‹ Les pygméesChapitre 31 sur 139 · ANCIENNETÉ DES NÉGRITOS · texte numérisé non relu

ANCIENNETÉ DES NÉGRITOS

des circonstances exceptionnelles, une race inferieure peut se glisser sur une terre déjà occupée par des énnemis plus forts qu'elle et s'y maintenir, il est impossible d'admettre que ce fait ce soit produit sur une multitude de points en s’accompagnant partout de circonstances identiques. En voyant à peu près toujours les Négritos confinés dans les montagnes et dans l’intérieur des îles dont d’autres races occupent les plaines et les côtes, il est difficile de ne pas les considérer comme ayant été les premiers occupants.

Le continent présente des faits tout semblables dans l’Annam et à Malacca. Laissons de côté la première de ces régions sur laquelle nous n'avons que des renseignements incomplets. À Malacca la plupart des Négritos sont plus ou moins métissés. Moins féroces ou plus faibles, leurs envahisseurs se sont croisés avec eux; mais le sang nègre s’y montre encore avec toutes les apparences de Ia pureté chez un assez grand nombre d'individus, et nous avons vu qu'il existe encore des petits groupes qui paraissent être exempts de mélange. Des faits analogues se retrouvent dans l'Inde. Pourtant ici le croisement remonte probablement bien plus haut, et s'esten outre accompli dans des conditions plus compliquées.

Les résultats du métissage ne se montrent pas à beaucoup près toujours dans l'Inde avec l'espèce de régularité que je signalais plus haut. Chez l'homme comme chez les animaux le croisement

sans règles et livré au hasard semble avoir ses caprices. Tantôtles caractères opposés s’atténuent réciproquement, tantôt ils se juxtaposent. Il en est qui s’effacent plus aisément que les autres. Ainsi, la chevelure laineuse disparait souvent sans que la couleur de la peau soit peu ou point changée. Pour M. Montano comme pour Semper, les Nègres à cheveux lisses de Luçon dont parlent les vieux auteurs espagnols ne sont que des métis d'Aëtas et de Tagals, tels qu’on les voit de nos jours. Tous les autres caractères peuvent présenter des fait analogues. | |

Ce qui s’est produit à Luçon a dû se produire à plus forte raison dans l'Inde, où le mélange est plus ancien et s'est accompli sur une bien plus grande échelle entre des éléments ethnologiques beaucoup plus nombreux et divers. Là aussi la chevelure laineuse à dû disparaïtre dans une foule de tribus, laissant comme trace du type fondamental, tantôt sur la masse de la population, tantôt chez des individus plus ou moins nombreux, certains traits du visage, la couleur du teint, la petitesse de la taille, la forme de la tête‘. Les croisements suc-

1 Les trois premiers caractères sont signalés chez un grand nombre de populations dravidiennes et se retrouvent au même degré dans d’autres que l’on ne comprend pas sous la même dénomination, parce qu’elles ne parlent pas une langue de ce nom. Le -défaut de pièces d’études ne permet pas d’être aussi affirmatif pour le quatrième. On a vu plus haut que la tête négrito se retrouve en plein Bengale chez des populations parlant une langue aryano-indienne. Toutefois,

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cessifs avec des types différents, la proportion variée des éléments ethniques, ont nécessairement amené chez les métis la prédominance, tantôt des caractères négritos, tantôt des traits empruntés ailleurs. L’atavisme n'a jamais perdu ses droits au milieu de cette confusion des sangs, et n'a pu que faire revivre bien des fois d'anciens types que l'on pouvait croire effacés.

Ces considérations bien simples rendent compte de tous jies faits signalés par les voyageurs. Elles expliquent la diversité extrême des caractères tant de fois signalées dans une même population et par conséquent les appréciations contradictoires des auteurs si bien résumées par Latham à propos des montagnards rajmalis. « Leur physionomie est mongole, disent les uns; leur physionomie est africaine, disent les autres ‘. »

Comme le montrent si clairement les photographies, lorsqu'il s’agit de ces populations meélangées, tout dépend des individus que l'observateur a rencontrés. Mais les contradictions apparentes ne peuvent plus aujourd’hui faire meconnaître le

M. Mouat a trouvé que les populatious auxquelles se rattachent la plupart des Dravidiens se partageaient en dolichocéphales, sous-dolichocéphales et mésaticéphales. Quelques tribus de l’Assam et un Mishmi toucheraient seuls à la sous-brachycéphalie. (4 few notes on some skulls of the hill tribes of India ; Transactions of the ethnological Society, vol. VI, p. 42.) Ces faits s'expliquent aisément par la multiplicité des races qui se sont successivement croisées avec la population nègre primitive.

1 Latham, Descriptive Ethnology, vol. I, p. 417.

fait général, et ce fait peut s'exprimer en peu de mots. Dans l'Inde et dans ses dépendances toutes ou presque toutes les populations de petite taille et à teint noir sont plus ou moins métissées de Négrito ; il en est chez lesquelles ce type se conserve ou reparaît par atavisme presque à l’état de pureté; il est enfin des groupes qui sont restés purs.

Les faits chaque jour plus nombreux et mieux constatés ramènent donc vers un ordre d'idées que Logan avait déjà appuyé sur des arguments sérieux', que je crois avoir été un des premiers à développer *, et dont se sont rapprochés à des degrés divers Hamilton Smith*, Campbell, Dalton, Giglioli*, Allen*, Flower °, etc.

Je ne saurais exposer ici en détail les faits et les considérations qui m'ont conduit à des conclusions

1 Logan, The Ethnology of the Indian Archipelago et Ethnology of the Indo-Pacific islands (Journal of the Indian Archipelago, vol. IV, 1850, et VIT, 1853).

2 [] y a plus d'un quart de siècle que j'ai professé au Muséum, en m’appuyant sur des faits alors connus, des idées semblables à celles que j'expose ici et qui n’ont fait que se confirmer et s'étendre depuis cette époque. (Les Races nègres, leçon d'ouverture du cours d’anthropologie; Gazetie medicale, 1862.) Je résumais dans cette leçon mon cours de l’année précédente.

3 The Natural History of the human shecies, p. 200,

4 Giglioli, Séudi sulla razza negrita (Archivio per l'antropologia e la etnologia, t. V.p, 293, 1876).

5 Allen, The original range of the Papuan and Negrito' tribes (Journal of the anthropological Institute, vol. VII, p. 38, 1878).

6 Flower, loc. cif., p. 131, 1879.

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