XIX. présentées au Puy de l'immaculée Concep
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tion de la Sainte Vierge tenu à Caen dans les grandes écoles de l’Université, ladite année ». La première de ces poésies est une ode sur la levée du siège de Metz, très supérieure comme facture et comme intérêt à bien des compositions de ce genre. Mieux qu'un autre, l'auteur s'en rendait compte, et ce n'est pas sans une vive intention d’ironie qu'il a placé à la suite la réflexion suivante :
« Cette pièce n’a point été couronnée parce qu’on a jugé à propos de réserver le prix de l’ode française de l’année 1719 pour le Puy de l’année 1720. C’est ainsi qu’on en usera désormais quand on ne présentera point de meilleure pièce que la précédente ».
L'ode est accompagnée d’un chant royal sur Andromède, qui ne fut pas non plus couronné « parce que le prix du chant royal, nous dit notre auteur, est devenu par prescription une rente foncière pour un rimeur du village d’Harcourt ». Viennent ensuite une ballade, un sonnet et un dizain. La ballade a pour argument :
Une tour de Dauphiné dans laquelle aucun animal venimeux ne peut vivre un seul moment.
C’était le sujet qu'avait traité, en 1716, avec un sucoès éclatant, Gouget, d’Harcourt. Notre
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inconnu n’eut pas le même bonheur, et il a bien soin de nous en indiquer la raison:
« Cette ballade n’a point été couronnée.
« Si elle avait eu pour refrain : La tour qui rejette l'ordure, elle aurait été au goût de ***, comme en 1716 ». Le sonnet intitulé :
Sur le bord de la mer , avait obtenu le second prix ; son auteur ne l’en a pas moins compris dans les pièces de rebut avec cette mention :
« Il est étonnant que ce sonnet ait été jugé digne du second prix ».
Quant au dizain sur la Rose, il est absolument insignifiant, ce qui n’empêche pas notre critique d’ajouter : « Ce dixain n’a point été couronné, il est trop dans le stile d’Anacréon » ; quoi il
« On donne au public ce recueil pour montrer qu’il
ment des matières qui sont de leur compétence que de celles où elles n’entendent rien ».
Les juges et administrateurs du Puy ne restèrent pas insensibles à ce reproche, et, dans le recueil de 1720, on trouve une allusion assez aigre aux attaques dont ils avaient été l’objet :
« On se contente de renouveller cet avertissement pour réponse aux remarques ambitieuses
y a des personnes qui jugent aussi sçavam-
ajoute, en guise de conclusion :
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du fameux auteur du recueil intitulé : Pièces de rebut du Palinod de M. DGG. XIX. »
La perle du concours de 1720 est, à notre sens, le sonnet anonyme qui obtint le premier prix, et dont voici l’argument :
Une femme impudique mit sept enfants au monde dans un seul jour; elle en devint toute hors d’elle-même. Dans la crainte que cela ne fût sçu, et ne trouvant point d’autre moien pour cacher sa honte, elle alla les jetter dans un fleuve où ils furent tous notés, à la réserve d’un que le Rog Agilmonde apperçut en passant et qu’il fit retirer encore en vie:
Que maudit soit le jour où je les ai conçus,
Dit-elle, en regardant l’ouvrage de ses crimes.
Nature, enseigne-moi tes plus profonds abîmes,
Et laisse, laisse agir mes sens irrésolus.
Tais-toi, perfide amour, je ne t’écoute plus;
11 faut à mon honneur immoler ces victimes
Et cacher sous les flots mes feux illégitimes.
Raison, regrets, remords, vous estes superflus.
Son dessein s’accomplit; ils périssent sous l'onde;
Un seul, que le hazard offre aux yeux d’Agilmonde,
Est, par l’ordre du Prince, à la mort arraché.
Allusion
Ainsi, Vierge, trouvant un secours tout céleste,
Vous ne périssés point sous les flots du péché,
Quand nous y faisons tous un naufrage funeste.
Nous ne connaissons pas le Recueil de 4721.
Le R. P. Michel Lefebvre, de Caen, capucin, a les honneurs du concours de 1722.
Le concours de 1723 est insignifiant; mais, en 1724, M. Hardouin, maître à danser de Paris, demeurant à Caen, est couronné pour un sonnet et un dizain qui roulent sur un sujet identique: P allas seule à couvert des traits de l'Amour. Il suffira, croyons-nous, de citer le sonnet:
Ennemi du repos, tourment du genre humain.
Dont l’âme se nourrit de douceur et de rage.
Qui n’aimes que les pleurs, le sang et le carnage,
Tu n’assouvis jamais ton exécrable faim.
Les hommes et les dieux se rangent sous ta main. Amour; de ton poison ils font un doux breuvage.
Tu ranges sous ta loi des mortels le plus sage.
Et la terre et les cieux te résistent en vain.
Mais à tort, fol enfant, je te peins invincible.
A tes coupables feux Pallas est insensible Et résiste toujours à tes charmes trompeurs.
Vierge, reconnois-toi dans ce tableau fidèle:
Tu ne sentis jamais la flamme criminelle Qu’un tyran infernal souffle dans tous les cœurs.
11 devait encore traiter le même sujet, en 1726, dans un autre dizain également cou-
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ronné sur Pallas seule entre les dèitès du ciel qui n’ont pas d’amour.
En 1740, M. Le Jeune fut aussi couronné pour un dizain sur Pallas seule de toutes les déesses garantie du poison de üamour.
En 4731, les noms mis en évidence d’une façon spéciale sont ceux de M. Hardouin et de M. de La Londe, de Caen. Le dernier avait choisi pour sujet de l’ode: Le christianisme seule religion véritable :
Esprits dont l'empire barbare Voudroit s’élever jusqu’aux cieux,
Au fond du ténébreux Tartare Je lis vos secrets orgueilleux;
Pour imiter l’Être suprême Vous ozés de la foudre même Armer le bras d’un Jupiter,
Et c’est l’inceste, l’adultère.
Que vous ordonnés qu’on révère Dans ce Dieu qu’a vomi l’Enfer.
Je vais dévoiler la figure Du Cynocéphale AnubisI On frémit : Eh quoy 1 c’est Mercure,
C’est le Dieu fameux de Memphis!
Quelle insolente apothéose!
Payens, cette métamorphose
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Scandalise l’humanité;
La religion la plus folle Pût-elle inventer une idole Moins conforme à la vérité ?
Icy plus mon œil examine Le culte faux des nations,
Plus de son impure origine J’abhorre les illusions.
Une fureur démoniaque Au peuple insensé de Lampsaque Inspira d’horribles transports;
Et vous, lascives Propetides,
Vénus à ses plaisirs sordides Voulut prostituer vos corps.
En 1732, M. Turpin, de Caen, couronné pour une ode sur Le Cœur de Jeanne dArc trouvé entier dans les flammes , publia à part une autre ode sur Scipion vainqueur de Carthage, et il la fit suivre d’une églogue dans laquelle il est impossible de saisir la moindre intention d’allusion à la sainte Vierge. Elle se termine par cette réflexion philosophique adressée par Tircis au berger Palémon pour le consoler de l’infidélité de Climène:
Le zéphir, Palémon, de ses douces haleines,
Ne souffle pas toujours dans nos riantes plaines;
Nos guérets ne sont pas toujours chargés d’épis.
Nos pampres de raisins, et nos arbres de fruits;
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Chaque chose a son temps, chaque chose a son tour.
Tout se détruit, tout passe et surtout en amour.
Le concours de 1733 est insignifiant. Il n’y a guère à relever dans celui de 1734 qu'un compliment singulier de M. d’Ivry, de Pont- Audemer, étudiant en droit, et une ballade qui fixe la date de l'établissement de la bibliothèque de l’Université de Caen, sous la protection de M. le cardinal de Fleury.
L’argument est:
La bibliothèque nouvellement établie dans VUniversité
de Caen.
A l’envi l’art et la nature Ont construit ce palais brillant;
Mais un plus utile ornement Ne doit point être en sa structure.
Livres sçavans et curieux,
Venés parer ce sanctuaire Et faire briller à nos yeux La plus éclatante lumière.
En 1735, un concurrent choisit pour la ballade le sujet suivant:
« Une dame de grande autorité ayant en vain sollicité saint Gerbod, pour se venger de son mépris, le fit jetter par ses satellites dans la mer, une pierre au cou; mais Dieu, qui avait
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conservé sa chasteté, conserve encore sa vie et le préserve ainsi d’un double naufrage aux yeux du ministre de la fureur de cette dame ».
Le recueil de 1738 s’ouvre par une Invitation aux poètes, de M. Turpin, qui se ressent de son époque, et dans laquelle Voltaire est proposé aux poètes comme un modèle sûr pour les diriger dans leurs travaux :
Mortels, venez cueillir une palme immortelle.
Toute peine est légère où la gloire est si belle.
Icy nous dédaignons les frivoles lauriers Dont le Dieu des combats couronne les guerriers;
Du sang dont ils sont teints, l’humanité murmure,
Et leur éclat sanglant fait gémir la nature:
Nous détestons l’orgueil de ces triomphes vains Par qui Rome insultoit au malheur des humains.
