AIRE DES NÉGRITOS
ment pénétrées; et, bien probablement, elles sont reliées l’une à l’autre par des intermédiaires.
Quoi qu'il en soit, à en juger par les documents recueillis jusqu’à ce jour, l’aire des Négrito-Papous est exclusivement pélagique; les Négritos proprement dits habitent à la fois des îles et le continent. La présence de nos petits Nègres sur une aussi vaste étendue du monde maritime oriental a tout spécialement attiré l'attention des anthropologistes. Pour expliquer cette diffusion, M. Richard Owen a cru nécessaire de recourir à l'hypothèse trop souvent invoquée d'un ancien continent, aujourd’hui partiellement englouti et ayant laissé, comme trace de son existence, des terres hautes. des chaînes de montagnes, qui seules émergent aujourd’hui au-dessus des flots‘. Je crois qu'il est possible de rendre compte des faits d’une manière plus simple.
L'histoire du peuplement de la Polynésie montre comment un peuple de marins a pu atteindre aux dernières extrémités du monde maritime océanien*. Sans être allés à beaucoup près aussi loin
1 Cette hypothèse conduirait à étendre ce continent sur toute l'aire négrito et par conséquent à rattacher à l’Inde, non seulement les îles de la Sonde et les archipels indonésiens, — ce qui pourrait être acceptable, — mais encore la Nouvelle-Guinée et divers archipels adjacents, ce qu'il est impossible d'admettre.
? Les Polynésiens et leurs Migrations. Paris, Arthus Bertrand. J'ai résumé dans cet ouvrage les principaux faits relatifs au peuplement de la Polynésie et donné une carte des migrations polynésiennes complétant celle de Hale, Je suis revenu sur ce sujet et ai donné une se-
que les Polynésiens dans l’art de la navigation, nous savons que les Négritos, entièrement livrés à eux-mêmes, ont su inventer des canots dont les qualités nautiques étonnent les marins anglais. Là où on les a laissés en possession de leurs côtes, ils sont restés hardis pêcheurs. Leur extension d’île en île, leur dissémination à la suite de coups de vent ou de tempêtes dans ces mers où les terres sont bien plus grandes, bien plus nombreuses et rapprochées que dans le Pacifique, n’a rien de bien difficile à admettre.
La prise de possession des archipels indous et indonésiens a du être d’autant plus facile pour les Négritos que, selon toute apparence, 1ls en ont été les premiers habitants. Cette conclusion ressort d’une foule de détails donnés par les voyageurs et qui peuvent se résumer dans un fait général déjà indiqué plus haut, savoir que, à bien peu prés partout, ces malheureux petits Nègres sont absolument entourés de populations qui leur sont supérieures soit en force physique, soit en civilisation, et qui semblent s'être donné la tâche de les exterminer'. Or, si dans quelques cas rares et grâce à
conde édition de la carte en 1877. (Bulletin de la Societé d'acclimatation.) Je viens d’en publier une troisième plus complète et qui représente les migrations des Papouas à côté de celles des Polynésiens. (Bibliothèque ethnologique. Introduction à l'étude des races humaines, 1887.)
1 A Bornéo, les Dayaks chassent au Négrito comme à la bête fauve, et abattent à coup de sarbacane les enfants réfugiés sur les arbres, comme ils feraient d’un singe. (Earl, loc. cit., p. 147.)
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