ORIENTAUX
Négritos et Négrito-Papous ; limites géographiques de ces deux types secondaires. — Caractères des Négrito-Papous. — Aëtas. — Mincopies. — Taille de diverses populations négritos. — Comparaison des plus petites races humaines au point de vue de la taille. — Influence du croisement. — Mincopies pris pour type. — Modifications secondaires. — Proportions du corps et des membres. —- Aëtas. — Sakays. — Chevelure. — Couleur — Squelette. — Tête osseuse. — Force musculaire. — Agilite. — Acuité des sens. — Durée de la vie. — Maladies. — Introduction récente de la phtisie aux iles Andaman. — Diminution rapide de la popuiation. — Extinction prochaine des Mincopies.
Une race répandue sur un espace aussi vaste que celui dont il a ète question dans le chapitre précédent ne pouvait guère rester partout identique. J'ai dit plus haut comment j'avais été conduit à rapporter tous les petits Nègres orientaux à deux types secondaires : les Négritos proprement dits et les Négrito-Papous.
Il n’est pas aisé de déterminer les limites respec-
NÉGRITO-PAPOUS 93
tives de ces deux groupes. Peut-être même n'en ont-ils pas en réalité et se pénètrent-ils réciproquement en donnant naissance à des populations à caractères mixtes. Toutefois nous savons que les Andaman et les Philippines appartiennent aux Négritos et les recherches récentes de M. Montano ont montré qu'il en est de même pour Mindanao. Les Négritos du continent paraissent appartenir au même type. La Nouvelle-Guinée semble être le centre de population des Négritos-Papous”, qui, d’après le témoignage d'Earl, s'étendent jusqu’à Gilolo dans les Moluques. Mais, d’une part, M. Hamy a suivile type négrito pur jusqu’à Timor”; d’autre part, l'individu vu à Epa par M. d’AIbertis paraît avoir également présenté tous les caractères extérieurs des Négritos proprement dits, entre autres la couleur parfaitement noire et l’absence du prognathisme *. En revanche les Négritos indous de l’Armarkantak sont, paraît-il, d’une couleur seulement brun foncé‘.
En somme, nous savons assez peu de choses sur les Négrito-Papous. Cette ignorance tient en grande partie à ce qu ils ont été et sont encoretrop
1 Crania ethnica.
? Hamy, Documents pour servir à l'anthropologie de l'île de Timor (Nouvelles Archives du Muséum d'histoire naturelle de Paris, t. X, p. 263).
3 L. M. d’Albertis, New Guinea ; wbat I did and what I saw, 1880. Les voyages de M. d’Albertis ont eu lieu de 1872 à 1875.
# Rousselet, Tableau des races de l'Inde centrale (Revue d'anthropologie, t. II, p. 280).
souvent confondus avec les Papouas. Wallace et Earl ont commis cette erreur”. Bien des voyageurs plus récents sont tombés dans la même faute.
M. Meyer, qui a séjourné dans la Nouvelle-Guinée et en a rapporté une magnifique collection de crâänes, a embrasse les opinions de Wallace et combattu la pensée que le type nègre fût representé dans cétte île par deux types distincts*.
M. Beccari lui-même, quoique frappé de la ressemblance de certains Néo-Guinéens avec les Aëtas, n'insiste pas sur cette question”, et les quelques mots empruntés à une lettre de ce voyasœeur par M. Giglioli* n’en apprennent pas davantage. M. d’Albertis, tout en restant sur une grande. réserve, qu'il motive en disant qu'il ne connaît pas le type négrito, a du moins compris qu'il avait sous les yeux à Epa un individu parfaitement distinct de ceux qu'il avait vus jusque-là, et que la question méritait d’être étudiée. Telle a été aussi
1 De Quatrefages, Hommes fossiles et Hommes sauvages. Paris, 1884.
? Meyer, Anthrobologische Mittheilungen über die Papuas von New Guinea (Mittheilungen der antropologische Gesellschaft in Wien, Bd. IV, 1874). — Ueber bundred fünf und Papua Schædel von New Guinea und der Insel Mysore (Müittheilungen aus dem hais. zoologische Museum zu Dresden, Bd.1,1875). C’est en se servant des nombres mêmes publiés par le voyageur allemand que M. Hamy, dans la monographie des Papouas qu'il a publiée dans nos Crania ethnica, a montré que M. Meyer avait apporté de nouvelles preuves à l’appui de l'opinion combattue par lui.
