‹ Les pupazzi, inéditsChapitre 26 sur 89 · SCÈNE II BAPTISTIN, BÉCHAMEL · texte numérisé non relu

SCÈNE II BAPTISTIN, BÉCHAMEL

BAPTISTIN

C'est monsieur qui m'appelle, rien n'est pressé !

béchamel, entrant.

Baptistin ! Tiens ! Tu étais là ?

baptistin

Oui, monsieur ! Aux ordres de Monsieur !

{A part, au public.) Il me vient une idée I J'allais

vous donner pour rien mon secret d'Etat. Je me

o ! Je vais le vendre à mon maître ! Comme

il a besoin d'avancement, il le revendra à son

au gouvernement qui en fora ce qu'il

••ira.

BÉCHAMJ

Que rabâches-tu là tout seul? Tu apprends

>logues?

BAPTISTIN

Mais, comme tous les gouvernements, les hommes sont ingrats ! Fais comme ton maître, Baptistin. Fais-toi payer d'avance 1 Le valet d'un diplomate ne saurait être naïf sans s'exposer à être congédié !... Commence par laisser entrevoir que la valeur d'un homme, dans notre siècle, est toujours considérée en raison de sa fortune, comme l'importance d'un secret en raison de ce qu'on l'achète !

BÉCHAMEL

C'est juste ! Que veux-tu que je te donne ?

BAPTISTIN

Pour mieux réussir, n'exige pas trop d'abord ! Contente-toi seulement de dire que cent francs d'honoraires par mois, c'est bien peu pour un homme de ta valeur, et qu'une légère augmentation de cinquante francs, par exemple, ne serait que méritée.

BÉCHAMEL

Eh bien, soit! Je te donnerai cent cinquante francs par mois. Qu'est-ce que c'est?

baptistin Alors, honnête homme, comme tu l'es, après ir obtenu ce que tu désirais, tu n'hésites |

BÉCHAMEL

liais achève donc 1 maudit bavard l Qu'est-ce

que c'est?

couverte de cette terre inconnue qui peut amener les plus grandes complications dans l'équilibre politique du monde entier ? — Mais, monsieur, permettez-moi de vous le dire, vous n'êtes pas diplomate pour un sou !

BÉCHAMEL

Que faut-il donc faire?

BAPTISTIN

Ce qu'il faut faire? Mais en prendre possession au nom de la France ! Y planter notre drapeau !

Y établir des comptoirs ! Y nommer un consul !

Y envoyer des colons ! Y cultiver le sol et enrichir ainsi notre pays d'une colonie puissante qui fera l'envie des nations jalouses ! — N Voilà ce qu'il faut faire !

béchamel, entraîné.

Tu as raison ! Baptistin ! Tu as raison ! C'est deux cents francs par mois que je te donne. As-tu un drapeau?

BAPTISTIN

Il y en a toujours au Consulat.

BÉCHAMEL

Je vais le chercher ! (Il sort.) SCÈNE III

BAI'TISTIN

1 voilà mon secret ! Vous leconnaissez main-

tll.

vait doucement. Alors je pris mon barque et je allai prendre possession au nom de mon gouvernement. L'île n'était pas encore sortie de l'eau que je avai déjà planté dessus le drapeau de le Angleterre !

baptistïn, à part.

Diable ! Diable ! Il nous a devancés ! Voilà mon augmentation bien compromise !

LORD ANGOUTAN

Je pense que votre maître saura reconnaître le priorité de moi.

baptistïn, à part.

Gomment faire? Je connais monsieur Béchamel, il n'osera pas insister. C'est un diplomate qui redoute toutes les complications.

LORD ANGOUTAN

D'abord, nous autres Anglais, nous avons la

spécialité d'être partout chez nous, de prendre

ce qui nous convient et de coloniser le monde

entier! Demain je envoyai des missionnaires!

baptistïn, à part.

Des missionnaires dans une île déserte ! — Oh ! mais il me vient une idée splendide ! Quel diplomate je ferais! Vous allez voir! (Haut.) Mylord peut envoyer des missionnaires, mais il faudra alors l'assentiment du Roi du Pays qui est déjà en pourparlers avec mon maître.

LORD ANGOUTAN

Je ne comprends pas ! Le Roi du Pays! Mais

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BAI'TISTIX

Ceci est votre affaire. Mais j'ai peur qu'il ne soit trop tard ! — J'aperçois mon maître, il cause avec ie Roi Sauvage, je vais les prévenir que vous êtes là. (A part en sortant.) Baptistin! mon ami, si cette nouvelle invention sortie de ton cerveau tout à coup ne te rapporte pas un bon sac de guinées, tu n'es qu'un imbécile!... Et tu n'en es pas un ! (It sort.)

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