TRAITS DU VISAGE
de documents authentiques n'avait été réunie. En
F1G. 17. — Aëta, d’après une photographie de M. Montano.
ils'agit ici. J'ai d'autant plus à le remercier d’avoir bien voulu mettre
à ma disposition ces photographies et des notes dont j'aurai à me
servir plus tard.
les discutant, je prendrai pour terme de comparaison les Mincopies qui, par suite d’un isolement prolongé jusqu’à nos jours, ont certainement conservé une pureté ethnique bien rare même chez les populations les mieux protégées en apparence contre l'infiltration de tout sang étranger.
Les îles Andaman étaient connues des Arabes dès le 1x° siècle’. Mais la réputation de barbarie et de cannibalisme faite à leurs habitants en avait toujours écarté les vovageurs. Les mêmes motifs. et sans doute surtout l'absence du cocotier, que l’on n’arencontré nulle part dans ce petit archipel, a empêché les Malais de l’envahir comme les
Nicobar. Marco Polo, dont les voyages remontent
à 1273-1295, en avait entendu parler et a donné sur ses habitants quelques détails qui ne renferment que des erreurs”. À partir du célèbre voyageur vénitien jusqu'à la fin du xvm° siècle, je ne crois pas qu'il ait été fait mention de ces insulaires. En 1790, les Anglais essayèrent d'y fonder un établissement pénitentiaire (Fort Cornwallis), qui fut bientôt abandonné. Ce projet fut repris et executé seulement en 1857. Le nouvel établissement (Port Blair) amena sur les lieux de nombreux
1 Relation des voyages faits par les Arabeset les Persans dans le 1Xe siècle de l’ere chrétienne, texte arabe d’Abou-Zeyd-Hassan, imprimé par Langles, 1811; traduit par M. Reynaud, 1840. |
2 Recueil de voyages et de Mémoires publié par la Société de géographie, t. 1. — Voyage de Marco Polo, d'après un manuscrit français de la Bibliothèque royale.
TYPE'MINCOPIE 113
observateurs, parmi lesquels il n’est que juste de mentionner d’une manière toute spéciale le docteur Mouat et M. Man. Das cartes, des dessins, des photographies, des têtes osseuses, des squelettes entiers, arrivèrent en Europe et furent étudiés entre autres par MM. R. Owen * et G. Busk en Angleterre, par Pruner-Bey * et par moi-même en France *. J'ai exposé cet historique avec détail dans mon Étude sur les Mincopies (fig. 4).
Ce qui frappe tout d’abord lorsque l’on examine les vingt-trois portraits mincopies, c’est la grande ressemblance des proportions du corps, des traits du visage, et la presque identité des physionomies. I n'ya rien d'étrange dans ce fait. Isolés du monde entier pendant de longs siècles, ne se mariant qu'entre eux, soumis aux mêmes conditions d existence, les insulaires de la Grande-Andaman se sont uniformisés, comme s’uniformise une race animale surveillée par un éleveur soigneux. Les deux sexes menant d’ailleurs exactement le même genre de vie, il n'est pas surprenant de voir dis-
1 A narrative of an expedition to the Andaman islands in 1857, by F, S. Mouat, esq., 1862.
? On the psychical and physical characters of the Mincopies or natives of the Andaman islands (Report of the British Association, 1861, p.241). — On the osteology and dentition of the aborigines of fhe Andaman islands (Transactions of the ethnological Society, n. s., vol. Il, p. 34, 1863).
8 Description of two Andamanese skulls (Transactions of the ethnological Society, n. s., 1866, p. 205).
4 Bulletin de la Société d'anthropologie, 1866, p. 12.
5 Étude sur les Mincopies (Revues d'anthropologie, t. D.
QUATREFAGES, Pygmées. 8
paraître bien des différences qui distinguent ailleurs l’homme de la femme.
Les mesures, nécessairement quelque peu approximatives, prises sur la jeune fille placée au milieu d’un des groupes de M. Dobson m'ont donne un peu plus de sept têtes pour la hauteur totale du corps. C’est aussi ce que j'avais trouvé en étudiant le portrait de John Andaman, publié par M. Mouat *. Sous ce rapport, les Mincopies se rapprochent du Terme égyptien mesuré par Gérard. Audran*; et, comme leur tête est en même temps élargie, il en résulte qu’elle est forte relativement au reste du corps.
Le même caractère se retrouve chez les Aëtas. Je n'ai pu mesurer, il est vrai, qu’un seul des individus photographies par M. Montano, les autres ayant tous la tête couverte d’une chevelure par trop abondante. Chez lui, la hauteur totale serait à peine égale à sept têtes. Autant que l’on peut en juger, il en est à peu près de même des Sakays de M. de Saint-Pol.
Il n’y a là rien qui puisse surprendre. Quételet a fort bien démontré que, chez nous, le rapport
1 Selection of the Records of the Government of India, n° XXV. The Andaman Islands. Préface, p. x1 et frontispice.
2 D'après le célèbre artiste, ce Terme a 7 Te têtes. L’Apollon pythien, qui représente l’autre extrême des mensurations prises par Audran, à 7 as têtes. On sait qu'Audran partageait la tête en quatre parties égales divisées elles-mêmes en douze minutes, Pour rendre ses résultats plus comparables, j'ai réduit toutes ces fractions au
même dénominateur.