‹ Les puritains d'ÉcosseChapitre 27 sur 41 · CHAPITRE XXYII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXYII

Rendez votre château. Madame, dit-i dez-moi votre château.

Adam de Gordon, ballade.

OTEE jeuue capitaine venait de revoir et de mettre au net le mémoire où étaient exposées les doléances de ses coreligionnaires et les conditions auxquelles la majorité d'entre eus consentirait à jeter bas les armes; il allait s'étendre sur un lit de camp lorsqu'il entendit frapper an dehors.

« Entrez, » dit-il, et il aperçut la grosse tête en boule de Cuddie dans l'entrebâillement de la porte. « Avance donc, et dis-moi ce que tu veux. Y a-t-il quelque alarme ?

— Non, Monsieur ; mais je vous amène du monde.

— Qui est-ce?

— Une de vos anciennes connaissances. »

Et poussant la porte, il introduisit, moitié de gré moitié de force, une femme, qui avait la figure emmitouflée dans son plaid. Il le lui ramena en arrière , et laissa voir à sou maître les traits bien connus de la soubrette de TiUietudlem.

^i: Allons, allons, Jenny, » ajouta-t-il, « ne faites donc pas de manières. Voilà mousienr Henri ; parlez-lui. La brave fille, ma foi! Contez-

lui uu peu ce que vous aviez envie de dire ii lord Evaiidale, la belle.

— Qu'est-ce qne j'avais envie de dire à monsieur Henri, j> riposta Jenny, a quand j'allai le trouver dans sa prison, grand flandrin? Croyez-vous qu'on n'aime pas h visiter ses amis dans le malheur, gros mangenr de soupe? »

Elle fit cette réponse a.vec sa volubilité ordinaire; mais sa voix liéj^itait, ses joues étaient pâles et creuses, des j)leur8 roulaient dans ses yeux, sa main tremblait, tonte sa personne, secouée de frissons nerveux, l>ortait les traces de souffrances et de privations récentes.

« De quoi s'agit-il, Jenny? » lui dit Morton avec bonté. « Je vous ai beaucoup d'obligations, vous le savez, et il n'est guère de demande que je ne sois jirêt à satisfaire, si cela dépend de moi.

— Grand merci, Mihnvood, » dit la belle éi)lorée, « vous avez tout jours eu le cœur sur la main, quoiqu'on dise que vous ayez terrilijemeut changé.

— Comment cela?

— Oui, l'on dit que vous avez fait vœu avec les républicains de jeter le roi Charles en bas du trône , et que ni lui ni ses descendants jusqu'à la dernière génération ne s'y asseyeront plus jamais. Et puis, assure Bonviu, vous donnerez les orgues d'église aux joueurs de musette, et vous ferez brûler le Livre de Prières par le bourreau , en revanche du Covenant qui a été brûlé quand le roi est revenu.

— Mes amis de Tillietudlem ont mis trop de hâte à me juger. Je n'aspire qu'à exercer librement ma religion, sans nuire à celle d'autrni; quant à vos maîtres, vienne l'occasion, et ils verront si j'ai cessé d'avoir pour eux les mêmes sentiments d'amitié.

— Que le ciel vous bénisse pour ces ln>nnes paroles ! » dit Jenny en versant un flot de birmes. « Jamais ils n'ont eu si grand besom d'amitié, car ils sont à la veille de mourir de faim.

— Grand Dieu! Je croyais à la rareté des vivres, mais non à la famine. Eh! quoi, les dames, le major

— Ils ont pâti comme tout le monde; le pain, la soujie. ils ont partagé avec nous chaque morceau... Mes pauvres yeux voient trentesix chandelles, tant je suis faible, et j'ai la tête si pleine de tintouins que c'est à peine si je me tiens debout. »

Les traits hâves et tirés de la pauvre fille pronvaieut assez (qu'elle disait la vérité.

« Asseyez-vous, » Ini dit Heuri, eu l'obligeant à prendre l'unirpie siège à sa disposition, et, lame déchirée de douleur et de colère, il se mit à parcourir la chambre à grands pas. De brèves exclamations s'échappaient de ses lèvres : « Et n'eu rien savoir!... Comment l'aurais-je pu?... Cœur de pierre !... Fanatique sans entrailles !... Misérable menteur!... Caddie, apporte des provisions... de la viande, du vin surtout, enfin ce que tu trouveras.

