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PRINCIPALES INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS DES PURGATIFS

L’étude que nous avons faite des purgatifs dans les chapitres précédents nous a montré que ces agents produisent un double effet ; ils modifient d’une façon plus ou moins profonde la surface intestinale avec laquelle ils arrivent en contact et ils produisent des selles plus ou moins abondantes : action modificatrice et action évacuante, voilà en quoi se résume l'histoire des purgatifs, voilà ce qui doit guider dans leur choix et leur emploi.

L’action modificatrice trouve son indication dans certaines affections intestinales; Trousseau et Pidoux admettaient que sous l’influence des purgatifs une inflammation artificielle se substituait à la phlogose morbide et que cette inflammation tendait vers la guérison; ainsi dans la fièvre typhoïde, qui était pour eux une entérite spécifique, les purgatifs salins étaient indiqués, comme devant produire une entérite simple spontanément curable. Ils avaient d’ailleurs généralisé cette théorie de l’action substitutive. En présence des cas où le purgatif n’a qu une action phlogogène peu marquée, sinon nulle, il est difficile de ne pas admettre que celui-ci a plutôt agi par simple contact ou en produisant sur la muqueuse une modification favorable, sans pour cela être inflammatoire. C’est ainsi que les purgatifs salins peuvent être employés dans certains cas de diarrhée (catarrhe intestinal aigu); on se rappelle, en outre, que

Rabuteau a insisté sur l'interversion du sens de l’osmose qui suivait l’administration des sels et leur absorption par le sang, interversion qui amène la constipation en supprimant la sécrétion intestinale.

L’action évacuante est indiquée dans trois buts principaux : 1“ chasser les matières fécales contenues dans l’intestin afin d’éviter l’intoxication qui pourrait résulter de l’absorption cte leurs produits toxiques ; 2“ produire localement une spoliation des glandes dont les sécrétions seront aussitôt rejetées; 5“ produire une spoliation générale qui jouera un rôle de dépuration, soit môme de dérivation. Examinons ces trois cas. , , ,

Dans le premier cas rentretout d abord la constipation : on est appelé à régulariser ou à ramener les selles; nous avons indiqué suffisamment dans les pages précédentes les movens extra-pharmaceutiques auxquels on pourra avoir recours ; si les purgatifs deviennent nécessaires, on se guidera dans leur choix sur l’intensité de l’action que l’on veut produire, sur l’obstacle qu’il y aura à vaincre, par exemple en cas d’occlusion; mais dans ce dernier cas il est bien préférable d’administrer le purgatif par le rectum; les lavements huileux de séné additionné de sulfate de soude seront particulièrement indiqués; comme purgatif mgéré par la bouche on aura recours à l’huile de ricin additionnée lu non de deux gouttes d’huile de croton, S’il n’y a pas occlusion si l’on se trouve en présence d’une constipation banale on aura recours aux laxatifs; autant que possible, les purgatifs salins seront évités, car ils produisent plus que tous les autres la constipation à la suite de leur emploi ; le plus généralement on prescrit la rhubarbe, l’aloès, le podophyllin associé à l’extrait de belladone.

Yeut-on débarrasser l’intestin de corps étrangers, par exemple vers intestinaux, on aura recours à des purgatifs qui seront en même temps parasiticides (calomel, huile de ricin) • si le corps étranger est un toxique, on choisira un purgatif approprié, c’est-à-dire qui soit rapide, et forme, s’il le peut, un précipité insoluble avec le poison; ainsi le sulfate de soude ou de magnésie serait indiqué dans

un empoisonnement aigu par un sel de plomb ; ou bien, en même temps que le purgatif, ou plutôt un peu avant, on administrera un antidote capable de former avec le toxique un composé insoluble ; tanin, eau albumineuse; c’est ce composé insoluble que le purgatif sera chargé d’évacuer. Les matières toxiques peuvent être d’origine intestinale et l’intestin malade plus apte à les absorber, en môme temps que plus susceptible : tel est le cas de la fièvre typhoïde ; la méthode purgative administrée sans ménagements affaiblira le malade et pourra être la cause d’hémorragies consécutives aux mouvements qu’elle aura provoqués dans l’intestin; mais, réglée avec soin, elle pourra être conservée comme un adjuvant pour produire l’antisepsie intestinale.

Si, au contraire, l’intestin ne se trouve point dans un état aussi défectueux, si l'on n’a pour but que d’expulser de l’appareil digestif des matières plus ou moins putréfiées qui l’encombrent, alors peu importera généralement le purgatif employé; qu’il agisse rapidement et complètement, c’est là le point principal : les sels sodiques et magnésiens, additionnés ou non de tartre stibié, le jalap, la scammonée, peuvent être avantageusement prescrits.

