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l'extrémité méridionale de l'Afrique était occupée par deux populations, très semblables à certains égards, mais que distinguaient pourtant quelques caractères physiques et des genres de vie fort dif-
FiG, 26. — Buste de Swoon, Hottentot, d’après un buste moulé sur le vivant. (Collection du Muséum)
férents. La première, la plus importante, et que connaissaient déjà les Européens, habitait seule le littoral et les plaines fertiles. Elle était d’assez grande taille et atteignait en moyenne 1",663.
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Les traits du visage n'étaient rien moins que beaux (fig. 26). Au crâne étroit et allongé d’avant en arrière (fig. 27), à la chevelure caractéristique du Nègre elle joignait un teint d’un jaune brun, plus ou moins foncé et souvent rougeître, si
Fic. 27. — Cräne de Hottentot de la colonie du Cap. (Collection du Muséum.)
bien qu’encore aujourd’hui ces indigènesse traitent eux-mêmes d'hommes rouges'.Ces Africains étaient essentiellement pasteurs, possédaient de très nombreux troupeaux de bœufs, de moutons et de che-
1 Ava-Khoib. « Ce mot, dit M. Hahn, est synonyme de celui de Khoï-Khoï. Les Hottentots appellent les Européens Uri-Khoin (hommes blancs) et les Bantous Nu-Khoien (hommes noirs). » (Hahn Tsûni Goam, The supreme ‘Being of the Khoi-Khoi, p. 52, 54 et 102. Londres 1881.)
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vres, savaient travailler Je fer et le cuivre et connaissaient l’art de la poterie. Au temps de Kolbe, ils formaient seize nations distinctes, toutes désignées
FiG. 28, — Buste de Yunka, Boschisman, d’après un moule pris sur le vivant. (Collection du Muséum.)
par un nom spécial, mais divisées en petites tribus ‘. Ils habitaient des espèces de villages tempo-
1 Description du Cab de Bonne-Esperance, tirée des Mémoires de M. Pierre Kolbe, maître ès arts, Amsterdam, 1742, t. 1, chap. 1x, et Histoire generale des voyages, par C.-A. Walckenaer, t. XV, p. 238.
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raires, dont les huttes, composées de matériaux légers, étaient faciles à démonter et à transporter, pour répondre aux nécessités de la vie nomade
Fi. 23. — Buste de Soartje Bartmann, dite la Vénus hottentote, d’après un moulage pris après [a mort. (Coliection du Muséum.) {
Walckenaer admet dix-sept nations. Mais il n’a pas remarqué que les Bushies ne sont que des hordes de Hottentots dispersés et ayant adopté le genre de vie des Boschismans. Peut-être aussi s'agit-il de ces derniers eux-mêmes, qui n'étaient pas encore distingués des Hot-
:tentots,
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imposée par un genre de vie presque uniquement pastoral. Ces kraals renfermaient habituellement trois à quatre cents Âmes, et parfois jusqu’à cinq cents. Des coutumes ayant force de lois régissaient ces petites communautés, placées sous la direction de chefs hiérarchisés.
Quand les Européens pénétrèrent dans l’intérieur du continent, ils y découvrirent une autre population, caractérisée par un teint d'un jaune plus clair, mais tout aussi laide que la précédente (fig. 28 et 29). Bien que présentant la même chevelure, ces hommes avaient un cräne relativement plus large et plus court (fig. 30 et 31), mais leur
Fic 30, — Crâne de Boschisman. (Collection du Muséum.)
trait le plus frappant était la petitesse de la taille. Comme nous l’avons déjà dit la stature de ces Pygmées du Cap descend en moyenne à 1”,37 chez les hommes, et à 1,22 chez les femmes. Ils n'en sont pas moins vigoureux et remarquablement agiles. Ces petits hommes vivaient exclusivement de chasse, élevaient à peine de simples abris mo-
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mentanés, et leur industrie se bornait à fabriquer un arc, des flèches et une poterie grossière. Toujours errants par petites bandes comptant de quinze à cinquante individus et n'ayant aucun lien entre elles, ces sauvages typiques, refoulés dans les plus affreux déserts, étaient en guerre incessante avec tous les autres habitants de la contrée, qui les traquaient et les tuaient comme des bêtes fauves.
