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CHAPITRE III

INTRODUCTION DES PURGATIFS PAR LA VOIE HYPODERMIQUE, LAVOIE RECTALE; LAVEMENTS; SUPPOSITOIRES

L’inflammation de la muqueuse intestinale n’est pas simplement le résultat d’une action locale, d’après Vulpian, mais encore d’actions phlogogènes pouvant se produire à distance. Avant de parler des lavements, nous rappellerons la méthode- ialralepliqueM méthode hypodermique et la méthode intra-veineuse. D’après Mathey, il existerait pour les purgatifs des sortes de zones réflexes catarrliogènes où se produit l’action excito-sécrétoire. Qu’un sel purgatif soit injecté sous la peau de l’abdomen, si cette injection a été accompagnée d’irritation locale, il y aura effet purgatif, et tout liquide produisant au même point la même irritation aura le même effet; que le sel purgatif soit injecté, au contraire, sous la peau du bras ou de la jambe et il n’aura aucune activité, si l’on en croit Mathey.

Claude Bernard, après avoir injecté directement du sulfaie de soude dans les veines, trouva que celui-ci purgeait aussi bien et même mieux que dans l’intestin ; nous avons vu que Babuteau combattit cette opinion avec la dernière énergie, invoquant ses expériences, sur lesquelles il se basait pour attribuer à la purgation une cause osmotique; Jolyet et Gahours ne purent non plus obtenir

H’pffcts purgatifs chez uu chien dans la veine crurale duiIs avJLt injecté 12 grammes de sulfate de soude dissous dans 40 grammes d’eau; Vulpian et Carville firent des recherches sur la possibilité de purger par la voie cutanée; mais c'est surtout Luton qui eludia ce mode

‘‘Ïu'tirpS'°d’abord en principe que la ^

Durger en injectant une substance cathartique sous la peau rSurait être contestée, et si Gubler n’a obtenu aucun effet purgatif, même en augmentant les doses de sel, c est uu’i/a produit une irritation locale qui doit avant tout Être évitée. Il ne faudrait d’ailleurs pas s attendre, par cette voie à obtenir des résultats considérables, ni constants ; et il laut compter avec l’impressionnabihte individuelle, la do el purg tif injectée étant très faible et ne pouvant Sr ^l’Le'action très superficielle sur la muqueuse intestinale où l’entraîne le torrent circulatoire ; dans le cas nî^ême où l’action purgative ne serait pas manifeste, on pourrait constater des effets sensibles et 1 injection du sel dans le sang d’un chien peut produire dans 1 intestin de cet animal un catarrhe évident. Luton a constate de plus que ces injections salines pouvaient rectifier les mouvements péristaltiques et, de ce fait, conibattre ceitains vomissements, les nausées ; la méthode a ete employée avec succès dans des cas de vomissements uremiques, mais on peut supposer, avec Gubler, que dans ces circcms ances

le sulfate de soude agissant comme diurétique a V^odm

une décharge de l’urée du sang. Enfin 1 auteur de la méthode pense qu’il y aurait lieu d’essayer d’autres corps que le Llfate de soude; les sels de “^gnésie, par exemple auraient plus de chance d’agir, en vertu de leur hetero^eneitc pour l’organisme; une injection sous-cutanee de dix centigrammes de sulfate de magnésie provoquerait des selles diarrhéiques. En dehors des substances salines, Luton a . expérimenté avec une solution aqueuse d aloes socotrin : une injection d’un gramme du produit, déposé, mais non filtré, a provoqué les mêmes symptômes que le sulfate de soude, peut-être un peu plus énergiques, et a tous les degres

depuis le simple malaise précurseur de la purgation jusqu’aux selles diarrhéiques. 11 serait utile, comme le conclut Luton, de soumettre cette question aune étude sérieuse et prolongée.

Nous ne dirons que quelques mots de la méthode iatraleptique qui nous semble d’ailleurs assez contestable par elle-même dans des cas nombreux, pour qu’il n’y ait pas lieu de chercher à l’étendre aux purgatifs. Joret rapporte dans sa thèse un certain nombre d’observations où de l’huile de croton mélangée d’huile d’amandes douces et employée en frictions sur le ventre n’a produit aucun effet purgatif; c est du reste un fait de pratique courante que les sucs huileux ou ré.sineux (euphorbe, thapsia, croton) ne provoquent dans leurs applications cutanées, volontaires ou accidentelles, aucun phénomène purgatif.