3 Beccari, Appunfi etnografici sui Papua (Cosmos, 1877).
4 Giglioli, Sfudi sulla razza negrita (Archivio per l'antropologia e la etnografia, t. V, 1876, p. 334).
NÉGRITO-PAPOUS 95
l’apréciation de M. Lawes relativement aux tribus montagnardes de Port-Moresby *.
En définitive, la description la plus complète des Négrito-Papous qui ait encore été publiée est celle que nous devons à Crawfurd. Voici comment s'exprime cet auteur : « Je ne pense pas en avoir vu dont la taille s’élevaât au-dessus de 5 pieds (1°,525)°. En outre, leurs formes sont maigres et chétives. La peau, au lieu d’être d’un noir foncé comme chez les Africains, est d’une couleur de suie. » Il ajoute, d’après Everard Home : « La peau du Papoua est d’une couleur plus claire que celle du Nègre. Ses cheveux son laineux et poussent par petites touffes : chaque cheveu forme une spirale entortillée. Le front est plus élevé (que chez les Nègres), le nez est plus saillant, la lèvre supérieure est plus longue et plus proéminente, la lèvre inférieure se projette en avant de la mâchoire tellement que le menton disparaît et que le bas de la figure est formé par la bouche. Les fesses sont bien plus basses que chez le Nègre, d’où résulte un caractère distinctif frappant ; mais le mollet est aussi haut que chez l’Africain *. »
{ Lawes, Æfhnological notes on the Motu, Koïtapu and Koiïari tribes of New Guinea ( Journalofthe anthropological Institute, vol. VIIT, p. 369.)
? Beccari attribue aux petits Néo-Guinéens, qu’ilnomme Æ/fourous, AM,61 à 1M,53. D'après M. Léon Laglaise, les Karons ne dépassent jamais I1m,60. (La Papouasie ou Nouvelle-Guinée occidentale, par le Dr Cte Meyners d’Estrey, p. 121.) Cette tribu a, du reste, été peutêtre relevée par le croisement.
3 History of the Indian Archipelago, vol. 1, p. 23.
À l'appui de cette description, Crawfurd emprunte à Raffles le dessin du jeune Papoua (Négrito-Papou) de la Nouvelle-Guinée, que j'ai reproduit plus haut (fig. 14)'. Il s’agit, il est vrai, d’un enfant de dix ans, et le jeune âge du sujet prête peut-être à quelques observations cri-
tiques. Mais 1l ne faut pas oublier que, chez ces
populations, le développement physique est plus
précoce que chez nos populations européennes. Cette simple réflexion fait comprendre comment Earl, si bon juge en pareille matière, a pu attester la ressemblance de ce portrait avec les individus adultes. Il raconte que, dans une de ses traversées, il eut pour compagnon un Nègre de Gilolo qui reproduisait tous les traits du Papoua de Raffles et de Crawfurd. Il rend ainsi témoignage de l’exactitude des écrivains anglais, aussi bien que de l'extension de ce type dans les archipels indiens *.
On vient de le voir, ce type ne brille pas par la beauté des traits; et, quand on l’observe dans sa patrie originelle, les proportions générales du corps paraissent ne s’harmoniser que trop bien avec le visage. Mais, nous dit encore Earl, ces Papouas, transportés comme esclaves dans les îles malaises
1 Loc. cit., pl. I. Dans cette planche, l’auteur a placé à côté l’un de l’autre son jeune Papoua (Négrito-Papou) et un indigène de Bali pris pour type des Malais. La figure du Négrito a été reproduite dans l'Histoire de Java, par Raffles et Crawfurd, traduite de l'anglais par M. Marchal, pl. I.
? Loc. cit. Explanation of the plates, pl. XII.