Fic. 31, — Crane de Soartje Bartmann, femme boschismane. (Collection du Muséum.)
Ces derniers sont ceux que l’on nomme habituellement Bushmen, Bosjesmans, Boschismans.
Ceux dont j'ai parlé d'abord sont nos Hofïtentots, Ces appellations sont d'origine purement européenne. Les premières s'expliquent aisément; personne n'a pu découvrir l'étymologie de la seconde. On a ignoré jusqu'à ces derniers temps le
nom que se donnent les Boschismans ou hommes des buissons, et M. Hahn lui-même ne nous dit rien à cet égard. Mais MM. Arbousset et Daumas ont découvert qu'ils s'appellent entre eux ’Xhuai”. Les Hottentots les nomment Sän*, expression que l'on peut rendre par aborigènes, et se donnent à eux-mêmes le titre de Xhoi-Khoï, littéralement bormes-bommes où hommes par excellence.
De cela seul on pourrait tirer la conséquence que les Boschimans ont les premiers occupé la contrée entière, que les Khoi-Khoï sont des conquérants. Toutes les études faites jusqu’à ce jour viennent à l'appui de cette conclusion; elles permettent même d’aller plus loin. Déjà bien des voyageurs et des anthropologistes ont regardé les Boschismans comme représentant la race locale
pure et les Hottentots comme étant le produit
1 Voyage d'exploration au nord-est de la colonie du cap de Bonne- Espérance, entrepris en 1836, par T. Arbousset et F. Daumas, missionnaires de la Société des missions évangéliques de Paris, écrit par Thomas Arbousset, 1842, p. 470.
? Au singulier, Sàb. (Hahn, loc. cit., p. 3.) Les documents officiels -du Cap les appellent Souqua. (Ibid., p. 2.) On les trouve encore désignés par les noms de Batuas, Baroas, Bushies, Bosinanneken, Housouanas. Il ne faut pas confondre avec les Sän les Khoï-Khoï que les persécutions ont rejetés dans les déserts, où ils mènent la même vie -que les vrais Boschismans. C’est une erreur dans laquelle sont tombés Levaillant et quelques autres voyageurs. Peut-être peut-on expliquer ainsi la contradiction que présente le récit du capitaine F. Alexander <t les réflexions dont M. Hahn l'a fait suivre.
3 Hahn, Loc. cif., p. 2. Divers auteurs ou voyageurs ont écrit Choi- Choin, Koe-Kaeb, Quaiqur, Quaqua, etc.
du croisement de cette race avec diverses populations nègres. L'examen détaillée des têtes osseuses a pleinement confirmé ce résultat, qui peut être regardé comme définitivement acquis à la science’.
Les populations sän et khoiï-khoï sont fort loin d’être aujourd’hui ce qu'elles étaient au temps de la découverte. Ici, comme sur tant d’autres points du globe, l'Européen soi-disant civilisé et chrétien a accompli l’œuvre terrible dont il semble avoir été chargé. Sur une vaste étendue de terres, il s’est substitué aux races locales, en les exterminant. Il s’est montré aussi cruel, aussi lâchement féroce que n'importe quelle horde de sauvages païens. Des seize nations hottentotes énumérées par Kolbe la plupart ont disparu. Les survivantes se sont plus ou moins modifiées au contact des Blancs et par suite de l’action exercée sur elles par les missionnaires. Toutefois quelques tribus ont conservé intactes les mœurs et les croyances de leurs ancêtres. Sauver de l'oubli ces restes du passé d’une des plus curieuses races humaines est évidemment rendre service à l’anthropologie ?.
1 A. de Quatrefages et E. Hamy,Crania ethuica, les Crânes des races humaines, p. 389 et suiv. Paris, 1882. On trouvera dans ce livre un résumé de nos propres recherches et de celles de nos prédécesseurs.
? Par leur coloration, les Khoï-Khoï et surtout les Sân se rattachent au type jaune; par la chevelure tous les deux sont essentiellement Nègres. Chez les Sân, l’indice céphalique horizontal est presque exactement le même que chez les Chinois du Sud (ind, céph.