Le sort fait les héros que l’univers renomme :
C’est la seule vertu qui forme le grand homme.
Justes estimateurs des conquérans fameux,
Nous n’offrons point d’encens à des crimes heureux. Dans nos brillans combats l’humanité préside;
Le chantre d’Ilion l’emporte sur Alcide:
Nos juges, éclairez par l’exacte raison,
N’admettent pour héros que Voltaire et Maron.
Brigués, jeunes Mortels, cette gloire éclatante,
Qu’à vos travaux vainqueurs, le Dieu des Arts présente; Phœbus qui, dans ces lieux, vous appelle aujourd’huy, Vous promet un triomphe immortel comme luy.
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En 1740, bien que le même M. Turpin soit couronné pour une ode sur le Dévouement de Calpurnius Flamma, le concours parut tellement faible que, pour dégager leur responsabilité, Messieurs de l’Université insérèrent à la fin du volume la note suivante, peu gracieuse pour les lauréats couronnés.
Avertissement :
« On ne doit pas être surpris si les poésies de ce recueil ne sont pas sans défauts. Quand il ne s’en trouve pas de parfaites, on est obligé de donner le prix aux moins mauvaises. Malgré cette indulgence, l’on n’a pu couronner de chants royaux, de sonnets, ni d’odes latines en vers alcaïques, tant ces pièces étoient défectueuses. C’est pourquoi l’on a jugé à propos de partager les prix qui leur étoient destinés entre les deux odes françaises qui ont le plus approché de la perfection, afin d’exciter l’émulation des poètes ».
Le recueil de 1746 est rempli entièrement de l’éloge de Louis XV : La ville de Caen toujours fidèle à son roi, sonnet; Les tentatives des Anglois rendues inutiles, dizain; Louis XV seul survivant de la lignée de Louis XIV, Les victoires de Maurice de Saxe, Les vertus
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de Louis Le Grand perpétuées et accrues dans Louis XV y Louis XV convalescent, etc .
En 1747, le ton n’a pas changé: Louis XV vainqueur de ses ennemis et La prise de Berg opsom excitent à l’envi la verve de9 versificateurs.
En 1749, le9 poètes se surpassèrent. Nous trouvons dans le recueil, entre autres choses, une ode sur Titus seul héros de Vantiquité qui ait résisté à Vamour et des stances dans lesquelles M. Came, acolyte de Saint-Étienne de Caen et maître ès-arts, nous apprend que Judith adoucit par sa sagesse le cœur d’Holopherne :
Judith marche, et, brûlant du zèle qui la presse, Elle ose du tyran aborder la fierté;
Elle adoucit son cœur, trompé par sa sagesse ,
Séduit par sa beauté.
Dieu te guide la main: immole! qui t’arrête?
Le sommeil d’Holopherne est un bienfait du Le coup part, et Judith, en lui tranchant la tète,
Fait revivre Israël.
Mais les pièces les plus étranges sont consacrées à l’un des juges du concours qui devient le sujet de stances: Monsieur Gourdin au
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siège de Bergopsom, et d’un sonnet précédé des lignes explicatives suivantes:
« Monsieur Gourdin de l’Églisière, chevalier de l’ordre militaire de Saint-Louis, lieutenant général des armées du Roy, directeur général des fortifications au département de haute et basse Normandie, toujours victorieux dans une infinité de sièges où il a commandé, tels que Ostende, Lécluse, Bergopzoom, Mastreic et autres, sans avoir jamais reçu de blessure dangereuse et considérable ».
On voit d’ici l’allusion :
Ce héros, respecté de la flamme et du fer,
Nous trace le portrait de l'auguste Marie, Invulnérable aux coups du tyran de l’Enfer.
M. Dubois, clerc de Lisieux, souvent couronné, traita, en 1750, un sujet éminemment patriotique : Le Mont-Saint-Michel échappant seul à la domination anglaise.
Nous y relevons la description suivante :
Sdltcet alternant tate dominata per ceqaor Crescit in immensum, Michaelis nomine, râpes.
Hœc super una fuit bello superanda; profondts Visceribas pes saxeas hœret, ad alta Extollit capot astra, minasque cacuminis tnfert Nabtbus œquatas Normannus Olgmptfer Atlas.
Hanc contra data vel si Thetis irruat unda, Hanc contra Thetidos spumœ franguntur inanes. Immensam tamen aggredttur confringere molcm Anglica Barbaries (1).
Le recueil de 1752 nous offre des sujets plus modernes par le ton: Les délices de la campagne et surtout l’ode sur L'Impiété. En 1753, nous ne voyons dans le recueil que des pièces latines.
1754 est une date mémorable pour le Palinod. Nous y rencontrons, en effet, cette année, une ode de Dumouchel, de Caen, réimprimée plus tard chez Machuel, à Rouen, en 1755, et remarquable par la vivacité des éloges adressés à Louis XV, et une ode de Malfilâtre, qui remporta le second prix sur ces paroles de saint A u gus tin :
« Seigneur tu nous a faits pour toi, et notre cœur reste inquiet jusqu’à ce qu’il repose en toi ».
Cette composition, qui est un début, est déjà bien supérieure à celles de tous les poètes habituels du Palinod:
(1) Recueil des poésies qui ont esté couronnées sur le Pu y de l’immaculée Conception, tenu à Caen, l’an 1750, p. 17.
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De la Félicité parfaite Sainte compagne, aimable paix,
Mon âme toujours inquiète T’appelle et ne te suit jamais.
A l’ardeur le dégoût succède;
D’un bien, avant qu’on le possède,
La vaine apparence éblouit!
Jouit-on! O retour funeste!
Le charme fuit, le désir reste.
Et le Bonheur s'évanouit.
O toi que je voulois connoitre.
Vérité, tu m’apprens enfin Que l’unique auteur de notre être En est encor l’unique fin I O lieu d’exil! Bords de l’Euphrate!
Mon Dieu, de cette terre ingrate Quand daignerez-vous m’enlever?
Quand goûterai-je, ô mon vrai père,
Le repos que mon cœur espère Et qu’en vous seul il peut trouver (1)?
L'année 1755 accentua encore le succès qu’il avait obtenu. C’est, en effet, à cette date qu'il présente son ode sur L'enlèvement du prophète Élie, dont le début produisit une véritable sensation :
Quel cercle éclatant m’environne,
D’où part ce déluge d’éclairs,
(1) Recueil des poéaits qui ont esté couronnée» sur le Puy de iImmaculée Conception, tenu à Caen, l’an 1755, p. 35-36.
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Quelle source de feu bouillonne Et soudain embrase les airs?
Plus prompts que les traits du Tonnerre Des coursiers fondent sur la terre Et bondissent parmi les feux.
Où tend ce tourbillon rapide,
Et quel conducteur intrépide Vole sur un char lumineux?
Est-ce toi qui viens, Dieu suprême.
Emplir le monde de terreur?
Veux-tu le dévorer toi-méme Par le souffle de ta fureur?
Est-il venu ce jour de crainte,
Ce jour où ta majesté sainte Doit prononcer ses jugemens Et sur une nue enflammée Parcourir la terre alarmée Au bruit de la foudre et des vens.
L'ode sur La prise du fort Saint-Philippe et La France sauvée en la personne de son Roi maintiennent sa réputation; mais, en 1758,
Malfilâtre se surpasse en prenant pour sujet:
Le soleil fixe au milieu des planètes. Quelques
strophes de cette composition justifient l’en¬
thousiasme avec lequel elle fut accueillie:
L'homme dit: « Les cieux m'environnent, Les cieux ne roulent que pour moi ;
De ces astres qui me couronnent La nature me fait le Roi.
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our moi seul le soleil se lève.
Pour moi seul le soleil achève Son cercle éclatant dans les airs; Et je vois, monarque tranquille, Sur son poids la terre immobile Au centre de cet univers ».
Fier mortel, bannis ces fantômes; Sur toi-même jette un coup d'œil.
Que sommes-nous, foibles atômes, Pour porter si loin notre orgueil?
Insensés, nous parlons en maîtres, Nous qui, dans l’océan des Êtres, Nageons, tristement confondus; Nous, dont l'existence légère, Pareille à l'ombre passagère.
Commence, paraît et n'est plus...
Je te salue, astre du monde,
Sacré soleil, astre de feu.
De tous les dons source féconde,
Soleil, image de mon Dieu!
Aux globes qui, dans leur carrière.
Rendent hommage à ta lumière,
Annonce-le par ta splendeur.
Règne à jamais sur ses ouvrages;
Triomphe, entretiens tous les âges De son étemelle grandeur.
On peut parcourir tous les recueils palinodiques de Caen et de Rouen, on aura beau les
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feuilleter, on n’y rencontrera pas de vers ayant cette flamme, ce nombre et ce mouvement.