Mais les purgatifs n’ont pas seulement pour objet d’évacuer le contenu du tube intestinal, leur action peut se manifester à distance, soit par la révulsion qu’ils produisent dans l’intestin, soit par la dérivation dont ils sont la cause dans les cas d’épanchements. On a pu comparer assez justement l’effet de la purgation à celui de la saignée ; grâce à la quantité de liquide évacuée par les selles, l’organisme subit une perte d’eau, les vaisseaux sont débarrassés d’une partie de leur contenu, la circulation devenant moins pénible, le cœur, soulagé d’autant, pourra plus facilement suffire à sa tâche ; dé là, la nécessité d’entretenir la régularité des fonctions abdominales chez les cardiaques, dans les cas d’affections mitrales ; la constipation sera combattue par de légers drastiques, les eaux purgatives naturelles ; s’il y a hydropisie, l’intervention devra devenir plus énergique : la scammonée, le jalap, l’eau-de-vie allemande de-

yront provoquei’ dans l’appareil digestif 1 exagération des sécrétions séreuses, afin de diminuer, par une xéritable dérivation, les sérosités accumulées dans le tissu cellulaire; on hésitera d’autant moins à recourir aux drastiques que les cardiaques présentent généralement pour eux une grande tolérance et peuvent en supporter facilement l’emploi pendant un temps très long.

Dans les myélites la défécation est souvent profondément troublée; tantôt on observe l’incontinence des matières fécales, tantôt au contraire une constipation opiniâtre; ce qu’on demandera alors au purgatif, ce ne sera plus, comme précédemment, une action dérivative ; par des drastiques Ler-iques on cherchera à rétablir les garde-robes et de plus,"’par révulsion, à modifier l’état de circulation de la moelle et de ses enveloppes. De même chez les individus cont^estifs, pléthoriques, ayant des tendances à l’apoplexie, il faudra toujours entretenir un certain état de diarrhée ; l’aloès deviendra précieux par la congestion qu’il produit sur l’extrémité inférieure de l’intestin, les hémorroïdes qu’il occasionne, hémorroïdes qui deviennent de véritables soupapes de sûreté par le flux dont elles sont le siège ; les puro-atifs salins pourront trouver également leur indica- ' tion°pour combattre l’obésité, si l’on s’en rapporte aux recherches de Lœwy, de Voit qui leur attribuent la propriété d’accélérer les échanges gazeux et de faciliter l’usure des graisses, sans avoir d’action sur l’usure des albu-

minats. , ' . ,

11 en sera tout autrement pour les femmes enceintes, les anémiques, les débilités atteints ifhémorroïdes; ici encore, il faut entretenir la liberté du ventre, mais à l’aide de pîirgatifs doux, sucrés, huileux : de la rhubarbe, de la glycérine, de l’huile de ricin et surtout des eaux purgatives. Mais on évitera les drastiques et on proscrira l’aloès entre

^°Tes-affections du foie, engorgement, lithiase biliaire, ictère, sont également les tributaires de la médication purgative ; on cherchera à l’aide des cholagogues à augmenter la production de' la bile, à faciliter son excrétion ; les

purgatifs salins, l’aloès, la rhubarbe, le podophylliii, l’évonymine, le calomel sont appelés à rendre de grands services, ce dernier surtout, quoi qu’il en soit des propriétés qu’on lui a attribuées de diverses parts et que nous rappellerons en faisant son histoire. On se trouvera bien également de mettre à profit, comme l’a conseillé Krüll, les lavements d’eau froide administrés deux fois par jour ; Vulpian a montré que chez les animaux ces lavements étaient un puissant cholagogue. Le calomel, si employé dans les cas de congestion hépatique, ne l’est pas moins, quoique son action soit problématique, dans les méningites ; à titre de mercuriel il fut préconisé contre les phlegmasies et en particulier dans la méningite considérée comme simple inflammation ; Trousseau l’employait à doses fractionnées jusqu’à produire la salivation; les résultats obtenus dans les méningites tuberculeuses paraissent des plus douteux ; il n’en est pas de même lorsque les accidents cérébraux sont dus à une inflammation plus ou moins vive des méninges provoquée par des productions d’origine syphilitique; mais c’est alors l’action spécifique du mercure et elle seule qui doit être invoquée.

