‹ Les puritains d'ÉcosseChapitre 25 sur 41 · CHAPITRE XXY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXY

Le roi a rasscmblij les mcUlearj soUUt^ de tout le pays. Shakspeabe, Benri IT, 3* partie.

NE couférence sérieuse eut lieu entre les chefs de Tarmée presbytérienue , le soir même du jour où ils avaient attaqué Tillietudlera.

■^ — ' --'3J Le découragement gagnait leurs partisans, — ils ne jiouvaient se le dissimuler, — à la vue des victimes que la mort avait faites parmi les plus vaillants et les plus hardis d'entre eux, comme c'est l'ordinaire en pareil cas. Laisser leur enthousiasme s'épuiser eu efibrts stériles pour une conquête aussi secondaire que la prise d'un petit château fort, c'était s'exposer à voir diminuer leur nombre, et du même coup risquer de perdre tous les avantages que possédait la rébellion sur un gouvernement mal préparé ù la combattre.

Sous l'influence de ces motifs, le conseil décida que le gros de l'armée marcherait sm* Glasgow pour en déloger la garnison, qu'Henri Mortoii et d'autres officiers en auraient le commandement, et que Burley, à la tête de cinq cents hommes d'élite, resterait en arrière afin de bloquer le château.

Cet arrangement causa la plus vive contrariété à notre jeune homme. « De fortes raisons, » dit-il, « toutes personnelles, lui faisaient désirer de ne point s'éloigner de Tilliutudiem; et si ou le chargeait de l'investir, il

était h pen près sûr de négocier nn accommodement qni, sans être dur aux assiégés, atteindrait tout à fait le but des assiégeants. »

Burlej' pénétra aisément le mobile des répugnances de sou collègue. ^Ayaut tout intérêt à connaître à fond les gens qu'il voulait faire servir à ses ténébreuses menées, il était parvenu, en exploitant la simplicité de Cnddie et l'exaltation de sa mère, à se rendre compte des relations qui rattachaient Henri à la famille de Tillietudlem. Il profita du moment où Prêche-à-mort se levait pour dire quelques mots sur l'aifaire en question,

— c'était son refrain d'habitude quand il allait pérorer une heure durant,

— et emmenant son collègue à l'écart, il eut avec lui le suivant colloque. « Tu es mal avisé, Henri Morton, » dit-il, « en cherchant à sacrifier

le succès de notre sainte cause à ton amitié pour un Philistin incirconcis et à ta concupiscence pour une Moabite.

— Que voulez-vous dire, Monsieur Burley? et à quoi tendent vos allusions? » répliqua Henri avec emportement. « Je ne comprends pas l^ourquoi vous me faites un reproche si insultant, et dans un si grossier langage.

— Allons , confesse la vérité ! Avoue qu'il y a là-bas , dans cette sombre Tour, des personnes sur lesquelles tu aurais à cœur de veiller comme ferait une mère à la sûreté de ses enfants, plutôt que d'arborer la bannière de l'Église d'Ecosse sur le corps de ses ennemis.

— Si vous entendez par là c|ue je voudrais mettre fin à la guerre sans efiusion de sang, j^lutot que d'acquérir du pouvoir ou de la renommée , vous avez raison ; je ne recherche pas antre chose.

— Et je n'ai pas non plus tout à fait tort de croire que tu n'exclurais pas de cette réconciliation générale tes amis de Tillietudlem.

— Non, certes. J'ai trop d'obligations au major Bellenden pour ne pas soTihaiter de lui être utile, autant que le permettra l'intérêt de la cause que j'ai embrassée. Je n'ai, jamais fait mystère de mes sentiments à son égard.

-T— Je le sais, et, en eût-il été autrement, je ne l'aurais pas moins deviné. Maintenant, apprends une chose : ce Miles Bellenden a des vivres pour nn mois.

— Vous êtes dans l'errenr. Il n'en a guère pour plus d'une semaine, nous le savons.

— Ruse de guerre de ce réprouvé à tête grise! Eu réjtandaut un tel bruit dans la garuisoo, il avait nue double visée : soumettre les soldats au ratioaneuieut quotidien, et nous retenir devant sa forteresse jusqu'à ce qu'on ait aflilé le glaive qui doit nous atteindre et nous détruire. Depuis I)en, j'ai eu des preuves certaines du contraire.

— Pourquoi ne les avoir pas communiquées au conseil?

