CONCLUSIONS GENERALES
L'examen des renseignements dont nous disposuns à l'égard des nombreux puits foncés dans l'île de Montréal montre certainement qu’il n'existe pas d'horizon aquifère déterminé sous forme de lits perméables interstratifiés. L'eau traverse la formation calcaire en grande quantité, en suivant des artères souterraines qui ont la forme de fissures irrégulières. (Ccs fissures résultent sans aucun doute de l'élargisement des plans de jointage ou de stratification ou de cerevasses irrégulières dans le calcaire, dues au pouvoir dissolvant des eaux qui le traversent. Ces fissures élargies forment évidemment un système irrégulier et complexe d’artères aquatiques traversant les calcaires et se rencontrent à toutes les profondeurs au-dessous de surface atteintes jusqu’à présent par forage. Il est prouvé d’une façon concluante par la grande variété de résultats obtenus dans des forages pratiqués au voisinage immédiat les uns des autres, que les eaux suivent le cours de fissures irrégulières et non des couches poreuses
nettement tracées. Ainsi, par exemple, sux la propriété de MM. William Dow et Cie, aux ateliers du chemin de fer Canadien du Pacifique à Hochelaga, aux Excelsior Woollen Mills, et ailleurs, des puits donnant de l'eau en abondance sont situés dans le voisinage immédiat de forages également profonds qui donnent peu ou point d'eau. La Laurie Engine Coy. ayant foré un trou à une profcr@eur de 700 pieds, sans trouver d’eau, a obtenu de l’eau au moyen d’un autre forage pratiqué à quelques pieds de là et n'ayant que 400 pieds de profondeur, La nature de leuu débitée par des puits voisins diffère aussi considérablement, ainsi que la hauteur à laquelle elle monte dans le forage. Un exemple fraprant de cette différence est fourni par les trois puits foncés à Saint-Laurent, V’un nar le collège, l'autre par le couvent, et le troisième par M. Cousineau. Dans ces puits, l'eau n été atteinte à une profondeur de 487, 250 et 128 pieds respectivement, L'eau, dans le premier, se tient à 13 pieds de la surface: elle est douce et légèrement sulfuruse. Dans le second, elle arrive à la surface et est très crue, tandis que, dans le troisième puits, Veau jaillit à 30 pieds au-dessus de la surface et est d’une crudité modérée.
Dans quelques cas, il est facile de constater nettement, au cours du forage, l'existence des fissures, la tarière tombant immédiatement dans un espace, cet espace est quelquefois vide, mais dans d’autres cas, il contient une quantité considérable d’eau. Il est arrivé, par exemple, dans le eas d’un puits foncé par la Gould Storage Company, comme nous l'avons déjà dit, que la tarière s’est trouvée fermement pincée dans une fissure transversale au point que le forage a dû être abandonné.
Dans les puits foncés par M. J. N. Drummond, de la Petite Côte, et par la Montreal Milling Co., à Outremont, on a affirmé que de la übrêche” et du “chambrage” constituaient la roche aquifère. C'était probablement des couches impures ou des erevasses incomplètement déblayées, les matières les plus solubles ayant été enlevées. Quant au puits des Bains Laurentiens, sur la rue Craig, et au puits du Dr. Craik, à la Petite Côte, l’eau jaillit de layons schisteux qui représentent probablement le résidu insoluble d’une couche de calcaire argilacé dans laquelle l’eau passant par la fissure s’est crée une issue.
On peut trouver dans les descriptions données des différents puits bien des preuves à l’appui de l’assertion que l’eau se meut par Ventremise des fissures. Le graphique joint à ce rapport montre les grandes
D RO us en
différences des profondeurs auxquelles on a atteint l'eau dans les puits en question, la hauteur à Ir": l'eau est montée dans les forages et l'épaisseur du treusgm:t, toutes ces dimensions sont données relativement au niveuu de la mer.
Le cours des eaux souterraines est certainement encore rendu plus irrégulier par les dykes et nappes de roches ignées imperméables qui traversent dans toutes les directions les roches stratifiées.
La quantité d'eau pompée maintenant dans ces puits est très considérable et la plupart ne sont certainement pas pompés à la limite extrtême de leur rendement. D'ailleurs ]a capacité de la plupart n'a jamais été déterminée exactement; aussitôt qu’ils débitaient la quantité requise pour les besoins visés, on n’essayait même pas de s'assurer du maximum de leur débit.
L'inspection du tableau des puits qui accompagne ce rapport montrera qu’il est très modeste d'évaluer le débit des puits actuellement foncés à 2,500,000 galions par jour, ce qui fait presque exactement le dixième de la quantité moyenne d’eau pompée journellement pour alimenter l’aquedue de la ville de Montréal.