— Malheur! » grommela le valet, k Du whisky est assez bon pour elle. On n'aurait guère cru qu'ils étaient à court de mangeaille làhaut à voir la gueuse m'asperger la caboche d'une pleine marmite de soupe aux choux, et de la bonne et toute fumante encore ! »

Quels que fussent son chagrin et sa défaillance , elle ne put entendre l'allusion à son exploit comique sans partir d'un éclat de rire, qui dégénéra presque aussitôt en un ricanement convalsif. Effrayé de cette crise qui lui fit faire un pénible retour sur la détresse des habitants du château, Henri réitéra ses ordres d'un ton sévère, et s'efiorça ensuite de calmer Jenny.

« C'est sans doute votre maîtresse, » dit-il , « qui vous a chargée de voir lord Evandale. Que désire-t-elle ? Je suis prêt à faire ce qu'elle voudra.

— Votre Honneur est un aucieu ami, » répondit-elle au bout d'un moment de réflexion; « je crois qu'en toute confiance, je puis vous apprendre ce qui en est.

— Soyez certaine, Jenny, » reprit-il pour vaincre ses dernières hésitations , « que la franchise est le meilleur moyen de servir votre maîtresse.

— Eh bien, sachez donc que nous mourons de faim, comme je lai déjà dit, et ça depuis plus d'un jour. Le major jure tous les matins qu'il attend du secours, et qu'il ne rendra pas le château avant de nous avoir fait manger ses vieilles bottes, — et Dieu sait si les semelles en sont épaisses, sans compter l'empeigne dure comme fer! De leur côté , les dragons voient bien qu'on finira par se rendre , et ça les vexe de se serrer le ventre après la vie de bombance qu'ils ont menée durant

312 LBS PURITAINS D'ECOSSE.

cette quiuzaiiic. Depuis que lord Evandulc a été i)ri.s , ils n'écoutent plus personne. luglis, leur sergent, parle de livrer la garnison aux puritains, y compris le major et les dames, à condition qu'on le laissera partir librement , lui et ses camarades.

— Quels gredins ! Pourquoi ne traitent-ils pas pour tous les habitants du château?

— C'est qu'ils ont fait les cent horreurs dans le pays, et à présent ils tremblent pour leur peau. Burley en a déjà ]iendu deux, de sorte qu'ils cherchent à tirer leur ejiingle du jeu aux dépens des honnêtes gens.

— Et vous veniez annoncer à lord Evandale la mutinerie de ses soldats ?

— Précisément. Toni Ilulliday a eu des remords : il m'a tout appris et m'a aidée à sortir du cliâteau pour que j'aille prévenir son capitaine, s'il m'était possible d'arriver jusqu'à lui.

— En quoi peut-il vous servir? H est prisonnier.

— Hélas ! oui... Mais il pourrait nous faire avoir de bonnes conditions... ou bien nous donner un bon avis... on bien commander à ses dragons de marcher droit...

— Ou bien prendre la clef des champs, si vous la lui apportiez.

— Quand même, » répliqua-t-elle vivement, a serait-ce la première fois que je m'ingénierais à rendre service à un ami en prison?

— C'est, vrai, Jenny; il y aurait plus que de l'ingratitude à l'oublier. Ah! voici Cuddie qui rentre... Je vais m'acqoitter de votre commission auprès de lord Evandale pendant que vous prendrez un peu de nourriture.

— Il n'est i)as mauvais (|ue vous connaissiez la commère, » dit Cuddie à son maître. « Elle était en train d'enjôler ïom Hand , le garçon meunier, pour le décider à lui laisser voir lord Evandale en cachette. Elle ne se doutait pas, la fine mouche, que j'étais sur ses talons.

— Ah ! vous m'avez fait une belle peur quand vous m'avez saisie par derrière à bras-le-corps, » dit-elle en lai administrant nue chiquenaude. (( Si vous n'aviez pas été nne vieille connaissance, grand dadais... »

Il n'en fallait pas davantage pour apaiser Cuddie, qui grimaça un sourire à l'adresse de sa rusée maîtresse.