— Tu le demandes? A quoi bon détromper lii-dessus Pèseparole, Macbriar, Langcale et Prôcbe-à-mort?Tout ce qu'ils apprennent au conseil, ils vont le répéter à l'armée dès leur premier sermon ; tu sais cela de reste. La perspective de passer buit jours ici n'est pas trop du goût de nos liommes ; que serait-ce s'il leur fallait se préparer à un siège d'un mois?

— Alors pourquoi me l'avoir caclié? et pourquoi m'en instruire à présent? Mais, avant tout, quelles sont vos preuves?

— En voici quelques-unes. » •

Cedisaut, Bnrley remit entre lesmainsd' Henri rine liasse de réquisitions adressées à divers propriétaires pour des grains, du bétail, de la farine, etc., et signées par le major avec les notes d'expédition à l'appui ; le tout formant une somme de provisions qui semblait écarter le danger d'une disette prochaine. Mais un fait que Bnrley eut soin de taire, bien qu'il en fût parfaitement informé, c'est que plus des deux tiers de ces provisions n'étaient point parvenus au château : les soudards envoyés pour les réunir avaient vendu à l'un ce qu'ils recevaient de l'autre, abusant ainsi le major pour la presse des vivres, à peu près comme Falstaff" abusait le roi pour celle des soldats.

Sitôt qu'il eut produit sur sou interlocuteur rim[)ressiou qu'il désirait :

« Je n'ajouterai qu'un mot, » continua Burley. « La nouvelle ne t'a pas été cachée plus longtemps qu'à moi-même : ces papiers m'ont été apportés ce matin. Si je t'en fais part à présent , c'est pourque tu paisses prendre allègrement le chemin de Glasgow et y travailler de bon cœur à l'œuvre sainte. Kien de funeste ne menace tes amis royalistes, tu eu as l'assurance, puisque leur fort est bicu approvisionné et que j'aurai seulement sous la main le nombre d'hommes nécessaire pour les empèciier de sortir.

— Laissez-moi ici, » reprit Morton, qui éprouvait une invincible répugnance à se rendre aux raisonnements de Burley, ce à la tête de cette troupe, et marchez vous-même avec l'armée sur Glasgow : c'est une entreprise bien plus honorable.

— Aussi, jeune homme, me suis-je appliqué à ce qu'on en remit la conduite au fils de Silas Morton. Je me fais vieux, et cette tête grise a eu assez de l'honneur qui s'acquiert au prix du danger, non pas la vaine fumée que le monde appelle gloire, mais l'honneur réservé à qui n'a pas cultivé le champ du Seigneur avec négligence. Ta carrière, à toi, commence à peine. Tu as à justifier la haute confiance qu'on t'a accordée, sur mes assurances qu'elle serait placée à boa droit. Au combat de Loudon, ta étais prisonnier; au dernier assaut, j'ai été chargé de l'attaque eu plein feu et à force ouverte, et tu as combattu à l'abri. Si maintenant tu t'arrêtais au pied de ces murailles quand l'action est engagée ailleurs, on dirait, tu peux m'en croire, que le fils de Silas Morton n'a pas suivi les traces de son père. »

Piqué de cette observation, à laquelle, en qualité de gentilhomme et de soldat, il n'avait rien h répondre, Heuri finit par souscrire à l'arrangement jiropose. Il n'en gardait pas moins sur les intentions de son collègue une vague défiance, dont il lui était impossible de se défendre.

« Monsieur Burley, » lui dit-il, « tùchous de bien nous entendre. En vous occupant de moi, vous avez pris la peine d'accorder quelque attention à mes afi'ections personnelles ; j'y serai aussi fidèle qu"à mes principes politiques, trouvez bon que je vous l'apprenne. Il se pourrait qu'en mon absence vous ayez les moyens de me servir ou de me blesser dans ces affections. Quoi qu'il advienne de notre tentative, soyez assuré que je réglerai ma conduite sur celle que vous aurez tenue à cet égard. Reconnaissance éternelle on haine implacable, je saurai, malgré ma jeunesse et mon peu d'expérience , obtenir de l'aide pour vous prouver l'une ou l'autre.

■; — Si cette déclaration renferme une menace, » répliqua Burley d'un ton glacial et hautaiu, « il aurait mieux valu me l'épargner. Je sais apprécier le zèle d'un ami et, quant aux menaces d'un ennemi, je les méprise du fond de mou âme. Mais il ne me plaît pas de relever là

LKS I'UniTAINS D'ECOSSE.

nn sujet d'ofTense. Partez, et, en tout état de cause, j'aurai pour vos désirs la déférence compatible avec mou devoir envers le souverain maître. »

Force fut bien à Henri de se contenter de cette quasi promesse.