Les eaux obtenues sont de nature diverse. Beaucoup sont des eaux douces d’une excellente qualité. D’autres encore sont crues, et quelques-unes sont sulfureuses ou fortement salines. Comme nous l’avons indiqué, il est impossible de prédire quelle sera la nature de l’eau obtenue en un point quelconque ni de dire si l’on en trouvera; car on pompe des eaux différentes de puits situés tout près les uns des autres et, même, on peut tirer des eaux différentes d’un même puits, comme dans le cas du n° 78. En tout cas, nous avons déjà discuté, page , la question de la probabilité de trouver de l’eau et, si l’on en trouve, de la probabilité de sa nature.
Les eaux souterraines ont, selon toute apparence, leur source dans la portion plus élevée des plaines qui longent le flanc de la région Laurentienne dans la partie nord-ouest de la carte géologique. Il n’est pas probable qu’il en vienne beaucoup de la région Laurentienne elle-même, bien qu’on ait raison de supposer qu’il en vient un peu. La plus grande partie, sans doute, s’est infiltrée sous terre dans les strates paléozoïques qui longent le versant du plateau Laurentien. En ces endroits, l’eau de pluie doit s’enfoncer dans l’humus qui recouvre presque partout de son manteau les roches sous-jacentes, et cette eau, descendant jusqu’à la surface de ces roches, doit s’écouler sur leur paroi jusqu’à ce qu’elle rencontre des crevasses ou fissures dans lesquelles elle pénètre. On obtient effectivement une grande
quantité d’eau en beaucoup d'endroits de cette région, au moyen de tuyaux foncés dans la partie inférieure du drift et qui captent Îles approvisionnements d'eau passant à la surface de la roche sousjacente. On peut dire que la plaine paléozoïque qui longe le pied du plateau Laurentien, possède une altitude moyenne de 300 pieds audessus du niveau de la mer, tandis que la surface de l'île de Montréal est beaucoup moins élevée. Les eaux souterraines descendent done vers le sud avee beaucoup de chute ou de pression, et quand les artères par lesquelles elles cireulent nt captées par des forages dans les environs de Montréal, l'eau s'élève par sa propre pression; dans très peu de cas elle monte réellement jusqu’à la surface, mais dans les autres cas, elle reste à différentes distances de la surface. Dans cinq puits seulement sur l'ile, l'eau monte à plus de 200 pieds au-dessus du niveau de la mer; les puits en question sont celui du Pare, les puits de MM. Nantel et Goyer, à la côte des Neiges (où l’eau s'élève à 340 pieds au-dessus du riveau de la mer), et les puits de MM. Drummond et Stewart, à la Fette Côte, où l'eau monte à 225 pieds au-dessus du niveau de la mer. Dans onze puits seulement l’eau s'élève jusqu’à la surface et elle ne jaillit que dans six. Ce sont: les puits des Bains Tures, des Bains Laurentiens, Montreal Cold Storage Company, M. Cousineau, MM. Viau et Frères, et MM. Chs. Gurd & Co. Il est à remarquer que les einq puits déja cités duns l:squels l'eau s’élève au-dessus d: niveau de 200 pieds sont tons : ‘168 sur les flane lu Mont-Royal et l'on ne peut savoir quel € ivut avoir su! tx l'égouttement de le montagne.
Il est bien possible que le calcaire de Po. lan nu: u‘'eure immédiatement au bord du Plateau Laurentien ami !#su qui, ensuite, monte par: des fissures dans le caleaire, et il sera ® :-:22 intéressant de pratiquer dans l'île de Montréal un forage assez profond pour atteindre le grès de Potsdam afin de savoir si cette formation contient une grande quantité d’eau. Cependent l'étude des notes des forages paraît indiquer que les artères aquifères existent surtnt dans les calcaires de Trenton et de Chazy: les puits plus p:-{:.6s donnent peu d’eau ou de l’eau très impure.
La nature de l’eau, pour chaque puits en particulier, dépend de son origine, du genre de roche qu’elle traverse, de sa puissance de solution, de l'existence d’acide carbonique dissous, ete. On pert comprendre facilement que l'eau traversant le grès de Potsdam ou les roches Laurentiennes sous-jacentes et montant par des fissures di: les strates qui les surmontent jusqu’à la surface sera probablem ..t
douce. D'un autre côté, si l'eau a traversé des calcaires ou des dolomies dans tout son cours et en suivant des voies tortueuses, elle a pu emporter en solution une grande quantité de sels de chaux et l'eau a pu ainsi devenir crue, ou peut-être impure, par suite de la présence de composés salins et sulfureux.
