ESPRITS MALFAISANTS
montrent qu'ils regardent l'esprit des morts comme hantant, au moins pendant un certain temps, le voisinage des tombes. À la mort d’un de ses membres, quel que soit son âge ou son sexe, tout le kraal émigre, ayant soin de laisser intacte la hutte du défunt avec tout ce qu'elle renferme de meubles, d'armes ou de vêtements. Emporter la moindre chose serait s'exposer a être suivi par l'esprit du mort’.
On a vu déjà que certains esprits sont pour ainsi dire les vassaux de Gaunab, le dieu du mal. A cette catégorie appartiennent encore les âmes de tout individu qui n'a pas reçu les honneurs de la sépulture et a été mangé par les hyènes ou les vautours. Par suite de cette idée, les criminels, les individus victimes d'une vendetta, les esclaves tués par leur maître, les ennemis morts dans un combat, sont livrés aux oiseaux de proie et aux animaux féroces, pour que, après avoir été dévorés, ils deviennent autant de Gauna-ora-hhoïn. Quelques-uns de ces spectres, désignés sous le nom spécial de bausan, errent pendant les nuits les plus sombres et pénètrent jusque dans les kraals, dont ils terrifient les habitants.
Les esprits dont je viens de parler sont regardées comme malfaisants et sont fortredoutes.En revanche ceux des individus qui se sont toujours distingués par leur sagesse, par leurs vertus, et qui ont été
1 Kolbe, Description du Cap de Boune-Esperance, p. 229.
régulièrement ensevelis, sont pour les Hottentots autant de bons génies. A ceux que Kolbe qualifie de heros et de saints on consacre des bois, des montagnes, des prairies, des rivières. Tout individu passant dans le voisinage de ces lieux s'arrête pour méditer sur les vertus du mort et implorer sa protection. On croit à la puissance de leur intervention; et, si l’on échappe à quelque grand danger, c'est à eux que l'on en reporte le mérite. Kolbe rencontra un jour un Hottentot qui dansait et chantait tout seul, avec beaucoup de dévotion, dans un lieu désert. Interrogé par le voyageur, il répondit que, prisd un sommeil extraordindire, il avait passé là une excellente nuit et s'était réveillé à vingt pas d'un grand lion, qui l'avait laissé partir sans lui faire de mal. Le saint de la vallée, disait-il, avait pu seul le protéger contre l'animal féroce.
Dans chaque famille, les ancêtres sont de même considérés comme des espèces de dieux lares. On leur adresse des prières, on leur fait des offrandes. Mais pour en être entendu, il faut aller accomplir les cérémonies sur le tombeau lui-même. M. Hahn cite à ce sujet une anecdote caractéristique. Dans une de ses courses, il rencontra, au delà des frontières du Kalahari, un parti de Namaquois sous les ordres d’une grande dame du pays (Geïhsoïs), qu'il connaissait pour avoir reçu d'elle une large hospitalité. Il lui demanda en plaisantant si elle venait chasser dans ces déserts sans eau. « Mon ami, repondit-elle, ne raillez pas, car je suis en grande