Le succès fut d’ailleurs aussi vif à Paris qu’à Rouen, et dans le Mercure de France , du mois de janvier 1 759, Marmontel consigna en ces termes l’impression profonde que la lecture de l’ode lui avait causée :
« Cet ouvrage d’un très jeune homme, écritil, me semble annoncer les plus rares talents pour la haute poésie: un enthousiasme vrai, une marche rapide et sûre, les plus heureuses hardiesses dans les tours et dans les images, le nombre et l’harmonie des vers lyriques, enfin cette chaleur de sentiment qui annonce une âme pénétrée de son sujet et qui annonce les vers de génie ».
Les recueils de 1759 à 1764 font défaut.
Comme il était naturel de s’y attendre, les imitations ne manquèrent pas; mais ni Deshayes, ni Bouisret, ni Le Manissier, ni Le Prestre ne peuvent être mis en comparaison avec le poète qui devait écrire plus tard Narcisse dans Vîle de Vénus. Plus nous allons, d’ailleurs, plus l’influence de l’époque se fait sentir d’une façon visible dans les poésies présentées aux juges du Palinod.
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En 1765, nou9 trouvons: Le Juste , ode, par M. Le Prestre, alors étudiant en physique au collège des Arts; Le véritable Héroïsme, ode, par M. Deshayes, professeur de seconde au collège du Bois ; La France sauvée grâce à la valeur de Henri IV, par Le Manissier, également professeur de seconde au même collège.
En 1766, nous n'avons qu'une pièce française, mais elle a pour sujet La Sagesse; son auteur était M. Marc, sous-diacre, étudiant en théologie.
Les sujets traités dans les recueils suivants appartiennent au même genre philosophique et sentimental, qui était alors en honneur.
Les noms qui reviennent le plus souvent sont, avec ceux que nous avons déjà cités, ceux de MM. Huet de Guerville, Boisard, Cavelier et Daubert. Ce sont tous des esprits cultivés qui, sans arriver jamais à une perfection supérieure, font preuve de facilité et d'élégance. On peut consulter les stances sur Le Juste, de Le Prestre:
Mortel, ouvre les yeux au flambeau qui t'éclaire.
Artisan de tes fers, reconnois ton erreur.
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Pour 1a réalité prendras-tu la chimère,
L’ombre pour le bonheur (1)?
L'ode sur L’Héroïsme, de Deshayes, couronnée la même année, rencontre pour défendre les rois, singulier signe des temps, des accents, révolutionnaires (2).
On attaque votre puissance Et vos états sont en danger:
Reposez-vous sur leur vaillance.
Princes, ils courent vous venger.
En vain un ennemi farouche,
Que rien ne désarme et ne touche,
S’avance à grands pas contre vous:
En vain ses féroces armées,
De carnage et d’or affamées,
Brûlent de signaler leurs coups.
Contre les vrais appuis du trône,
Que peut l’audace et la fureur?
Déjà dans les champs de Bellone Ils ont signalé leur valeur!
Mais quoi?— la victoire chancelle:
Leur voix puissante la rappelle,
L’Héroïsme soutient ses droits- Espère enfin, troupe homicide,
Sous les traits que l'équité guide:
Un sang impur venge les Rois.
(1) Recueil des poésies qui ont esté couronnées sur le Pug de l'immaculée Conception, tenu i Caen, l'an 1765, p. 15.
(2) Id., p. 18.
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Le recueil de 1768 est entièrement rempli par les œuvres de M. Boisard. Nous y trouvons, en effet, de lui deux sonnets, l’un sur La Tourterelle et l’autre sur Le Phénix; deux sonnets, le premier sur La victoire de Denain , le second sur h’Aurore; des stances sur Moyse sauvé'des flots et sur Le Sage; deux odes sur
Le passage de la mer rouge et sur Le Déluge .
Toutes ces poésies ne se rapportent pas à l’année 1768 : l’ode sur Le Déluge est le premier prix de 1764, et les stances sur Le Sage avaient été couronnées, nous dit le livret, en 1762 ou
en 1766. Comme nous possédons le recueil de 1766 et qu’il ne contient pas cette pièce, nous croyons qu’elle se réfère à la première date indiquée, c’est-à-dire à 1762. Il n’y a à citer, auprès de Boisard, que Basly, de Caen, étudiant en théologie, auteur de stances sur Le Bonheur.
Quelques citations donneront une idée du genre habituel de Boisard. Nous les empruntons aux stances sur Moyse et à l’ode sur Le passage de la mer rouge y sujets qui ont depuis tenté bien d’autres poètes:
Moyse.
Sur le sein palpitant de sa mourante mère Le fils commence, hélas! et termine ses jours.
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La main qui vient d'ouvrir sa débile paupière
La ferme pour toujours.
Le Nil a vu couper ses palmes agitées Pour former le tissu des funèbres berceaux ;
Et ses flots murmurans aux mers épouvantées
Ont roulé des tombeaux.
Mais quel est cet enfant étendu sur la rive.
Qui de l'humanité semble invoquer les loix?
Le fleuve le soulève, et la vague plaintive
S’affermit sous son poids.
Un ange du Seigneur veille-t-il sur sa vie?
Puisse-t-il éviter les yeux des ravisseurs î Ah! peut-être il est né pour sauver sa patrie
Du fer des oppresseurs !
Vents, soufflez doucement, soufflez sur le rivage; Roseaux servez d’appui à ses destins flottons;
Vous, palmier solitaire, accordez votre ombrage,
A ses cris supplians (1).
Le passage de la mer rouge.
Le ciel se couvre de ténèbres.
La foudre dans l’obscurité.
Du flanc des nuages funèbres,
Fait seule briller sa clarté.
Elle entr’ouvre le voile horrible;
J’aperçois le bras invisible
(1) Recueil des poésies qui ont esté couronnées sur le Puy de l'immaculée Conception, tenu à Caen, l'an 1768, p. 27.
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Dont les coups frappent les tyrans.
Il croit fuir la main vengeresse.
L’Insensé! mais la mer s’affaisse Et rejoint les flots écumans.
O vents, quelle pause profonde!
Quel silence affreux dans les airs !
Quelle solitude sur l’onde!
Où sont-ils, répondez, ô mers?
Où sont-ils ces géants rapides?
Où sont ces lames homicides.
Messagères de la terreur?
Ils ont tombé! le vaste abyme A dévoré le char sublime,
Les coursiers et le conducteur.
Je vois, au gré de la tempête,
Flotter les débris des héros.
Ce diadème orna la tête
Que je cherche en vain sur les flots.
Mais la mer le rejette encore.
Ce monstre que la terre abhorre ;
Il s’élève. Efforts superflus :
11 entend l’immortel cantique Qui célèbre sa fin tragique.
Regarde le ciel... et n’est plus.
Le recueil de 1769, cjui s’ouvre par une ode de Deshayes sur Le Messie , nous offre seulement deux poésies françaises; encore sont-elles anonymes: l’une est un dizain sur ces paroles du psalmiste Sicut lilium; l’autre, une ode
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sur Descartes ou le triomphe de la Raison.
En voici la première strophe :
Enfin les siècles d'ignorance Ont terminé leur triste cours;
D’un nouvel astre l’influence Nous annonce de plus beaux jours.
Trop longtems l’erreur adorée Sous une loi dure et sacrée,
Asservit l’aveugle Univers.
Descartes naît. Brise ta chaîne,
Raison; commande en souveraine Au tyran qui t’a mise aux fers.
En 1770, nous avons à mentionner les succès remportés par M. Huet de Guerville et Le Prestre, pour leurs odes sur Le mariage du Dauphin et sur La Rédemption. Mais la pièce la plus curieuse est incontestablement, non pas l’ode couronnée de M. Gourcelles sur L’Idolâtrie, mais le remerciement original dont il la fit suivre. Nous le donnons ici sans commentaire :
Les deux Cignes et le Pinçon.
Fable.
Les oiseaux d’un bocage Avoient choisi deux Cignes immortels.
Par leur voix et par leur plumage,
Pour présider à leurs jeux solemnels.
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Tous animés du désir de la gloire Devant eux à l’envi disputoient la victoire Et résonnoient les airs les plus mélodieux.
Là l’inconstante Philomèle Et la plaintive Tourterelle Élevoient tour à tour leurs accents j usqu’aux cieux. Du vif chardonneret, de la tendre fauvette,
Du bouvreuil et de l’alouette Les échos répétoient les sons harmonieux.
Parmi cette bruyante fête Que célébroient ces habitans des bois Un timide pinçon fit entendre sa voix.
Il étoit jeune et ne cherchoit qu’à plaire.
Il plut « Vos chants ont sçu nous satisfaire.
Lui dirent les oiseaux de l’aimable Cypris,
A votre zèle ardent nous accordons le prix >.
O vous, ministres saints, vous qui seuls étiez dignes De présider au temple d’Apollon,
De ma fable aqjourd’hui je vois en vous les Cignes Qui couronnent en moi le timide Pinçon (1).
L’année 1771 ajoute aux noms des poètes palinodistes ceux de Poulain Delaunay, prêtre, bachelier en théologie ; de M. Bayeux, le futur procureur syndic de la ville de Caen, et de M. Dauhat. Nous passerons volontiers avec rapidité sur les sonnets du Paon et du Rossignol , de Delaunay; sur l’ode du Mauvais riche ,
(1) Recueil dee poésies qui ont esté couronnées sur le Puy de l’immaculée Conception, tenu à Caen, l’an 1770, p. 30.