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C'est l'œuvre que semble avoir entreprise M. Hahn. L'autorité de cet écrivain me paraît des plus incontestables. Il a vécu pendant neuf années parmi les Khoiï-Khoiï, dont il possède parfaitement la langue; il s'intéresse à eux, Sans se laisser aller à un excès de sympathie capable de fausser son jugement ; il se tient en gafde contre les causes d'erreur qu'il signale; le plus souvent il expose d’abord des faits, sauf à les interpréter plus tard. S'il est allé plus loin que ses devanciers dans l'examen de la question spécialément abordée dans son livre, je ne vois vraiment aucune raison pour mettre en doute les faits nouveaux qu il nous apprend.
M. Hahn consacre son premier chapitre à faire connaître les Sân et les Khoiï-Khoï, mais ce chapitre est très court. L'auteur a voulu seulement donner une idée sommaire du degré d'industrie atteint par ces diverses tribus etdes bonnes qualités quil a reconnues chez les Khoiï-Khoï. Ce double but est suffisamment atteint.
Les Hottentots étaient évidemment une population vaillante, qui faisait grand cas du courage militaire et avait institué uhe espèce d'ordre de chevalerie pour honorer leS individus qui se distinguaient par leurs exploits guerriers. Leurs mœurs étaient très pures et leurs instincts honnêtes. Mal-
des Sân, 77,45; — des Chinois, 77,22). Chez les Khoï-Khoï ce
même indice descend beaucoup plus bas.
heureusement toutes leurs bonnes qualités s'associaient à des habitudes d'une malpropreté excessive. Les Khoï-Khoï étaient peut-être le peuple le plus sale du globe entier. Kolbe et bien d'autres voyageurs ont donné à ce sujet des détails inutiles à rappeler ici.
Sans insister sur les mœurs et les coutumes de cette curieuse population, je dois signaler ce que l’auteur nous apprend relativement à la condition des femmes. Tous les voyageurs en font des espèces d'esclaves chargées des plus rudes travaux et fort mal traitées par leurs maris, dont la tâche se borne à chasser et à garder les bestiaux. Îl en est en effet ainsi en public; mais à la maison, au dire de M. Hahn, les rôles sont intervertis. Ici la femme (faras) règne en maîtresse absolue. Elle garde la droite partout, et le mari ne peut sans sa permission prendre une bouchée de viande ou une goutte de lait. S'il s'avise d’enfreindre la loi, les voisines le mettent à l'amende, en lui prenant un certain nombre de brebis et de vaches, qui vont grossir la propriété personnelle de l'épouse. Bien plus, à la mort d'un chef dont le fils est encore en bas âge, il arrive souvent que sa femme hérite du pouvoir et devient gau-fâs, mot que l’auteur traduit par reine de la tribu. Quelques-unes de ces femmeschefs ont laissé des noms honorés dans les traditions indigènes.
La fille aînée a aussi de grands privilèges. Elle est seule chargée de traire les vaches; et c'est
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à elle que l’on s'adresse pour obtenir un peu de lait, comme l'atteste la courte chanson dont M. Hahn donne le texte et la traduction : « Ma lionne, as-tu peur que je t'ensorcelle? — Tu as trait la vache de ta douce main. — Embrassemoi; verse-moi du lait, — ma lionne, — fille d’un homme puissant. »
Je trouve encore mentionnée par M. Hahn une coutume dont je nai vu l'indication nulle autre part. Les enfants prennent les noms des parents ; mais, par une sorte de chassé-croisé, les filles portent celui du pére, les garçons celui de la mère, en même temps que la dernière syllabe fait connaître le sexe. Le fils de la femme appelée Arises se nomme Ariseb; la fille de son mari Xam-bab prend le nom de Xam-bas.
Les Hottentots ont leurs chants religieux et leurs chansons profanes le plus souvent accompagnées de danses et parfois mimées. Je donnerai plus loin des exemples des premières. Les secondes sont fréquemment satiriques. Un chef impopulaire est bientôt chansonné par les femmes, qui le traitent librement d'hyène affamée et de lâche chacal. Un mariage disproportionné, le moindre accident, deviennent matière à couplets. En voici un exemple :
La pauvre jeune Kharis est fort effrayée ;
Elle souffre de coliques,
Et se roule à terre comme une hyène qui a mangé du poison.