‹ Les pygméesChapitre 19 sur 139 · NÉGRITOS JAPONAIS · texte numérisé non relu

NÉGRITOS JAPONAIS

d'élever les Mille-Temples et de sculpter les bas-

reliefs du Bôro-Boudour ‘.

Les îles de la Sonde forment la limite méridio-

nale de l'aire négrito. Au nord, Formose est la

dernière terre où la race dont nous parlons ait

conservé tous ses caractères. Mais au delà de cette.

île, elle révèle son ancienne existence par les traces

qu'elle a laissées dans les populations actuelles.

Dans le petit archipel de Liéou-Kiéou*, Basil Hall

a trouvé sur certains points « des hommes très

noirs à côté d’autres qui étaient presque blancs ». Au Japon, d'anciennes traditions parlent de formidables sauvages noirs qui ne furent soumis et

chassés qu’à grand'peine”. Grâce aux instincts

1 Je ne saurais écrire ici ce nom sans rappeler la magnifique publi-

cation faite par le gouvernement des Pays-Bas, et mise si généreuse-

ment à la disposition des hommes qu'elle intéresse à tous les points de vue. (B6rô-Boudour dans l'ile de Java, dessiné par ou sous la direction de M. F.C. Wilsen, avec texte descriptif et explicatif rédigé d’après les Mémoires manuscrits et imprimés de MM. F, C. Wilsen

et autres documents, et publié par le Dr C. Leemans, directeur du

Musée d’antiquités à Leyde; un grand atlas in-fol. et 1 vol. in-4 de texte hollandais avec traduction française par A. G. Van Hamel; Leyde, 1874.) Ce livre a aujourd’hui une valeur et un intérêt bien plus grands qu’au moment de sa publication. Le Bôroô-Boudour paraît avoir été, sinon détruit, au moins en partie ruiné lors de l’éruption du Krakatoa. L'ouvrage du D' Leemans en a conservé la représentation fidèle et détaillée,

2 Autrement appelé par divers auteurs Liou-Kiou, Liéou-Tchou, Liou-Tchou, Liéou-Tchéou, Rui-Kiû. (Bibliothèque universelle des voyages, € XXI, p. 70.)

3 De Quatrefages, Rapports sur les progrès de l'anthropologie, 1867, P- 519, tableau VIT.

plus doux des vainqueurs, ces Négritos du nord ne furent pas exterminés comme à Java. Kempfer, Siebold, ont signalé les différences de teint et de chevelure que présentent certaines classes de la population, et le dernier signale en particulier la couleur noire, les cheveux plus ou moins crépus des habitants des côtes du sud-est.

Depuis longtemps j'avais signalé ces caractères comme confirmant l'opinion émise d’abord par Prichard relativement à l'intervention d’un élément nègre au Japon, et cet élément ne pouvait guère être rapporté qu'à la race négrito. L'examen d’un crâne japonais de la collection Broca a pleinement confirmé ces conclusions. Étudié par M. Hamy et par moi, il a montré un mélange de traits dont les plus caractéristiques accusaient nettement cette origine ethnique‘. Les détails donnés par le docteur Maget ont pleinement confirmé ces conclusions. Il a découvert et décrit de véritables métis négritos, vivant au milieu des populations japonaises*. J'ai retrouvé des traces incontestables du sang négrito sur diverses têtes osseuses provenant

1 De Quatrefages, Études sur les Mincopies; Hamy, Bulletin de la Societe d'anthropologie, 2° série, t. VII, p. 856; Crama ethnica, p. 183 et pl. XVI, fig. 3 et 4. Ce crane, recueilli par M. Noury, médecin de la marine, dans un cimetière de suppliciés a Yokohama, est d’origine parfaitement sûre. M. Hamy a fait remarquer avec raison que le lieu même d’où il a été tiré atteste en outre qu'il a appartenu à un individu des classes les plus inférieures.

2 Bulletin de la Socicté d'anthropologie, 3° série, t. III, 1883, p. 651.

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des Mariannes‘. Mais, en Micronésie, le mélange des races semble s'arrêter là. L'élément nègre qui se retrouve aux Carolines paraît appartenir essentiellement au type papoua.

L'extension des Négritos en Mélanésie est bien plus considérable. Ici, leurs tribus sont mêlées et juxtaposées à celles des Papouas probablement dans toute la Nouvelle-Guinée. Aux témoignages que j'ai déjà cités, je puis aujourd’hui en ajouter d'autres.

M. A. Beccari déclare qu'il n’est pas rare de rencontrer à la Nouvelle-Guinée des indigènes de petite taille qui, à en juger par les descriptions, pourraient être pris pour des Négritos. Beccari n’a vu, il est vrai, aucune tribu composée en entier d'individus présentant ce caractère *; mais la carte publiée par un de ses compatriotes représente les Karons ou Karonis comme occupant une chaîne de montagne parallèle à la côte nord de la grande presqu'ile du nord-ouest, et trois crânes de ces Karons, étudiés par M. Hamy, lui ont montré tous les caractères essentiels de la tête négrito*.

M. Meyer, qui a séjourné dans ces régions, a pourtant reproduit l'opinion de Wallace et de Earl. Avec eux, 1l a regardé comme étant de même race

1 De Quatrefages, Étule sur la race négrito, p. 233:

? Extrait d'une lettre datée de Ternate, le 6 mars 1876. (S/udi sulla razza negrila, par le professeur T. H. Giglioli; Archivio fer l'antropologia, t. V, p. 234.)

