ben ei-Goubbi, plus connu sous le nom de Mgueddem(l) Bou-Chemal, s*était lié d*amîtié avec moi; et je trouvai en lui le même empressement, la même bienveillance qu'il avait témoignés, en 1847, à M. Prax, dont il a conservé (ainsi que tous les chefs du pays qui y ont connu ce voyageur estimable à tous égards) le souvenir le plus affectueux.
Hou-Chcmal, un des plus grands propriétaires de palmiers de TOued Kir\ était sur le point d'entreprendre le forage d'un puits artésien , iui-sque j'arrivai à ïougourt. Pouvoir étudier à plus de cent lieues de la côte , en plein Sahara, et dans des contrées barbaresques, un procédé industriel qui ne s'est répandu dans notre £urope civilisée que depuis un bien pe-
(1) Mgueddemt ou Mokaddemy selon la prononciation algérienne, a, dans la pratique, à peu près la même signification que caïd.
lil nombre d années, c'était une baui^e foiluno que je devais saisir avec empreumient.
Je désire que le iecleur trouve dans la description que je vais faire, une partie de l'in-
térét que j ai éprouvé à en recueillir les éléments.
C'est au milieu des plantations de Nezla, dans un enclos qui touche aux ruines de la vieille Tougourt, — cité dont une légende locale explique l'abandon par la multitude des scorpions qui Finfestaient (1), — que le Mgueddem avait résolu de creuser un puits arlcsien. Le terrain oii il allait op^er est assea connu des indigènes par une multitude de forages antérieurs pour qn*il sût, à peu près, la nature, la quan-* lité et rimportance des obstacles qu'il aurait a vaincre et qu'il pût presque fixer le terme de l'entreprise; — en supposant, toutefois, des conditions normales. Car, s'il venait à rencon-
(1) Cette fois, la légende ne parait point fabuleuse. J'ai vu travailler la terre sur remplacement de celte ville antique. Presque à chaque coup de houe, le laboureur ramenait des seorpious à la surface. U» étaient (sogourdis, car Thiver régaait alors.
lier un endroit pénétré par des eaux parasites abondantes, ou s'il avait à traverser des couches pierreuses plus épaisses et plus dures qu'à l^ordinaire, ses prévisions de temps et de dé-^ penses pouvaient se trouver singulièrement dépassées.
Pendant plusieurs joui*s,Bott-Chemal fut toutsWait absorbé par les préparatifs de Tœuvre qu'il avait en vue. On le comprendra, lorsque j'aurai énuméré la série d'opérations qui doi-* vent précéder le forage.
Quand un iiabitant de 1 Oued Hir' veut do^ ter son enclos d*nne source jaillissante, il fait d'abord, à Bab el-Khodra (1), une provision de
(1) Bab ^Khodray Porte aux Légumes, parce que le marché aux légunnes et herbages (kbodra), est auprès. Quelques personnes ont traduit porte verte^ ce qui est une erreur.
M. Prax lui donne le nom de Bab elrKiwkha^ par lequel les habitants de Tougourt la désignent aussi, en effet; mais il se trompe en interprêtant cette désip^natlon par Porte du Pécher» Ici, le mot Khokha Bigniûe une petite porte qui ouvre dans un des vantaux d'une plus grande, ce qni est le cas pour rentrée principale de Tougourt. Il fallait donc traduire : porte m guichet.
cordes de Uja (1). Ces cordes serviront aux mineurs et aux plongeurs pour descendre dans les puits; elles serviront aussi à manœuvrer les seaux (delou) et les couffîns, soit qu'il s'agisse d'enlever les déblais de Texcavation, d'épuiser une eau parasite, ou de débarrasser Torifice inférieur du sable qui s'amoncelle *âudessus, quand la source commence à jaillir.
^ Le propriétaire doit aussi s'entendre avec ses parents, amis, connaissances, et voisins pour obtenir leur concours volontaire et gratuit dans deux circonstances : d'abord pour creuser la grande excavation provisoire appelée amma, après laquelle commence le forage selon le diamètre définitif; enfin,, pour épuiser les sour^ ces ordinaires qui pourraient survenir dans le cours du travail et en empêcher la continuation. Ce concours ne se refuse jamais, car, ceux qui le prêtent auront, à leur tour, Toccasion de réclamer.
(l) lifa. On donne ce nom aux stipules réticulaire* qui enveloppent la base des pétioles des feuiUes de dat* liers. Le lifa a faspect de ûlets brans grossiers et à maiUes très pctUes.
Q^Uké il s'est pourra d'un nombre suffisant de billes de palmiers pour le boisage, il s'arrange avec le charpentier, qui doit les débiter
en madriers.
Il embaudie ensuite un mattre-foreiur/'Aa^ar;; ce sera, s'il est possible, le fameux Uamed i>en Tatta^ ouTrier aussi heureux qu'inirépide or habile, qui a déjà creusé plus de cent puits ailésiens, sans qu'au moment critique du percement de la dernière couciie il lui soit jamais arriyé aucub accident fàclieux.
Eiilin, li retient des plongeurs (r cltassin) qui viendront, lorsque TexcaTation sera terminée, débarrasser le puits du sable que la colonne liquide ascendante y amoncelle en grande quantité, au moment où elle fait irruption, ce qui empêche que Teau arrive tout d'abord plus haut que le milieu du puits.
Ces préparatifs achevés, le travail commence : il se compose du forage, du cuvelage et du i:ui âge. La première de ces opérations est quelquefois interrompue par la nécessité d'épuiser les eaux parasites.
Oa creuse d^abord , par corvées amiables, Vamma, on grande excavation provisoire, qui a le plus souvent 7 mètres de profondeur sur 5 de largeur. Si on lui donne ce diamètre exagéré, qui devra être diminué plus tard, c'est parce que les deux couches qu^elle traverse sont Ifès meubles et sujettes à s'ébouler. Or, précisément à cause de la largeur de Yamma^ les éboulemcnts inévitables n'atteigneui pasTexca* vation réduite qui se continue au-dessous dans la puissante couche d'argile rouge très consistante, contigue à ces terrains meubles. Aussi, iiès que le boisement a commencé et quil s*est élevé de bas en haut, jusqu'au niveau du ioï, ce qui se fait habiiucllemcnt dès qu'on atteint le deuxième tiers du forage, — Vamma devenant inutile, on la comble avec les déblais, tout autour des châssis; et elle, se trouve dèslors ramenée au diamètre général de l'excavalion.
Ainsi, le cuvelage, ou placement des boi^, ne
commence que lorsqu'on arrive au deuxième
tiers de reAcavatiuu. 11 consiste en un ens/em^
ble de châssis en madriers de palmiers, superposés et assemblés par tenons et mortaises.
Pour prévenir les iniillrations et donner plus de solidité à ce boisage, on remplit d'argile, que Ton foule après Tavoir mélangée de noyaux de dattes, les intervalles qui existent entre ces châssis et les parois du puits, qui est toujours de forme carrée (I). Dès que le cuvelage est en voie d*e&écution, on comble les côtés de la grande excavation appelée anima, de manière â la réduire au même diamètre que le reste, c'est-à-dire, à une largeur qui varie entre 70 centimètres et i mètre.
Dans la généralité des puits de rOued Rir\ en se dispense de boiser les endroits qui correspondent aux parties rocheuses; c'est-à-dire trois endroits : Uadjar el-arbain^ strates cal- « aires qui se rencontrent à quarante drâa de profondeur (un peu moins de 20"), comme le nora Texprime ; — hadjerai el-hamra et An- (ijcrat el-mahzoul, couches également solides,
(t) Les châssis déterminent la fome carrée qu'ont tous les puits de rOued Rir*.
qui sont contigttes et précèdent immédiatement l'eau jaillissante.
Les madriers qui composent les châssis sont en palmier, ainsi quon Ta dit plus haut.
Dans leur plus grande largeur, ils ont 25 ceniiiaètres et s'appellent khors. Moitié plus étroits dans la partie inférieure du puits, ils prennent le nom de khccheb et ressemblent à des pieux. Les tenons et les mortaises par lesquels on les joint, se disent bcnnar et tamezouettrt en langage Rir'ïa, mots qui correspondent à ce que les Arabes désignent par les expressions dekeur (mâle) et enta (femelle).
Après ces généralités sur Topéralion du forage, je vais aborder les détails.
Entre les rigoles qui serpentent autour des dattiers, sous un épais berceau de palmes ou Toltigent des milliers de tourterelles, le groupe des mineurs est accroupi autour d'un feu. A côté d'eux, est le puits où Ils vont bientôt descendre. Déjà Vamma est réduite, le travail d'excavation a dépassé le premier tiers, une partie du boisage est placée ; et Ton peut voir
le châssis supérieur saillir de quelques doigis
au-dessus du sol, sauf du cùté où le qualrième madrier lui manque, parce que c'est par là que la source jaillissante devra couler.
Au-dessus de Touverture béante de l'excavation encore incomplète, s clcvo une machine simple et grossière qui rappelle celles qu'on
rtnhlit on France, pour tirer l'eau d uii puits (ueusé en rase campagne.
Deux troncs de palmiers coupés à den\ mètres de hauteur, et revêtus encore de ieui's écailles, qu'aucune tentative d'équarrissage n*a altérées, forment les deux montants. Une traverse supérieure, allant de Tun à Tautre, reçoit une poulie et s'appuie sur une traverse inférieure à Taide de deux petits montants qui la consolident. Toutes ces parties de la macliine sont maintenues en assemblage à Taicie d*en-' tailles grossières qui jouent le rôle de mortaises, et surtout au moyen de ligatures faites avec des cordes de lifa.
Une grosse corde glisse sur la poulie ; à ses deux, extrémités pendent des seaux grossijers
(simples peaux de chèvre), dont une baguette flexible, passée dans une coulisse, fonae le bord et les maintient à peu près ouverts. A l'un des montants principaux, est attachée solidement une seconde corde dont Textrémité inférieure arrive au fond de l'excavation où on la ûxe au besoin par le moyen d une grosse pierre.
L heure du travail est arrivée. Un des mineurs se dépouille de ses habits quotidiens pour revêtir ce que sa garde-robe a pu lui fournir de plus délabré. Les manœuvres ont tiré à eux la corde attachée à un des montants; le mineur se la passe dans Tenfourchure et se la noue antour des reins. Par un surcroit de précautions qui n'est pas inutile, il saisit en même temps la corde où pendent les deux seaux ; puis les manœuvres le laissent glisser, et il anive bientôt au fond du trou. L'incurie musulmane est si grande qu'on ne songe guère à remplacer ces cordes, laiU qu'elles ne cassent point pendant le service. Quant à Thomme suspendu au-dessus de l abime, par suite d'un accident de ce genre,
il ne s'émeut pa$ pour si peu de chose ; quel-^ ' que rude que soit rexercice gymnastique avec une corde sans nœuds et gluante d*argile hu-
iiLide, il descend à Taide du câble qui a tenu bon, et ne se plaint pas, en remontant, du dom* mage qui a pu résulter pour sa ligure ou sa tête de la chute de Tautre corde.
Arrivé tant bien que mal au fond du puits, il s'assied sur le sol, les jambes étendues (1)» et (.oramcnce à creuser avec une espèce de houe à fer triangulaire, appelée mahsa. Il place les dél>lais dans un des seaux en peau de chèvre, et avertit, par un mouvement de la corde, les manœuvres qui attendent en haut ce signal pour Caire leur oflice. Ce mineur est relevé plus ou moins vite de son travail, selon les circonstances du forage. U ne reste pas plus d'une heure, par exemple, s'il y a des infiltrations de Teau noire et fétide qu'on appelle ma mahsad.
Quand le pauvre diable réparait à lumière,
(t) Ayant 1q placement des châssis de boisage qui dU minucnt le diamètre du puUs, Vespace est assez grand pour que le mineur poisse prendre cette position.
il est affreux à voir : ses Imiiuns et tout son corps, dégouttant d'une eau rougie par Targile, lui doiment une apparence salanique : el s'il est parvenu à préserver du contact de la terre colorante son visage naturellement noir, sa ressemblance avec un ange des ténèbres n'en est que plus frappante.
Mais le moment critique approche : on vient d'arriver à hadjerat el-ma/izoul, couche trèssolide (1)» épaisse de cinquante centimètres et au-dessous de latiuelle on entend gronder la mer souterraine. On s'empresse d'aller annoncer au propriétaire du puils celle nouvelle agréablti pour lui» et toujours un peu inquiétante pour le liiaitre-foreur qui doit donner le dernier coup de pioche et ouvrir une route au courant ténébreux. Dans cette circonstance, connue dans quelques phases précédentes et subséquentes du forage, un pour-boire doit être doimé aux travailleurs. 11 est bien mérité pour cette partie
(1) Pour ne pas interrompre la «It scripliuii du proci'ihî do fora{^a% je Uoimcrai plus loin 1 ùimmcratioa des couches traversées.
vraiment périlleuse de Tœuvre \ et parfois tel qui Ta reçu n'a pas eu le temps de le dépenser l
Dans le forage du puits de Bou-Chemal on ne ressentait, disait-on, aucune crainte ; car Ahmed ben Tatla était le héros de raventure.
En effet, ce brave mineur descend dans le «gouf* fre avec le calme de la force, la couliance que donne Thabileté et la foi qu'inspirent de nombreux succès. Cependant ses compagnons, le bon Mgueddem, beaucoup de curieux dont je grossis la phalange, se pressent autour de rélroit espace qui va devenir le théâtre d'un triomphe ou d'une caïastrophc. Les plus rapprochés assurent entendre le bruit sourd du fer qui attaque la dernière ceinture de la nappe jaillissante. Pour moi, je n'entendais rien, et j'étais plus préoccupé de la crainte de voir loul-a-coup un cadavre monter vers nous que du désir d'assister à la naissance d'une de ces men eilleuses rivières qui répondent si docilement à l'appel de l'industrie humaine. '
L'anxiété ne fut pas longue : j'entendis comme le bruit que ferait une lame en dérerlaut sur
une plage, puis un cri s'échappa de toutes le^
poitrines : Ahmed ben Talia, comptait un nou- Teau succès 1
Quelques instants après, il était auprès du feu, bourrant de Tekrouri (chanvre indien) Ul sa petite pipe àliachalchi; un verre d'eau-devie de palmier (boukha) lui avait fait oublier le danger qu'il venait de comir.
Pendant qu'on présentait à Bou-Chemal une tasse pleine de l'eau qui venait de jaillir — ce qui exigeait un nouveau pour-boire, — je demandai à Ben Tatta comment les choses sVtaient passées entre lui et la Mer inférieure.
« Comme toujours, répondit-il, plus de bruit que de besogne I Pendant que je me fatiguais à lui ouvrir la porte qui sépare les ténèbres (le la lumière, je l'entendais gronder au-dessous de moi; elle avait l'air de me menacer d'une mauvaise aventure. Gela ne m'a pas ompêcliô de donner le dernier coup de pioche; le reste
(1) C'est ce qu'on appelle ici hachiche ou kif : hachichr (herbe par excellence); Mf, bien-ôtre, jouissance, —cm prenant le nom de l'effet pour désigner la caose.
a eu lieu comme d habitude : le sable s'est pré* cipité comme un furieux par Touverture, et s*est mis à bondir, droit comme une colouae, au beau milieu du puits, tandis que Teau filait sournoisement le long des parois j nous sommes tous montés, Tun portant l*autre, jusqu'à la moitié du trou. La corde et les bras des camarades m'ont fait faire le surplus du chemin. Ahmed ben Talta en a encore pour quelque lemps à fumer le lekrouri, à boire le boukha et Veugmi (vin de palmier). Luuange à Dieu! »
Ahmed ben Tatta, Thabile mineur, dont Tau- (orité est de quelque poids, prétend que les dangers attachés au percement de la dernière rouche sont en raison directe de son épaisseur. Voici comment il explique le fait.
Celte couche extrême, que 1 on appelle liad^ jerat el^Mahzoul (i), dans le Rir' oriental, et
(1) Frcytag traduU le mot nuûtzoul par macie extenuatus. Ce sens peut s'appliquer, en effet, à cette cou* cbe qai est généralement très mince.
Le mot moxisfahy par lequel on la désigne à Ouargla, sijînifie imi, plat (V. ma traduction d'El-Aïachi, tome IX ^Ic \ Lxploraiion scientifique^ page 55).
qu'on nommait jadis hadjera mou&faà, plus à Fouest, — est une argile consistante, où sont empâtés de petits corps spliériques (mokla^ pru-* nelle), qui en rompent la cohésion. La rivière souterraine y fait quelquefois des affouillements; si la couche est épaisse, il peut arriver qu'un de ces aiïouillements délerniiue à 1 improviste une rupture latérale, pendant que Ton opère le percement. Il parail que, dans cette circonstance, le travailleur est roulé et maintenu au fond de rexcavatioa sous la vague qui se lait jour, tandis que, si la rupture a lieu selon i axe du puits, la colouue liquide ascendante rentratne au contraire avec elle vers Toriflce supérieur.
En recueillant des échantillons des terrains
traversés par le forage, j ai tenu note de la puissance des diverses couches. On va voir le tableau de c^s dcu\ espèces d'indications qui fourniront une idée générale du sous-sol de 1 Oued Rir' ; car les puils de Nezla sout, sous le rapport de la composition géologique, dans les couditions les plus oïdiuaires. Dans la plu?
pari des autres, le terrain est stratiûé selon un ordre identique; et les couches ne différent, de l un à Tautre, que par des variétés d*épais8ettr. Quant aux endroits qui ont un caractère exceptionnel, ils ont été déjà énumérés au commencement de ce mémoire.
Voici le tableau des couches du puits de Nezla :
\o Traby ou terre végétale. Puissance : 1 mètre. — C*est un mélange d*argile, de sable et de gypse (plâtre impur). Il offre à sa surface des effloreseences d*autant plus abondantes que le terrain est plus découvert. Cette croûte saline craque sous le pied et ressemble tout-^-^fait à du givre.
2<» Teure^a^ pierre à plâtre : 6 mètres. — C*est
Uii amas de chaux sulfatée (gypse), généralement cristallisée. Le teurcha non cristallisé, prend, quand on Fa médiocrement cuit, le nom de timchent^ et sert de moellons dans les bâtisses. C'est alors le 2^lâtre vert dû nos maçons.
Cristallisé en grands cristaux agglutinés, ressemblant à des feuilles, ou à des fers du lances,
6n l'appelle lous ; et il est employé cni comme
matériaux de construction, surtout dans le Souf où la pierre manque.
^ Les cristallisations les plus délicates s'appellent £ibès^ altération locale du mot arabe djiàs (plâtre). On les désigne ainsi, paice qu'elles servent, dit^^on, à faire du plâtre de la meilleure qualité. Elles se rencontrent par aggloméraiiuiis qui ressemblent à des paquets de vers filifor* mes. En les examinant avec allenlion, on y reconnaît des cristaux figurant de petits piliers pentagones dont la longueur est en général de 17 millimètres sur des diamètres très vamhles, mais qui ne dépassent guère 4 millimètres.
3û Tin d^hamra, argile rouge. Puissance : 9 mètres. C'est une argile plastique, ferrugineuse et calcarifère. Rouge, lorsqu'on l'extrait, elle prend une teinte icafé au lait après avoir été exposée quelque temps à Tair.
4o R*eurùilf crible : 1 mètre. C'est une argile mêlée de petits morceaux de pierre à plaire (teurcha) et reposant parfois sur un peu Ue
sable. Le nom de crible qu^on \m donne vientil de ce qu^elle est perméable et peut livrer passage aux infiltrations? C'est une des nombreuses expressions tecliiuques que les indigènes emploient sans en connaître, sans même eu rechercher la signification.
50 Tin eMamrOj argile rouge : 3 mètres. Voir le numéro 3.
Hadjar el-arbâm^ les pierres des quarante (coudées). Epaisseur : 50 centimètres. Le nom de cette couche vient de la profonde)ir à laquelle on la rencontre habituellement et qui est d'un peu moins de 20 mètres.
ffadjar el^arbdïn est un calcaire ai^ileux sableux.
7» Tin el'Hamra, argile ronge. Retour du
terrain décrit au numéro 3. Ici la couche a
27 mètres de puissance.
' 8® Teraouin el-hamra, 50 centimètres.
9<> Teroùuin el-bida^ 50 centimètres.
iO« Ti&aouin cl-hamra^ 1 mètre.
llo Tixaouin el'4nda, 1 mètre.
Ces quatres couclies sont un mélange d argile -
rouge et de chau sulfatée presque pulvéru^»
Iciile. Selon la domiiiance de Fun ou de 1 autre élément, elles sont rouge&tres ou blanchâtres^ ce qui motive les uoius hamra et bida par lesquels on les distingue.
Dans les couches 8 et 11, il y a aussi de la chaux, sulfatée à Tétat de cristallisation.
L'argile de Tizaouin el-bida est plus douce au toucher que celle de La couche qui la précède.
\i9 Hadjerat elnhamra, la pierre rouge : 5
mètres. C'est de la chaux sulfatée, ou pierre à plâtre.
13o Haâjerai el'inahzoul, la pierre mince:
50 centimètres. Argile d'un vert pàle, assez con^ sistante, où sont empâtées de petites boules blan» châtres appelées mokla^ ou prunelle (de Tœil)*
Au-dessous de cette dernière couche, est la mer souterraine, dont la profondeur est inconnue aux indigènes qui, du reste, n^ont jamais essayé de la constater (1). A défaut de données»
{1) Tout ce qu*Us en connaissent, dlsent^Us, c'«st 4|a'eUc coule brayamment do sud au nord.
pi^éci^, on peat indiquer certaines probabilités.
Le sable n envahit point les puits de Tamerua et de Bourldiès, tandis qu'il ne manque jamais (le monter en abondance dans les autres. Ceci n*annonce-t-il pas une plus grande puissance de la nappe jaillissante dans ces deux oasis? Car on peut supposer avec probabilité que lors du percement de la dernière couche, Teau se précipitant avec force vers Touverture, il en ii^sulle une agitation qui met en mouvement )e lit de sable sur lequel elle coule, à moins que ce lit soit à une profondeur assez grande pour se trouver à Tabri de ce violent remous.
Quant il la nature des terrains traversés par (e forage, voici le résultat qu'on obtient :
Terre végétale. . . 1 mèl. 00 cent.
Argile 43 &0
Gypse. . . , , , 11 00
Calcaire. , , . . &0
M. Ville, Ingénieur en chef des mine^, ap-< peHe ces sortes de ten*a!ns quaternaires. M. Mac Cariiiy croit qu'ils sont le résultat d'un allais*».
sèment. Dans celte dernière hypothèse , les collines à sommet plat qu*on rencontre «dans le 6ahara seraient les témoins subsistants du niveau primitif.
Le iiavail ii n'exige le fonc^iaeul d'un puits artésien ne finit pas avec le forage; on a vu que Teau amène beaucoup de sable qui pesé sur roriflce inférieur^ et ne permet qu'une ascension incomplète de la colonne liquide. Puur que la nouvelle source déborde et puisse, en roulant à la façon d'une rivière, servir à Firrigation, il faut enlever le sable obturaieur. C'est Taffaîre des plongeurs, et voici comment ils s*y prennent, d'après ce que j'ai observé, d'abord à Tougourt, puis à Temacin.
Au jour désigné pour le commencement du curage du puits de Nezla, je vis arriver les plongeui*s en truupe, et montés Iriomplialcmenl sur des ânes dont le propriétaire de la source jaillissaïue devait payer la localiun et la nourriture. C'était, disaient-ils, pour ménager leui^ f(»rces qu'ils arrivaient ainsi en cavalcade au travail pénible et périlleux qui les attendait.
C*était bien un peu aussi pour faire de la fantasia; iaute de chevaux qui ne se trouvent que dans les écuries du Cheikh, ils s*étaient con^ inntés de la plus humble des montures que fournisse la localité.
L éclat de Tuniforme, les accents de la musiijue, le bruit du tambour étourdissent Thomme de guerre sur les chances de. mutilation ou de mort qui l'attendent trop souvent sur le champ de bataille. L iiuiuble soldat de r industrie, — qui a bien aussi ses périls, — aime également à donner une sorte de solennité au sacrifice de sa vie, quand certaines professions lui en font une nécessité. Dans l'Inde, le pécheur de perles inaugure ses dangereux travaux par le chant, la danse et les splendeurs religieuses. Les cantiques Imrlés par une foule de hramines et de dervis, qui les accompagnent des contorsions les plus étranges, fortiiient son courage et lui inspirent la confiance. C'est ainsi que le pauvre plongeur du ruued Rir* arrive au bovd de l'abîme, — d'où, peut-être, il ne sortira pas vivant,— avec toute la pompe que son misérable pays comporte.
Mais les plongeurs de Bou-Chemal s6nt à leur poste ; ils ont dépouillé les habits de féte et n oui coaservé pour tout vêtement qu'un lies petit caleçon qui colle à la peau. Plus de chants, plus dVxlats joyeux ; la scène est devenue sérieuse. Celui qui doit inaugurer le travail s'approche lentement du puits, il dépose des charbons ardents sur la margelle formée par le bord du châssis supérieur, et il y jette de Ten-
cens. Quand la fumée commence à s'élever vers le ciel, il frappe quelques coups avec la paume de la main sur le boisage. C'est un appel qu il fait aux génies de la mer inférieure, pour qu'ils spient bien infonnés qu'on vient de leur rendre rhommage qui leur est dû.
Par une exception, aussi iieureuse pour le propriétaire que pour moi, Teau avait, presque dès le principe, dépassé de beaucoup la moitié du puits : il ne s'en fallait que de quelques mètres qu'elle atteignît le niveau du sol. On pouvait donc voir tout à l'aise la série des curieux préliminaires du travail de curage.
Le plongeur dont j'ai parlé était descendu
dans le puits, en s'aidant de la corde attachée il an montant de Vappareil précédemment décrit, et il avait déjà de 1 eau à la hauteur des épaules. Avant de procéder à une immersion plus complète, il récita une courte oraison. J'en ai vu d*autres se contenter d'une interjection pieuse ; oi diiiairement le mot Allah (Dieuj, prononcé d un ton emphaticfue et en appuyant assez longtemps sur la première syllabe pour produire inie de ces longues démesurées qui n'ont pas été prévues par les auteurs de prosodie.
L^encens, les prières et tous les accessoire» de celle cérémonie sont regardés comme également indispensables par le plongeur saharien qui, pour tout au monde, n'en retranrheiait pas le plus mince détail. Car il y va, dit-il, (le sa propre existence ; et, même, si malgré toutes ces précautions, un ennemi est venu à la faveur des ténèbres nocturnes, et pendant qu*il est endormi, lui nouer au pied la corde qui a servi à attacher un âne, il doit, après avoir été ainsi ensorcelé, périr infailliblement la première fois qu'il descendra dans un puits.
r Ne riez pas» lecteur, au récit de ces croyances puériles admises par des barbares, dont, après tout, la crédulité est excusable j car, chez nous autres ciyilisés, qui n*avoDs pas les mêmes circonstances atténuantes à faire valoir, il y a des superstitions fort analogues. Nos mineurs ne croient-ils pas aussi à un Génie, gardien des profondeurs de la terre ? Génie tantôt favorable, tantôt malveillant. N*allument-ils pas des cierges dans quelques circonstances en Thonneur de cet être sui aaturel qu'ils appellent le petit mi-' ne UT ?
Dans ces professions pleines de péril, où la mort la plus alfreuse plane à chaque instant
sur le travailleur, on éprouve impérieusement
le besoin de croire à une protection surhumaine. L'incrédulité ne tient pas longtemps devant un grave danger qui tous les jours se représente.
Les plongeurs se bouchent soigneusement les oreilles avec de la graisse, pour protéger leur tympan contre la pression des couches liquides inférieures; mais ils laissent les narines tout-
à-iait libres, quoiqu'on ait avancé le contraire. Cet usage, qu*on leur attribue à tort, ne leur est pas. mémo connu par ouï-dire ; et ils ont paru fort surpris lorsque je leur en ai parlé. Us prétendaient que cela serait gênant pour eux et très-inutile. Toute personne qui sait plonger sera de leur avis.
Après être resté quelques secondes immergé jusqu'aux épaules, le plongeur abaissa subitement la tète sous Teau et la releva aussitôt, puis, il se mit à tousser, cracher, se moucher, de manière à rendre les voies parfaitement li- 1ji es. Il renversa ensuite la tête en arrière, ayant la bouche à fleur d'eau, il inspira et expira lentement l'air pendant quelques minutes. Enfin, bien assuré du jeu facile et régulier des poumons, après une longue cl dernière inspiration, il plongea tout^-coup en se faisant glisser rapidement, à l'aide des mains, dahs la position verticale, le long de la corde fortement tendue entre le jiiontant uù elle était attachée en haut et la grosse pierre qui la fixait au
i)as.
Lorsque cet homme reparut et que, la montre à la main, je coostatai qu'il était resté 6' 5*' sous Teau, je crus m*étre trompé; d'autant plus que, ne prévoyant pas un résultat extraordinaire, je n'avais peut-être pas observé avec toute l'attention suffisante. Mais j'ai répété l'expérience chaque fols qu'un plongeur opérait ; et si je n'ai plus obtenu le même chiffre que la première fois, j'ai eu très souvent celui de cinq minutes cinquante-cinq secondes, qui ne lui est pas beaucoup inférieur.
L'hoiiuiable rédacteur du Siècle, qui a rendu compte de mon Mémoire avec une bienveillance et un esprit consciencieux dont je le remercie, a témoigné quelque incrédulité au sujet de cette partie de mon travail ; et il n'est probablement pas le seul qui a éprouvé, ou éprouvera ce sentiment au récit d'un fait qui n'est pas ordinaire. Je ne m'en étonne ni ne m'en offense; mais comme ^"ai vu, vu plm d'une fois! et en prenant toutes les précautions propres à prévenir des erreurs, je cite les faits et je les affirme.
Les lésuUats extrêmes des iiiiiiiersioiis dont j'ai été témoin au puits de Nezla, profond de oG luètres, sont (en r^ardant ia première expérience comme non avenue) :
Maximum 5' 55" Minimum 5 5
Au nouveau puits de Bab-Tazat (Temacin; , qui n*a que 37 mètres^ les extrêmes des immersions faites en ma jjrcscncc ont été :
Maximum ô' 55'' Minimum 5*
Un jeune apprenti qui s'essayait à plonger, mais nv, iiavaiilait pas encore, est resté sous l eau 3' 30".
Ces résultats sont de nature à surprendre, ii est vrai ; mais ils ne sont pas non plus de ceux qu'on doive repousser à priori, car les limites possibles du séjour de Thomme sous Teau n'étant point scientifiquement déterminées, nul ne peut indiquer avec précision où il faut placer la borne infranchissahie.
On n'a pas encore suffisamment recherché s il n'existe point entre les diverses races humaines
des inégalités d'aptitude sous ce lapport, comme on en r^narque entre les hommes d'une même race. Car, ciiez nous, par exemple, on rencontre des personnes qui naturellement aiment à plonger et y sont habiles, tandis que d'autres, quoique sachant très bien nager» ont horreur de mettre la téte sous Teau, même pendant quelques secondes.
Je ne m'appuierai pas sur les récits merreil* leux et rarement authentiques, d'hommes qui ont pu séjourner sous Teau sans mourir, pendant 15 minutes, 1 heure, 16 heures, 48 heures, trois jours môme (V. Halier, Éléments phy^ siologiques, tome m, page 269), mais je citerai Toplnion de fiurdach, parce qu!elle est applicable aux plongeurs de TOued Rir*. Ce physiologiste dit (tome ix, page 250) :
« La plupart des plongeurs de profession ne restent pas plus de deux minutes sous Feau ; mais il est très possible que la pesanteur de la colonne de liquide rende le séjour dans Teau de mer plus difficile, puisqu'un homme doué d'une forte poitrine est capable de plonger pen-
dant près de huit minutes dans une rivière. ».
Comme l'eau des puits artésiens est douce, les immersions prolongées y sont plus faciles que dans la mer ; et dè&-lors il devient moins extraordinaire que des plongeui-s aient pu y rester un peu plus de six minutes.
Cela Test même d'autant moins, qu^un plongeur indigène employé par la direction du porl d Alger, restait cinq minutes sous Teau, dans la .mer. M. le docteur Lacger, aujourd'hui médecin en chef de I hôpital militaire de Toulouse, a constaté le fait un jour où cet homme plongeait pour démêler des chaînes.
L'homme dont je veux parler est un mulâtre aux lunui'salliiéiiqucs, très connu des amateurs de natation qui habitent Alger depuis longtemps. On le nomme Omar Oulid Selour \ il est fils d'un ancien amin des Biskris et d'une négresse. Omar, dans les derniers temps de son séjour à Alger (il est maintenant à Tripoli), s'était mis aux gages d'un spéculateur italien, qui lui faisait explorer la rade à des profondeurs considérables afin de chercher les ancres et autres objets que
des naufrages des accidents quelconques avaient précipités au fond. Si l'un demande aux Algériens combien de temps Omar pouvait rester sous l'eau, ils vous répondent un tselouts (tiersd'heure) ou vingt minutes I Tenons-nous-en aux cinq minutes qui sont constatées par un témoignage authentique : avec cet antécédent, Omar pouvait lutter contre les plongeurs de TOued hh' y car Teau douce et légère des puits artésiens lui eût été plus facile que celle de la rade d'Alger.
Ce remarquable plongeur a laissé ici un émule
qui ne lui cède en rien : c'est le biskri Sadi, également un mulâtre. Il est assez curieux (ju Alger, situé sur les bords de la mer, reçoive ses meilleurs plongeurs du Sahara, qui n a pas uiémc de rivières; et que ces excellents plongeurs, ici comme dans TOued Rir\ soient toujours des lioninies à peau noire.
Avant d'en finir sur ce sujet, je donnerai encore la citation suivante :
£bn Batouta dit (V. p. vu de l'introduction du t. 2^) que les plongeurs de perles de Siraf
restent deux heures sous 1 eau. Sou li*aducteur, en relevant celte exagération énorme et manifeste, rappelle que» d'après M. Morien, ces pécheurs y restent eiftq minutes au maximum. On peut voir aussi au t. ii, pp. 35 1, 352, ce que cet auteur dit d*uii fameux plongeur de Sinope.
Pour revenir au puits artésien deNezla et aux immersions extraordinaires des individus qui le uelioyaient, je crois que le meilleur moyen de convaincre le lecteur de Texactitude de mes observations à cet égard, c'est d'exposer le travail des plongeurs. On se fera alors une idée du temps qu'il faut pour Texécuter.
Le puits de Bou Chemal avait 56 mètres de prufondeur (1). Lorsque le travail de curage tirait à sa fin, qu'il ne restait presque plus de
(1) J'ai obtenu ce chiffre directement en mesurant la corde qui est tendue dans toute la longneur du puits ; et indirectement par le coanapte des mineurs ot figurait le nombre de coudées du terrain traversé par le forage. M« Ghevarrier, qui a mesuré un des puits de la Casba de Tougourty l'a trouvé profond de 55 mètres et une fraction. L'accord est asses remarquable. Je dois faire observer qu il y u des puits de 75 mètres et plus ; et que les plongeurs les curent comme les autres.
sable et que Teau était près de débuider la margelle, la plongeur se trouvait avoir le maxiiiiuai de dislaace à parcourir pour arriver au fond. ^
A l'aide de ses mains, il devait descendre le long de la corde en conservant toujours la position verticale. On peut défier rhoniine le plus agile d^exécuter cette descente de cent soixante - huit pieds, sans répéter à peu près autant de fois des mouvements de mains dont chacun représente bien une seconde, surtout lorsqu'il s'agit de vaincre la l'ésistance toujours croissante de Teau.
Arrivé au fond^ le travailleur doit y prendre une situation solide qui lui permette d'accomplir sa tâciie et ne 1 expose pas à être enlevé prématurément par Feau.
C'est avec les mains qu'il ramasse le sablou et le dépose dans un couffin de 50 centimètres d'ouverture sur 30 centimètres de profondeur. L'agitation de l*ean, causée par les mouvements même du travailleur, rejette un bon tiers de ce sable au fond du puits, avant qu*il arrive
k sa deslinatiou ; c est donc un tiers de besogne en sus pour remplir le couffin (1).
Celte opération terminée, ii faut de nouveau parcourir 56 mètres sous Teau, toujours en tenant la corde, car, autrement, on s'exposerait à être ballotté d*une paroi à Tautre.
Quand on réfléchit à ces diverses circonstances, on demeure convaincu que, pour faire tout le travail que je viens de décrire, le chiffre de 5 55 ' que j'ai souvent observé n'est nul-lement exagéré ; cl que si les plongeurs foiii, en effet, ce travail, — ce qui est démontré par des résultats visibles, incontestables, — c'est qu'ils peuvent véritablement passer plus de cinq minutes sous l'eau.
La tâche imposée aux plongeurs est si péni* ble qu*on fait tout ce qu'on peut pour ta diminuer. Ainsi, dans le cours du curage, et
quand la couche de sable est assez épaisse
pour que l'eau ne puisse luonterque lentement, — on épuise le puits jusqu'au tiers, au moyen
(1) Le coufTin, qui est attaché à ane corde spéciale, est remonté par les mancBuvres.
de corvées amiables. A m^ure que le niveau d'eau baisse, Tbomme qui emplit les seaux descend en plaçant les pieds entre les chdssis qui ne sont jamais très-exactement jointoyés. Les corvéïeurs tirent les seaux à tour de rôle et les vident à côté du puits. Quand [^opération de l'épuisement (danb cette circonstance ou dans d'autres), exige un grand nombre de bras, il y a toujours beaucoup de femmes qui y prennent part.
Malgré toutes les précautions et les adoucissements imaginables, le métier de plongeur est un de ceux qui ne mènent pas loin leur homme. Quand les pécheurs de perles, — qui ne restent pas plus de quatre minutes sous Teau, mais qui plongent quarante ou cinquante fois dans une matinée^ — * remontent sur le bateau, le sang leui sort par le nez, la bouche, les yeux et les oreilles ; et ils tombent épuisés sur le tillac. .
Les immersions sahariennes sont d'une plus grande durée, mais moins fréquemment répétées (trois fois par jour seulement). Les seules
altérations que j*ai remarquées dans les plongeurs, quand ils sortaient du puits, c'est que leur conionetive ^tait fortement injectée, et qu'îLs étaient essoufflés et frissonnants. La première chose qu'ils font, c'est de courir an feu et de se couvrir. La plupart meurent dans les puits de quelque rupture des vaisseaux.
Quand on ramène ainsi un de ces infortunés mort, ou même mourant, sa paie appartient aux camarades qui le tirent du puits. Les survivants ne s'émeuvent pas plus de la catastrophe qu un vieux soldat qui, sur un chauip do balaiiie, voit tomber Tbomme qui lui touchait le coude.
Le concours des plongeurs redevient quelquefois nécessaire pour un même puits artésien, lorsqu'il lui arrive dcsobsii uer par accumulation de nouveaux' sables ascendants. Ce travail d'entretien ur; diffère en rien du iiavail primitif que je viens de décrire. Mais si un puits se bouche par la chute de madriers pourris, on n'essaie pas de parer à cet inconvénient réputé irrémédiable par Findustrie locale, et Ton préfère ^n percer un nouveau.
Dans le forage, comme dan» le curage des
puits sahariens, la vie des hoMiiiies est expos(''e à chaque instant sans nulle nécessité; des procédés plus intelligents mèneraient au but plus vite, plus économiquement et d'une manière plus durable. Cela est évident pour (juiconque, connaissant la matière, a lu avec attention ce qui précède. Je m appliijuai, dans le principe, à expliquer cette vérité aux mineurs et aux plongeurs de FOued Rîr'. Tous comprirent très bien que la chose était possible ; mais ils me supplièrent de n*en point parier aux pro^ priétaires, parce que, disaient-ils, cela leur ôrerait le pain de la main ! On voit que partout le travailleur est disposé à mal accueillir les perfectionnements mécaniques ; même quand son bien-être,, sa vie y sont le plus intéressés.
La durée des sources jaillissantes varie dans le Rir' oriental par deux causes : la qualité
des bois de cuvelage, 1 épaisseur des couches de pierres. Là oiin le bois de dattier est bon,
où la rociic est puissante, les puits vivcndl^
80 à 100 ans. Dans les coiidiuons opposées, il$ meurent parfois au bout de cinq ans» ainsi que cela arrive à Temacin et à BUdt-Ameur, tandis que Tougourt voit les siens couler pendant \nv6 de trente ans.
En allant de Blidt-Ameur à Ouargla, par la petite ville de Hadjira, je laissai la ligue artésienne un peu au sud de ma route. Mais j*ai pu savoir, par le témoignage unanime des Indigènes, qu elle présente une solution de con-^ lînuitc depuis la pointe méridionale du Rir' oiiental jusqu*à Ngoussa. Dans Tespace d'envi' l'on 80 kilomètres qui répond à cette lacune, un ne trouve aucune source jaillissante. Il ne faut pas en conclure qu'il y eût impossibilité d'en percer. L'expérience seule peut décider la question, et elle n*a pas encore prononcé.
Un riche propriétaire du Rir' me montrait, un jour, un de ces bassins de terre salée dont j ai parlé plus haut ; c'était bien le plus sec» le plus nu, le plus désolé qui se fût en^eore présenté à mes regards. Cependant, mon indigène disait, d'un ton de confiance évi-
denuoaent inspiré par la certitude da succès :
Je veux créer une oanis ici. On m'aurait parlé de mettre eu valeur agricole un plateau de roche pure, que ma surprise n'eût pas été plus grande. Mais mon interlocuteur s^avançait à coup siir : il avait déjà fait creuser un puits dans cet endroit, et il avait trouvé Teau jaillissante à 40 mètres. Le problème était donc virtuellement résolu. Qûe de merveilles fera notre sonde artésienne, quand, après l'avoir essayée stérilement à Biskara la bien arrosée» où elle était inutile, on se décidera à la transporter sur son véritable théâtre, dans nos oasis sans rivières, à qui elle doit ouvrir ft pleins bords toutes les sources de la fontaine de vie(l).
Je n'ai donc, ainsi que je le disais plus liant, retrouvé les puits artésiens qu'à Ngousi>a et à Ouargla.
Ngoussa est une ville exceptionnelle à tous égards : ses deux cent cinquante combattants ont souvent dominé Ouargla, sa puissante voici) Ceci a été écrit en iS51, Q faut se le rappeler.
sine, qui en compte pi^ de deax mille. Aussi
le (•élèbn3 Hou Mkhebeur a-t-il dit : Ahl Nguussa, let-trad : Habitants de *\gomsa^ gem de ffuene! Et la voix publique ajoute : Ngousm est petite, mais ses visées sont grandes ! Ngoassa sr era ou aiahen-ha kobar.
Ngoussa n'est pas moins remarquakie au point do vue matériel ([ue sous le rapport moral. Elle a plusieurs rues bien alignées qui tt^moîgnent que ses habitants n*ont pas pour la ligne droite la répugnance instinctive que I*on observe ches les autres Indigènes.
Uuand on sort de la ville par les portes principales, on est étonné, en entrant dans le iJiassif des vergei's, de trouver, — au lieu des sentiers étroits et tortueux, qui font des autres oasis autant d'inextricables labyrinthes, — tic belles avenues de palmiers, larges, tirées au cordeau et qui ne dépareraient point nos parcs les plus classiques.
Si Ton coupe son territoire en deux portions par une démarcation fictive qui continue au nord et au sud la ligne de sa muraille orieu-
laie, on a» 4u côté de l'est, uii pa>s qui dii- /ère totalement sur des points très-essentii»1s de celui qui se trouve à Touest. Ainsi au levant, le terrain, couvert de dunes, rappelle tout-à-fait le pays sablonneux de Soul. JJe ce cMè, pas de puits artésiens : les dattiers y sont cultivés dans des T'itan^ ou vastes excavations, ce qui les rapproche de la couche d^eau non jaillissante, — qui est très près de la surlace du sol,— et dispense de Tirrigation. Au couchant. Je sable, plus rare, laisse à découvert des bassins de sebkha, ou terre salée ; et les puits artésiens, reparaissent.
Eti un mot, Ngoussa, c'est l'Oued Souf à Test, cl le Hir' oriental à Touest. Ces deux contrées si différentes se retrouvent ainsi en miniature sur le petit territoire de cette cité des Ben Babia.
Des trois plus beaux puits artésiens de Ngoussa, deux sont au sud de la ville ; le plus oriental est âtn Zerga^ situé en face de la porte^ ou pour mieux dire de la baie à laquelle il donne son nom. Vient ensuite âïn Tarmounst^ dan^ l'allée qui aboutit à JJaO-Zefreùa, porle^
que l'on désigne souvent aussi par le nom de rette fontaine. C'est par Tallée de TannounsI que Ton va à Ouargla.
Mais la source jaillissante la plus belle de l'oasis, la plus remarquable par son diamètre, par l'abondance et la limpidité de Teau, par la splendide bordure de végétation qui Tencadre, c*est Tala Moggar, En langage zenaUOf rela veut dire la grande fontaine; et le nom n'est certes pas usurpé.
A l'ouest de la ville, sur la route du Mzab, et vers le milieu de l'avenue de palmiers qui roramence à la porte Ba-Saci, est une place carrée, un petit square, au centre duquel coule le beau puits de Tala Moggar. Du large orifice de ce tube artésien, s échappe une source ou plutôt une rivière d*une pureté cristalline, où se mirent des groupes d'élégants dattiers que le voisinage d*une eau vivifiante rend plus élancés et plus luxuriants (i). Il y a toujours
(1) La situation des puits artésiens dans les plantalions se rcoonnait facilement à cette circonstance : les dattiers qui les aitourent sont toujours plus hauts que les autres de la même espèce.
ÂlUuence dlndigèues auprès de cette belle Ionlaine : on y trouve des cultivateurs qui vont au travail ou en reviennent , des Yoyageui*s qui se désaltèrent en passant, des pasteurs qui abreuvent leurs troupeaux. Des oisifs même, par une entente instinctive de Tutile joint à Tagrtliable, ont choisi pour s'abandonner au\ douceurs du far niente^ cet endroit où Ton trouve de Teau, de Tombrage et le site le plus pittoresque. Tala Hoggar offre en outre à 1 Européen le spectacle attrayant et imposant tout à la fois, d*une oeuvre du génie et de la liardiesse de Thomme, se manifestant au milieu des magnificences de la végétation des oasis.
Lorsque je visitai cette fontaine, on ne pouvait pas vanter la délicieuse fraîcheur de ses eaux, rar elles avaient, — comme toutes les ï>onrfes du désert, — une température constante de 18» cent. ; tandis que ralmuspiiùre ambiant^ à crlto époque (commencement de février) oscillait entre 12® et 17<> environ. Durant les matinées, — qui semblent glaciales en hiver dans ces contrées, quoique, de jour, le thermomètre y des-
tende rmemeut à 5^ au-dc^us de 0, — on voit les puits artésiens exhaler d'abondantes Tapeurs. Les liidigeueâ s appuient là-dessus pour soutenir que leurs sources sont froides en été et chaudes en hiver. U y a, ciiez nous, des gens qui en disent autant des caves ; les deux asserlious se valent (i).
Je voulais mesui^er la profondeur de Tala Moggar ; mais, parmi les honorables oisifs dont }*ai signalé la présence en cet endroit, se trouvaient des roZ/^a, cest-d-dire des savants, qualité qui, chez les Indigènes, n'implique nullement la science, mais annonce presque toiigours une forte dose de fanatisme, jointe à beaucoup de superstition. Ces individus m'avaient vu avec déplaisir plonger dans les eaux de leur plus belle luiiiaine un tube thermométrique, instrument à eux inconnu et par conséquent fort suspect d'appal tenir à rarseuai de la sorcellerie. Leui nié-
(t) Je me suis assuré par un grand nombre d'expé- ' riences, faites sur plusieurs points, que la température constante de ces puits est de 18*. H. Gbevarrier avait constaté le même fait, mais à Tougourt seulement.
contentémeiii prit des proportions presquè menaçanlcs à l'aspect d'une soiute, nouvel engin dont la production intempestive venait corroborer les soupçons excités par ratt(re\ Aussi , mes iolba décidèrent unanimement dans leur sagesse qn îl fallait m'empécher d'accomplir une expérience qu'ils n'hésitaient pas à qualilier de diabolique !
« Gomment ! s'écria le plus capable de la » bande, s adressant à moi : tes ancdtres, en m • letirant de ce pays devant l'islam victorieux^ » ont enfoncé sous terre tous les fleuves qui y » coulaient jadis à la surface ^v. page 15); et » maintenant, tu viens tarir nos fontaines avec « tes manœuvres sataniques. Par Dieu ! nous m; » te. laisserons pas consommer le maléfice. Nous » n'avons pas envie de mourir de soîl apr^s » ton départ. »
J'eus beau m'efforcer de leur démoiilrer qu'en lançant un plomb au bout d'une corde dans le puits de Tala-Moggar, je voulais seulement en constater la profondeur, et que cette opération, fort innocente, n'empêcherait pas l'eau de cou-
1er tant qu'il plairait à Dieu, et avec ia même abondance que par le passé, on m'opposa avec persistance le prétendu méfait attribué aux Romains ! Il fallut donc me contenter du rensei* jijnement que mes interlocuteui^ voulurent bien me donner, et qui me lut coniirmé, du reste, par le chef Bou-Hafs, à savoir que ce puits était profond de 22 kamt^el-habel, ou brasses ; sort d'environ de 37 mètres. On ajouta que le maximum de profondeur des sources jaillissantes dans cette oasis, est de 50 mètres.
En général, on ne s accorde pas toujours sur ces mesures, à Ngoussa et Ouargla. On a été quelquefois jusqu a parler de 200 mètres. L'erreur est évidente; car les puits auxquels on attribue ce chiffre, sont dragués par les plongeurs, absolument comme lesautres, ce qui serait impossible, s ils étaient aussi pruiuadsqu on le prétend.
Au reste, ces contradictions et ces incertitudes s expliquent facilement: personne n'a vu creuser les puits, on n*y travaille qu'à de longs intervalles .et pour les cntretcuir. On n'en perce plus de nouveaux.
D'après ce qu'on m'a rapporté, les 14 premiers mètres des puits artésiens de Ngoussa traversent la terre végétale; de la chaux sulfatée (plâtre) et de l'argile (1) ; le reste, jusqu'au fond, est de la roche. La solidité de la majeure partie du tube explique sa durée immémoriale. Par une heureuse coïncidence, le bois de dattier est d'excellente qualité dans l'oasis ; aussi le cuveiage des 14 mètres de terrain non rocheux a une durée de plus de cent ans. Il n'y a donc à faire que de faciles travaux d'entretien.
Ces travaux sont de deux espèces : d'abord l'enlèvement du sable (2), de la terre, des détritus de végétaux qui ont pu se déposer au fond du puits après un certain' laps de temps. Les plongeurs y procèdent de la manière qui a déjà été expliquée.
Le travail principal d'entretien est le renou-
(1) Les travaux d'entretien, ainsi qu'on va le voir, permettent aux liabUants de constater la nature des couches supérieures.
(2) Ce sable n*est pas amené par la nappe souterraine ; il est précipité de haut en bas dans le puits, lors des grands vents de rbivemagc.
vellemeut du boisage, qui ne se fait jamais deux fois dans un même siècle.
Ou attend pour l'entreprendre le retour de Tété; saison pendant laquelle le niveau des sources jaillissantes diminue un peu. Un impulse alors Teau par le moyen de corvées amiables, jusqu à ce qu elle descende au-dessous de la ligne supérieure des couches rocheuses et laisse à sec les couches meubles, les seules pour lesquelles le boisage soit nécessaire. Pour atteindre à Ng*jussa celte iigiie de démarcation entre le terrain solide et celui qui ne 1 est pas^ il faut qu'on épuise jusqu à concurrence de 14 mètres. A Ouargla, le roc n'est qu'à 2 mètres de la sur* face du sol. Aussi, est-ce, de toutes les oasis que j ai visitées, celle où les puits se trouvent dans les conditions les plus favorables de durée. Od, bien entendu, eu égard au mode de forage des Sahariens.
Quand Tépuisemeut est aciievé dans les limites nécessaires, on établit sur les premières assises du roc un plancher de forts madriers, que 1 on charge d*argile mêlée de noyaux de dattes, le
tout dûment foulé. Ce plancher contient Teau ;
et Ton procède à loisir au nouveau boisage.
Dès que les châssis sont en place, on enlève h; plancher provisoire; Peau n'étant plus arrè- {(•e reprend son mouvement d'ascension, dé^ horde de nouveau la margelle et irrigiie les dat-: tiei^s pendant un auti'e siècle.
Je n'ai pas eu l'occasion de voir ce travail qui ne se fait qu'à de rares intervalles ; mm uï\ frrand nombre de propriétaires et d'ouvriei's de
Ngoussa et de Ouargla m'en ont fourni les détails, snr lesquels ils s'accordent parfaitement.
Les plus belles fontaines jaillissantes deOuar-; gla sont Ain Bamour et Aï^ Mer/gan, surtout c<3tte dernière. I^o même qu à Tala Moggar de \goussa, j'y ai remarqué de i>etits poissons bruns, ressemblant fort à ce menu fretin qu on voit au bord de nos rivières quand les «aux sont basses, et que les enfants de Paris appellent savetiers. Ils ne sortaient pas du bassin formé par la margelle et disparaissaient dans les piutondeurs du tube artésien, dès qu'on avant^it la main dans leur direction. Je n'aurais jpeut-étre pas osé,
je ravûuc, rapporter ce fait singulier, s'il n'a^ vait déjà été observé à Elbeuf et dans les oasis d'Egypte* Ce sont, je crois, des épiuociies (1).
L'eau d'Ain M eggan est d*nne telle limpidité qu on voit très distinctement à deux mètres de profondeur le commencement du roc. Là, le tube, qui a près de deux mètres de côté, mesuré à la margelle et au boisage qui la continue, — s*étrécit subitement et se ciiange en un cylindre rocheux, d'environ 65 centimètres de diamètre. La pierre, qui paraît être de couleur grise, tranche fortement avec le boisage auquel les nombreuses plantes aquatiques qui le tapissent donnent une nuance très-sombre. Ce qu'on apcrgoit des parois de ce tube offre des traces analogues à celles que laisserait le travail grossier d'un pic sur la surface d'une pierre.
On a vu précédemment que la tradition fait remonter à un temps immémorial le forage des puits de Ngoussa et de Ouargla. Cependant le pèlerin El-Aïaehi en parle, ea 1GG3, de manière à faire croire qu'on en pergait encore à
(1) V. Magasin pittaresque, aiiuce 1S36, p. Su.
cette époque assez moderne. V. t. ix de VEx-
ploraiion scientifique^ p. 55. Je transcris ici ce passage carieux, en raccompagnant du commen«-
taire qu'il exige.
« Singularité des singularités de cette ville
(Ouargla),
^ Pour que Teau sorte avec force, ils creusent des puits à environ 50 kama. (La kama usitée à Ouargla est dite el-haùel, et égale une brasse), profondeur à laquelle ils atteignent une araile i|u'on appelle /ladjera mousfak ou pierre plate, laiiuelle se trouve à la face (inférieure) du noyau de la terre. Us font un trou à cette cmiche, et Teau en jaillit avec force et abondance. En moins de rien, elle arrive à l'ouverture du puits; d'où elle coule et forme un ruisseau. Si celui qui pratique le trou n'est pas attentif, il est étouffé par la colonne d'eau (as-' cendante). Ceux qui nettoient ces sortes de puits ont de grandes difficultés à surmonter et des dangereà courir. Souvent môme, laviolenci^
da moiitemeiit d'ascension empêche de les curer, alors le trou finit par se boucher, tin de mes amis qui a vu nettoyer de ces puits m*a i4iformé d'une chose fort singulière, c'est que les sources de 1 Oued Rir' ont cette origine. »
La remarque qui termine ce passage prouve qu'Ël^Aïachi n'avait guère (étudié la question, ni même observé les faits principaux qui s'y rattachent ; car lui qui s'est arrêté à Temacin et à TougourI, il ne sait que par le témoignage d*un ami qu ii y a des puits artésiens dans ie iiir 1 )e dirais que cette négligence singulière est bien d'un musulman, si je ne me rappelais, à propos, qu'un médecin français {\) qui, en 1836, a passé un moia à Tougourt, nous eu apprend beaucoup moins sur U question que le pëierin arabe qui n'y a séjourne que quelques heures. Néanmoins, les inexactitudes constatées dans le récit d'El-Aïachi diminuent la valeur de son assertion relative au forage moderne de puits artésiens à Ouargla.
(1) V.BewteftOHent, année 1844, page leVqyage de M. Lpir de Uongazon.
Après une deuxième solution de continuité, celle-ci de près de 800 kilomètres, les sources jaillissantes artificielles reparaissent dans Tarchipel des oasis de Touat, au sud du Maroc.
De là, à l'exlrémité septentrionale du Rir' oriental, la ligne artésienne décrit un arc d'environ 1 ,200 kilomètres, dont la convexité regarde le sud et dont la corde a son extrémité occidentale beaucoup plus avancée au midi que Fextrénuté orientale. C'est-à-dire que cette corde est presque parallèle à notre littoral, puisque celui-ci fuit si bien vers le sud du côté de rouest, qu'un observateur placé au bord de la mer, auprès de rembouchure de la Mouiouïa, se trouverait à peu près sous la latitude de Bis^ iiara.
LUmmense courbe artésienne que je viens
d'esquAiiser n'est pas une conception arbitraire. ' Elle se manifeste avec évidence par une série de jalons dont les principaux sont, en énuméraat de l'ouest à l'est : les bourgades du Tooat, Ouargla, Ngoussa, Tougourt, Mr'ïer. J'ai constaté les faits de visu, dans le Rir' oriental et
occidental. J*inyoquerai le témoignage imposant de rhistorieu Ëbn^Khaldoun ^ pour la partie qui est plus à Touest. Ce témoignage qui remonte au milieu du xive siècle de notre ère, est le plus ancien que Ton connaisse sur les puits jaillissants de nos oasiens méridionaux (1) : « Dans les régions du Désert situées derrière » et à Touest de VÀreg (2), — dit noire iiisto- » rien, — on obsenre an fait singulier au sujet n des sources jaillissantes ci qui est sans exem- » pie dans le Tel du Mor'reb. Voici de quoi il » s agit : on creuse un puits très-profond dont
(î) On dit bien Polynésie, Micronésie, Mélanésie, Polynésiens, etc. , on peut dire ce nie semble, par analogie phonique, Oasie, oasiens, quo'iqn'oasis ne vienne pas du grec et qu'il dérive de l'égypticu omsoï.
Le mot oasim est indispensable pour distinguer les Berbers, habitants fixes des oasis, des Arabes nomades qui n'habitent pas, mais qui namgucnl dans le Sahara, comme ils le disent eux-mêmes dans leur style pittoresque.
n) Areg, ligne de dunes qui borne i Afrique septenti ionale au sud, et marque la limite méridionale des émigrations des nomades. Elle est interrompue au centre de l'Algérie par un terrain élevé, pierreux, appelé Namvwdn, dont le Msab parait être un proloBgtûnent septentrional.
» on a soin d'étayer les parois ^ ou continue ce » travail jusqu'à ce qu'on atteigne une couche » (le rocher. On entame cette couche avec des » pics et des pioches, afin de Tamincir. Les ou^ » vriers remontent alors ci jeUeiit au fond une » masse de fer. La couche se hrise et laisse » monter les eaux qu'elle recouvrait. Le puits » se remplit , Teau déhorde et forme un ruis- » seau sur le sol.
« On assure que les ouvriers, malgré toutes » leurs précautions, n'échappent pas toujours à i> la vitesse de Teau qui monte. Ce phénomène » se voit aux bourgades de Touat, de Tegou* » rarin (1), de Ouargla et de Rir\
« Le monde est rempli de merveilles; et » Dieu, le créateur, sait tout 1 (2) »
(1) Tegourarin d'Ebn - Khakîoun, Tegorarin de Léon rAfricain, Tedjouareii dupcicriri El-Aïachj. sont diverses formes du mot Gourara, nom d un cantou qui tait partie du vaste archipel des oasis de Touat.
(2) Je dois Findication de ce passage intéréssant à M. de Slane, dont l'obligeaiiee égale le savoir. Oi^ le trouvera à la page 81 du texte arabe déjà pubUé de l'ounage si important d'Sbn-Ktaaldoim.
Le lecteur aura remarqué une inexactitude dans le récit d*Ebn^Khaldoan : si, comme le dit notre auteur, le mineur était remonté lorsqu'il jetait la masse de fer destinée à crever la dernière couche, Teau ascendante ne pouvait pas lui faire le moindre mal. Le savant historien, qui parle sans doute d'nprès des renseignements incomplets, a confondu deux systèmes tout-àfait différents; celui du Rir' oriental où le travailleur, installé au fond du puits, perce la couche extrême au péril de sa vie ; et cet autre, nullement dangereux pour les mineurs, qui consiste à opérer le percement d'en haut, ainsi qu'il vient d'être dit.
El-A!achi a commis une confusion analogue en attribuant & Ouargla un système de forage qui appartient à des oasis plus orientales. Ce pèlerin arabe, quoiqu'il ait vu les pays dont il parie, n*7 a fait que de très courts séjours. On s'aperçoit, d'ailleurs, qu'il recherchait avant tout, dans les endroits où ses pérégrinations le conduisaient, les entretiens des gens pieux;, qu'il visitait principalement les zaouias et les
mosquées, et qu'enfin la pensée dominante de son Yoyage^ est la Yisite de la Mecquct et de Médine, à laquelle il se prépare de longue main. Avec de pareilles préoccupations il devait n^accorder (lu une attention assez légère aux questions qui, à ses yeux, n'étaient qu'une affaire de curiosité mondaine, une singularité, coimne il les appelle. Il y a plutût lieu de s'étonner que, en dehors de son but spécial, El-Aïachi ait recueilli la multitude de notions intéressantes que Ton rencontre dans sa relation.
11 est naturel de se demander quel réservoir puissant alimente la mer souterraine qui se maiiUeste à la surface de notre Sahara par les mille canaux de ses puits artésiens. Ce ne peut être l'Aurès , car la portion des eaux méridionales de cette montagne, qui n'est pas absorbée par rirrigation des Ziban, se perd plus ou moins ostensiblement dans le Chot Felr'ir - Melr'ir, cettB vaste dépression très abaissée au-dessous du niveau de la mer, où aboutissent aussi les eaux surabondantes des oasis du sud et les torrents éphémères de Touest. D'ailleurs, les In-
digènes s'accordent à dire que le couraal de ]a nappe souterraine va du sud au nord; les mineurs qui Tentendent couler bruyamment, quand ils ne s*en trouvent plus séparés que par une deiinèrc couclie liés mince, sont unanimes à cet égard.
Mais, dans celte direclion, on ne counait pas de montagnes importantes par leur hauteur et leur étendue. Les itinéraires-Richardson, de H'edamès et de R'at, aux oasis de Touat, ne signalent, à grande distance, de ce côté, qu'un terrain montueux et rocailleux, qui semble être le prolongement méridional de la Hammada algérienne, laquelle commence au nord avec le pays des Beni-Mzab, et coupe, au centre, Vareç ou grande ligne de dunes que les géographes arabes considéraient comme la frontière sud de 1 Algérie et môme de toute TAfrique septentrionale.
Le sens dans lequel coulent les cours d'eau de notre Sahara central, accuse une pente générale du sud-ouest au nord-est. C'est précisément la direction de la ligne artésienne; c*est
même à peu près celle qu'on attribue au courant souterrain. Cette coïncidence conduit à chercher vers Touest le plateau générateur de tant de sources jaillissantes.
Les montagues ne manquent pas, en effet, de ce edté: il y en a que les cartes indiquent; il y en a aussi qu'elles ne mentionnent pas.
Ainsi, prédsânent au sud de la grande Hammada, et dans la concavité de l are formé par la ligne artésienne, se trouve une montagne considérable qui ne ligure sur aucun document publié, sauf dans la relation du pèlerin £1- Aiachi ( Y. page 45 du t. ix de V Exploration scient.) On appelle cette montagne, selon notre autorité indigène, Hammad el-Kehir (la grande séparation, la grande barrière). « G*est, dit £1- Aïaclii, une muiUagne qui peut passer pour la mère de toutes les montagnes du monde, à cause de sa longueur et de sa largeur. Il y ressentit un grand Iroid; jamais, dans son pays, il n V vait éprouvé une température semblable. « Par a un pareil iroid, ajoute-t-il, I homme le plus « sain devient nécessairement malade. »
Pour apprécier ia v oleur qu'on doit attribuer à cette description, il faut savoir que celui qui la fait était du pays des Ait Aïache, situé dans une des parties les plus élevées de TAtlas marocain. Habitué aux grandes montagnes, à leur température basse, à la rudesse de leur sol, il s'ctonnc pourtant des dimensions du Hammad el-Kebir, de ses pentes abruptes, du froid qu'on y ressent, du terrain pierreux qu'on y foule. Il faut donc qu'en effet cette montagne soit très remarquable par son élévatioTi et par les autres circonstances qui en découlent naturellement.
Durant mon séjour à Ouargla, en 1851, j'ai cherché à obtenir des renseignements sur le Hammad qu^El-Aiachi place assez prés de cette ville, vers le sud-ouest, et j'ai constaté que ce voyageur presque toujours exact, Tavait encore été cette lois. Le Hammad est, en effet, très connu à Ouargla. Les gens versés dans les traditions locales en parlaient même avec cet attendrissement mélancolique quMnspire toujours aux races peu avancées en civilisation le nom de la contrée qui fut leur berceau. Quelques-uns
répétaient ce passage d'uae pièce de poésie vulgaire :
Ya hassera^ y a ed-Denia ; Kawm fi Hammad ou Mellala / 0 douleur! ô (vicissitudes de ce) monde; Us étaient au Hammad et à Mellala t Cette tradition se rapporte à l'époque très éloignée où les gens de Goléâ et les Beni-Ouargia menaient encore la vie nouiade et campaient à des distances assez rapprochées, les ons à El- Hammad, terrain clc pierres noir^ (circonstance dont Ël*-Aïachi fait aussi la remarque); et les autres à Mellala, plaine de sable Liane. Quelqu'une de ces querelles si communes entre les Sahariens, les aura amenés plus tard à se séparer et d s établir, les Beni-Goléâ à r ouest, et les Beni-Ouargla à Test, dans deux villes qu'ils bâtirent alors, et où on les trouve aujourd'hui.
L existence du Hammad el-Kebir et son importance orographique paraissent donc suffisamment établies, ainsi que ses relations avec le pays des Beni-Hzab, qui en est une dépression
septentrionale et orientale, comme les terrains
montueux et rocailleux signalés par Richardson entre R*at et Touat semblent en être TépanouisseiiieiU méridional. On peut ajouter que très probablement le Hammad se rattache, vers le iiuid-ouest, aux muiuagn^ du sud de notre Tel occidental. Peut-être fournit-il, ainsi que le Djebel Baten, les éléments du courant souterrain auquel on doit les sources jaillissantes des oasis méridioiiaies.
En effet, on sera porté à le croire, si Ton prend en considéialicm la hauteur et l'étendue du Uammad et de ses dépendances; si Ton fait attention à sa position dans la concavité de la courbe représentée par la ligne artésienne ; si, enfin, on sé rappelle que la mer inférieure, au dire des Indigènes, coule du sud au nord, ce qui coïncide avec la pente générale du pays qui incline du sud-ouest au nord-est, ainsi qu'on le voit par la direction des cours d'eau torrentiels et autres.
La géographie physique des pays au sud et à Touest de TOasie artésienne n'est pas assez
exactemenl coanne pour qu'on puisse résoudre
avec certitude la question de l'origine du Bahar tahtani; la conjecturé que je produis ^ accompagnée de quelques renseignements inédits, aug* mente du moins le nombre des données propres à faciliter la solution du problème.
Il ne me reste plus, pour terminer ce travail, qu*à examiner quel peut être le rôle de radmiuistration et de Tindustrie française par rapport aux améliorations dont est susceptible le système d'irrigation jaillissante pratiqué de temps immémorial par nos oasiens méridionaux. Pour cela» il faut comparer, sous le rapport du prix de revient, notre système de forage des puits artésiens avec celui qui est usité parmi eux.
Les personnes qui ont une connaissance pratique ou théorique du percement des puits artésiens en Europe, u auront pu âu[»primer un sentiment de dédain en lisant Texposé des procédés employés dans rOued Rir\ TaiiLde labeur et de dangers pour une œuvre si peu durable, cela ne donne pas en effet une haute idée de rindustrie des populations sahariennes 1 Aussi,
il nous apparlient à nous, qu'ils avaicul devancés daos la carrière» de les y diriger aajourd'hui ; car nous y avons marché avec 1 ardeur et l'esprit progressif qui appartient à notre race, tandis qu'ils y sont restés stationnaires. Pour bien apprécier la nécessité et l'étendue possible de notre intervention, il faut d'abord se rendre compfe de ce que coûte aujourd'hui le percement d un puits artésien dans TOued Rir\ C'est ce que j^entreprends de faire connaître^ on peut avoir pleine confiance dans les renseignements que je vais fournir sur cette matière. Je les ai recueillis sur place avec le plus grand soin, d'après les dires des ouvriers , contrôlés par ceux du propriétaire du puits. J'ai môme reçu du mgueddeiu Bou-Gliemal» depuis mon retour à Alger, la note complète et détaillée des dépenses que lui a occasionnées le forage de sou puits de Nezla que j*ai pris pour base de mes explications.
Pour déterminer le salaire dû aux mineurs, on partage l'excavation en sept parties qu'on appelle Ferkai, divisions. On les distingue Tune
de l'autre par un nombre qui exprime la profondeur à laquelle chacune d'elles atteint. Ainsi, 00 a:
lo Ferkat el^arbatache, la division des quatorze (Aai»a).— Elle reçoit ce nom» parce qu'elle tinit avec la quatorzième kamat el-khodma ; car ici il ne s'agit pas de la brasse» mais d'une autre mesure usitée par les mineurs du Rir' oriental et qui équivaut à 70 centimôtreB. Cette kama spéciale a la hauteur de l'homme assis(i) et courbé pour exécuter son travail. On la mesure depuis le siège jusqu'au conduit auditif, sans doute parce qu'on a supposé que le mineur, penché sur sa besogne, perdait par cette inclinaison, à peu prés la valeur des 17 centi*mètres qu'il y a du conduit auditif au sinciput, ou sommet de la téte.
La première f^ka ne 8'évalue, au point de vue de la rémunération, qu'à partir de i amma; car cette grande excavation provisoire, se faisant, comme on l'a vu, par corvées amiahies,
(i) On se rappelle que le mineur travaille assis par terre, les Jambes étendues et écartéct».
et n'enirai&ant pas à d^autres dépenses que la
nourriture des travailleurs volontaires, ne figure point dans le compte de forage. Il est d'usage de ne payer aux mineurs que les dix dernières kama de cette ferka. Dans sa totalité, elle équivaut a 9 mètres 80 centimètres, ce qui, avec les 7 mètres de Tamma, donne 16 mètres 80 centimètres, profondeur à laquelle on est arrivé quand on Ta creusée entièrement.
Le forage de Ferkat el-arbatache est payé 7 pia^res et li2 de Tunis, soit 6 francs. Il faut y ajouter le prix d'un raba de blé et d'un raba d'orge, que le propriétaire donne en sus aux travailleurs ; on arrive ainsi à un total de 7 fr. 50 centimes.
Après la première ferka, viennent: 2® ferkat el'Orbaa ou acherin, division des vingt^uatre kama. — Elle conduit Texcavation à une profondeur totale de 23 mètres 80 centimètres, y compris Vmnma.
A cette ferka et à chacune des suivantes, la rétribution des mineurs s'augmente d*un zlant ou f^al-sah moins un quart, soit 1 fr« 20 cent.
3o FéflaU ei'telatin, divisiofl des tretUe kama.
Elle amène l'excavation à 28 mètres.
4o Ferkat el-arbi^n^ division des quarante kama. — Elle mène à 35 mètres.
5». Ferkat el-khamin, conduit à 42 mètres ;
6o Ferkat es-settin, à 49 mètres ;
7o Ferkat es-sebaXn, à 56 mètres, ce qui ap-' proche de la limite extrême en profondeur des puits artésiens du Rir* orientai.
En ce qui concerne le cuvelage, le prix des bois est, par Icama (0»70<^ courant), de 4 fr. ; à quoi il faut ajouter une somme égale pour la maiUKl^œuvre. Il y a généralement 74 kama de boisage à exécuter. Il est aussi d'usage de donner au charpentier un raba de blé et un d'orge.
Les frais de curage sont ainsi établis. Chaque plongeur a, par couffin de sable qu il rapporte, 40 centimes. Il en remplit trois par jour. On occupe généralement de sept à huit plongeurs à cette besogne, qui s*exécute en une quinzaine de jours. Les travailleurs sont nourris, en outre, et on leur paie la location des ânes qui les amènent au chantier.
On (toit tenir compte, eaûa, des détK>ursés accessoires pour achat de cordes, etc., nourriture des corvéieurs amiables, graiitications, etc. Je mentionne aussi, pour mémoire, le chapitre très important des dépenses imprévues.
En somme, j*ai sons les yenx le compte cîr** constancié et très long des frais de toute nature occasionnés au mgueddem Bou«>Chemal, par le percement de son puits artésien de Nezia. Afin de ne pas allonger inutilement mon travail, je n*extrais que le total, qui est de 1,134 piastres entières {tlal roA), monnaie de compte de Tou* gourl. A raison de 1 franc 60 centimes par piastre, cela fait 1,814 fr* 40 centimes*
Ce puits, profond de 56 mètres, aurait coûté 2,340 fr., s*il eùi été percé selon le mode
européen, savoir ;
Forage , . . . 1,500 francs.
Tubage en tuyaux de bois d'aulne, avec des frettes en
fer aux emboltures 840
Total
2,340 francs.
— il3 —
Si l'on sa conteatait des tabès de ferUanc,
employés par les ingénieurs anglais (ils coûtent 4 francs le inëtre)i le prix se rédairait à 1 ^724 fr. , et serait inférieur de 90 francs à celui qu'a payé Bou-Ghemal pour son puits de Nezla.
Les frais, en les mettant au maximum de 2,340 francs, ne dépassent pas de beaucoup ceux que nécessite le percement par le système saharien, dans les ctrconstances favorables; mais ils restent beaucoup au-dessous dans le cas où des obstacles imprévus surgissent pendant le liavail, obstacles qui ne seraient neu avec la sonde européenne; mais dont les Oasiens ne triomphent qu'à force de peine et de dépenses, quand ils en triomphent, ce qui ne leur arrive pas toujours.
Avec la sonde européenne, la besogne se fait
sans danger pour les travailleurs; elle est plus tôt terminée, et les résultats qu'elle assure sont {lour ainsi dire étemeb.
L*eau jaillissant à une certaine hauteur, à rause du moindre diamètre du tube , au lieu de s épancher seulement comme elle fait aujour-
d hui, Vem se prêterait mieux aux besoins de rirrigation. H faudrait donc moins de puits dans les grandes pLantaiioDS.
On pourrait percer des puits artésiens dans des endroits où [ industrie saharienne a échoué devant des diflicultés qui n*en seraient pas pour nous; par exemple, Tinyasion des eaux parasites.
Or, se rend -on bien compte des immenses résultats (|tt*on obtient dans le Sahara, dés qu'on réussit à amener l'eau à la surface du sol?
Dans les pays ordinaires, lorsqu'on défriche un terrain, on n*improvise pas une végéiatioii, on substitue seulement des plantes cultivées et utiles à des plantes spontanées, sans valeur relative. On remplace la broussaille et les herbes dites mauvaises, par des arbres ou des plante.*; plus propres à satisfaire aux besoins variés de l'homme, à .ralimentation des animaux domes^ ijques. Mais, dans le désert, dès qu'on a deTeau, on ne défriche pas, on crée en réalité, puisque, de rien, on fait quelque chose. C'est là que la belle expression de la loi musulmane, fi^mi-
dler la tare, pour due la mettre en valeur,
peut seulement se comprendre dans toute son
ôneigiquc vrnlé.
Entre les dunes des pays de sables, dans les contrées à bassins de terre salée, on renconiro souvent de vastes espaces où ne pousse jamais le plus petit brin d'heibe, pas même la vigoureuse plante grasse , si peu dilBcile pourtant sur le choix du terrain; lieux maudits qui, stériles de temps immémorial» semblaient devoir le rester à tout jamais t Mais rien n'a été créé* en vain y tout a son utilité, son emploi ici-bas : L'homme a reçu rintelltgence en partage pour résoudrai un à un, dans la mesure et selon la progression de ses besoins, — déterminée par le développement de la civilisation, — tous les problèmes qui se rattachent à Fexploitation du globe qu'il habite*
Aussi, Tespace aride que Thomme et même les animaux traversaient à la hâte, et sans jamais s*y arrêter, poussés par cette ré[)ugnance instinctive qui éloigne 1 être animé des lieux qui n'offrent rien pour alimenter son corps ou
vcoïéev sua esprit, l'espace aride va devenir un £den : il n*y avait ni fraîcheur, ni ombrage» le parfum des fleurs n'y avait jamais embaumé i air; là> jamais un tapis de verdure ne s'était piTerl au voyageur pour reposer ses membres fatigués. Tout y était solitude, nudité, silence, désolation. La sonde artésienne pénètre cette terre morte, Teau en jaillit; et avec elle, tous les biens, toutes les parures, toutes les joies surgi^nt. Les dattiers croissent, leurs têtes en ombelles se touchent et forment un berceau de palmes qui ombragent Thumble travailleur., créateur de ces merveilles. Sous le magnifique dais de verdure croissent la figue, Tolive, labricot, la pèche; et sous cette deuipième couche de végétation, d'autres plantes, plus modestes dans leurs proportions, mais non moins utiles, trouvent un abri contre les ardeurs du soleil africain.
Ce n'est pas ici un chapitre inédit des MîUc et une Nuits que je traduis au lecteur. L'admirable métamorphose que je viens de décrire a été vue souvent^ se voit encore de temps à autre; pas
autant que cela serait possible et qu'on poumil
le désirer. La nature s'y prêterait , mais \ef> hommes s'y refusent; car c'est dans le désert îjurtout qu'on peut dire de l'espèce humaine : /lomo homini lupus. Les bôtes fauves qu'on appelle nomades et les bêles de somme qu'on appelle oasiens, s'y font une guerre cruelle, inégale, qui non-seulement paralyse le progrès, mais qui ruine et dépeuple le pays. Et eepen* dant, malgré tant de circonstances défavorables, la résurrecUûu agricole que j'ai dépeinte se voit encore quelquefois. En voici un exemple que j'emprunte au pèlerin El-Aïachi, dont je citerai textuellement les paroles :
« Après que nous eûmes traversé le bourg de » Oualna, nous trouvâmes un pays de sables t) qui étonnaient l'œil par leur immensité. A j» l'aspect de ces vastes arènes, je me rappelai
» la parole : Bénissez notre Seigneur Mohammed « aulavU que le sable est étendu, et j'en compris » toute la portée.
• Oualna était aussi désolé que le désert dans » lequel il est situé On n y trouve qu'un
» petit nombre de palmiers, dont la plupart » sont morts et ressemblent à des mâts que le » vent balance....
» Sidi Mohammed ben Moussa est enterré » dans une espèce de chapelle qui fut, dit-on, » la première construction de ce hameau. C'est » ce vénérable marabout qui a fondé Oualna, » qui a découvert Teau qu'on y boit^ et planté » le peu de palmiers qui s'y rencontrent. Lors- » que les Arabes de cette contrée s'arrêtaient » dans cette solitude, ils protégeaient la bour- » gade à cause du saint. Dans leurs guerres ou » contestations, ils prenaient Sidi Mohammed » ben Moussa pour juge et lui apportaient des » provisions en offrande. » (V. t. ix de VEonpL scient, y p. 29)
Ce miracle, qu'un pauvre marabout isolé, sans aucun des secours que procure notre industrie, a pu réaliser dans le lieu le plus désolé de cette contrée de désolation qu'on appelle le désert, nous pouvons le reproduire sur une plus vaste échelle» avec un succès plus éclatant et des résultats si magnifiques qu'entreprendre de
les dépeiuUre, lorsqu*on y a assez réOéchi poulies comprendre, ce serait presque rendre susf e:ls sa véracité ou son bon sens. Car les huiamos soni ainsi faits, qu'ils nient souvent un * bonheur très réalisable, tout en passant leur vie H courir après les félicités les plus imaginaires !
Mais pour que les bienfaits de la sonde artésienne s'étendent à tout notre Sahara méridio^ nal , il faut que ce pays soit convenablement organisé, il faut mettre fin aux querelles des oasiens avec les nomades; querelles où ces derniers sont presque toujours agresseurs. Il faut détruire ce brigandage immémorial basé sur la vendetta ^ et qui est si cher aux hommes de la lente. Il faut abattre le despotisme dans les peuplades aristocraliquement organisées et combattre Tanarchie dans les petites républiques municipales. Car tout est extrême dans ce pays singulier : de même qu*on passe sans transition de rahreuse nudité du désert aux magnificences de Toasis, on voit Thomme de ces contrées igiioblement applati dans la poussière devant un autre homme; ou se livrant sans frein , sans
raison, à fontes les excentricités d'une liberté sauvage, qui mèue dussi sûrement à la misère et à la dépopulation que les excès du despotisme.
Mais ceci est un nouveau sujet qui m'entrai* nerait beaucoup trop loin, le terminerai donc ici te travail spécial que j'avais entrepris; heureux si j'ai réussi à donner quelque popularité à une question qui intéresse â un haut degré Tarenir d*une partie importante de notre coIck nie algérienne (i>.
(i) Tout ce que je demandais en 1850 s'est réalisé en 1836. J'ai cependant conservé ici Texpression de mes TCBQX d'alors; eUe servira à mieux constater 1 ancien état de olLOses et rimmense bienfait que les populations sahariennes nous doivent pour lui avoir substitué la méthode européenne qui Ta remplacé si avantageuse* ment s