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de Huet de Guerville, et sur les stances morales de Daubat, L’égalité des hommes dans la mort , imitation d’Young; mais nous croyons pouvoir appeler un peu plus l’attention sur l’ode de Bayeux, intitulée L'Amitié , qui valut à sou auteur le premier prix aux concours de Caen et de Rouen, et sur les stances Le Temps , qui obtinrent le même honneur au Palinod de Caen.
En voici quelques vers propres à donner une idée du genre habituel de l’auteur [i):
Comme un songe léger que le réveil efface,
Sous le glaive du Temps tout s’éteint, tout périt.
Le fragile univers n’est qu’une ombre qui passe Et qu’un souffle détruit
O Temps, ainsi tout doit éprouver tes ravages ;
Les mondes effacés fondront dans le chaos...
Des astres épuisés, dans de sombres nuages, S’éteindront les flambeaux.
Frappe ce foible corps, qu’il rentre dans la poudre Dont la main du Très-Haut le pétrit à son gré:
Ce qui fut assemblé fut fait pour se dissoudre:
C’est un ordre sacré.
Du tombeau quand ta main vient m’entr’ouvrir l’abîme, J’en sonde sans trembler la noire profondeur. Poussière ambitieuse, en tombant ta victime,
Je ris de ta fureur.
(1) Recueil des poésies qui ont esté couronnées sur le Puy de i Immaculée Conception, tenu à Caen, Van 1771 9 p. 32.
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Nous retrouvons en 1773 Tabbé Le Prestre, auteur d’une ode sur L'Amitié , de stances sur Le Printemps ; Huet de Guerville, couronné en second pour une ode, Le triomphe de la raison sur l'épicuréisme , et, enfin, M. Daubat, qui paraphrasa dans des stances assez gracieuses le psaume Super flamina Babylonis:
Si ton nom s’effaçoit dans mon âme attendrie Et si mes yeux sur toi ne daignoient plus s’ouvrir, Si tu n’es pas présente, ô ma triste patrie,
A mon dernier soupir.
Que ma bouche, Seigneur, se trouve desséchée, Que ma lyre en éclats se brise sous mes doigts :
A mon palais brûlant que ma langue attachée N’exprime plus ma voix.
Mais cette poésie, n’offrant qu’une allusion imparfaite, eut simplement les honneurs de l’impression, mais ne fut pas couronnée, ainsi que l’indique cette note :
« L’Université n’a refusé une couronne à cette pièce que parce que le sujet n’a point permis à son auteur de faire d’allusion » (1).
La note politique et d’actualité s’accentue davantage dans les années suivantes. Obéissant
(1) Recueil des poésiet qui ont esté couronnées sur le Pug de l’immaculée Conception, tenu à Caen, l’an 1773, p. 20.
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aux conseils du recteur Jacques Louvel, prêtre, professeur au collège des Arts et membre de F Académie, les poètes se lancent à toutes brides sur ce terrain glissant. Guéroult consacre à M. de Miromesnil une poésie ïambique ; l'abbé Le Prestre, après avoir chanté dans une ode La chute d'Adam y célèbre dans un dizain La reine Marie-Antoinette y qu’il appelle « l’incomparable Esther de l’Empire du Lys ».
Daubat fait mieux et nous avons de lui des stances à Louis XVI le Bienfaisant et deux sonnets : l’un intitulé Le retour de l’Age d’or, à M. Turgot, contrôleur des finances; l’autre, Le triomphe de Thémis , au garde des sceaux Miromesnil.
Il disait à l’un:
Tes vertus t'ont placé sur les marches du Tfcône.
De mon roi, jeune encore, soutenant la couronne. Détourne des flatteurs le poison apprêté.
On ne peut te corrompre... Ainsi dans la nature. Quand Sathan souilla tout de son haleine impure, Vierge, il n’altéra point l'or de ta pureté.
Le contrôleur des finances n’était pas moins bien traité :
Des dons de ton génie enrichis nos provinces;
En couronnant les arts, fais-les aimer des princes, Louis a par son choix honoré ta vertu.
Écrase sous tes pieds le serpent de l'envie;
Suis tes nobles projets... Ainsi, chaste Marie,
Le monstre des enfers par toi fut confondu (1).
En 1775, l’abbé Le Prestre, toujours sur la brèche, après avoir donné un dizain sut L’Aigle et deux autres sur L’Amitié et Le Papillon , chante dans un sonnet Le retour de Thémis:
Triomphe, viens t’asseoir près d’un roi citoyen,
tandis que Daubat obtient le second prix en traitant dans un autre sonnet La naissance du duc d’Angouléme.
L’année 1776 est plus terne: nous ne voyons à y signaler que des stances sur Le Sage, une ode sur VAthéisme t de l’infatigable abbé Le Prestre, et surtout une ode sur la fêle établie à Canon, Les Bonnes Gens , en l’honneur de la Vertu, par M. et M“ e Élie de Beaumont, ode qui mériterait d’être mentionnée, ne fût-ce qu'à titre de curiosité. Cette pièce, œuvre de M. de Guerville, qui a toutes les allures d’une complainte, débute ainsi:
De cette fête attendrissante,
Muse, retrace-nous les faits;
Chanter une âme bienfaisante,
C’est reproduire ses bienfaits.
(1) Recueil de* poésies qui ont esté couronnées sur le Puy de l’immaculée Conception, tenu à Caen, Tan 1774, p. 16-17.
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Couronne, Laurier de Minerve,
Celui qui consacre sa verve A l’éloge de la vertu :
Beaumont et l’anime et l’inspire.
Aux accents nouveaux de sa Lyre Le premier prix n’est-il pas dû?
En 1777, MM. de Janville et Le Bourguignon du Perré de Liste étaient juges honoraires. Les poètes, à court de sujets, ne virent rien de mieux à faire que de célébrer un trait d’humanité de la vie de M. de Janville et l’anoblissement récent conféré par le Roi à M. de Liste. L’événement important de ce concours fut la présentation par Le Gavelier de son ode sur L'Apocalypse y dont le succès rappela celui de Malfilâtre :
Que ton souffle divin m'enflamme Et qu’il anime mes transports,
Dieu puissant; inspire à mon âme Les plus mélodieux accords.
Je vais célébrer les miracles Que le Verbe dans ses oracles A son apôtre a révélés.
Je vais chanter la douce ivresse,
Les plaisirs, la vive allégresse Dont les justes seront comblés.
Soudain, quel éclat m’environne?
Quel objet vient frapper mes yeux?
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Je vois l’Étemel sur son trône, Placé dans le plus haut des cieux.
A ses pieds des millions d’anges Sans cesse chantent ses louanges, Sa divinité, sa grandeur.
L’hommage de la créature.
De sa gloire brillante et pure Ne rehausse point la splendeur.
Quelle trompette menaçante Se fait entendre dans les airs?
La mort, l’horreur et l’épouvante Régnent sur la terre et les mers.
A la terreur tout s’abandonne;
La source des eaux s’empoisonne;
Les astres perdent leur clarté;
Des monstres cruels et terribles Accablent de tourments horribles Les enfants de l’iniquité.
Babylone, source funeste De la débauche et de l’horreur.
C’en est fait; du courroux céleste Tu vas ressentir la rigueur.
Voici le jour de la vengeance,
Dieu vient, armé de sa puissance,
Frapper les pécheurs confondus;
Sa colère a lancé la foudre :
Babylone est réduite en poudre.
Et ses habitans ne sont plus (1).
(1) Recueil des poésies qui ont esté couronnées sur le Puy de l’immaculée Conception, tenu à Caen, l’an 1777, p. 44.
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En 1778, nous retrouvons de M. Le Cavelier trois nouvelles odes: La punition des juifs, Le triomphe delà religion et Le Suicide. A côté de lui viennent se placer Dom Mauger, religieux de Saint-Étienne de Caen, et Picquot, avocat à Caen. Dom Mauger avait pris pour sujet de ses vers Le Bonheur:
Toi qu’on aime sans te connoître,
Toi dont tout mortel suit les pas,
Pour qui l’Éternel m’a fait naître,
Que je cherche et ne trouve pas,
Être dont le seul nom m’enchante,
O Bonheur! c’est toi que je chante.
Nous détachons de cette composition une strophe d’un tour ironique assez gracieux :
Le Bonheur, dans le premier âge Des bergers fut connu, dit-on;
On le voyait dans le bocage Entre Baucis et Philémon.
Depuis longtemps la défiance,
La calomnie et la vengeance L’ont exilé de nos hameaux.
Tircis n’est plus qu’un mercenaire Que le seul appas du salaire Retient auprès de ses troupeaux (1).
(1) Recueil des poésies qui ont esté couronnées sur le Puy de l'immaculée Conception, tenu à Caen, l'an 1778, p. 46.