Les néphrites constituent un ensemble nosologique où les purgatifs sont appelés à rendre les plus grands services en agissant d’une façon complexe; ils se conduisent d’abord comme agents révulsifs grâce à l’irritation qu’ils produisent sur la muqueuse intestinale; ensuite, comme dérivatifs, ils amènent la diminution de l’oedème, de l’anasarque que l’on trouve chez les néphritiques; comme déplétifs ils facilitent la circulation et diminuent l’effort du cœur; enfin ils remédient au défaut de fonctionnement du rein, en provoquant l’évacuation des déchets que 1 urine était chargée d’éliminer et faisant cesser les accidents de l’urémie; cette éliniination, du reste, devenue impossible par l’urine, s’est souvent établie d’elle-même par l’intestin, ainsi qu’en témoignant l’état catarrhal de celui-ci, une série de lésions dues au contact irritant des déchets urinaires et de leurs produits de décomposition, ies vomissements, les diarrhées liquides à réaction ammoniacale; les purgatifs

LES PDRGATIFS.

seront chargés d’entretenir le rôle de l’intestin et de le rétablir s’il venait à faiblir ou à s’arrêter.

Le fonctionnement des poumons se trouve également facilité par l’emploi des purgatifs dans un certain nombre de cas ; il est évident que la circulation pulmonaire se fera beaucoup mieux lorsque grâce à leur action déplétive les cathartiques auront diminué les résistances que le cœur avait à vaincre et par suite favorisé le retour du sang qui se rend du poumon à l’oreillette gauche; dans les pneumonies avec complications stomacales ou hépatiques on aura également recours aux purgatifs et surtout aux émétocathartiques.

Sydenham proscrivait l’emploi des purgatifs pendant les accès de goutte ; néanmoins il paraît indispensable d’entretenir surtout chez les goutteux une liberté d’entrailles, compromise par le séjour au lit et une constipation habituelle. L’urémie est remplacée chez le goutteux par un état moins dangereux, la diathèse urique, ou infection du sang et de l’économie par l’acide urique et les urates; tous les moyens capables d’accélérer l’élimination de l’acide urique devront être employés; aussi les purgatifs, et en particulier le colchique, jouent-ils un grand rôle dans le traitement de cette affection. Les drastiques sont également indiqués dans les cas de rhumatisme aigu, lorsque l’on craint des complications du côté de l’encéphale ; une action révulsive sur l’intestin, malgré le danger qu’elle peut faire craindre, est parfois nécessaire pour atténuer ou déplacer une phlegmasie viscérale que son siège rend plus dangereuse encore.

L’usage des purgatifs ne sera pas négligé non plus dans les affections cutanées, où l’on joint l’antisepsie intestinale à l’antisepsie externe.

Après avoir passé rapidement en revue les principaux cas pathologiques qui réclament la médication purgative, il nous reste à dire un mot des inconvénients qui en peuvent résulter. Nous avons mentionné déjà la constipation qui suit l’emploi des purgatifs salins et qu’on a attribuée à l’absorption d’une certaine quantité de ceux-ci et de son

passage dans le sang, la constipation qui suit l'emploi des drastiques et qu’on peut attribuer à répuisement nerveux consécutif au travail excessif qu’a fourni l’intestin ; en sorte que le constipé est, pour ainsi dire, enfermé dans un cercle vicieux; 'nous rappelons que l’abus de l’aloés ou des remèdes secrets qui en renferment prédispose aux hémorroïdes ; nous avons assez insisté sur le mode d’action des différents purgatifs pour qu’il soit facile de comprendre que leur usage immodéré peut être la cause de gastro-entérites des plus graves. Des complications fort sérieuses et quelquefois sans remède peuvent résulter de l’ingestion de <!rastiques à doses trop considérables : selles sanguinolentes, amaigrissement, fourmillements dans les membres inférieurs, affaiblissement des forces motrices, dans un cas même une hémiplégie incurable. Ces accidents ne sont pas rares, certains tempéraments débilités croyant pouvoir prendre sans inconvénients des purgatifs drastiques qui réussissent très bien aux pléthoriques. Enfin l’action purgative influence l’organisme d’une façon presque constante. D’après Dumesnil, Demarquay et Lecomte, l’huile de croton, la gomme gutte, la coloquinte à doses purgatives abaissent d’abord la température et l’élèvent ensuite; à doses toxiques elles l'abaissent d’une façon permanente.

En résumé, si la médication purgative peut rendre les plus grands services, il faut savoir régulariser et modérer son emploi.

Ces généralités étant établies, nous allons passer à la description des principaux purgatifs.

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