Pour conclure, on peut demander, au point de vue pratique, quelles chances il y a de trouver de l'eau en pratiquant un forage dar: l'Ile de Montréal. Comme nous l’avons moniré, il n’est jamais possible de prédire avec certitude que l’on trouvera de l’eau en forant dans un endroit en particulier, mais un simple calcul basé sur les résultats réellement obtenus par les puits (au nombre de 79) aui ont été foncés dans cette étendue, jusqu’à présent (1 janvicr 1904), indiquent que les chances d’obtenir une grande quantité d’eau,—disons, plus de 5,000 gallons par jour.—sont de 7 à 2. C’est-à-dire que l’on trouvera de l'eau dans sept puits sur neuf que l’on foncera; quant à l’eau potable et en grande quantité, on l’obtiendra dans plus de six tentatives sur dix, c’est-à-dire dans deux puits sur trois. Dans quelnyes-uns de ces puits, cependant, l’eau sera crue.
On peut tirer une autre conclusion pratique des résultats énoncés dans ce rapport, c'est que si un forage est pratiqué et si l’on n’a pas obtenu d’eau lorsqu'on a atteint une profondeur de 750 pieds, il vaut mieux abandor »:* tinuer à forer, , ne si l’on doit foncer le deuxième puits, dans le
trou et en foncer un autre plutôt que de con-
voisinage immédiat du premier. En ettet, il » été démontré qu’à plus de profondeur que cela on obtient rarement un débit abondant de bonne eau, l’eau (si on en trouve) est dans la grande majorité des eas en petite q ‘tité et trop impure pour avoir aucune valeur. Comme il : eté indiqué dans l’esquisse géologique du district, l'épaisseur maximum des diverses formations du Silurien Inférieur telle que déterminée par leurs relations sur Île terrain, par Sir William Logan et autres, est la suivante, de haut en bas: Pieds, Utics.. .. ..
Groupe de Trenton... .
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LT
En laissant de côté les deux premières formations, l'épaisseur maximum supposée des quatre dernières serait de 2,050 pieds.
Ces déterminations n’ont pas été confirmées par le journal complet du puits des Bains Tures ni par l'étude des matières extraites dans le forage du puits sec appartenant à la Montreal Gaz Co., à Hochelaga. Dans le cas du premier de ces puits, d’après les fossiles contenus duns les copeaux de roches et classés par le Dr Ami, et d’après certaines analyses chimiques accessoires, on a obtenu l’épaisseur approximative ddes deux formations. La coupe par séries de haut en bas, donne ce qui suit:
Pieds.
Pléistocène (drift)... .. .. ..
Groupe de Trenton... ...... .... .. .. +.
CRT Cabiiles.. 7 +0 ss re ss
LT
On n'a pas atteint le fond du Calcifère, et il se peut que quelquesunes des couches supérieures du Trenton aient été enlevées par érosion et que le Chazy soit seul représenté dans sa puissance totale.
Au puits de la Compagnie du Gaz, un examen des matières de forage obtenues entre les niveaux de 2,200 et de 2,373 pieds, a montré qu’elles provenaient du grès Calcifère; et à 2,550 pieds, au fond du puits, on n’avait pas encore rencontré le grès de Potsdam. Si l’on compare ce résultat avec celui qui précède et si l’on compte 600 pieds et 785 pieds, respectivement, pour l’épaisseur meximum du Trenton et du Chazy, respectivement, le Calcifère aurait une épaisseur de 1,000 pieds. Cette différence entre la fixation de l’épaisseur des diverses formations, d’après leur affleurement à la surface et les résultats obtenus par les forages, peut s'expliquer de deux façons. D’abord, il peut exister des failles qui ont effacé la relation des roches sur le terrain. Ceci peut très bien arriver et échopper à la vue, car les strates sont presque horizontales et sont constammert couvertes par le drift, si bien que la roche n’affleure que dans relativement peu de places.
M. LeRoy, qui a dressé la carte géologique et la conpe qui accompagne ce rapport, a indiqué dans celle-ci une faille dans la ligne de l'irruption du Mont-Royal, et il sembie probable, d’après l'épaisseur de l'argile schisteuse d’'Utica dans le port de Montréal, qu’une faille existe sur le côté est de l’île, entre les formations de Trenton et
d'Utica. Cette opinion est confirmée par les résultats d’un forage à Laprairie, où l’on a traversé 1,000 pieds d’argile schisteuse sans rencontrer de calcaire.
Mais, en second lieu, il semble qu’il puisse y avoir indépendamment de failles quelconques, un épaississement très considérable des diverses formations du Silurien Inférieur, à mesure que l’on s'éloigne des anciennes lignes de rivage archéennes.
En somme, bien que l’erslication du phénomène soit encore indécise, un fait subsiste, c’est que la formation de dolomie calcaire a une beaucoup plus grande épaisseur que lon ne croyait. Il faut espérer que les journaux des puits futurs jetteront plus de lumière sur cette anomalie intéressante.