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Mauger avait présenté, la même année, un dizain sur Le Laurier et un sonnet sur La Reine prête (Taccoucher. Picquot, avocat, rédacteur des Affiches de Normandie, n’avait pas un moindre bagage: nous voyons de lui un dizain sur La Sensitive, un sonnet sur Le comte (C OrvillierSy vainqueur de Vamiral Kep pel au combat d’Ouessant; enfin, une ode sur La chute de Séjan.
L’année 1781 consacra les triomphes de Le Cavelier, qui donna tout à la fois un sonnet sur La Rosée, des stances sur La naissance du Dauphin et une ode sur L'Harmonie. Rien de tout cela ne vaut l’ode sur L'Apocalypse. Du reste, les événements contemporains continuent à attirer l’attention des auteurs, dont les uns chantent La naissance du Dauphin, tandis que les autres célèbrent la valeur du comte d’Estaing.
Nous n’avons pas de recueil de poésies couronnées pour les années suivantes. Toutefois, en 1786, lors du passage du Roi se rendant à Cherbourg, M. Daubat fit paraître une brochure intitulée :
« Sentimens patriotiques ou recueil de poé-
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sies couronnées au Palinod de Caen et publiées à l’occasion du passage du Roi en cette ville ».
Cette plaquette, qui fait le pendant des vers présentés dans la même circonstance par les élèves du collège du Mont et par les frères Caille (1), renferme les stances sur Louis U Bienfaisant, couronnées en 1774, et trois sonnets sur La naissance du duc d'Angouléme , sur Le docteur Francklin et sur La naissance de Monseigneur le Dauphin, couronnées en
1774, 1779 et 1781.
L’attention générale fut d’ailleurs distraite de cette ancienne institution par l'établissement d’un autre concours qui devait s’ouvrir, chaque année, le 11 juin, jour anniversaire du couronnement de Sa Majesté. On avait d'abord l’intention d’y récompenser seulement le discours latin. L’auteur de la composition jugée digne du prix devait recevoir, après le chant du Te Deum et de YExaudiat, une médaille d’or
(1) Ludovico XVI Cadomum Intranti Gratulantur collegii Montant celebcrrimœ Cadomentis Academiœ Alumni. Cadomi, apud Poi»ton, M.DCCLXXXVI, 22 p. La pièce la plus curieuse est une ode sur le port de Cherbourg.
Pièces présentées au Roi, lors de son passage à Caen, par MM. Caille frères, étudiants en Université. Caen, G. Le Roy, M.DCCLXXXVI, 8 p. Cette publication comprend une ode française, signée Caille-Desfontaines, étudiant en philosophie, et une poésie latine, signée Caille-Desmcnils, étudiant en rhétorique.
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de 300 livres, portant d’un côté l’effigie du roi avec la légende Ludovico XVI, optimo parenti, et au revers le millésime accompagné de ces mots: Universitas Cadomensis. Mais, dès 1787, grâce à un don anonyme de 200 livres, ce programme était modifié, et l’on annonçait la distribution de trois prix: l’un de 100 et l’autre de 50 livres pour une ode française et un troisième de 50 livres pour une ode alcaïque. Les concurrents étaient invités à prendre pour sujet: Les bienfaits du Roi envers VUniversité de Caen (1).
Cependant, le journal des Affiches de Normandie nous apprend que, le 8 décembre 1785, l’Université de Caen avait distribué les prix de poésie latine et française en l’honneur de l’immaculée Conception de la sainte Vierge, et que MM. d’Anctoville et de Montaigu étaient princes ou juges du Puy. Le journaliste, après avoir constaté l'antiquité de ces concours, demande que, dorénavant, les emblèmes qui forment les prix soient délivrés en nature et non en argent; il ajoute, avec une galanterie délicate, que, si les dames étaient chargées de les offrir, ce mode de distribution en augmenterait singulièrement le prix. « Le public, écrit-
(1) Affiches de Normandie , n° du 31 décembre 1786.
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il, a vu avec satisfaction que T Université avoit fixé au soir la distribution des prix et qu’elle avoit donné à cette solennité la pompe et la magnificence dont elle étoit susceptible.
« Nous sera-t-il permis d’ajouter qu’il seroit à désirer que l’Université rétablît son ancien usage de distribuer les prix plutôt que de donner de l’argent. Cette manière a quelque chose de repoussant; elle accoutume d'ailleurs un jeune homme à voir dans l’argent le but de ses actions... On a bien rappelé les femmes à cette fête, ainsi qu’en 1527; mais, si les prix étoient distribués par elles aux jeunes vainqueurs, ils en deviendroient plus précieux ».
A défaut du recueil ordinaire, le même journal nous fournit, pour le concours de 1786, des renseignements aussi intéressants que circonstanciés. Nous transcrivons le passage relatif à la cérémonie, inséré dans le numéro du 31 décembre 1786:
« Palinod. Le 8 de ce mois, les auteurs jugés dignes des prix ont été couronnés dans la Salle des Droits , avec la pompe la plus solennelle, au bruit de la musique du régiment d’Artois, après un discours latin prononcé par M. Chibourg, recteur. Un concours brillant de personnes embellissoit cette fête. MM. de Menillet et de Beauvoir étoient juges honoraires.
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Aucunes pièces latines n’ont été couronnées, mais seulement une épigramme latine et une ode alcaïque ont été lues. Les prix d’ode française ont été adjugés, le premier, à la pièce 1 ntitulée Les faux biens, par M. Le Cavelier; le second, à celle qui a pour titre Le triomphe des arts y par M. l’abbé Lhoste; on n’a point couronné de stances, mais quatre sonnets ont été jugés dignes du prix: le premier, L'Aigle, par M. Daubat; le second, Le passage du Roi y par M. Beauvoisin ; le troisième, L'Escar boucle, par M. Le Cavelier; le quatrième, Le faux orgueil, par le même. Le prix du dizain a été donné à la pièce intitulée : A M. le duc d'Harcourt, gouverneur du Dauphin, par M. l’abbé Lhoste : trois autres dizains ont été lus ».
Le journal des Affiches publia, dans son numéro du 15 avril 1787, l’une de ces poésies, L'Aigle, par M. Daubat:
Du Dieu brillant du jour s’obscurcit la lun L’aquilon se déchaîne et répand la terreur;
La voûte des ci eux s’ouvre et le char du tonnerre Dans l’éther embrasé s’avance avec fureur.
L’oiseau cherche partout un abri salutaire, Et son vol incertain annonce la frayeur;
La tempête en grondant éclate sur la terre, Et d’un souffle détruit l’espoir du laboureur.
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Mais, tandis que tout fuit et réclame un asile.
Le Roi du peuple ailé, d’un regard immobile.
Affronte et va braver la foudre dans les airs.
Épouse du Très-Haut, cet aigle est ton image.
11 triomphe de tout, comme toi de l’orage Qu’élève contre nous le tyran des enfers.
Les années 1789 et 1790 ne nous fournissent qu'une très pauvre moisson.
En 1789, M. Sanson, étudiant en droit, de Caen, fut couronné pour un sonnet sur Le lever du soleil dans la belle saison et pour des stances sur La retraite du sage. Quelques vers empruntés à cette dernière composition donneront une idée satisfaisante de la sentimentalité banale qui caractérise à cette date les productions palinodiques :
Éloigné des palais dont la vaine structure
D’un monde d’insensés éblouit les regards,
Damon préférerait un siège de verdure
Au trône des Césars.
Un trésor de vertus est toute sa richesse ;
L’or des grands, il le sait, n’éteint pas leurs désirs.
Des soucis dévorans les assiègent sans cesse, CoiTompent leurs plaisirs.
Quittant ses vêtemens, tissus d’or et de soie,
Il se fait des amis et non pas des vassaux.
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Je le vois désormais, en partageant leur joie,
Partager leurs travaux.
En 1790, nous n’avons qu’un sonnet absolument insignifiant de Benjamin Lentaigne, de Caen, sur L'Aurore, sujet que nous retrouvons sans grande modification dans presque tous les recueils. La poésie de Lentaigne n’est ni meilleure ni plus mauvaise que les autres: elle n’a d’autre originalité que l’intention allégorique que nous révèle son titre :
« AM. de Clermont, président du Directoire du département du Calvados, désigné sous l’emblème de Xaurore. Sonnet ».
A côté de lui il faut citer M. Daubat, couronné pour un sonnet à Louis XVI, roi des François. Cette poésie, qui ne nous frappe aujourd’hui que par le contraste des sentiments qui y sont exprimés avec les haines aveugles et farouches qui devaient poursuivre plus tard le malheureux monarque, est ainsi conçue:
O toi, qui de Henri nous retraces l’image,
Monarque citoyen, sensible et vertueux,
Le vaisseau de l’État que tourmentoit l’orage Maintenant par tes soins va prendre un cours heureux.
A tes sages décrets l’Europe rend hommage.
Et Minerve à ton peuple a fait ouvrir les yeux:
Rétablis le bonheur, que ta voix l’encourage.
Et relève des lys l’éclat majestueux.
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N’écoute que ton cœur, ton zèle et ton génie...