Drapé dans son manteau et l'épée au côté, Morton se rendit à la chaumière oà lord Evandale était détenu. Comme il s'informait auprès des sentinelles s'il y avait quelque chose de nouveau :

« Eien de particulier, » lui réjjondit-on, ce sinon la fillette que

Cuddie a arrêtée, et les deux courriers que le capitaine Burley a expédiés , l'un à Macbriar, l'autre à Prêche-à-mort. »

Ces deux predicants étaient, en effet, au nombre de ceux qui battaient le tambour ecclésiastique, suivant l'expression du poète, entre le camp de Burley et celui de l'armée.

« Pour les engager sans doute à revenir ? » demanda Morton d'un air iudifférent.

— C'est ce qu'ils m'ont dit , » répliqua celui des gardes qui avait parlé aux courriers.

« II veut s'assurer la majorité au conseil, » pensa Morton, « afin

(le faire sanclioiiiit'r tous les excès qu'il lui j)Iaira de commettre, et de réduire l'opposition au silence. Il faut me liater, ou l'occasion sera perdue. )>

Eq pénétrant dans la prison de lord Evandale, il le trouva chargé de fers et étoudus sur le lit de bourre d'un misérable grabat. Le jirisonuier paraissait endormi ou absorbé dans ses pensées. Au Ijruit des pas, il se redressa sur sa couche. Le défaut de nourriture et de sommeil, l'épuisement causé par ses blessures, avaient tellement allangni ses traits qu'on aurait eu peine à reconnaître en lui le brillant officier qui s'était si vaillamment comporté à l'affaire du mont Loudon. Cette visite inattendue lui causa une certaine surprise.

« Je suis fâché, » dit le jeune presbytérien, a de vous voir eu cet état, Milord.

— On dit. Monsieur Morton, que vous aimez la poésie, » répondit le prisonnier ; « en ce cas , vous devez avoir lu ces vers :

Des murs font-ils une prison, Des barreaux de fer une cage ?

Libre et sereine, la raison Saura s'en faire un ermitage.

D'ailleurs, ma prison serait-elle moins supporlaible , j'ai l'assurance d'en être délivré demain.

— Par la mort!

— Sans doute ; je n'ai pas d'autre alternative. Votre camarade Burley a déjà trempé ses mains dans le sang de pauvres hères que leur condition basse et obscure aurait pu préserver. Moi qui n'ai pas une telle sauvegarde, je dois m'atteudre à tont de ses fureurs.

— Le major Bellenden ca[)itnlera pour vous sauver la vie.

— Jamais, tant qu'il aura un homme et une bouchée de pain à son service ! Sa volonté m'est connue, et il me déplairait qu'il en changeât à cause de moi. »

]\Iorton lui apprit alors la mutinerie des dragons et leur complot de livrer la place à l'ennemi, en même temps que le major et les dames. Evandale, d'abord assez incrédule à cette nouvelle, s'en montra ensuite vivement affecté.

<( Qne faire? » dit-il. <c Comment prévenir ce malheur?

— Econtez-moi, Milord, » reprit Morton. « Vous ne refuseriez pas, je crois, de porter le rameau d'olivier entre le roi votre maître et cette partie de ses sujets qui a 2)ris les armes moins d'elle-même que par nécessité.

— Vous lisez bien dans ma pensée ; mais où voulez-vous en venir?

— Permettez-moi de continuer. Je vais vous mettre en liberté sur X)arole ; de plus, vous pourrez rentrer au château, avec un sauf-conduit pour les dames, pour le major et quiconque en sortira, à condition que la place sera immédiatement livrée. En vous prêtant à cela, vous ne cédez qu'à la force des choses : sans soldats ni vivres, il est impossible de tenir plus de vingt-quatre heures. En conséquence, ceux qui refuseront de vous suivre subiront leur destinée. Vous et vos amis, vous serez libres d'aller soit à Edimbourg, soit eu tout autre endroit oti sera le duc de Monmouth. En revanche, nous espérons que vous recommanderez à Sa Grâce cette humble requête où sont exposés les motifs del'insurrection ; si l'on y fait droit, je réponds sur ma tête que les rebelles mettront bas les armes, presque en totalité.

