‹ Les pygméesChapitre 52 sur 139 · MULTIPLICITÉ DES LANGUES · texte numérisé non relu

MULTIPLICITÉ DES LANGUES

tions lointaines, la langue originaire a donné naissance à de simples dialectes; si bien que les insulaires de Taïti, de l’île de Pâques ou de Ja Nouvelle-Zélande peuvent d'emblée se comprendre et causer entre eux. Les Mincopies ont d’ailleurs conservé le souvenir d’un temps antérieur à la division des tribus et à la séparation des langages. Je reviendrai sur ce point en parlant de leurs traditions.

M. Man n'a appris à fond qu'une seule de ces langues, et il a pris soin de prévenir que tous les détails donnés par lui s'appliquent à celle que parlent les Bojigngijida’ de la Sud-Andaman. Je ne saurais suivre l’auteur sur ce terrain et me borne à signaler la multiplicité des mots employés pour rendre les pronoms possessifs et adjectifs, selon qu'il s’agit d'objets inanimés, d’un être humain, des diverses parties du corps ou de parents à un degré déterminé. M. Man compte sept mots différents se rapportant à la tête, aux membres, au tronc, etc., et huit mots applicables à la mère, au fils, au frère aîne ou cadet.

Quoique bien incomplètes, les indications précé-

1 Dans sa première communication M. Man écrivait ce nom Bojingijida. (Journal of the anthropological Institute, vol. VII, p. 107.) La syllabe da, qui termine ces deux noms, est une particule qui s'ajoute à la plupart des substantifs ou des adjectifs età plusieurs abverbes, lorsqu'ils sont isolés ou bien placés à la fin d'une phrase. L'usage en étant d’ailleurs facultatif, M. Man la place habituellement entre parenthèses, et écrit Bojingiji (da). (Journal of the anthropological Institute, vol. XI, p. 260.)

142 CARACTÈRES DES MINCOPIES

dentes suffisent, je pense, pour montrer combien on s’est mépris lorsqu'on a représenté tout récemment encore les langues mincopies comme arrétées à un état rudimentaire et ne comprenant qu'un petit nombre de mots la plupart monosyllabiques.

Numeration. — Cette richesse, au moins relative, du langage en général n’en fait que mieux ressortir son excessive pauvreté en ce qui touche la numération. L’Andamanien n’a de nombres cardinaux que pour exprimer #n et deux. Au delà il compte jusqu’à dix, en se touchant successivement le nez avec chacun de ses doigts et ajoutant chaque fois les mots : encore celui-ci. Mais il ne va pas plus loin; et, pour des nombres de plus en plus élevés, il n emploie que les expressions générales : plusieurs, beaucoup.

[Il possède pourtant six nombres ordinaux De plus, les mots qui expriment ces nombres ne restent pas toujours les mêmes. Ils varient parfois avec le chiffre des individus ou des objets dont on parle. Mais au delà du sixième rang, on retrouve les termes généraux.

Il est évident qu'ici la misère de la langue trahit une lacune dans les fonctions intellectuelles de ces insulaires.

L'absence de notions numériques a été souvent signalée chez diverses populations sauvages; mais je ne crois pas que l’on ait encore constaté rien d’aussi complet dans ce genre. À cet égard,

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