Arbore sur ton trône, en écrasant l’envie,
Les drapeaux de la paix et de la liberté.
Vient ensuite l'allusion habituelle à propos de laquelle l’auteur observe qu’elle est exigée par les loix du Palinod: puis, après un compliment aux juges honoraires, MM. le comte de Faudoas, commandant général de la garde nationale, et de Montoil, lieutenant colonel du régiment d’Aunis, on lit cette curieuse mention :
« M. Daubat a déposé sur l’autel de la Patrie le prix qu’il a obtenu, avec une médaille en argent qu’il a également obtenue à l’Académie de l’immaculée Conception de Rouen, en 1774, pour prix réservé d’une ode française ayant pour titre: Quomodo cessavit exaclor, etc.
Cantique d'Isaie , xiv, 4 ».
L’abbé Gautier mentionne pour l’année 1791 un dizain de Langrais, de Caen. Nous croyons que cette désignation est erronée et que le dizain dont il s’agit a obtenu, en 1792, le prix qui n’avait pas été décerné en 1791.
Quoi qu’il en soit, l'année 1792 vit se produire dans la ville de Caen comme un réveil de l’émulation poétique. Toutefois, nous devons le confesser, les pièces auxquelles il donna lieu
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présentent un singulier contraste avec celles qui jusque-là avaient été couronnées. On en pourra juger par la pièce suivante :
Brisant les fers du despotisme,
Peignez à l’univers la Sainte Liberté,
Des malheureux Lillois célébrez l’héroïsme;
Chantez l’amour de l’Ordre et de l’Égalité.
Dites-nous les succès de la chose publique,
Les triomphes nombreux de nos braves guerriers.
Si pour eux s’arrondit la couronne civique,
Pour vous verdissent les lauriers.
L’épigramme latine, placée en regard, composée par François-Pierre Caille, professeur au collège du Mont, est écrite absolument dans le même sens. Les poètes se mirent généralement à l’unisson, et l’ensemble du concours présente une physionomie révolutionnaire nettement accusée.
Les noms que le concours met en évidence sont ceux de Guillaume-Gabriel Audet et de Langrais. Dans l’opinion des juges, bien que les pièces ne fussent pas absolument satisfaisantes, elles semblèrent au moins supérieures à celles qu’ils avaient eues depuis quelques années à examiner.
Les pièces couronnées et les pièces rebutées nous ont été conservées; et, d’un autre côté,
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lescitoyens Audet et Langrais ont pria soin de faciliter notre tâche en réunissant leurs productions, chacun dans une brochure séparée.
La brochure de Gabriel Audet porte le titre suivant :
Pièces latines et françaises qui ont obtenu des prix ou des mentions honorables au concours du Palinod établi dans V Université de Caen en Vhonneur de iImmaculée Conception de la sainte Vierge , le 8 décembre {792, l'an I er de la République française.
Par Gabriel Ant. Nicolas Audet, M * es arts en V Université de Paris, tenant maison d’éducation à Caen, ci-devant professeur de Belles-Lettres et membre de VAcadémie de Châlons-sur-Marne.
Nous y trouvons deux épigrammes latines, Gallica Libertas, Sol oriens, qui méritèrent le premier et le second prix au concours; un dizain sur L'Eclair, deux autres dizains: Le ruisseau toujours clair et Le Diamant; enfin, des stances sur La Vérité. Ces trois dernières pièces eurent seulement les honneurs de la lecture.
Voici en quels termes, après avoir écarté deux pièces pillées, les juges du concours s'expriment sur les épigrammes d’Audet:
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« L'indifférence des poètes pour la poésie latine et la négligence que lesdits commissaires ont remarquée surtout dans les odes alcaïques et ïambiques ne leur ont permis de couronner aucune pièce dans ces deux genres..., mais ils ont été agréablement dédommagés par la lecture de deux épigrammes latines, qui, joignant aux charmes d’une latinité pure les grâces d’une poésie douce, harmonieuse, pittoresque et quelquefois imitative, ont remporté leurs suffrages par acclamation ».
Quant au dizain L'Éclair , il avait mérité la palme « par la beauté de la poésie et la régularité de la versification ». Nous le citons ici sans hasarder aucun commentaire:
L'Éclair.
L’air au loin est troublé, le vent gronde et murmure, Un silence d’effroi consterne la nature.
Et le ciel obscurci par de noires vapeurs Semble un tombeau funeste environné d’horreurs.
Tout à coup, au milieu de cette nuit profonde.
L’éclair, en sillonnant, fait resplendir ses feux.
Son éclat, vif et pur, frappe, étonne le monde.
Et du sein du chaos il reproduit les cieux.
C’est ainsi qu’en naissant, même au milieu du crime, Ta vertu. Vierge auguste, est brillante et sublime.
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Les autres dizains d’Audet et les stances sur La Vérité motivent des appréciations non moins flatteuses. Aussi Audet jugea-t-il à propos de manifester sa reconnaissance en insérant, après coup, dans sa brochure un remerciement « qui étoit, dit-il, destiné dans sa pensée aux citoyens juges du concours, ainsi qu'aux citoyens administrateurs et autres qui ont assisté à la distribution des prix » :
« Citoyens,
« Il est bien consolant pour les Muses troublées par le bruit des armes de trouver encore parmi vous un asile et d'y être admises, sur un théâtre brillant, à partager avec Mars les lauriers et la gloire. Permettez à la mienne, citoyens, infiniment flattée de l’accueil qu’elle reçoit de vous, de n’accepter la palme qui lui est offerte que pour en tresser sur vos têtes, d’une main juste et reconnoissante, la couronne qui est due à votre civisme, ainsi qu’à votre amour pour les Talens et pour les Arts ».
La seconde brochure, sans titre et sans nom .d’auteur, est l’œuvre du citoyen Langrais: elle n’est pas moins intéressante. Comme la première elle renferme, non seulement les pièces couronnées, mais encore celles qui ont obtenu
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les honneurs de la lecture; elle fait plus: elle y ajoute les pièces rejetées ou rebutées, et ce ne sont pas, à coup sûr, les moins curieuses de la collection.
Le recueil débute par le dizain de Judith, qui a remporté, lisons-nous dans le titre, le prix de {79i au Palinod de Caen. Ce sont ces expressions qui ont porté l’abbé Gautier à attribuer ce dizain à cette même année 1791; mais la confusion n’est pas possible quand on se reporte au procès-verbal d’examen des pièces jusqu’en 1792. Voici, en effet, ce que nous y lisons :
« Le prix réservé en 1791 a été accordé à l’autre dizain, dont le sujet est Judith, et l’épigraphe :
Sed ornnes una manet nox Et calcanda semel via Lethi,
tirée d’Horace, ode xxn, livre I er ».
Notre dizain de Judith porte bien l’épigraphe ci-dessus, et il est évident que c’est à son auteur, Langrais, que fut accordé, en 1792, le prix réservé en 1791.
Ce dizain avait, d’ailleurs, une signification politique que l’on ne saisit pas au premier abord, mais que le poète a pris soin de nous dévoiler dans une note explicative:
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« Ce sujet de Judith, nous dit-il, pris dans un sens allégorique, peut être appliqué aux circonstances ultérieures (sic) où s'est trouvée la France vis-à-vis des puissances coalisées de l’Europe contre notre liberté. Bèthulie est la France, Holopherne le despote de Vienne ou de Berlin, Judith nos braves généraux et soldats ».
Voici maintenant le dizain où se cachent ces allusions aussi merveilleuses qu’inattendues:
Judith .
Répands, répands des pleurs, ô ma chère patrie.
Ce soleil qui te luit est ton dernier soleil ;
Demain avant l’aurore, ô triste Bèthulie ,
Une étemelle nuit préviendra ton réveil.
Holopherne, guidé par le dieu des batailles,
Dans son âme d’airain roule tes funérailles...
J’entends sonner une heure, ô regrets superflus 1 Mais quoil Judith accourt et le monstre n’est plus.
Allusion.
Dans son cœur infernal, Satan proscrit ta tête,
O Vierge, tu parois... et chantes ta conquête.
Nous placerons à côté de ce dizain, le sonnet couronné sur L'arche de Noé ouïe déluge , un autre sonnet honoré d’une lecture publique, Palémon ou le sommeil du juste , et, enfin, un dizain sur Le retour du printems, jugé digne de la même faveur.
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Les poésies qui composent la seconde partie de la brochure sont précédées de la mention suivante :
« Les pièces qui suivent ont été mises au même concours. Les unes y ont été admises, les autres rebutées. Celles qui n’ont point ici d’allusion en avoient une, mais l’auteur les retranche aux unes et les laisse subsister aux autres pour rendre telle pièce d’un intérêt plus général ou pour présenter plus complets et mieux finis les tableaux exposés dans telle autre pipce ».
Deux courants s’y dessinent nettement; la sentimentalité fausse et maniérée du jour et les passions aveugles que font naître les événements contemporains s’y reflètent tour à tour avec une intensité à peu près égale. Jamais on n’avait vu tant d’aspirations affadies vers le bonheur des champs et, en même temps, tant d’âpreté dans les haines politiques. Langrais est bien l’homme de son temps, poussant aux massacres et se couronnant de fleurs
Écoutez plutôt:
Dizain.
