PLINE
ce point les découvertes modernes lui ont donné raison.
Pline reproduit d’ailleurs sans aucune réserve tout ce qui se dit au sujet des luttes soutenues par les Pygmées contre les grues. Ce sont celles-ci qui, au dire des Barbares, les ont chassés de la Thrace; grâce aux migrations annuelles de ces oiseaux, les petits hommes jouissent chaque année d’une trêve. Enfin il précise tout cet ensemble de croyances dans les termes suivants : « Dans l'Inde, au delà des montagnes (situées au levant équinoxial), on parle des Trispithames et des Pygmées, qui n’ont pas plus de trois spithames de haut (27 pouces : environ 0”,73). Ils ont un ciel salubre, un printemps perpétuel, défendus qu'ils sont par les montagnes contre l’aquilon, Homère rapporte, de son côté, que les grues leur font la guerre. On dit que, portés sur le dos de béliers et de chèvres et armés de flèches, ils descendent tous ensemble au printemps sur le bord de la mer et mangent les œufs et les petits de ces oiseaux ; que cette expedition dure trois mois; qu'’autrement ils ne pourraient pas résister à la multitude croissante des grues; que leurs cabanes sont construites avec de la boue, des plumes et des coquilles d'œufs. Aristote dit que les Pygmées vivent dans des cavernes ; il donne pour le reste les mêmes détails que les autres. » |
Nous venons de voir combien cette dernière assertion de Pline est inexacte, et je n’ai pas à
se) NOTIONS HISTORIQUES
insister sur ce point. Mais les récits recueillis par le célèbre compilateur romain prêtent à d’autres remarques.
Il est difficile de comprendre ce qui a pu faire placer les Pygmées en Thrace ou en Asie Mineure. Dans ces contrées, l’histoire de l'homme, pas plus que celle des animaux, ne présente aucun fait qui, dénaturé par l'ignorance ou par l'amour du merveilleux, ait pu servir de base aux légendes dont il s'agit. Peut-être, comme l’a fait observer M. Maury, trouverait-on l’explication de ces erreurs dans un fait général. L’habitation des êtres plus ou moins étranges dont l’existence était admise par les anciens était toujours placée par eux aux confins du monde connu, sans qu’ils se préoccupassent d’un point précis ou d’une direction déterminée. De là résultent, quand il s’agit de cette géographie fantaisiste, le vague et les contradictions si souvent signalées, et dont l’histoire des Pygmées fournit un exemple frappant.
Tout au contraire des contrées auxquelles s’appliquent les réflexions précédentes, l’Afrique et l'Asie tropicales présentent certains faits qui permettent d'expliquer de diverses manières ce que les anciens ont dit de leurs Pygmees, et ces faits relèvent de l'histoire des animaux aussi bien que de celle des hommes.
Dans son Histoire des Oiseaux, et encore à propos de celle des grues, Buffon a discuté l'ensemble de données que je viens de rappeler pour rechercher