« Nous serons vaincus ou vainqueurs, y> pensa-t-il. « Dans le premier cas, la garnison sera secourue avant d'être obligée de se rendre à discrétion; dans le second, la force du parti modéré me donnera, je le pressens, autant de crédit qu'en a Burley pour décider ce qu'il en faudra faire. »

Ils rentrèrent au conseil, où Prêche-à-mort était en train, e pour en finir, d disait-il, de coudre quelques avis pratiques à son interminable harangue. Quand l'orateur eut tout dit, Morton annonça qu'il était prêt à marcher avec le j)riucipal corps destiné à chasser de Glasgow les troupes régulières. On lui adjoignit plusieurs autres chefs, et tous ensemble furent régalés par les ministres présents d'une homélie fortifiante.

. Le lendemain, au point dti jour, l'armée rebelle leva le camp et prit le chemin de Glasgow.

Notre intention n'est pas de raconter en détail les péripéties de la guerre ; ou les trouvera dans l'histoire de cette époque. Arrètous-nons aux points princi])aux.

Lord Ross et Claverhouse, ayant appris qu'ils allaient avoir affaire à des forces supérieures, se cantonnèrent au cœur de la cité, dans le «quartier de la vieille geôle et de la maison de ville, déterminés à soutenir l'attaque avant d'évacuer la métropole de l'Ecosse occidentale.

Les presbytériens s'avancèrent en deux colonnes : l'une entra dans Glasgow du côté du collège et de la cathédrale , l'antre prit par Gallowgate, l'entrée principale an sud-est. Chacune d'elles avait ])our chefs des hommes résolus, et elles se comportèrent avec beaucoup de bravoure. Mais que pouvait leur valeur sans discipline contre les avantages d'une forte position et de la tactique militaire? Ross et Claverhouse avaient disposé habilement leurs troupes, en les plaçant partie à, l'intérieur des maisons situées au coin des rues et carrefours, partie derrière des barricades qui fermaient le passage aux assaillants. Ceux-ci vovaient leurs rangs s'éclaircir sous le feu de tirailleurs invi-

sibles, sans pouvoir y répoudre avec succès. Eu vaiu Mortou et d'autres chefs payèreut-ils de leur personne avec la plus noble intrépidité, en vaiu tentèrent-ils de rétablir les chances du combat eu abordant reuuemi : les rebelles s'enfuirent de tous côtés.

Henri fut un des derniers à quitter la place. Il rallia ses hommes, soutint la retraite, et déjoua les efforts que faisait le vainqueur pour le mettre en déi'oute.

Un peu plus tard, certaines phrases malsonnantes arrivèrent jusqu'à son oreille : a Ou avait eu tort de se confier à des latitndinaires, à de petits modérés... L'honuête, le fidèle Burley, à la bonne heure! II aurait mené la chose comme à Tillietudlem, et elle eût fini tout autrement. )) Ces récriminations d'une criante iujustice, proférées par ceux-là mêmes qui avaient lâché pied de prime abord, causèrent à Morton une irritation violente; puis elles le piquèrent d'honneur eu lui faisant sentir que, dans la voie périlleuse où il s'était engagé, il n'avait d'autre alternative que la victoire ou la mort.

« Impossible de reculer! » se disait-il. « Ehbieu, je forcerai le

moiulc, niL'iiK; la niîijùr, niciue Editli, à reconnaître qa'en fait de courage, du moins, Henri Jlorton le rebelle u";i pas été au-dcssoua de son père! »

Cet échec ne (it qu'augmenter Tindiscipline de l'armée, qui tombait, pour ainsi dire, en dissolution ; aussi les chefs jugèrent-ils prudent de la ramener hors de la ville, afiu d'avoir le temj)s d'y rétablir un semblant d'ordre. D'autre jiart, les volontaires continuaient d'arriver, poussés à bout par l'extrême misère de leur condition; l'influence du dernier revers avait encore moins de prise sur eux que celle de la victoire remportée dans les montagnes. Beaucoup vinrent se ranger sons les ordres immédiats de Morton.