Le lavement mérite de nous arrêter plus longtemps; malgré les abus qu’on en faisait sous le règne de Louis XIV, il est certain que ce genre d’agent thérapeutique est souvent appelé à rendre les plus grands services et l’on s’explique l’admiration qu’il inspirait à Lasègue, qui plaida sa cause avec sa verve habituelle et entreprit de le réhabiliter ; on peut en effet recourir aux lavements dans les circonstances les plus opposées et les administrer, tantôt pour faire absorber des aliments ou des médicaments, tantôt pour expulser des matières fécales accumulées, tantôt comme dérivatif; leur action dépend de leur composition, de leur température, de leur volume, et ne considérerait-on que le rôle mécanique qu’ils peuvent jouer comme corps étrangers, leur utilité n’en serait pas moins évidente pour provoquer les contractions de l’élément musculaire et les mouvements péristaltiques. Leur usage remonte aux époques les plus éloignées; Hippocrate, Celse, Galien les prescrivaient et on les administrait avec les instruments les plus rudimentaires ; la bourse à clystère, composée d’une vessie pleine d’eau à laquelle était adapté un tube de roseau, fit place, au xv^ siècle, à la seringue, qui subit elle-même tous les perfectionnements jusqu’à l’apparition du clysopompe, pompe aspirante et foulante dont le fonctionne-

ment est devenu à notre époque absolument automatique. Si leur emploi fut longtemps empirique, on connaît aujourd’hui leur mode d’action et les services qu’on est en droit d’en attendre. La muqueuse rectale présente pour l’absorption de certains médicaments une rapidité que prouvent surabondamment les e.vpériences de Briquet, Demarquay, Savory; à la suite de l’administration d’un lavement contenant de l’iodure de potassium, l’iode apparaît en quelques minutes dans l’urine et dans la salive ; la strychnine, le cyanure de potassium en solution seraient, d’après Savory, absorbés plus rapidement par le rectum que par l’estomac ; Briquet montre que pour être absorbée, il faut que la substance soit dissoute, et qu’alors l’absorption est facilitée par l’étendue de la surface intestinale baignée par la solution qui peut assez facilement atteindre le cæcum; Vulpian, administrant à des chiens un lavement purgatif et le leur faisant garder deux heures, obtient des selles diarrhéiques et, sacrifiant l’animal, constate à l’autopsie non seulement la rougeur de la muqueuse du gros intestin, mais encore la rougeur de la muqueuse de l’intestin grêle jusqu’au duodénum ; celui-ci contient de la bile ; les parois intestinales sont tapissées par un mucus opaque et jaunâtre; la muqueuse gastrique elle-même paraît affectée ; avec le sulfate de magnésie les effets sont des plus rapides et le sel apparaît dans l’urine; ces expériences prouvent non seulement l’absorption de la substance, mais encore l’intégrité de ses propriétés ; un purptif pris par le rectum peut produire un catarrhe de l’intestin grêle comme s’il eût été pris par la bouche.

Mais si la muqueuse du gros intestin est capable d absorber, il faut bien savoir qu’elle est incapable de digérer, et que si l’on comptait sur des lavements alimentaires autres que ceux renfermant des peptones ou des alcooliques, on se réserverait de cruelles désillusions. Pour les lavements peptonisés, il n’y.a pas de doute possible; Daremberg a pu soutenir ainsi un malade pendant quatorze mois, et maintenir le chiffre de l’urée de 15 à 20 grammes par vingtquatre heures; dans un autre cas, il a obtenu un résultat

analogue et a tu, du jour où il a commencé les lavements, le taux de l’urée passer de 10 grammes à 17 pour les vingtquatre heures ; mentionnons enfin, à l’appui de l’absorption rectale, les essais faits par cette voie pour amener l’anesthésie.