— Monsieur Morton, » dit Evandale après ime lecture attentive du mémoire, « à mon simple jugement, je ne crois pas qu'on puisse élever d'objections sérieuses contre ce que vous demandez là, et même, sur bien des points, vous entrez dans les vues particulières du duc de Monmouth.. Mais, à parler franc , vous n'obtiendrez rien , si vous ne commencez par déposer les armes.

— Agir ainsi serait implicitement reconnaître que nous n'avions pas^ motif de les prendre. Pour ma part, je n'y consentirai jamais.

— Il est probable qu'on n'y compte guère non plus, et pourtant c'est là recueil où se rompra la négociation, j'en suis convaincu d'avance. Au reste, quoi que j'en pense, comptez sur moi : je n'épargnerai aucune peine pour ménager un accommodement.

— Xous n'attendions pas, nous ne désirions pas davantage. L'issue est dans la main de Dieu, qui dispose du cœur des rois. Vous acceptez donc le sauf-conduit?

— Oui certes, et si je n'insiste pas sur l'obligation que je vous ai de me sauver la vie une seconde fois, croyez que je n'eu suis pas moins touché.

3IG LKS PURITAINS DÉCOSSE.

— Et la garnison de Tillietndlem ?

— Elle fera ce que vous demandez. Le major ne viendrait pas & Itout des mutins, et puis je frémis en songeant au sort qui menacerait le l)ravc vieillard et ses parentes si on les livrait à Barley, ce monstre altéré de sang.

— Alors vous êtes libre. Préparez-vous à partir. Une escorte d'hommes sûrs vous accompagnera jusqu'au delà de nos lignes. »

Laissant lord Evandale aussi surpris que charmé d'une délivrance si imprévue, Morton se hâta de choisir quelques cavaliers parmi ses tireurs, on leur ordonnant d'avoir chacun en laisse un cheval de recliange. Jenny, cpii, tout en reprenant des forces, avait trouvé moj'en de faire sa paix avec Cuddie,se liissa en croupe derrière l'intrépide guerrier. Le bruit de cette cavalcade retentit bientôt sons la fenêtre du ci-devant prisonnier. Deux hommes qu'il ne connaissait pas entrèrent dans sa chambre, détachèrent ses fers, et le placèrent au centre du détachement, qui prit au grand trot le chemin de Tillietudlem.

La clarté de la lune pâlissait devant celle de l'aurore lorsqu'ils arrivèrent devant l'antique forteresse, dont la grosse tour émergeait des ténèbres sous les lueurs indécises du matin. La petite troupe fit halte h quelque distance, afin de ne pas s'exposer an feu de l'ennemi.

Lord Evandale marcha seul en avant, suivi de Jenny. Comme ils approchaient, il s'éleva dans la cour un tumulte qui s'accordait mal avec la paisible sérénité d'une matinée de printemps : on criait, ou jurait, on tirait des coups de pistolet ; c'était la préface d'nnc révolte ouverte. En ce moment critique, Evandale se présenta au guichet. Tom Halliday était do garde. A la voix de son capitaine, il s'empressa d'ouvrir la porte, et le jeune lord parut au milieu des mutins comme uu homme qui topibe des nues. Mettant à exécution leur projet de s'emparer de la place, ils étaient sur In point de désarmer le major, Harrison et les autres habitants du château, (jui leur oi)posaient toute la résistance possible.

L'arrivée d'Evandale changea la scène. Il saisit Inglis au collet, lui reprocha son infamie, et le fit mettre aux fers. Déclarant ensuite aux soldats qu'ils n'avaient d'autre espoir de salut que dans une prompte soumission, il leur commanda de se former en ligne, ce qu'ils firent ; puis de poser les armes à terre. Il y eut un instant d'hésitation, mais soit

habitude de la discipline , soit couvictiou qne leur capitaine, pour avoir le verbe si haut, devait être revenii avec du renfort, ils se décidèrent à obéir.