Le retour du printems.
L’hiver a disparu, l’implacable Borée Ne tient plus enchaîné le germe des moissons :
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La rose naît, on voit fleurir les écussons.
Sous les doigts du printems tout rit dans la contrée. Philomèle avec gr&ce, au sommet des buissons, Chante le siècle heureux de Saturne et de Rhée,
Et, j usqu’à la voûte azurée,
Fait résonner l’accent de ses tendres chansons.
Autre.
Le fleuriste en extase devant une rose.
Le rigoureux Hiver s’enfuit à tire-d’aile;
Vertumne offre à la terre un spectacle nouveau...
Sur les bords fortunés du limpide ruisseau.
Considérez cette rose nouvelle.
Comme elle va s’ouvrir aux baisers du ZéphirL. Comme elle boit déjà les larmes de l’Aurore 1 Comme elle croit!! comme elle se colore!
Quel parfum, quel éclat!! célébrez le plaisir,
Saluez le printems par votre doux ramage,
Petits oiseaux... ô Rose, accepte mon hommage.
Dans le manuscrit présenté au concours, le dernier vers était ainsi libellé:
Allusion.
Petits oiseaux.
La Rose, ô Vierge, est ton image.
Jusqu’ici Langrais s’est contenté de marcher sur les traces de Parny, de Pezai, de Gentil- Bernard ou de Florian. Dans la pièce suivante,
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les inspirations, plus que profanes, qui lui sont habituelles, revêtent un caractère manifeste de dérision et d’inconvenance.
Le dizain auquel nous faisons allusion, intitulé dans le manuscrit: Zephirette ou L’Arcen-ciel, porte pour titre dans la brochure:
Zephirette préservée de l'orage, avec cette épigraphe, qui en fait suffisamment pressentir la tendance: Credidi/nus satis.
L’astre éclatant des ci eux s’éteint dans le nuage,
La nuit d’un crêpe sombre offusque l’horizon. L’aquilon déchaîné fait gémir le branchage,
Le foudre étincelant sillonne le gazon.
Zephirette à grands pas regagne le village,
Haletant, délacée (1), elle arrive, et l’orage Fond et s’épanche en longs torrents.
Mais Iris, tout à coup, s’arrondit sur la nue. Zephirette a sauté... sourit à mes accents.
Vierge, j’ai célébré ta naissance impoilue.
Aux deux derniers vers, Langrais a substitué, au moment de l’impression, la variante suivante, où l’attaque irréligieuse revêt dans la forme, par la suppression de l’allusion, un caractère moins choquant :
La fille a fait un saut., puis court et vole aux champs Où l’attend de ses jeux la compagne ingénue.
(1) Variante: en désordre.
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Quant aux poésies politiques proprement dites, quelques brèves citations suffiront pour en faire connaître l’esprit. Nous pourrions transcrire ici les dizains sur Brunswick général prussien et le sonnet aux Autrichiens, mais ces déclamations banales pâliront auprès des stances sur L'homme né libre et de l’ode sur La France trois fois sauvée ou La France république:
Qu’un être, quel qu’il soit, privé de nourriture. Compromette pour vivre existence ou repos, Le contrat devient nul, et la juste nature Le réduit en lambeaux.
A-t-elle dit à l'homme, en lui donnant la vie : < Je te fais naître esclave, obéis à des Rois »; Raison universelle, égalité chérie,
Fais entendre ta voix.
L’ho:
• Mil
te est égal à l’homme et leurs droits sont les
[mêmes.
Abjure tes tyrans... Us t’ont trop fait souffrir!
Ose, infortuné peuple, ose, en tes maux extrêmes. Vivre libre ou mourir.
Veux l’être et c’est assez. Déjà sa main antique Lui fournit des poignards contre ses oppresseurs ; De sa reconnoissance il chante le cantique Cher à tous les grands cœurs.
Le Français des tyrans a sapé l’édifice;
11 marche égal aux Rois qu’encensoit l'univers.
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Peuples tyrannisés, proclamez le supplice De vos maîtres pervers.
Don précieux de la nature,
Combattu par les seuls tyrans.
De qui la coupable imposture Sur l’homme a pesé trop longtemps, Liberté, c’est moi qui t’appelle,
Moi qui d’un feu pur et fidèle Pour toi brûlai dès le berceau,
De l’altière aristocratie,
De l’exécrable tyrannie,
Viens, creuse avec moi le tombeau.
Malgré les complots homicides D’agitateurs intéressés,
Échappée aux coups parricides,
La France est libre, et c’est assez.
Las de sa servile habitude.
Prenant une fière attitude,
Le peuple entier s’étoit levé...
Mais quoi ! de nombreuses cohortes Du Tyran ont brisé les portes,
De nouveau l’empire est sauvé.
Au sein d’une cour dissolue.
Réceptacle impur d’étrangers,
Ta perte, ô France, est résolue;
On y sourit à tes dangers.
En vain, Louis et son épouse Font paroître une humeur jalouse Au bruit de tes moindres revers.
En nous trompant par leurs paroles.
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Les monstres étaient nos idoles;
Qu'ils soient l’horreur de l’univers!
Ces diatribes insensées ne restèrent pas, même au Palinod, sans protestation, et nous croyons devoir opposer à cette glorification du 10 août une poésie royaliste qui figure parmi les pièces rejetées. Malgré sa longueur, ce factum, qui accueille avec une crédulité complaisante les bruits mis en circulation sur les prétendus projets de Philippe d’Orléans, qui annonce le supplice du Roi et qui fait appel à la France entière contre le despotisme de l’Assemblée, nous a paru valoir la peine d’être recueilli et conservé. C’est, d’ailleurs, selon toute probabilité, l’œuvre d’un Normand, ainsi qu’on peut le conjecturer par ce mot de Bel zuncer employé pour égorger, allusion sinistre au meurtre du major de Belzunce qui ensanglanta la ville de Caen en 1791 :
Les horreurs de l'Anarchie à üIsle des
Royalistes , 1792 (1).
Toi dont la voix insidieuse
Égare un peuple furieux
Et, sur l’abysme qu’il se creuse,
Lui ferme adroitement les yeux,
(1) Archives du Calvados. La pièce porte en marge: « Rejetée au Palinod ».
Quand seras-tu donc assouvie Des fléaux que, sur ma patrie,
Tu verses à profusion.
Dis-moi jusqu’à quand ta vengeance.
Discorde, sur la triste France Distillera son noir poison ?
N’étoit-ce point assez, cruelle.
Qu’une horde de scélérats, Audacieuse et criminelle.
Eût renversé tous les états?
Falloit-il encore que leur rage Souillât de meurtre et de carnage Le palais sacré de nos Rois,
Et qu’à Louis, ces téméraires,
Du pouvoir seuls dépositaires, Osassent imposer des loix.
Ils ont de l’autel et du trône Aboli les droits les plus saints,
Et presque ravi la couronne A leurs augustes souverains; ils ont avili la noblesse ;
Us ont, dans leur coupable ivresse.
Gouverné la France en tyrans.
Il ne manque plus à leur crime Que de Belzuncer (sic) leur victime Et de proclamer Dorléans.
Ainsi, jadis, en Angleterre,
On vit un peuple mutiné.
Esclave vil et mercenaire D’un hypocrite forcené,
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Docile à sa voix détestable.
Traiter Charles comme un coupable.
Le punir comme un criminel.
Et se déshonorer lui-même En déférant le diadème A l’abominable Cromwell.
Sujets orgueilleux et rebelles,
De fers ils ont chargé leur roi;
Par leurs motions criminelles.
Ils ont anéanti la loi ;
Ils ont osé mettre en problème S’il étoit un Être suprême Dont on dût redouter les coups.
Un jour viendra, jour de vengeance.
Qu’ils reconnoîtront sa puissance Aux effets d’un juste courroux.
Pour capter notre bienveillance,
Qu’a fait ce prétendu sénat?
11 a fait régner la licence;
11 a bouleversé l’État;
Il a fait de la France entière Un asile affreux de misère,
De confusion et d’horreurs ! 1 !
Et voilà les biens ineffables Dont les Français sont redevables A ces dignes législateurs.
Peuple, qu’aveugle le délire,
Ouvre les yeux sur tes malheurs;
Ne souffre plus que cet empire Soit plus longtemps de leurs fureurs
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Le théâtre affreux et terrible.
Dissipe cette ligue horrible Dont la volonté fait ta loi;
Entends les cris de ta patrie.
Et vole, au péril de ta vie,
Briser les chaînes de ton Roi.
Et vous, qui d’un peuple de frères Avez fait un peuple inhumain,
Vous, dont les fureurs sanguinaires N’ont connu ni règle ni frein,
Tremblez, scélérats exécrables:
Dieu va sur vos tètes coupables Appesantir son bras vengeur;
Et, victimes de sa colère,
Vous serez, aux yeux de la terre.
Un monument de sa fureur.
Allusion.
Des maux qu’éprouve ma patrie.