Mais l’action du lavement ne se borne pas, lorsqu’il tient un purgatif en solution, à servir de véhicule à celui-ci : il agit encore par lui-même, par sa masse, sa température, sa force de propulsion. Cantani conclut de ses expériences que par la méthode de Ventéroclisme on peut faire pénétrer un liquide dans toute la longueur de l’intestin ; la façon la plus simple d’appliquer cette méthode consiste cà introduire aussi haut que possible dans le rectum un tube de caoutchouc semblable pour la longueur, le calibre et la consistance à celui dont se sert Debove pour le lavage de l’estomac; ce tube est mis en communication avec un entonnoir par lequel on verse le liquide et qu’on peut élever ou abaisser à son gré, selon que l’on veut augmenter ou diminuer la pression ; Cantani assure avoir ainsi, dans trois cas, déterminé par vomissements le rejet d’huile introduite par l’anus. Lasègue et Dujardin-Beaumetz estiment que dans les cas ordinaires les lavements atteignent difficilement rS iliaque et que la quantité de liquide ne dépasse pas habituellement un demi-litre ou un litre ; enfin l’on assigne généralement, comme limite que ne peuvent franchir les lavements, la valvule iléo-cæcale, qui a reçu, pour ce fait, le nom de « barrière des apothicaires ». M. Legendre, qui, à propos de l’antisepsie intestinale, fait une très intéressante digression sur la façon d’administrer les lavements, rapporte les conclusions d’expériences de Mar shall-Hall. Celui-ci a pu, sur le cadavre, faire pénétrer de 4 litres 64 à 7,44 de liquide, remplir tout le gros intestin et même franchir la valvule iléo-cæcale. Sur le vivant, il a pu introduire 4 litres et demi d’un liquide huileux et reconnaître par la percussion sa présence dans toute l’étendue de l’intestin; ayant fait placer un jeune homme horizontalement sur le côté gauche, il introduisit 2 litres 7o de liquide; l’injection avait pénétré jusqu’à l’union des

côlons transverse et ascendant et ne put aller plus loin; mais le sujet fut placé sur le côté droit, et le liquide étant passé dans les côlons transverse et descendant, on put en injecter de nouveau une quantité égale. S’appuyant sur ces faits et jugeant avec raison que les lavements évacuateurs agissent surtout par la quantité pour détacher, diviser les matières fécales, M. Legendre conseille à ses malades, lorsqu’il leur ordonne un lavement détersif, de se placer d’abord sur le dos dans une position rigoureusement horizontale, puis, quand trois quarts de litre ont pénétré dans l’intestin, de se tourner doucement sur le côté droit en continuant l’injection; le lavement pris, le malade devra rester quelques minutes immobile, la canule demeurant dans l’anus, en contractant volontairement son sphincter; la canule sera ensuite retirée doucement. On ne prend généralement pas un clystère avec tant de précautions, mais on peut voir que dans un certain nombre de cas cellesci ne sont pas inutiles et permettent d’espérer des résultats que l'on n’obtiendrait peut-être pas sans elles. Quant à la température du lavement, elle doit être tiède ; dans certains cas cependant, où l’on craindrait, par un usage souvent répété, d’amener une paresse des fibres musculaires du rectum, on pourrait de temps en temps remplacer l’eau tiède par l’eau froide, qui, par la réaction qu’elle produit, excite la contraction de ces fibres.

Il est bien entendu que pour avoir recours à ce mode d’administration, il faut être certain que le rectum n’est pas rempli de matières fécales, dans lesquelles la canule viendrait s’enfoncer et s’oblitérer.

A la suite des lavements nous devons citer les suppositoires, qui, à titre de corps étrangers introduits dans le rectum, excitent l’élément musculaire et provoquent des contractions expulsives de l’intestin ; ces suppositoires sont souvent additionnés de substances ayant elles-mêmes une action sur l’élément musculaire.

Quoi qu’il en soit des différents modes d’administration des purgatifs que nous avons passés en revue, la pratique nous montre qu’il est parfaitement légitime de les faire

absorber par la bouche ou par la voie rectale ; les circonstances seules devront nous faire préférer l’un ou 1 autre mode, la voie rectale étant, dans certains cas, moins dan- ' o-ereuse et parfois seule possible.

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