3 De Quatrefages et Hamy, Crauia ethnica, p. 201.

tous les Nègres orientaux. Mais le voyageur allemand avait rapporté de Kordo, dans l’île de Mysore, une magnifique collection de crânes dont il fait connaître les caractères et les mensurations‘. M. Hamy a discuté cet ensemble de données et montré qu'à eux seuls les chiffres publiés par l’auteur apportaient une preuve de plus en faveur de nos convictions communes. Si la plupart des têtes de Kordo sont franchement papouas, si d’autres semblent accuser un métissage, il en est qui mettent hors de doute la présence de l'élément négrito pur ou à peu près pur *. L'étude des mesures prises par le docteur Comrie conduit à la même conclusion *.

Au reste, à mesure que les matériaux deviennent plus nombreux, grâce aux efforts de quelques courageux voyageurs, les derniers défenseurs de l’unité ethnologique des Néo-Guinéens reviennent d'eux-mêmes à l'opinion que M. Hamy et moi avons adoptée depuis bien des années *.

1 Meyer, Anthropologische Miftheilungen über die Papuas von Neu Guinea (Mittheilungen der anthropologische Gesellschaft in Wien, Bd. IV, 1874); Ueber hundert fünf und dreissig Papua Schædel von Neu Guinea und der Insel Mysore (Miltheilungen aus dem kais. zoologische Museum zu Dresden, Bd. T, 1875).

? De Quatrefages et Hamy, Crania ethnica, p. 206.

3 Comrie, Anthropological notes on New Guinea (Journal of the antbropological Institute, vol, VI, p. 102).

4 À ce double titre, je dois une mention toute spéciale à M. d’Albertis, qui le premier a pénétré presque au cœur de la Nouvelle-Guinée et en a rapporté un excellent livre et de magnifiques collections. La

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Ce mélange se retrouve dans les îles du détroit de Torrès. Le Muséum possède une tête rapportée de l’île Toud ou Warrior par les compagnons de Dumont d'Urville, et qui reproduit les traits essentiels du Négrito. Elle a été recueillie dans une sépulture où elle était mêlée à d’autres présentant tous les caractères des Papouas. Nous retrouvons donc à extrémité méridionale de la Nouvelle- Guinée la juxtaposition des deux races constatée dans le nord-ouest *.

Grâce à M. d’Albertis, nous suivons le type négrito jusqu'à Epa, située sur la côte orientale du golfe des Papouas et par conséquent jusque dans la grande presqu'île allongée qui termine la Nouvelle-Guinée au sud-est. Là le voyageuritalien vit un individu d'âge mûr, bien fait, présentant des proportions élégantes, ayant le corps couvert de poils laineux, possédant une chevelure également laineuse. Sa peau était extrêmement noire. Il presentait très peu et peut-être pas du tout de pro-

seule vue des crànes recueillis par lui fit reconnaître à l’éminent anthropologiste italien, M. Mantegazza, qu'au milieu des Papouas, déjà si bien étudiés par lui, vit une population qui s’en distingue nettement par ses caractères craniologiques, et qu'il n’hésita pas à rattacher au type des Négritos. (Sfudi antropologici ed etnografici sulla Nuova Guinea ; Archivio, t. VII, p. 137, 1877, et Nuovi studi craniologict sulla Nuova Guinea, ibid., t. XI, p. 149, 1881.) M. Mantegazza avait déja fait connaître ses nouveaux résultats à la Société anthropologique de Paris, (Bulletin, 3° série, t. III, p. 214, 1880.)

1 De Quatrefages, Études sur les Mincopies ; de Quatrefages et Hamy, Crania ethnica, p. 207,

gnathisme. Sa taille était en outre très petite et ne

s'élevait pas au-dessus de 4 pieds 9 pouces. A

l'ensemble de ces traits, il est impossible de ne pas reconnaître un Négrito pur sang des mieux caractérises. Cet individu appartenait à une tribu de l'intérieur habitant bien probablement les montagnes figurées sur la carte comme étant placées à l’est d'Epa'.

Enfin au sud-est d’'Epa, à Port Moresby, M. Lawes

nous montre, au milieu de tribus réellement.

papouas, une tribu montagnarde de petite taille, franchement noire (dark), dont les pieds et les mains sont remarquablement petits. Tous ces traits sont essentiellement négritos, et 1l est plus que probable que les Kolari appartiennent à cette race ?.

Bien que n'ayant pas distingué les Négritos des Papouas, M. Lawes a, comme M. d’Albertis, le mérite d’insister sur la variété que présentent les races humaines de la Nouvelle-Guinée.

Là paraît s'arrêter l’aire d'habitat dévolue à nos petits Nègres. Pickering, quile premier peut-être les a nettement distingués des Papouas, s’est trompé en la prolongeant bien plus au sud-est jusque

1 L. M. d’Albertis, New Guinea ; wbat I did and wbat I saw, vol. I, P. 412. Voir la carte placée à la fin du tome Il.

2 W. G. Lawes, Efhnological notes on the Motu, Koitapu and Koiïari tribes of New Guinea (Journal of the anthropological Institute, t. VII, p. 369). :

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