‹ Les pygméesChapitre 82 sur 139 · FÉTICHISME · texte numérisé non relu

FÉTICHISME

pourrait donc peut-être encore supposer que les premiers ont emporté avec eux jusqu'aux extrémites de la Polynésie des notions empruntées par leurs ancêtres à quelque nation civilisée; que, chez les seconds, l'existence de notions analogues est due à une sorte d'infiltration d'idees venant de l’ancien monde et qui aurait gagné jusqu'aux tribus les plus sauvages du nouveau continent, Mais reportons-nous en Afrique et jusqu'au golfe de Guinée. Là nous rencontrons partout le fétichisme avec son cortège de croyances et de pratiques tour à tour ridicules, puériles ou sanguinaires. Et pourtant, là aussi, nous retrouvons la croyance à un Dieu suprême, souvent unique et ayant sous ses ordres des espèces de génies qui exécutent ses volontés, plutôt que de véritables divinités secondaires. On sait combien d’Avezac fut surpris lorsque Ochi-Fékoué lui dicta, au lieu d’une traduction de l’Oraison dominicale, la prière que tous les Yébous adressent en se prosternant à Obba-ol-Oroun”. Ce Roi ou ce Maitre du ciel est, pour ces Nègres, « un être immatériel, invisible, éternel; c'est sa volonté suprême qui a créé et gouverne toutes choses ». D’Avezac a indiqué sept voyageurs, dont les récits renferment des renseignements analogues sur la religion de divers peu-

des anciens Chinois sous le nom de Fou-Sang (Comptes Rendus des séances de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 1876).

1 M. Avezac, Notice sur le pays et le peuple des Yébous en Afrique (Memoires de la Socicté ethnologique, t, I, 2€ partie, p. 88),

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ples de la même région. Il aurait pu allonger encore cette liste et y placer jusqu’à des capitaines négriers ‘.

Ainsi, dans les quatre parties du monde et chez des populations de races bien diverses, mais appartenant toutes aux échelons inférieurs de l'humanité, nous constatons la coexistence, dans une même croyance religieuse, des superstitions les les plus infimes et des conceptions spiritualistes les plus pures, les plus élevées”. Il n y a donc rien d'étrange à ce que le même fait se soit produit chez les Binouas et les Mincopies.

Les premiers sont une race essentiellement métisse ; et de plus, mis en contact depuis des siècles avec les Indous et les Malais, ils ont bien pu faire quelques emprunts à leurs voisins plus avancés en civilisation. Mais, s'il en est ainsi, les détails donnés par Logan tendraient à prouver qu'ils ont

1 Le capitaine William Snelgrave, Relation de quelques parties de la Guinée (Histoire générale des voyages, par C. A. Walkenaer, t. VII, p. 415).

2 I] ne serait que trop facile de montrer que la même juxtaposition de dogmes, en apparence inconciliables, a existé et existe encore dans les plus grandes religions et chez nous-mêmes. Pas une population sauvage n’a cru plus fermement à la sorcellerie que les catholiques du moyen âge ou que les puritains réfugiés en Amérique. Combien d’Européens en sont encore au même point! Le mélange d'idées dont il s’agit, et qui parait si étrange à tout esprit éclairé, est donc un fait très fréquent, peut-être général, et qu’il faut bien” accepter comme se rattachant à la plus intime nature de l’homme. J'ai insisté sur les considérations de cette nature dans deux ouvrages intitulés : l’Eshèce humaine et Indroduction à l'étude des races humaines.

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