Quand j’ai crayonné le tableau,
Mes regards, ô Vierge chérie,
Mes regards flxoient ton berceau.
Sur ton bras la France appuyée Vaincra l’orgueil de l’Assemblée,
Rendra vains ses complots afTreux,
Comme autrefois. Vierge naissante.
Tu vainquis la rage insolente Du corrupteur de nos aïeux.
Avec ces poésies se termine l’histoire de l’ancien Palinod. Celui qui fut appelé à le
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remplacer devait être constitué sous de tout autres bases. Dans le concours de 1792, les examinateurs avaient clairement laissé entrevoir la nécessité d’une radicale transformation.
Les commissaires observent que, dans la plupart des pièces couronnées, l’allusion n’ayant de rapport qu’à la naissance et aux vertus de Marie et non à son immaculée conception n’est pas rigoureusement palinodique ; mais, à l’exemple de ceux qui les ont précédés dans les fonctions dont ils ont été chargés par l’Université, ils n’ont pas cru devoir insister sur des formes très difficiles à remplir avec exactitude ; et, après en avoir délibéré, ils ont même arrêté de proposer à l’Université d’affranchir, avec l’agrément des citoyens administrateurs du département du Calvados, les poètes d’une entrave dont la religion peut s’applaudir, mais dont le génie s’indigne, et de rendre aux Muses cette liberté chérie, sans laquelle elles ne peuvent enfanter que dans la crise et toujours avec embarras.
Ces raisons touchèrent l’Université qui, s’étant réunie le deuxième jour de la deuxième décade du second mois de la deuxième année républicaine, reçut de son doyen, le citoyen Pottier, la communication dont voici le texte :
« Citoyens,
« L’affaire pour laquelle je vous ai rassemblés est relative au concours du Palinod. Les poètes demandent s’il aura lieu et s’il se fera une distribution de prix cette année comme à l’ordinaire, et déjà quelques pièces sont déposées en votre greffe: il est donc urgent et nécessaire que vous vous occupiez incessamment de cet objet.
« Vous savez que les juges que vous aviez nommés pour adjuger les couronnes en 1792 vous proposèrent d’affranchir les poètes, sous le bon plaisir de l’administration supérieure, des eptraves de l'allusion, qui, dans les pièces présentées au concours, n’est presque jamais rigoureusement palinodique: cette forme, d’ailleurs, dont le catholicisme peut s'applaudir, mais dont le génie s’indigne, n’est propre qu’à retarder les élans de l’imagination; vous rendrez donc aujourd’hui aux Muses cette liberté chérie sans laquelle elles ne peuvent enfanter que dans la crise et toujours avec embarras.
« Mais ce n’est pas assez de cette réforme.
Je voudrois qu’aux pièces d’un goût antique et suranné, vous substituassiez, toujours avec l’agrément des administrateurs du Calvados,
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des pièces d’un goût plus moderne, dont l’harmonie et les beautés nous seroient mieux connues ; je voudrois que vous rendissiez l’établissement du Palinod utile à la République française en n’admetlant au concours que des poésies propres à propager l’esprit public et analogues à la Révolution.
« Voici donc le plan que je propose: 1° supprimer l’allusion dans toutes les pièces qui concourront, sans cependant diminuer le nombre des strophes ou des vers; 2° conserver le premier prix d’ode française dans le genre et la forme de celle à la Fortune , par Jean-Baptiste Rousseau; 3° réunir le second prix d’ode à ceux du sonnet et du dizain pour en former un second prix d’ode française de dix strophes au moins, à l’imitation de celle sur Le Temps , par Thomas; 4° laisser subsister le prix de stances tel qu’il a été primitivement établi; 5° conserver pareillement le prix d’ode alcaïque et d’épigramme latine, quant à la forme et au nombre de strophes ou de vers; 6° substituer au prix d’ode ïambique, genre de poésie dont nos poètes latins font peu d’usage, un prix d’ode saphique, de douze strophes, sans allusion; 7° renvoyer au trente-et-un mai prochain ou plutôt au douze prairial, suivant l’ère républicaine, la distribution des lauriers palinodiques,
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pour immortaliser le souvenir de cette journée à jamais fameuse dans les fastes de la Révolution française; 8° n’admettre au concours que des pièces qui auroient pour objet la Liberté, l’Égalité, les avantages du gouvernement républicain ou quelques-uns des principaux événements depuis 1789, sans cependant en exclure celles qui auroient un but moral et qui pourraient également tendre à l’instruction et au bonheur de la Société.
« Tel est, Citoyens, le plan que je soumets à votre considération; si quelqu’un de vous a d’autres vues à proposer, je l’invite à en faire part à l’assemblée, et, vous tous, Citoyens, à en délibérer », ce que le citoyen président a dicté et signé avec le secrétaire, et ajournement à deux jours.
« Signé: Pottier, doyen, et Jamard, secrétaire provisoire ».
Le quatrième jour de la même décade, l’Université adopta les vues du citoyen Pottier et ordonna l’envoi de sa délibération au département avec observation :
« Que l'exécution de ce plan présente des moyens propres à perpétuer la mémoire des grands événements de la Révolution et à con-
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solider les bases du gouvernement républicain ; que, d'ailleurs, il est du devoir du corps enseignant, comme de l’intérêt général du département, de travailler à maintenir un établissement, aussi précieux qu’antique, et qui fit toujours sa gloire et son triomphe par le nombre considérable d’excellents poètes dont il fut le berceau et qui ne doivent qu’au Palinod de Caen le développement des talens et du génie qui les a rendus à jamais célèbres ».
L’arrêté du Directoire du département ne fait guère que s’approprier les idées émises par le citoyen Pottier et que l’Université avait déjà adoptées:
« Considérant que le projet d’arrêté présente des vues d’utilité et de grands moyens propres à élever le génie, à propager les principes de la liberté et du républicanisme et à consacrer les bienfaits de la Révolution;
« Considérant encore que la gloire et le triomphe des beaux-arts sont essentiellement attachés à la conservation de cet établissement, qui deviendra d’autant plus précieux qu’il sera délivré des entraves d’une allusion qui rappelle le fanatisme et enchaîne le génie,
« Le Directoire, ouï le rapport et le procu-
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reur général syndic entendu, déclare approuver ledit projet d’arrêté sous les exceptions ciaprès, savoir:
« 1° Toutes les pièces qui concourront auront au moins le même nombre de strophes ou de vers qui étoit précédemment requis dans chaque genre et ne présenteront plus d’allusion ;
« 2° Il sera décerné un premier et un second prix pour l’ode française, composée au moins de dix strophes, dans le genre et la forme de celle à la Fortune, par Jean-Baptiste Rousseau ;
« 3° Les auteurs de l’ode alcaïque et d’épigramme latine auront la liberté de les composer du nombre de strophes ou de vers qu’ils croiront convenable, pourvu, toutefois, que l’ode alcaïque ail au moins dix strophes et l’épigramme latine trente vers;
« 4° Que l’ode saphique sera aussi composée de dix strophes au moins ;
« 5° Il sera également décerné deux prix pour deux genres de poésie moderne, savoir:
l’épître en vers français, pièce morale et philosophique, propre à éclairer l’opinion et à tendre au bonheur de la société, et l’idylle, pièce ingénue, tenant à la nature ».
Sur la pétition des commissaires du corps enseignant « nommés pour arriver aux moyens
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d'une plus grande célébrité ». l'allocation de 200 livres fut portée, le 27 floréal, à la somme de 300 livres. Un autre arrêté, du 17 floréal, recula, pour l'année seulement, l’époque du concours au 13 messidor, « afin de donner aux auteurs le temps de travailler plus à leur aise et de produire de meilleures compositions ».
« Les amateurs et les poètes, dit l’annonce que nous avons sous les yeux, devaient adresser leurs pièces, le 4 messidor au plus tard, au citoyen Lanjalley, secrétaire greffier des instituteurs de la ci-devant Université de Caen, rue de la Fripperie, n° 100 ».
L’arrêté important du 9 frimaire an II, que signèrent les citoyens Néel, P. Gaugain, Le Roi, Caillot, Hélie, Rouderon et Courville, procureur général syndic, n’avait pas cru devoir fixer les emblèmes républicains qui devaient remplacer les anciens et figurer sur les médailles des prix. Sur ce point, il s’en était rapporté au zèle patriotique et au goût de l’Université.
« L'administration déclare, au surplus, que son intention est que le montant des prix ci-dessus déterminés soit converti en autant de médailles représentant le Génie et la Liberté,
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indiquant l’ère républicaine, s’en rapportant, au surplus, au corps enseignant de choisir les emblèmes convenables, pourvu qu’elles ayent toutes rapport à la Révolution, qu’elles en puissent retracer les époques intéressantes, et parce qu’elles seront préalablement soumises à l’administration.
« Signé : Thibault, pour l’absence du
secrétaire général ».
L’Université se conforma de son mieux â ce programme, et voici, d’après un document conservé aux Archives du Calvados et reproduit dans la brochure d’Audet, quels furent, en définitive, les emblèmes républicains adoptés: