CHAPITRE VII
Le Palinod à Caen.
L e Palinod fut toujours à Caen une simple annexe de l 1 Université. Comme nous l’avons vu, le Puy de Palinods en l’honneur de la Conception de la Vierge existait déjà depuis longtemps à Rouen lorsqu’il fut établi à Caen en 1527. Voici comment la chose est
racontée par Bourgueville de Bras:
« De tout temps, nous dit-il, ceux de ceste Vniversité de Caen celebroyent la feste de la Conception nostre Dame, comme feste des Normands au couvent des Cordeliers auecques grande solemnité où ils faisoyent porter vn pain benist auecques les instrumens, flambarts et armoiries. Et estoit aduenu que le chanteau du dit pain benist auoit esté baillé à maistre Iean le Mercier, sieur de saint Germain, Aduocat fameux, lequel au iour de la dite feste
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adiousta à ce qu’on auoit accoustumé d’y faire vne publication precedente, qu’il entendoit eriger vn puy de Palinot, comme à Rouen; ce qu’il fist sçauoir par placarts mouliez à toutes les bonnes villes de Normandie. Et de vray y commença le dit puy le iour de la Conception nostre Dame en l’an mil cinq cents vingt et sept, auec vne grande magnificence et banquets solennels, tant au disner pour les supposts de rVniuersité, et hommes honorables, Officiers du Roy et de la ville, que au soir pour les Damoiselles et Dames. Auquel Palinot, dont il fut le premier Prince, furent présentez plusieurs œuvres, tant Grecques, Latines que Françoises ». (1).
L’initiative de Le Mercier fut couronnée de
succès: la réunion fut nombreuse, et la fête fut réussie de tout point. L’un des triomphateurs de ce premier concours fut noble et vénérable personne M" Blondel, chanoine de Missy en l’église cathédrale de Bayeux. Bourgueville nous a conservé le chant royal de ce digne ecclésiastique. Cette composition, qui enleva tous les suffrages, est d’une barbarie subtile qui ne laisse absolument rien à désirer.
(1) Ch. de Bourgueville, sieur de Bros: Les Recherches et Antiquitési de la province de Neustrie... de la ville et Vniuersité de Caen ; réimpr. de 1833, p. 350.
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Par une inspiration ingénieuse, le chanoine Blondel célébrait l’immaculée Conception sous la figure de l’Université de Caen, assise sur sept piliers, dont il vantait en passant la constitution, les privilèges, les docteurs, l’enseignement:
Tele onc ne fut ne sera par après.
Le public sut gré à l’auteur de son intention, et il n’est pas douteux que les analogies, insaisissables aujourd’hui, ou tout au moins fort éloignées, que le docte écrivain relevait entre le corps universitaire et le concept virginal, contribuèrent singulièrement au succès de la pièce.
Dans ce premier Puy, Le Mercier de Saint- Germain distribua les prix suivants, savoir:
à l’épigramme latine, une couronne, estimée un écu d’or; au chant royal, une branche de laurier, estimée 30 sols; à la ballade, une somme de 20 sols; au rondeau, une somme de 10 sols. L’Université, dans un règlement longuement élaboré, adopta ce mode de distribution; et, pour ne pas faire dépendre uniquement les ressources du Puy de la générosité de celui qui se chargeait de le tenir et qui prenait le titre de Prince du Puy, elle décida que
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l’obtention des degrés dans l’Université serait grevée de certains droits destinés à former le montant des prix à distribuer, et que le total des amendes encourues par les professeurs pour défaut d’assistance aux assemblées générales servirait à couvrir les frais d’impression et ceux de l'affiche ; mais il faut croire que cette disposition fut rarement observée, car l’on connaît fort peu de livrets et de placards qui se rapportent à celte première période de Palinods caennais.
Malgré l’intervention directe de l’Université, la prospérité du Pu y de Palinods fut de courte durée, et il était menacé de disparaître, lorsque la générosité d’un des citoyens les plus opulents de la ville de Caen, Étienne Duval de Mondrainville, permit de le réorganiser sur de nouvelles bases et de lui donner une existence plus assurée. A la date du 6 mars 1557, Mondrainville donna dans ce but à l’Université, par acte notarié, une rente perpétuelle de 22 livres, augmentée plus tard de 6 livres 10 sols tournois, destinée à garantir à l’avenir la rémunération des poésies latines et françaises qui seraient présentées au Puy. Le donateur avait tout réglé avec le soin le plus minutieux ; il n’avait oublié ni le nombre des prix, ni la forme du concours, ni l’ordre de la cérémonie.
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Les prix étaient ainsi fixés : Épigramme latine : 1 er prix, les Armes du fondateur, rédimable par 55 sols; 2 e prix, 22 sols. Ballade: l #p prix, le Laurier, rédimable par 20 sols; 2 e prix, 15 sols. Sonnet: Y Étoile, rédimable par 15 sols. Dizain: le Signet, rédimable par 10 sols.
Le titre de Prince du Puy, à raison de cette libéralité, avait été expressément réservé à Mondrainville et à ses héritiers à perpétuité. Gomme ceux-ci ne restèrent pas longtemps en Normandie, cette prérogative passa au recteur de P Université, qui l’exerça par délégation. Il avait été convenu également que les armoiries du fondateur seraient reproduites en tête de toutes les affiches annonçant l’ouverture du Puy de Palinods. Par suite de la diminution survenue dans la valeur de l’argent, la rente léguée à l’Université devint bientôt insuffisante, et les prix n’auraient pu continuer à être décernés sans l’intervention opportune de nouveaux donateurs.
En 1607, Le Marchand, seigneur de Rosel, fonda un prix de cent jetons d’argent pour l’ode française. Enfin, en 1624, Jacques Le Maistre, sieur de Savigny, chanoine d’Avranches, donna à l’Université, pour soutenir l’Institution palinodique, une rente annuelle de cent livres. Jacques Le Maistre doit être con-
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sidéré comme le restaurateur ou comme le second fondateur du Palinod. Contrairement à ce qui se passe habituellement en pareille circonstance, ce modeste bienfaiteur « ne se réserva aucun privilège, aucun droit honorifique; il stipula seulement qu’après sa mort, le lendemain de la tenue du Puy, l’Université ferait célébrer un obit solennel pour le repos de son âme ». Ajoutons qu’en 1670, l’abbé de Saint-Martin fonda un prix pour l’ode alcaïque dans le genre de l’ode d’Horace, Odi profanum vulgus, et que Louis Jouet, professeur ès-droits, imita sa générosité en fondant des prix pour deux odes latines, l’une en vers alcaïques, l’autre en vers ïambiques.
A partir de ce moment, le Palinod continua de fonctionner, sans incidents notables et sans interruption, jusqu’en 1792. Nous ne saurions énumérer et encore moins apprécier les poésies latines et françaises qui, durant cette longue période, ont été présentées au Puy. L’abbé Guiot, qui a passé toute sa vie à recueillir les poésies palinodiques de Rouen, de Dieppe et de Caen, n’a pas consacré moins de trois volumes in-folio à un travail de ce genre, et l’on est forcé de reconnaître que, malgré toutes ses investigations, il ne nous a renseignés que très imparfaitement sur le sujet. La lecture de son
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grand ouvrage, Les siècles palinodiques (1), est d'ailleurs infiniment pénible: un peu parce que l'auteur a adopté la forme du dictionnaire alphabétique, et beaucoup plus parce que les poésies palinodiques, qui doivent toutes se rapporter, coûte que coûte, à l'immaculée Conception et se clore par une allusion à ce mystère, sont le plus souvent d'une monotonie, d’une subtilité et d’une prétention désespérantes. Sans éviter ces défauts, les poésies latines constituent au moins d’intéressants exercices scolaires et attestent, de la part de leurs auteurs, une grande connaissance du mécanisme et des finesses de la langue latine. C’est par ces qualités que se recommandent les poésies de Pyron, de Cahaignes, de Savary et surtout celles de Jean Rouxel et d’Antoine Halley, les deux grands noms du Palinod de Caen comme du Palinod de Rouen. La supériorité de Rouxel en ce genre était si bien reconnue qu’une de ses épigrammes latines fut gravée en lettres d’or dans le cloître des Carmes de Rouen. Le Puy des Palinods. de Caen eût pu en user de même à l'égard
(1) Cet ouvrage a été public, pour la Société de l’Histoire de Normandie, par M. l’nbbé A. Tougnrd, sous le titre de: La trois siècles palinodiques ou histoire générale da Palinods de Rouen, Dieppe, etc., par Jos.-André Guyot, de Rouen. Rouen, 1898, 2 vol. iii-8 0 .
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d’Halley; il dut, dan9 tous les cas, à sa notoriété comme principal du collège du Bois, un honneur éclatant et tout à fait inattendu, celui de servir d’arbitre dans la querelle fameuse survenue à l’occasion des sonnets de Job et d’Uranie. Nous avons raconté ailleurs ce curieux épisode de notre histoire littéraire (1); nous nous bornerons à faire connaître ici comment le Puy se trouva saisi de la question et de quelle manière il la trancha. Quelques courtes citations serviront à nous édifier à cet égard.
Au mois de décembre 4639, l’abbé Aubert, aumônier de S. A. H. M me la duchesse de Longueville, adressait h Halley, professeur du Hoy en éloquence, la lettre suivante:
« Monsieur, ie ne sçay si ie dois me conjottir avec vous de l’honneur qu’on vous fait, ou s’il est expédient de plaindre l’embarras que ie vous vay donner de la part de Madame, qui voyant les suffrages partagez en la cause qu’on renvoyé devant vous, a fait tout referer à votre Iugement. Il s’agit de sçavoir lequel est le plus beau des deux Sonnets cy-joints; la plupart de nos Poètes en ont dit leurs pensées, et les plus beaux Esprits s’y trouvent empeschez. L’Académie Françoise en a voulu
(1) Histoire de deux sonnets . Rouen, 1K52.
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connoître, mais au lieu d’un Arrest, elle n’a qu’appointé les Parties à écrire. Ainsi il a fallu que la Cour s’en meslât, et la cause agitée en présence du Roy, de la Reyne et des Princes, qui n’ont pu s’accorder. Son Altesse a conclu qu’il falloit vous en faire le luge sans appel. C’est pourquoy par son ordre ie vous prie de vouloir, avec Messieurs vos Poètes, et autres bons Esprits de Caen, les bien examiner, et décider le fait ou en Vers ou en Prose, si bien que nul ne doute qu’elle n’ait eu raison de faire choix de vous, pour assoupir un Schisme qui trouble plus la Cour que nos dernières Guerres. Il y va de l’honneur de notre Nation, outre que Son Altesse y est engagée; ainsi ie me promets que vous agréerez tous ensemble ce travail, et que vous me croirés toujours, comme ie suis, Monsieur, votre tres-liumble et tres-obéissant Serviteur.
« Aubert, Aumônier de son Altesse »> (1).
La réponse d’Antoine Halley, du 25 décembre 1639, est très curieuse à lire et mériterait, en raison des détails qu’elle contient, d'être citée dans son entier; nous nous bornerons à en extraire quelques lignes:
(1) Antonii Hallcti Opuscula misctllanea ; Cadomi, 1675, p. 287.
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« L’ordre de Son Altesse contenu dans votre Lettre nous arriva dans la semaine que nous appelions Palinodiale, durant laquelle toutes les cinq Facultés de notre Vniversité, avec le choix des deux meilleurs Esprits de la Ville (1), s’assemblent pour le iugement des pièces et la distribution des prix de notre Puy, qui a toujours eu tant de relief, que l’on y envoyé des Poésies Latines et Françoises de toutes les parts du Royaume. Cette matière étant de sa compétence, ie n’ay pas manqué, en proposant les deux Sonnets à la Compagnie, de luy faire lecture de votre belle Lettre, qui a été reçue comme une évocation au grand Seau, pour départager un procès sur lequel Messieurs de l’Académie Françoise s’étoient trouvez partis ».
Voici maintenant en quel sens, après longue discussion et très mûre délibération, se prononça l’aréopage caennais:
« Notre Puy n'a pas long temps hésité à donner son jugement, mais parmy ceux de la
(1) « Ceux qui lurent invités cette année là furent M ri Augustin le Haguais t advocat tres-celebre au Parlement de Paris, et Nicolas du Moutier, autre excellent homme, qui fut un peu après Lieutenant General A Cnën ». Antonii Ha liai Opuscula niiscellanea, p. 296.
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Ville il s’est trouvé d’abord quelque contrariété. Enfin, ces Ouvrages ayant souffert
toutes les épreuues de l’art, l’on a reconnu que l’auteur de lob est un rare esprit, sublime en ses pointes, subtil, éveillé, aigu, qui a mieux réüssi à faire admirer son Invention que son Ouvrage. Il est tout spirituel, et sans doute mérite bien que l’on en fasse grand état. Le Sonnet d’Vranie est coulant, majestueux, égal, resserré dans les règles de l’art, sans contrainte, qui n’a pas tant de sel, mais plus de douceur; bref, qui parle mieux le langage des Muses, et ressent autant l’excellent Poëte que fait l’autre l’excellent esprit. Ainsi, Monsieur, quand ie donnerois mon sentiment à lob, que i’estime infiniment, il n’en seroit pas plus fortifié, pource que le plus grand nombre l’emporte contre luy, auquel ie suis obligé de souscrire » (1).
La sentence rendue par le Puy fut accueillie avec d'autant plus de satisfaction par la Duchesse, qu’elle était de tout point conforme à son sentiment, et qu’il était au su de tout le monde qu’elle avait embrassé avant tout autre le parti d’Uranie. Peut-être même pourrait-on penser que son opinion pesa de quelque poids
(1) Antonii Hallœi opuscula mi$ctllanea, p. 297.
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dans la balance; c'est au moins ce que laisse entendre le docte Halley lui-même, dans un sonnet adressé à M“* de Longueville « sur le débat des deux sonnets de Job et d'Uranie » :
Tous deux sont beaux, coulans, nombreux;
Non moins polis que vigoureux.
Également dignes de plaire.
Et l’honneur d’estre préféré Ne se doit qu’au choix désiré Qu’il vous plaira vous-même en faire.
L’abbé de La Rue, qui a mentionné sommairement ce piquant épisode, a bien soin d’ajouter que ce fut sur le théâtre palinodique que débutèrent Malherbe, Bertaut, Sarrasin, Malfilâtre et beaucoup d’autres. De toutes ces poésies, celles de Malfilâtre sont les plus remarquables. L’ode Le soleil fixe au milieu des planètes est le chef-d’œuvre du genre, et on pourra feuilleter tous les recueils palinodiques de Caen et de Rouen sans rien rencontrer qui puisse lui être comparé pour la flamme, le nombre et le mouvement.
En dehors des publications que nous venons de citer, nous ne connaissons rien sur les premiers temps du Palinod de Caen. R paraîtrait bien, au dire de M. Daubert, poète caennais,
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souvent couronné dans les derniers concours, que Daniel Huet avait recueilli sur cette période un ensemble considérable de pièces manuscrites et imprimées; mais ce recueil ne figure pas dans les collections de la Bibliothèque Nationale, et toutes nos recherches pour le retrouver ont été absolument vaines.
Le premier cahier imprimé relatif aux Palinods de Caen que nous connaissions porte la date de 1666 (1).
Il s’ouvre par deux épigrammes honoraires offertes par A. Halley à François de Nesmond et à Chamillart et se continue par les poésies couronnées. Les concurrents avaient été nombreux et les lauréats n’étaient pas dépourvus d’une certaine notoriété. Nous y relevons notamment les noms de Rault, de Rouen; du comte de Meilly; du capitaine de Bosroger; de Pyron, professeur au collège du Bois, et du R. P. Mauduit, de l’Oratoire. Comme on devait s’y attendre, l’illustre Chamillart, pro-
(1) Recueil des Poésies qui ont esté couronnées sur le Pug de l'immaculée Conception de la Vierge, tenu à Caen, dans les grandes écoles de iUniversité. Caen, Jean Cavelier, 1666, in-12. La collection de ces Recueils, imprimés chez Antoine Cavelier, Jean Cavelier, J.-Cl. Pyron et G. Le Roy, a sans doute des lacunes. On connaît environ 80 de ces brochures (in-8° ou in-12), conservées à la bibliothèque publique de la ville et au musée Mancel, à Caen, ou dans des collections particulières.
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lecteur des lettres et juge du concours, reçut tous les éloges auxquels il pouvait avoir droit.
Le chant royal sur l’Écho, de Rault, renferme des détails gracieux, mais qui ne se rapportent guère à l’immaculée Conception. On en jugera par ces strophes:
Si quelque amant se plaint du rude empire D’une beauté qui le tient sous ses fers,
L’autre redit les maux qu’il a soufferts;
S’il rit, il rit; s’il soupire, il soupire.
S’il pince un luth, il répète ses airs;
Tout étonné d’entendre la cadence Soupirer, rire, il écoute, il avance,
Et pour chercher ce son prodigieux,
Il court au bruit qui de loin le convie.
Croyant qu’on peut de près entendre mieux La vive voix qui sort d’un corps sans vie.
Seroit-cc, Écho, que ton beau corps expire.
Ou que ta voix qui rend les bois déserts Poursuit l’amant qui pour tes vœux offerts N’a pas le cœur d’adoucir le martyre Qui te réduit en ces sombres désirs?
Fille de l’air, ton amant qui se noie Est par l’amour puny de soins amers,
Car il se voit en des ruisseaux si clairs Qu’il croit que là quelque nymphe l’attire Pour lui montrer ses charmes au travers (1).
(1) Recueil des poésies qui ont esté couronnées sur le Pag de l’Im maculée Conception, tenu à Caen, üan 1666, p. 12.
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Le chant royal qui remporta le second prix sur Andromède par M. de Trussy, comte de Meilly, renferme des détails non moins originaux. — Voici, par exemple, le portrait d'Andromède et le récit de la lutte de Persée et du
Dessous les fers un corps si précieux Semble augmenter ses charmes gracieux;
Cette beauté, se voyant toute nue.
Humble et confuse, implore en vain les Cieux De la couvrir au moins de quelque nue.
AhI Fier destin, qui ne te doit blâmer 1 Considérant sur cet écueil amer Une innocente ainsi mal équipée.
Non, dit Persée, ô Princesse des cœurs,
Vous allez estre en essuyant vos pleurs D’an sort fatal Andromède échappée.
Lors qu’affamé le monstre furieux Court l’aborder sur ces funestes lieux.
Par les détours d’une route inconnue,
Le cavalier d’un cœur officieux Sur ce cruel comme un foudre se rüe.
De mille coups il le sçait opprimer.
Et dans ce corps, qu’il veut faire abysmer,
Jusqu’à la garde il plonge son épée.
La Beste expire, et tout brillant d’honneur Persée enfin sauve par ses labeurs D’an sort fatal Andromède échappée (1).
(1) Recueil des poésies qui ont esté couronnées sur le Puy de l'immaculés Conception, tenu à Caen, l’an 1666, p. 17.
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M. de Bosroger, autrement appelé Boismilon, capitaine au régiment royal en garnison dans le château de Caen, ne voulut pas être en reste et consacra au même sujet un sonnet qu’il fit suivre de remerciements adressés à Chamillart.
Sonnet qui a remporté le premier prix, dont le sujet est Andromède:
Parmy l’apprest pompeux d’une célèbre feste,
Vous attendiez d’Hymen les plaisirs les plus doux; Mais un monstre envoyé par Neptune jaloux Fit de ce calme heureux une horrible tempeste.
Déjà cet ennemy menaçoit vostre teste,
Tout prest, belle Andromède, à se lancer sur vous. Quand Persée, animé d’amour et de courroux,
Luy déroba sa proye et vous fit sa conqueste.
11 combattit long-temps pour vous donner secours;
A la fin il vainquit, il sauva vos beaux jours, Joignant à son grand cœur la force et l’industrie.
Le péché comme nous dut vous assujetir;
Dieu combattit ce monstre, ô céleste Marie,
Et son bras tout-puissant vous en sçeut garantir (1).
Remerciement à Messieurs les Juges du Puy pour le premier prix du sonnet :
(1) Recueil de» poésies qui ont esté couronnées sur le Puy de l'immaculée Conception, tenu à Caen, l’an 1666, p. 23.
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Grâce à toy, Chamillart, l’honneur des beaux esprits, Sçavant et sublime génie,
Grâce à cette fameuse et docte compagnie,
Andromède emporte le prix;
Mais je m’étonne peu qu’au beau siècle où nous sommes Ce qu’elle avoit d’appas ait sceu plaire à vos yeux:
Elle a charmé des demy-dieux,
Elle pouvoit charmer des hommes (1).
L’année 1667 se recommande à notre souvenir par le succès éclatant qu’obtint pour une ode, Le Minotaure, Mgr le duc de Saint-Aignan, pair de France. Cette pièce, qui, à sa date, fut proclamée un chef-d’œuvre et qui fut lue solennellement par Joseph de Prémont- Graindorge, de Caen, étudiant au collège du Bois, est ainsi conçue :
Le Minotaure.
Argument: Le Minotaure enfermé dans le Labyrinthe fait mourir tous ceux qui se hasardent d'y entrer; mais Thésée, avec le secours de ta princesse Ariadne , combat le Monstre et en demeure vainqueur.
Sçavantes Nymphes du Parnasse,
Vos presens me sont superflus;
Pour vous mon cœur est tout de glace Et je ne vous invoque plus.
Dans la noble ardeur qui m’emporte,
C’est d’une Vierge bien plus forte
(1) Recueil des poésie* qui ont esté couronnées sur le Puy de l’immaculée Conception, tenu à Caen, l’an 1666, p. 24.
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Que j'attends le divin secours ;
Sa faveur me rend intrépide.
Et sa sainte main qui me guide Ouvre la carrière où je cours.
En Crète un Dédale effroyable.
Par mille détours dangereux,
Au Minotaure impitoyable Avoit soumis cent malheureux, Quand un guerrier plein de courage, Sans craindre l’horrible carnage Dont le bruit se répand partout, Connoist le danger, le méprise Et croit que de cette entreprise Sa valeur peut venir à bout.
Le brave et renommé Thésée,
Déjà plus d’une fois vainqueur, Estime sa conqueste aisée,
Quand il en consulte son cœur.
Tel que Mars parut dans la Thrace, 11 parest avec cette audace Qui fait triompher un amant;
Et d’Ariadne, aimable et belle,
Le cœur sent la vive étincelle D’où naist un doux embrazement
Joignant sous un armet qui brille La douceur avec la fierté,
Il fait voir à l’illustre fille Et la grâce et la majesté;
La jeune princesse ravie,
Afin de conserver sa vie.
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Luy met an fil entre les mains;
Avec cette aide il peut sans crainte Marquer de l'affreux Labyrinthe Les plus difficiles chemins.
11 marche donc à la mesme heure Et, par des sentiers merveilleux Vient à la funeste demeure Qu’habite le Monstre orgueilleux;
Le Minotaure à cette proye Donne, pour marque de sa joye.
Cent cris poussés confusément;
Et l’on ne sçauroit qu’avec peine Discerner de la voix humaine
Un barbare mugissement
A l’aspect de la lourde masse Que porte le Monstre invaincu.
Le prudent guerrier se ramasse Demy courbé sous son escu ;
11 oppose à cette tempeste Le bras pour garantir la teste,
Et reçoit un coup sans pareil;
L’escu brisé comme du verre,
En cent pièces jetté par terre,
Eclate aux rayons du soleil.
Mais l’adresse à la force jointe Fait que le Héros, à son tour,
Porte au Monstre un grand coup de pointe Dès qu’il y voit le moindre jour;
Avec tant d’ardeur il allonge.
Que toute sa lame se plonge
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Au cœur de cet audacieux;
Et, par une atteinte si forte,
Avant que l’épée en ressorte,
Le cruel a fermé les yeux.
A peine Thésée a sur l’herbe Un si fameux sang répandu.
Qu'il retourne, d’un pas superbe, Vers le fil qu’il avoit tendu;
11 reprend, sans plus estre en doute Les divers chemins d’une route Où tout le monde se perdoit,
Et revient, comblé d’allégresse.
Rendre à son aimable princesse Toutes les grâces qu’il luy doit
Un noble orgueil, que la victoire Marque sur le front des guerriers, Le fait voir tout brillant de gloire Et couvert d’illustres lauriers.
Comme il détruit la tyrannie, Partout une joye infinie Prend la place de la douleur,
Et, libre de la servitude,
La Grèce ne met son étude Qu’à bien parler de sa valeur.
Allusion
Par une vertu sans égale Et la faveur qu’il eut des cieux, Thésée a seul dans le Dédale Vaincu le Monstre furieux :
De mesme la Vierge très-pure
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Est seule qui, dans la nature,
N ai st sans le crime originel,
Et qui, par un rare avantage.
Du Démon surmontant la rage.
Possède un bonheur éternel.
Cette poésie, dont l’un des principaux mérites était certainement d’être l’œuvre d’un grand seigneur et d’un pair de France, causa à Caen une véritable émotion. Dans la gent lettrée, le triomphe du duc fut tout un événement. Les lauréats de l’année furent complètement oubliés, et ce fut uniquement sur Mgr de Saint-Aignan que l'attention publique se porta. Aussi Jean Cavelier jugea-t-il à propos de lui dédier le recueil:
A très haut et très puissant seigneur
Messire
François de Beauvillier, duc de S'-Aignan ,
Pair de France .
Lieutenant général des armées du Roy,
Chevalier de ses ordres, Premier gentilhomme de sa chambre ,
Gouverneur de Touraine, des ville et chasteau de Loches, des ville et citadelle du Havre de Grâce, Montivilliers, Harfleur, Fescan, etc.
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« Monseigneur,
« Vos illustres qualités et le rang considérable que vous avez acquis auprès du plus puissant monarque de l’univers m’auroient tenu dans un respectueux silence et mis hors du pouvoir de vous remercier de l’honneur de votre souvenir, si une personne, que vous favorisés de votre bienveillance et qui, pour obéir à vos ordres, m’a voulu combler de vos bienfaits, ne m’y eust indispensablement engagé.
« Je prens cette liberté, Monseigneur, pour m’acquitter de mon devoir et pour vous témoigner que je n’auroy jamais de plus forte passion que d’employer, ainsi que j’ay déjà fait, toute l’industrie de mon art à publier partout vos héroïques vertus et à faire connaître aux nations les plus éloignées ce grand courage qui vous porte dans tous les lieux où vous appelle la gloire de notre invincible conquérant.
« Thésée, que vous avez rendu une seconde fois victorieux, mais dont la dernière victoire est bien plus signalée que celle qu’il remporta dans le Labyrinthe, me fournit un nouveau sujet de mettre au rare génie qui vous fait couronner sur le Parnasse, de même que votre valeur vous rend
jour les productions de ce
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redoutable dans le champ de Mars. Les Muses, qui ont quitté leur séjour ordinaire pour venir vous en féliciter, m’invitent aussi à vous rendre un pareil hommage; accordez moy, Monseigneur, la grâce qu’au lieu des palmes et des lauriers qu’elles vous offrent, je puisse faire part au public de vos doctes combats qui vous sont d’autant plus glorieux que les vaincus vous révèrent et s'estiment heureux de chanter votre triomphe ».
Cette préface élogieuse n’est rien auprès des remerciements en latin et en français qui lui sont adressés par les poètes caennais. Le collège du Bois y est représenté par Pyron, Antoine Halley, Pierre Cally, Jean Le Tellier; le collège des Arts, par Marin Le Verrier; l’Académie, par Savary et Matthieu Maheult de Vaucouleurs. Viennent ensuite: Dom François Dolbet, religieux bénédictin de Hambye; Beaussieu, doyen de théologie de l’Université; le capitaine de Bosroger, de Montenay-le-Neuf ; F.-F. Le Vavasseur, prieur de Sainte-Croix de Caen, et le curé Bardou.
Dans ce dévergondage d’éloges, la palme resta à Marin Le Verrier, professeur d’éloquence au collège des Arts, ci-devant recteur de l’Université. Tout serait à citer dans cette
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audacieuse élucubration où nous voyons Pallas en personne inviter Mgr le Duc à se présenter au Puy en lui prédisant la victoire, le Puy félicitant Mgr le duc de Saint-Aignan de son triomphe et, enfin, Apollon déférant sa prééminence à l’illustre écrivain :
Apollon défère sa prééminence à Mgr le duc
de Saint-Aignan.
L’honneur des plus rares esprits,
Héros qu’une muse féconde Pour la beauté de ses écrits Fait renommer par tout le monde.
Comme tu mérites bien mieux De régner dans ces doctes lieux Que je n’ay jamais fait moy-mesme;
Aussy, t’avouant mon vainqueur,
Je mets à tes pieds de bon cœur Mon Lut avec mon Diadesme.
L’année suivante, 1668, fut remarquable par l’étrangeté des sujets abordés par les auteurs. Rault, de Rouen, s’occupa du Rossolis :
Dans les chaleurs la fleur toujours humide ;
M. de Trussy, comte de Meilly, de La Plage; le curé de Nainville, M. Hébert, de L'oiseau nommé Cucuyo , et le docteur Desmarets,
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du Colibry. Nous trouvons encore dans le même recueil un sonnet de Rault sur L'oiseau des Indes nommé Héliodrome. Les remerciements des lauréats couronnés ne sont pas moins bizarres, ainsi qu’on peut en juger par celui du comte de Meilly sur le succès de La Plage :
Remerciment
Doctes sénateurs d’Apollon,
Sur qui nostre bon-heur s’appuye,
Que je rencontre pour ma Plage De fruits dans le Sacré Vallon I
Danaé surprise et confuse Dans son sein jamais ne reçeut.
Lors que Persée elle conçeut.
Un bon-heur si grand que ma Muse.
Elle a triomphante en ce Puy Reçeu pour un sujet liquide,
Par votre jugement solide,
Un solide prix aujourd’huy.
C’est pourquoy vous verrés cette féconde plage Faire naistre en mon cœur un étemel soucy De vous remercier non seulement icy Mais de vous reconnoistre encor toute ma vie.
Le curé de Nainville, à propos de son sonnet sur L'Aurore , honoré du second prix, n’est ni moins maniéré ni moins prétentieux :
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L’Aurore est devant vous si confuse de voir Sa pompe et son éclat s’accroistre Par l'honneur qu’elle vient ici de recevoir.
Qu’elle rougit de ne pouvoir Jamais assés vous reconnoistre.
Le recueil de 1669, qu’ouvre un protreptique d’Halley, nous offre à la suite des stances d’un tour assez original.
Stances
Esprits qui prétendés par vos rares merveilles Mériter des autels,
Donnerés vous toqjours le plus beau de vos veilles A de simples mortels?
Le ciel veut que ma plume enfin contre les vostres Se déclare aqjourd’huy,
Voyant que vous donnés injustement à d’autres Ce qui n’est dû qu’à luy.
De moy je ne voy rien que la seule Marie Qui n’ait point de défaut,
Et qu’on puisse aujourd’huy louer sans flatterie, Sans l’élever trop haut
La gloire d’estre un jour heureusement enceinte Du Monarque Étemel,
Eut droit de garantir son âme de l’atteinte Du crime originel.
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C’est pour ce grand sujet que je vous sollicite, Prenés la plume en mains.
Et par un digne effort sortable à son mérite, Secondés mon dessein.
L’ardeur des nobles feux que mes vers vous inspirent, Vos sçavantes douceurs Rencontreront icy des gens qui les admirent Plutôt que des censeurs.
Non qu’il faille espérer que les prix se débitent A chacun d’entre vous.
Si l’on gratifioit tous ceux qui les méritent Il en faudroit pour tous.
La pièce la plus intéressante est l’œuvre de l’infatigable curé de Nainville en Gâtinais, M. Hébert, et roule sur la falsification du papier. Il ne s’agit de rien moins que d’une ode en bonne et due forme; en voici quelques strophes :
Illustres effets de mon zèle,
Vers dont le pouvoir tout divin Trouve sur de beau papier fin Un trosne de gloire immortelle,
Il est bien juste qu’en ce jour Ce papier triomphe à son tour Et que vous luy serviés de lice:
Charmons encore l’Univers Par un innocent artifice En faisant du papier en vers.
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courir aux pays estranges Il nous faut suivre pas à pas Un artisan qui fait amas De linges pourris dans les fanges.
Puis considérant ces drapeaux Moulus et purges dans les eaux, Jettés au moule avec des cribles, Admirons le subtil secret Qui de ces néants contemptibles Fait des pièces de cabinet.
Mais c’est à la strophe huitième que notre bon ecclésiastique devait surtout se surpasser:
Devant vous l’amante rigide,
Beau Papier, muet orateur.
Rougit lors que vostre blancheur Se pare d’ébène liquide 1
Cette ébène liquide enleva tous les suffrages et décida le succès du lauréat.
L’année 1670 fut remarquable par le triomphe du fameux jésuite De La Rue. Il obtint le prix de l’ode pour une poésie dont le sujet était un enfant qui échappa seul d’un naufrage sur le corps de son père mort. Les vers suivants permettront d’apprécier cette composition, fort admirée au moment de sa mise au jour:
C’en est fait, la mer en furie Après tant d’éclats violents
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Tient enfin dans ses vastes flancs Toute la flotte ensevelie.
Je ne vois plus qu’un foible enfant.
Qu’un reste de vigueur défend De la vague qui l’environne,
Et pour mettre à couvert ses jours,
Quand tout le monde l’abandonne,
La mort vient seule à son secours.
Sur les restes flottants du père Elle soutient l’espoir du fils,
Et la tendresse de ses cri$
A presque fléchy sa colère.
Ses petits bras entrelassés S’attachent aux membres glacés Dont l’àme vient d’estre ravie,
Et ses soupirs mal entendus Demandent encore la vie A son pere qui ne vit plus (1).
En 1671, on doit signaler les succès de M. Dauge, de Caen, qui obtint le prix du chant royal, de la ballade, du dizain et le dernier prix du sonnet.
Le recteur Guillaume Pyron (Pirron), dont l’anagramme était Virgile Marron, avait engagé les poètes à s’engager sur le terrain politique, mais son invitation n’avait pas été obéie :
(1) Recueil des poésies qui ont esté couronnées sur le Puy de l'immaculée Conception, tenu à Caen, l'an 1670, p. 26.
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Il est juste, sçavantes plumes,
De tracer à l’ombre des lys Les fameux travaux de Louys Et d’en remplir de grands volumes.
Dans les plus terribles combats Il a fait sentir par son bras L'effet d’une juste colère.
Et dans le calme de la paix,
D’une parole il a pu faire Ce qu’aucun Roy ne fit jamais.
Par sa redoutablepuissance
Enfin il a soumis les cœurs
De ces cruels gladiateurs
Qui souilloient l’honneur de la France (1).
Il s’agit dans ces vers de la promulgation des édits contre le duel, folie homicide que le recteur de Caen avait particulièrement en aversion. Il y revint l’année suivante dans une autre invitation qui porte pour titre :
Le seul bras de Louys étouffe le Duel (2).
Le fatal instrument d’une horrible vengeance,
L’écueil de la noblesse et le fléau de France,
Le funeste Duel, monstre né de l’Enfer,
Portoit de tous costés et la flamme et le fer;
Le carnage et le sang avoient pour luy des charmes Et son plus doux plaisir provenoit de nos larmes.
(1) Recueil des poésies qui ont esté couronnées sur le Puy de l'immaculée Conception, tenu à Caen, l'an 1671, p. 6.
(2) Id., 1671, p. .
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Pour un phantosme vain, pour uu faux point d’honneur, De jeunes insensés profanoient leur valeur,
Se massacroient l’un l’autre, et par un double crime Immoloient à cette hydre une double victime.
Le père, sans espoir de se voir soulagé,
En vain regrette un fils qui vient d’estre égorgé ;
L’épouse accuse en vain la Aère destinée
Qui rompt le sacré nœud de son chaste hyménée,
Cette affreuse furie erre de toutes parts Et couvre nos sillons de cadavres épars.
Allusion
Le Duel nous dépeint le péché d’origine,
Louys est le portrait de la Mère Divine.
Ce prélude sçavant, cet auguste sujet
Vous ouvre la carrière et vous donne un projet;
Animés les concerts d’une Lyre charmante,
Et chantés à l’envy la Vierge triomphante.
Son appel contre le Duel ne fut pas plus entendu que le précédent.
Les stances de son successeur Cally, placées en tête du recueil de 1674, rentrent plus dans le genre des inspirations habituelles :
• La puissance de Dieu n’est point si reserrée Dans tout ce qu’elle a fait,
Qu’on ne la puisse voir quelquefois adorée Dans un nouvel effet
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Sara ne pouvoit plus sans miracle estre mère,
Quand elle eut le bon-heur,
Kn concevant un fils, de faire Abraham père Des pères du Sauveur.
Le Rocher qui n’enferme en soy rien de liquide Un jour versa de l’eau,
Et la mer autrefois parut assés solide Pour servir de bateau.
Qui peut donc s’étonner de ce que dans l’abisme Où l’homme s’est jetté.
Une fille d’Adam, exempte de son crime,
Garde sa sainteté (1)?
Les poésies les plus singulières sont la ballade de M. de Saintz sur la Verge d’Aaron (La Fleur qui naist d'un corps sans vie), et surtout le chant royal de M. du Breuil, qui obtint le second prix et dont voici l’argument:
L’œillet sauvage est éclos en toutes les saisons de l’année; il subsiste en sa beauté malgré les chaleurs de l’été: Ego flos campi.
Le concours de 1675, où figurent Gonfrey, Islaire, Jacques Lair et M. Brouault, chanoine régulier de la Maison-Dieu de Caen, fut peu remarquable.
(1) Recueil des poésies qui ont esté couronnées sur le Puy de l’immaculée Conception, tenu à Caen, l’an 1674, p. 6.
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En 1676, nous rencontrons une ode du R.
P. Mauduit, de l’Oratoire, sur un chartreux qui échappa à une inondation en portant le Saint- Sacrement dans ses mains:
Ainsi quand ce fameux orage Sur la terre épandit les mers,
Noé dans la plaine des airs Voguoit, sans craindre le naufrage;
Ainsi, sur les sillons flottans Erroit au gré des fiers autans Le vaisseau de ce Patriarche;
Mais si le héros que je peins Ne fut pas porté dans une arche,
11 porta l’Arche entre ses mains.
Une autre ode de M. de Bérigny, conseiller au présidial de Caen, sur l’argument suivant:
Muley Haacen ayant été proclamé roy de Thunis par Mahomet, son père, au préjudice de ses frères aînés, II les fit tous étrangler, et Araxe seul, son puisné, s'étant sauvé de cette mort sanglante, le chassa depuis du trône.
Mais le plus audacieux fut incontestablement Le Chevalier, de Caen, qui prit pour sujet saint Raymond Nonnat tiré vivant du ventre de sa mère morte :
Cercueil vivant! Mort salutaire!
Un cadavre devient fécond,
Et le ciel fait vivre Raymond Dans le sein glacé de sa mère ;
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Sa prison se change en berceau,
Un poignard ouvre son tombeau.
Et la triste victime à la Parque est ravie.
Peut-on mieux peindre votre sort,
Vierge, vous reçûtes la vie De parents soumis * la mort (1).
Le recueil de l'année 1677 nou9 offre, avec un chant royal sur cel argument :
Du cadavre du ver à soie il sort un insecte aislè plus blanc que neige ,
De M. de Saint-Martin, une ode sur Atalante, de M. Courcoui de la Ferrière, de Caen. Le sujet, tiré des Métamorphoses d'Ovide (livre X), est ainsi expliqué par l'auteur:
« Atalante, princesse d'une excellente beauté, laquelle surpassoit en force et vitesse tous ceux de son temps, ayant sçu de l’oracle que le mariage luy seroit funeste, en conçut tant d’horreur que, pour se délivrer de la foule importune de ses amants, elle leur dit que son cœur deviendroit la conquête de celuy qui la vaincroit à la course et que la mort seroit le prix de la témérité des vaincus. Cette rigoureuse condition n’ébranla pas leur constance; tous perdirent la
(1) Recueil des poésie* qui ont esté couronnées sur le Puy de l’immaculée Conception, tenu à Caen, Van 1676, p. 13.
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vie avec la victoire, à la réserve d’Hippomène, le plus jeune et le plus accompli de ses rivaux, lequel en courant jetta trois pommes d’or, l’une après l’autre, à dessein qu’Atalante s’arrêtant à les ramasser, il la devançât par cet artifice innocent ».
Voici comment le poète caennais a développé ce thème assez singulier. U est impossible d’arriver par un plus galant chemin à la glorification de l’immaculée Conception:
Est-ce, Atalante, un si grand crime De vous offrir la liberté?
Pouvés-vous, cruelle Beauté,
D’un amant faire une victime?
Vos yeux, ces funestes vainqueurs,
Ont-ils vu, sans verser des pleurs.
Mourir tant d’esclaves fidelles?
Qu’amour les a faits malheureux!
11 devoit leur prêter ses ailes.
Ou les exempter de ses feux.
11 ne reste plus qu’Hippomène,
Comme eux du même objet épris;
II n’envisage que le prix Et ferme les yeux à la peine.
Les conseils luy sont superflus;
Raison, il ne t’écoute plus;
C’est l’amour qui luy sert de guide;
Et, poussé par sa folle ardeur,
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Aux pieds de la flère homicide.
Il porte ou sa teste ou son cœur.
Ce jeune prince a tant de charmes Qu’Atalante, à son seul abord, Éprouve un amoureux transport Qui luy ravit presque les armes; Elle voudroit le dégager De l’inévitable danger Où luy-mème se précipite,
Et témoigne par un soupir Souhaiter qu’il coure plus vite Ou cesse de vouloir courir.
Ahl dit-elle, cher téméraire.
Va chercher un parti plus doux.
Si tu veux estre mon époux,
Tu rens ta perte nécessaire.
Il est d’innocentes amours
Où tu peux, sans risquer tes jours,
Voir ta flame récompensée;
Mais si tu cours avecque moi,
La mort, par tes pas avancée.
Va venir au devant de toi.
C’en est fait; son cœur trop fldelle Luy cache l’horreur du trépas,
Et le péril a des appas Lorsque la conqueste est si belle.
Déjà ces légers concurrens,
Pour terminer leurs différens, Combattent à perte d’haleine:
Leur course au vent peut s’égaler.
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Et l’œil surpris discerne à peine Si c’est là courir ou voler.
Qu’en leur sein s’élèvent d’orages!
Que d'aimables émotions!
Que d’éloquentes passions Sont peintes dessus leurs visages!
Tous deux, en fendant les zéphirs,
S’adressent d’inquiets soupirs
Dans le trouble heureux de leurs âmes;
Et leurs regards étincelans
Font au dehors briller les fiâmes
Qui les consument au dedans.
Cette mutuelle tendresse Leur livre un combat violent:
L’un s’accuse d’estre trop lent.
L’autre condamne sa vitesse.
L’un, de plus en plus enflâmé,
Trouve en l’objet qui l’a charmé Un puissant motif qui l’excite;
L’autre, dans son cœur plein d’ennui.
Sent qu’un amant le sollicite De n’avancer pas tant que lui.
Arrêtés-vous, Belle Atalante,
Suivés ce mouvement naissant,
Et de votre cœur languissant Écoutés la voix engageante.
S’il se plaint de votre rigueur,
S’il vous parle pour son vainqueur,
Ne l’accusés point de foiblesse;
Il cède et vainc tout à la fois;
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Il blesse celui qui le blesse Et luy donne à son tour des loix.
Elle écoute et sa résistance Succombe à ses sens révoltés.
Et ses pas moins précipités Sont avec eux d’intelligence.
L’or roulant qui s’offre à ses yeux Sert son amour ingénieux.
Invitant ses mains à le prendre.
Elle le ramasse à loisir.
Lasse plutôt de se défendre Qu’elle n’est lasse de courir.
Hippomène, hâtant sa gloire.
Se rend vite au but le premier,
Et le Myrte joint au Laurier Est le doux fruit de sa victoire.
Allusion
De tant de rivaux généreux Enfin étant le seul heureux,
11 vous peint, Auguste Marie:
Seule exemte de notre sort,
N’avés-vous pas trouvé la vie Où nous avons trouvé la mort (1)?
M. de la Douespe traita le même sujet dans une ballade en 1688 ; mais il’n’y déploya pas
(1) Recueil det poésies qui ont esté couronnées sur le Pu g de l'immaculée Conception, tenu à Caen, l’an Î677, p. 20.
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la môme originalité. Nous le voyons encore représenté sous la plume de M. Gonfrey, docteur aux droits, dans une ballade couronnée en 1694.
L'année 1678 fut signalée par le succès de M. Dauge, couronné pour un sonnet et pour une ode française sur la Musique et qui jugea à propos d’adresser à ses juges, indépendamment du remerciement ordinaire, une chanson en trois couplets.
On peut relever quelques vers gracieux dans l’ode sur la Musique. Citons notamment la strophe V :
Amour, as-tu rien de plus tendre Pour bien exprimer tes désirs ?
La voix muette des soupirs Ne se fait pas si bien entendre :
Ce fut par cet art merveilleux Qu’autrefois un chantre amoureux Charma le dieu du noir empire,
Et qu’il obtint de sa rigueur Par les doux accords de sa lyre,
L’unique rêve de son cœur (1).
Mais le chef-d’œuvre le plus ébouriffant fut le sonnet qui obtint le premier prix. Il avait
(t) Recueil des poésies qui ont esté couronnées sur le Pug de l’immaculée Conception, tenu à Caen, l’an 1678, p. 18.
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pour sujet la naissance de la Perle ; son auteur était le R. P. Mauduit, prêtre de l’Oratoire. Cependant, quelle que soit son étrangeté, nous lui préférons encore le remerciement composé à cette occasion par le même écrivain :
Rbmbrciment
à Messieurs les juges du Puy de Caen pour le prix
du Sonnet de la Perle.
Juges, qui le croiroit jamais?
Loin d’être un Cygne, à peine suis-je un Merle,
Et cependant le sonnet de la Perle Devient la Perle du sonnet Non, il n’est point de loix plus justes que les vôtres ; Vous faites triompher la justice en ce jour.
La Perle couronne les autres,
Vous la couronnés à son tour.
Le recueil de 1679 met en évidence le nom de M. du Rois de Feugtierolle, plusieurs fois couronné, et celui de M. Brouault, chanoine régulier en la Maison-Dieu de Caen, qui chante en vers passables la Pucelle d’Orléans, dont le cœur ne fut pas consumé par les flammes.
Rien de notable en 1680. Le recueil de 1681 débute par des vers adressés à Huet par Jacques Lair. Rien en 1682; mais il est impossible de franchir l’année 1683 sans citer un dizain couronné de M. de la Vestonponnar-
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dière, avocat à Vire. L’argument est ainsi indiqué :
La Rose fait mourir l’escargot par son odeur pénétrante (Le R. P. Bourgoing sur les litanies de la Sainte Vierge, méditation 13, qui a pour sujet Rosa rnystica).
Comme dans la belle saison L’escarbot qui toujours picore.
Sur tous les ouvrages de Flore Trouve en la Rose son poison,
Vierge, vous estes cette rose Qui, même avant que d’être éclose, Fistes mourir le vieil serpent.
Quand seule par grâce divine Ne ressentîtes point le venin qu’il répand Sur notre première origine.
En 1685, nous trouvons des allusions aux faits contemporains dans la seconde ballade, Le Roy qui dompte l'hérésie, dans le sonnet dont le sujet est Le Roy qui terrasse l'hérésie . Le même sujet est traité avec plus d’ampleur par M. Pouchin de Grassemare, avocat au présidial de Caen. Au point de vue de l’état de l’opinion publique de cette époque, il n’est peut-être pas inutile d’en détacher quelques strophes:
Grand Roy, des vertus les plus rares, L’univers te voit revêtu ;
L’orgueil des nations barbares Paroît à tes pieds abbatu.
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Tu domptes l'effort de l’Espagne Et les puissances d'Allemagne Cèdent à tes nobles projets ;
Pour rendre ta gloire parfaite 11 ne manquoit que la défaite De tes infldelles sujets.
Lorsque nos campagnes ouvertes A ces Titans ambitieux.
De toutes parts étoient couvertes De bataillons séditieux :
Lorsque leur noire frénésie Faisoit triompher l'hérésie Par mille forfaits inouïs,
Alors le Démon de la France N'espéra plus sa délivrance Que des travaux du grand Louis.
Alors, dans l’excès de leur rage, Les Hérétiques révoltés Portoient la flamme et le carnage Dans nos plus fameuses cités ; Lassés de piller nos provinces,
De livrer la guerre à leurs princes, Ils la firent aux immortels ;
Et qui s’opposoit à leur crime Étoit lui-même la victime Qu’ils égorgeoient sur les autels.
Muses, des malheurs de nos pères.
Cessez de vous entretenir;
Que nos aventures prospères En effacent le souvenir ;
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Le plus grand des Roys de la terre,
Louis, a lancé le tonnerre Qui vange sa juste douleur:
U a dissipé les rebelles
Et leurs pratiques infldelles
Ne font plus d’ombre à sa grandeur (1).
L’année suivante (1686), dans deux sonnets, le R. Hiérothée, capucin, de Mortain, et M. de la Douespe de Saint-Ouen reprirent le même sujet.
C’est encore le nom de M. de la Douespe qui remplit le recueil de 1687. On peut encore y signaler une ode anonyme sur Jeanne d’Arc et une ode honoraire sur une femme impudique qui mit au monde sept enfants qu’elle précipita dans un fleuve et dont le dernier fut sauvé par le roi de Lombardie Agilmonde.
Était-ce bien la peine de condamner les sujets profanes pour tomber dans de telles bizarreries ?
Louis, le plus puissant, le plus juste des Roys,
A donné la paix à la terre.
Et veut que nous vivions sous ses aimables lois.
Mais, dans ce doux repos, que vos plumes lascives Ne tracent point d’amour les ardeurs excessives,
(1) Recueil det poésies qui ont esté couronnées sur le Puy de l'Immaculée Conception, tenu à Caen, l'an 1685, p. 10 et 11.
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Les soupirs enflammés, les mortelles langueurs,
Les feintes cruautés, les trompeuses douceurs.
Laissez la charmante Amarille Soupirer dans un lieu solitaire et tranquille,
N’allez pas publier dans vos vers indiscrets Des feux que sa pudeur a rendus si secrets;
Admirez sa vertu, mais cachez sa faiblesse,
Pour un fldelle amant l’excès de sa tendresse; Laissez-la sans témoins, en proye à son malheur,
Et ne découvrez pas les ressorts de son cœur (1).
Le nom de M. de la Douespe reparaît avec éclat en 1688. Le 19 mars de l’année suivante, il jugea même à propos de réunir, dans un volume spécial imprimé chez Marin Yvon, ses premiers essais poétiques et de les dédier à M. de la Croiselte, « gouverneur de Louviers et lieutenant pour le Koy es ville et château de Caen ».
En 1689, nous voyons apparaître à côté de M. de la Douespe, qui maintint sa supériorité, M. de la Prairie-Cairon, professeur de mathématiques, dont la carrière palinodique ne devait pas être sans éclat.
(1) Invitation aux poètes, de Jacques Lair , 16S7, p.
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La politique reparaît en 1690 dans le chant royal dont l’argument est :
Le Roy qui résiste seul à toute l'Europe liguée contre lui ,
par du Bourget de Chaulieu, et dans le sonnet Louis Le Grand qui triomphe de l’usurpation, de M. Hébert de Précourt, avocat en vicomté à Caen. Le même Hébert de Précourt chanta, l’année suivante, Louis Le Grand qui triomphe du Prince d’Orange par la prise de Mons. A la même date nous trouvons un dizain du P. Laurent de Saint-Ange, religieux carme, et une ode de M. Kobillard sur Trajane défendant sa virginité contre le maître de bateau sur lequel elle était embarquée.
L’année 1692 nous présente, du même auteur, un sujet plus gracieux dans le chant royal Jésus qui dort sans craindre la tempête. Nous y devons encore signaler le succès de M. de la Prairie-Cairon, « enseignant l’écriture, l’arithmétique, la sphère, la géographie et le blason », pour un dizain sur Le Roi qui triomphe de la ligue dans les combats de Flandres et d'Allemagne. Hébert de Précourt s’était montré fidèle à ses visées politiques en consacrant des stances à Louis Le Grand triomphant du Prince d’Orange dans la prise de Namur.
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Le recueil de 1693 ne nous offre guère que l’ode sur L’Arbre Saint des Canaries , par M. de Vendeuvre, brigadier général des armées.
Celui de 1694 débute par une invitation de Guillaume Cheruel, professeur au collège du Bois, toute remplie du récit des triomphes du Roi. Nous retrouvons les mêmes préoccupations dans le second chant royal: Le seul Louis contre une ligue affreuse, ainsi que dans le sonnet de M. de la Ducquerie dont l’argument est :
Le Roy toujours Vainqueur.
Au point de vue de l’histoire monumentale de la ville, il y a lieu de recueillir le dizain à Messieurs de l'Université sur leur nouveau bâtiment, par M. de la Prairie-Cairon, ainsi que le remerciaient placé à la suite.
Dixain qui a remporté le prix:
Pour construire aux Beaux-Arts un palais magnifique A peine, Illustre Corps, par vos soins vigilans,
A-t-on de leur demeure antique Renversé j usqu’aux fondemans,
Que sur leur masse confondue,
Un nouvel édifice étale à notre vue Ce que l'architecture a de plus recherché.
Ainsi fut autrefois en la Vierge sacrée
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La Tour de David Sur les ruines du péché.
Remerciubnt
à MM. les Juges du Pug pour le prix du dtxain.
Ce palais qu’aux Beaux-Arts Caen élève aujourd’huy, Sçavants, n’est point encore un ouvrage fini ;
Mais le traducteur de Virgile,
Charmé des premiers traits d’un si rare dessein,
Le couronne dans ce dixain.
Avant que l’ouvrier habile Y mette la dernière main.
L’année 1695 vit le triomphe de M. Belin, curé de Nainville, auteur d’une ode française sur un trait de la vie du saint abbé de Clairvaux. L’abbé Belin épancha sa reconnaissance dans un remercîment bizarre intitulé : La Nymphe de la Loire à la Nymphe de l'Orne.
Nous y voyons entre autres choses que le Tibre n’a produit qu’un Virgile, tandis que l’Orne en fournit mille ; nous y apprenons, en outre, que c’est en se reposant sur les aulnes de ses rivages, dans un trop court séjour passé en Normandie, que le curé Belin se sentit devenir poète et apprit à chanter.
En 1696, on peut encore noter deux allusions à la politique : Stances sur la Savoie qui se tient en dehors de la Ligue; un sonnet,
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de Le Mennicier, de Saint-Lo, avocat au parlement de Paris, bailli et vicomte de Baudemont, sur Le Roy résistant seul aux princes ligués contre luy.
Le nom de M. de la Prairie-Cairon remplit le recueil de 1699. Absent en 1698, il reparaît avec un nouvel éclat en 1699.
L’année 1700, peu remarquable, ne mit guère en évidence que le nom de M. de Beaumont-Morfouasse, de Rennes. En 1701, nous rencontrons ceux de Joseph Mahoudeau, de la Compagnie de Jésus ; de Collet de Lisley, acolyte, maître ès-arts, étudiant en théologie en TUniversité de Caen.
Nous retrouvons les mêmes noms, en 1702, avec celui de M. Dauchin, lieutenant des Maréchaux de France.
Nous ne signalons rien de particulier en 1703, si ce n’est l’ode de M. Belin, curé de Nainville, sur ce sujet :
« Entre tous les animaux, les abeilles seules n’ont point différence de sexe et elles recueillent sur les fleurs la semence de leur postérité » (1).
(1) Recueil de* point* qui ont esté couronnées sur le Puy de l'Immaealét Conception, tenu à Caen, l'an 1703, p. 36.
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Nous en retenons deux strophes:
Sous le frais de vos verds feuillages,
Enfants de l'air, légers oiseaux.
Vous-mêmes, pesants animaux,
Dans vos antres les plus sauvages,
Vous jouiriez d’un sort plus doux.
Si l’amour, comme parmi nous,
Par ses flèches empoisonnées,
Ne corrompoit pas vos douceurs,
Revenant toutes les années Allumer chez vous les fureurs.
Mais qui comprendra ce mystère?
Sans nourrir d’indignes ardeurs.
L’abeille conçoit sur les fleurs,
En un même temps vierge et mère,
L’honneur de la fécondité Ne corrompt point sa pureté;
Seule, dans toute la nature,
Elle possède ce bonheur.
Achevons enfin sa peinture:
Elle enfante aussi sans douleur.
Les poésies les plus remarquées du concours de 1704 furent le dizain sur Le Lis ennemi du serpent , de Le Boucher de la Pallière, avocat à Caen, et l’ode sur Le Parélie ou l'image du soleil sur une nue , par Mauduit de Montmirel, de Vire.
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Les lauréats en 1705 sont MM. Collet de Lisley, de la Pallière; Hauvel, de Lisieux, et Robillard, avocat au grand Conseil, pour son ode sur VArche de Noé.
Rien à noter en 1706. En 1707, nous voyons apparaître le nom de M. de la Douespe. Il revient, en 1708, avec celui de dom Jacques Léger, religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, professeur de rhétorique à Conches, et celui de M. de Gaalon, diacre de Thorigny. La pièce la plus curieuse du recueil est le dizain anonyme qui obtint le premier prix et dont l’argument était :
Andromède délivrée de la mort par Persée.
Au pied d'un rocher attachée,
Andromède attendoit la mort :
Du monstre qui devoit finir son triste sort.
Elle alloit estre dévorée;
Lorsque, pour la ravir à ce destin affreux,
Par les routes de l'air, un héros généreux Vint terrasser le monstre et lui sauva la vie.
Ce fut ainsi. Princesse de Sion,
Que tu fus au péché par la grftce ravie.
Dans le moment heureux de ta conception (1).
(1) Recueil des poésies qui ont esté couronnées sur le Pug de VImmaculée Conception, tenu à Caen, l’an 1708, p. 20.
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ttMVERSITY OF“€HICAGO
En 1709, nous voyons un sonnet sur Élie enlevé aux deux dans un char de feu , sujet que devra reprendre plus tard Malfilâtre, et un dizain et une ode de M. le Duc, ancien avocat au parlement de Paris et procureur général au conseil souverain de la Nouvelle-France. Les années 1710, 1711 et 1712 furent peu remarquables. En 1713, le curé de Nainville fut couronné pour une ode dont voici l’argument :
Satyre, frère de S. Ambroise, fat préservé d’an naufrage, ayant pris le divin sacrement da corps de Jésus-Christ.
Cette pièce parut l’année suivante réimprimée, à Paris, chez Antoine Cavelier.
L’année 1714 manque.
En 1715, nous assistons aux débuts de M.
Gouget, d’Harcourt, que nous retrouvons dans les recueils des années suivantes, et dont les triomphes répétés excitèrent la jalousie de ses concurrents. En 1719, Gouget obtint le premier prix du chant royal. Il avait pris pour sujet: Sainte Geneviève, princesse de Brabant , qui triompha de Vinfâme poursuite de Golo, son intendant. Les strophes de notre poète ne valent ni le récit du vieux conteur, ni les couplets, sans prétention, de la complainte :
Original from
UNIVERSITYOF CHICAGO
Monstre pervers, quelle audace exécrable Éclate enfin dans ton superbe cœur!
Quoi donc! Goto, par une horrible ardeur,
Tu veux souiller d’une épouse honorable Les beaux attraits et la chaste pudeur!
Ah! cœur impie, à tout le moins modère Les noirs transports que l’amour te suggère Contre un objet si pur, si vertueux.
Et, détestant ta conduite coupable,
Vois désormais, d’un œil respectueux,
La chaste femme au crime inviolable.
Je parle en vain, ce monstre abominable Ne peut calmer sa brutale fureur.
Et pour plustôt devenir possesseur De la beauté qu’il estime adorable,
A la tendresse il unit la douceur.
Mais Dieu! que sert à ce cœur téméraire,
Pour obtenir la faveur qu’il espère,
De mettre an jour tant d’attraits gracieux.
Puisqu’on verra toujours insurmontable.
Dans les assauts les plus pernicieux,
La chaste femme au crime inviolable ?
Cette poésie ne pouvait pas être et ne fut pas du goût de tout le monde, et l'un des concurrents évincés manifesta son juste mécontentement en publiant une petite brochure, sans nom d’imprimeur, sous le titre de :
« Pièces de rebut du Palinod de M. DCC.