UNE SOIRÉE SOUS LA DÉCADENCE
aujourd'hui, aussi je vous demanderai la permission de le boire. (Il boit.)
La timidité cependant se localise. Il y a des timides, dans le monde, qui ne le sont plus dans l'exercice de leurs fonctions. Ainsi, moi, par exemple, quand j'écris mon feuilleton, quand je critique une pièce, j'ai une audace que j'appellerai professionnelle et j'éreinterai volontiers, si c'est ma conviction, le pauvre auteur que j'ai à juger, ce qu'il me serait impossible de faire si je devais m'adresser à lui-même.
Au théâtre, la timidité s'appelle le trac ! Les jeunes gens, surtout ceux d'aujourd'hui, ne connaissent pas le trac. Leur ignorance du danger fait leur aplomb. Ainsi, moi, par exemple, je ne suis plus un jeune homme, mais j'ai conservé ma timidité. Je manque tout à fait d'aplomb, quoique, vous voyez, je suis bien d'aplomb sur mes jambes. Une interruption me mettrait dans un grand embarras.
Ah! mesdames, c'est vous surtout qui êtes cause de notre timidité. Votre grâce, votre charme, votre esprit et surtout votre bienveillance nous déconcertent facilement. Ainsi, je suppose — ohl ce n'est qu'une supposition, car maintenant je n'ai plus guère d'espoir! — Je suppose qu'une dame me dirait... c'est difficile à dire ! . .. mais me dirait enfin... et ce n'est pas probable ! — mais me dirait qu'elle m'a remarqué! Eh bien, je l'avoue, je serais telle-
roni't».