Dans la faction intolérante des religionnaires, l'impopularité du jenne chef — et c'était pour lui un dur crève-cœur, — grandissait de jour en jour. Cette prudence au-dessus de son âge, dont il avait fait preuve pour conduire et surveiller ses hommes, était taxée de confiance impie dans le bras séculier ; sa tolérance avouée pour toute croyance ou cérémonie qui différait des siennes lui avait attiré l'injuste sobriquet de Gallion, le proconsul tomaiu k qui ces choses-là étaient indifférentes. Effets des préjugés! Il y avait pis encore. La foule ignorante, toujours empressée d'applaudir aux motions radicales en religion comme en politique, mais rétive à quiconque essaie de lui imposer l'obéissance, s'écartait du sévère Jlorton pour se ranger ouvertement autour des exaltés, qui n'exigeaient des leurs qu'une dévotion fanatique (0). Bref, il portait à lui seul tout le poids du commandement, dont ses collègues lui abandonnaient sans vergogne les embarras et les difficultés, et, tout généralissime qu'il semblait être, il manquait de l'autorité nécessaire pour mettre ses réformes à exécution.

En dépit de ces obstacles, Morton déploya une telle diligence Ji remanier l'armée, qu'au bout de quelques jours, il estima le moment venu de renouveler avec toute chance de succès son mouvement sur Glasgow.

Le vif désir qu'il avait de se mesurer en personne avec Claverhouse, dont il avait reçu une si cruelle injure, pontribua pour une bonne part îi aiguillonner son activité. Mais le colonel le déçut dans cette espérance. Satisfait d'avoir pris sa revanclie nue première fois, il ne

voulut pas s'exposer iine seconde avec troji peu de soldats contre des forces nombreuses et moins désordonnées. Il évacua la place et se dirigea vers Edimbourg.

Les rebelles entrèrent donc dans la ville sans coup férir, ce qui priva Morton de l'occasion qu'il avait ardemment convoitée de rencontrer sou adversaire en face.

La retraite de Claverliouse et la prise de Glasgow eurent pour effet de retremper l'ardeur des covenautaires et de leur amener quantité de recrues. Il fallut choisir des officiers, former des régiments et des escadrons, dresser enfin ces nouvelles troupes à l'apprentissage de la guerre. Ce fut Henri Mortou, que, d'une voix unanime, on chargea de cette tâche ingrate, mais d'une absolue nécessité. II l'accepta volontiers, parce que son père lui avait enseigné de bonne heure la théorie de l'art militaire, et convaincu d'ailleurs que, i'eût-il refusée, on ne pouvait attendre qu'un autre en acceptât la responsabilité.

Tout semblait favoriser la prise d'armes des presbytérieus au-delà de toute espérance. Le conseil privé d'Ecosse, surpris de la fougueuse résistance qu'il avait provoquée par une politique arbitraire, fut frappé de terreur et ne sut trouver, dans une crise qui était son œuvre, aucun remède prompt et énergique. Les rares troupes dispersées dans le pays furent appelées à couvrir Edimbourg, et la milice féodale reçut, dans chaque comté, l'ordre de prendre les armes, conformément à ses obligations envers la couronne. Cette sommation eut à peine des commencements d'exécution. La guerre, en général, était mal vue des propriétaires, et ceux-là mêmes à qui il n'eût pas trop coûté de faire campagne se voyaient détournés par leurs rnères, femmes ou sœurs d'embrasser une telle cause.

Sur ces entrefaites, l'impuissance des gouvernants d'Ecosse à se défendre et à réprimer une révolte insignifiante à l'origine éveilla l'attentiîon de la cour de Londres ; leur capacité devint suspecte, non moins que la convenance des mesures de rigueur qu'ils avaient adoptées contre les religionnaires. On résolut de donner le commandement de l'armée d'opérations au duc de Monmouth, qui, par son mariage, avait acquis dans le midi de l'Ecosse de vastes propriétés, beaucoup d'influence et un grand nombre de clients. Les talents militaires dont il avait fait

preuve ilans les rays-lias étaieut jilus que siiffisaiits pour réduire des rebelles ; d'autre part, la douceur de sou caractère et sa bieuveillance à l'égard des presbytériens en général permettaient d'esjierer qu'il contribuerait à calmer les esprits et à ménager une procliainc réconciliation (P).

Investi d'une commission qui lui dotniait plein pouvoir de régler les aflfaires d'Ecosse, le duc partit de Londres avec des renforts considérables pour prendre possession de son coinniaudement.

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