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COMPOSITION CHIMIQUE DES EAUX

Comme on vient de le voir, le plus grand nombre de ces eaux sont potables, mais quelques-unes sont crues, par suite de leur forte teneur en chaux ou en sels de magnésie et, pour cette raison, ne peuvent pas être employées dans les chaudières. Mais d’autres sont légères et propres à cet usage. Un petit nombre, d’un autre côté. sunt imprégnées de composés sulfureux ou sont d’une nature trop saline pour servir à autre chose qu’à la réfrigération. Comme nous l'avons indiaqué, on ne peut pas faire d'étude comparative absolument satisfai-

sante de la composition de ces eaux à cause de la façon dont les analyses ont été pratiquées. Elles proviensent toutes de chimistes différents qui ont, probablement du moins, suivi jusqu’à un certain point des méthodes différentes dans la combinaison des acides et des bases sans indiquer la quantité des divers acides et bases constatés. D'ailleurs, les analyses ont été faites dans un but purement technique et sont, dans la plupart des cas, incomplètes. Cependant, un examen comparatif de ces analyses peut mettre au jour quelques détails.

Le Dr Sterry Hunt, ilya bien des années, a fait une étude assez étendue des eaux provenant des sources minérales qui jaillissent en beaucoup de points au travers des strates paléozoïques non altérées des provinces de Québec et d’Ontario et a trouvé qu’on pouvait les diviser en six classes, comme suit:

Classe I. Eaux salines contenant du chlorure de sodium avec de fortes proportions de chlorures de calcium et de magnésium, quelquefois avec des sulfates. Les carbonates de chaux et de magnésie sont présents seulement en très petites quantités ou manquent tout à fait.

Classe II. Eaux salines qui diffèrent des premières en ce qu’elles contiennent, outre les chlorures de sodium, de calcium et de magnésium, des quantités considérables de bicarbonte de chaux et de

magnésie. Ce dernier bicarbonate prédomine généralement.

Classe III. Eaux salines qui contiennent, en outre du chlorure de sodium, un peu de carbonate de soude avec des bicarbonates de chaux et de magnésie.

Classe IV. Dans ces eaux, le carbonate de sodium prédomine. Elles contiennent une faible proportion seulement de chlorure de sodium et renferment généralement une quantité beaucoup moindre de matières solides que celles des classes précédentes.

Classe V. Eaux renfermant une forte proportion d'acide sulfurique libre.

Classe VI. Eaux salines neutres dans lesquelles les sulfates de

chaux, de magnésie et les sulfates alcalins prédominent, les chlorures n’étant présentes qu’en petite quantité.

Les eaux des puits profonds de la région de Montréal ne peuvent pas, naturellement, dans la plupart des cns, être classées comme des eaux minérales, car elles sont en général des eaux potables ; mais celles qui sont salines peuvent rentrer dans cette catégorie et comme elles proviennent toutes de la même grande plaine que les eaux exa-

minées par le Dr Hunt, on peut s'attendre qwelles présentent les mêmes caractères généraux, quant à la nature des matières dissoutes, quoiqu’elles en contiennent de moindres quantités.

L'inspection des analyses qui figurent dans ce rapport indiquera qu'on n’y trouve pas d'eaux représentant les classes I et V du Dr Hunt, et quelques-unes, même, ne semblent se rapporter à aucune des classes ainsi établies, mais paraissent présenter des caractères intermédiaires.

La classe II est représentée par le puits de MM. A. S. et W. S. Masterman, bien que l’eau ne soit pas très fortement saline.

A la classe III peut être rapportée l’eau du puits foncé par MM. Belding Paul et Cie.

Plusieurs des eaux peuvent être nettement rapportées à la classe IV de la série du Dr Hunt, étant donné qu’elles sont caractérisées par la prépondérance du carbonate de sodium. Parmi celles-ci, on peut citer l’eau des Bains Laurentiens, celle de la Compagnie de locomotives et de machines, celle des ateliers du chemin de fer Canadien du Pacifique, à Hochelag:, et celle du puits de M. Galibert. L'eau obtenue à la Wire and Cable Coy. appartient à cette elasse, bien qu’elle conticnne, en plus du carbonate de sodium, une proportion considérable de carbonate de caleium et un peu de carbonate de magnésium, ce qui la fait ressembler à l’eau de Saint-Ours, analysée par le Dr Hunt.

La classe VI est représentée par l’eau obtenue par MM. Dawes et Cie, à Lachine.

Les eaux du puits appartenant à MM. Viau et Frères, et celles du puits de MM. J. M. R. Molson & Brothers, ne peuvent, pour leur part, être classées dans aueune des catégories du Dr Hunt, parce qu’elles contiennent de fortes proportions de chlorure et de sulfate de sodium, avec une moindre quantité de carbonate de calcium et de magnésium; la dernière de ces eaux, qui est moins saline que la première, contient en plus une additiai notable de carbonate de sodium. Cependant, dans le cas du puits Viau, on sait, comme nous l'avons indiqué, que l’eau pénètre dans le trou de forage à deux niveaux différents et que les deux eaux sont d’une nature différer :

Parmi les eaux des quatre premières classes, le Dr Hunt esti» que les chlorsrss des alcalins et terres alcalines (calcium et magné sium) qu’elles contiennent proviennent des calcaires des strates paléozoïques sous-jacentes depuis le Potsdam ou le Trenton, ceux-ci compris; quant aux carbonates de sodium et de potassium, il croit qu’ils

viennent des sédiments argilacés qui composent les formations d’Utica et d'Hudson River, ces sédiments renferment des silieates alcalins dont la décomposition fournit aux eaux d'infiltration les carbonates et silicates alcalins qui caractérisent les eaux de la classe IV.

Cependant, les eaux de cette dernière catégorie ne peuvent pas, dans l’île de Montréal, du moins, provenir des strates de ces époques, car tous les forages commencert dans des roches bien inférieures, dans l’ordre géologique. Si elles tirent leurs carbonates alcalins des argiles schisteuses, cela doit, par suite, être des couches schisteuses interstratifiées avec les calcaires de Trenton ou de Chazy, de la même époque que ceux que Hunt suppose donner naissance aux sels des eaux des sources de Calédonia et de Fitzroy, dans la vallée d’Ottawa.* A l'appui de ceci, on pourra remarquer que les divers puits plus haut cités comme fournissant des eaux alcalines douces de la classe IV sont tous des forages relativement peu profonds allant de 266 à 567 pieds de profondeur.

Comme preuve que ces différentes catégories d’eaux ont bien leur origine dans des strates différentes, le Dr Hunt fait, de plus, remarquer que des sources, d’une composition dissemblable, se rencontrent souvent très proches les unes des autres au point de paraître jaillir d’une même fissure ou dislocation ; et il cite, entre autres, un Cas dans les Seigneuries de N icolet et de la Baie du Febvre, où six sources jaillissent de l'argile schisteuse d’Utica en une même ligne sur une distance de huit milles environ. Parmi ces sources, deux appartiennent à la classe II, deux à la classe IIL, et deux à la classe IV. Le Dr Hunt considère que ces dernières proviennent probablement des urgiles schisteuses tandis que les autres prennent leur source dans les caleaires sous-jacents et sont plus ou moins modifiées dans leur course ascensionnelle.# On peut constater une diversité d’origine semblable pour les eaux de la région de Montréal qui offrent une gamme aussi étendue de composition dans une aire encore beaucoup plus restreinte. Comme on l'a déjà dit, dans cette étendue, les eaux fortement salines proviennent généralement des puits les plus profonds et l’on en a une indication excellente dans le puits foncé par messieurs Viau et Frères, à Maisonneuve, où l’on a obtenu à 450 pieds de la “ bonne eau ” qui montait à 10 ou 12 pieds de la surface; mais, en continuant le forage à une plus grande profondeur, dans l'espoir de trouver du gaz, on a rencontré de l’eau fortement saline et sulfu-

* Chemical and Geological Essays, p. 157.

+ Géologie du Canada, page 563.

reuse à 1,497 pieds, qui, se mélant à la première qu'on avait trouvée, est montée à la surface et a jailli au taux de 5,000 gallons par jour.

1l n’y a aucun doute qu’avec le temps on recueillera beaucoup plus de renseignements sur la composition ae ces eaux relativement à la profondeur d'où elles jaillissent; on fonce d’autres puits et on analyse un plus grand nombre d'eaux.

Un autre point sur lequel il sera bon d'obtenir un surcroît d’informations, c'est de savoir si l’on observe un changement dans la nature de l'eau débitée par un même pvits quand on l’a pompés durant plusieurs années. Le seul puits de cette région au sujet duquel on ait recueilli quelques informations à cet égard jusqu’à présent, est le puits foncé par MM. Robert White et Cie, aux Bains Laurentiens. Nous avons donné, à la page 49, quatre analyses de cette eau exécutées à divers intervalles dans une période de douze années. L'examen de ces analyses montre que, si la quantité totale des matières dissoutes a varié considérablement suivant les années, les proportions relatives des différents sels tenus en dissolution par l'eau n’ont pas, en somme, varié beaucoup. Il y a. cependant, généralement une légère décroissance dans la quantité de carbonate de sodium et un léger accroissement dans le sulfate de scdium présents, avec le cours des années,

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