« Emportez ces armes, » dit E vandale aux gens du château ; « on ne les leur rendra pas avant qu'il aient appris à en faire un meilleur usage. Maintenant, » continua-t-il en s'adressant aux mutins, « partez. Ne perdez pas une minute ; l'ennemi nous accorde une trêve de trois heures. Dirigez-vous du côté d'Edimbourg, et attendez-moi à la Loge des Bruyères. Je n'ai pas besoin de vous recommander de ne pas commettre de pilleries en route ; il serait dangereux , dans l'état où vous êtes, d'appeler sur vous des représailles. Montrez par votre obéissance que vous avez l'intention d'expier ce qui vient de se passer. »

Les soldats désarmés se retirèrent en silence et prirent, eu sortant du château, le chemin de la Loge des Bruyères, lieu du rendez-vous. Ils pressèrent d'autant plus leur marche, qu'ils appréhendaient la rencontre d'un parti de rebelles, et la tentation eût été forte pour ceux-ci de se venger à bon compte de leurs anciens persécuteurs. Le sergent Inglis, destiné à servir d'exemple, resta au cachot. Halliday fut félicité de sa conduite et eut la promesse de remplacer le coupable.

Tout cela fut l'affaire de quelques instants. Lord Evandale s'approcha enfin du vieil officier qui avait assisté à cette scène comme s'il eût fait un rêve.

ce A présent, mon cher major, » lui dit-il, « il faut rendre la place.

— En sommes-nous là, vraiment? » répondit le vétéran. « Je m'imaginais que vous ameniez du renfort et des vivres.

— Pas un homme, pas uu morceau de pain.

— N'importe! je suis charmé de vous voir. Ou m'avait appris hier que cette vermine de puritains en voulait à votre vie. Dans le but de surprendre le camp de Burley et de vous arracher de ses grifles, j'assemble les dragons il y a un quart d'heure, quand ce chien d'Inglis, au lieu de m' obéir, les a excités à la révolte. Qu'allons-nous faire?

— Il n'y a point de milieu pour moi : je suis libre sur parole, et je dois me rendre à Edimbourg. Quanta vous, la nécessité exige que vous preniez la même route avec tous les habitants du château. Grâce à une faveur bienveillante, j'ai un sauf-conduit et des chevaux. Mais,

pour l'unioiir do Dieu, il faut su lu'iter!... Voyons, cst-il possible de tenir encore avec sept ou huit hommes et la famine en perspective? L'houueur est sauf, et vous avez rendu an gouvernement un insigne service ; aller plus loin serait sans objet, insensé môme. L'urmée anglaise est à Edimbourg, elle niarcliora bientôt contre les reljellc.s... Ils ne garderont pas longtemps ïillietudleni.

— Puisque telle est votre opinion, Milurd, » dit le vieux militaire avec un soupir de regret, a et vous ôtes incapable de me rien conseiller coutre l'honneur, puisque vous jugez la position désespérée, je n'ai plus qu'à me soumettre. C'est la mutinerie de ces coquins qui nous réduit à une telle extrémité!... Bonvin, faites avertir ma sœur et ma nièce, et que tout le monde s"apprêtc à partir... Ah! si je croyais, eu défendant ces vénérables murailles, être tant i^oit peu utile à la cause du roi, le vieux Miles Belleuden ne se résignerait à en sortir qu'à l'état lie squelette, et quand il n'aurait plus une étincelle de vie dans le corps! »

Les dames, déjà effrayées par la scène de violence qui venait de se jiioduire, ne firent aucune objection aux volontés de leur parent; néanmoins lady Marguerite ne put retenir quelques gémissements à l'idée que les lieux témoins de la visite de Ha, très sacrée Majesté allaieut être profanés par la présence des rebelles. Les préparatifs furent bientôt terminés. Longtemps avant que le jour permit de distinguer nettement les objets, les dames, le major, Harrison, Bonvin et tous les serviteurs montèrent sur les chevaux qu'on avait amenés ou qu'on s'était procurés dans le voisinage, et se mirent en marche sous l'escorte de quatre cavaliers presbytériens.

Le reste du détachement qui avait accompagné lord Evandale prit possession du château sans désordre ni pillage. Au soleil levant, le drapeau rouge et bleu des covenautaires flottait sur le donjon de Tillietudlem.

Page 1