AUTONOMIE RELIGIEUSE
donné aux notions ainsi acquises un cachet tout spécial. Les Mincopies étaient placés dans des conditions fort différentes. Grâce aux diverses circonstances indiquées précédemment, ils sont restés isolés dans leur petit monde et ont conservé, surtout dans les quatres îles du nord, une pureté ethnique attestée par l’uniformité des caractères extérieurs et craniologiques. De là même il est permis de conclure que leurs caractères intellectuels, moraux et religieux, sont restés, à bien peu près inaltérés, ou n’ont pris que le développement que comportaient les prédispositions de la race et les conditions d’existence qui lui étaient faites.
En m'exprimant ainsi, je n’entends pas nier d’une manière absolue que les Mincopies n'aient rien tiré du dehors. Ils massacraient les étrangers que le hasard faisait tomber entre leurs mains; ils ont tué les compagnons de Duradawan, mais ont épargné celui-ci. Quelques faits analogues ont bien pu se passer dans le cours des siècles qui ont précédé l'installation des Anglais. Les Andamaniens ont donc peut-être reçu quelques notions qui sont venues s'ajouter à leur fonds de croyances primitives. Toutefois, pour si étendus que l'on suppose ces emprunts, il faut au moins reconnaître que ces insulaires se les sont appropriés de manière à en tirer un ensemble de croyances ayant ses caractères propres.
Ainsi, bien avant la venue des Européens, les
QUATREFAGES, Pygmées. 14
210 CARACTÈRES DES MINCOPIES
Mincopies, naguère signalés comme un des exemples les plus avérés de population athée, possédaient toute une mythologie rudimentaire; et, avec les Samoyèdes, les Yakoutes, les Californiens. noirs, ils croyaient aux plus grandes idées fondamentales des plus fières religions. Ils méritent donc, à tous égards, l'attention des hommes qui s’interessent à l’étude des races humaines, aux problemes multiples que nous pose cette histoire; et nous devons remercier ces officiers, ces employés civils, ces médecins anglais, qui les font ait connaître.
CHAPIER E-:V NÉGRITOS AUTRES QUE LES MINCOPIES
Langage. — Luçon, invasion du malais. — Malacca ; melange des langues ; camphor language. — Affinités linguistiques. — Etat social. — Mincopies ; Aëtas; culture; ancien état social; famille; mariage; héritage ; adultère. — Industries. Feu; logement; nourriture; armes; flèches empoisonnées, — Caractères religieux et moraux. Êtres supérieurs: esprits ; autre vie; chasteté, pudeur ; caractère général.
Langage, — Quoique dispersées des Andaman aux Philippines, les tribus négritos ont conservé d’une manière remarquable tous leurs caractères extérieurs et ostéologiques. Il en est autrement du langage. Celui-ci a parfois à peu près complétement disparu au contact de populations supérieures, là même où des groupes négritos encore nombreux et jouissant d'une certaine indépendance .ont conservé une pureté de sang relative.
Ce fait avait été reconnu aux Philippines dès les premiers temps de l'occupation espagnole. Même
dans l'île qui leur doit son nom, nos petits noirs parlaient le bisaya, c’est-à-dire un dialecte local du malais *, seulement ils y mêlaient un grand nombre de mots étrangers. [Il me semble probable que ces derniers étaient autant de témoins conservés de la langue primitive. |
À Luçon, il devait, à plus forte raison, en être de mème. Le témoignage donné sur ce point par de La Fuente a été pleinement confirmé par les recherches de M. le D' Montano, qui a bien voulu mettre à ma disposition ses notes inédites avec une libéralité dont je suis heureux de le remercier ici. Ce voyageur, qui parle couramment le malais et s’est familiarisé avec plusieurs de ses dialectes, a retrouvé dans le langage des Aëtas non seulement les formes grammaticales, mais encore un vocabulaire presque exclusivement tagaloc. Il a vérifié un à un cent quatre mots recueillis par M. Meyer dans le dialecte de Marivelès; il a note ceux qui lui ont paru etrangers aux langues malaises, et n’en a trouve que dix-sept. Encore croit-il devoir faire des réserves au sujet de quelques-uns d'entre eux: |
M. Montano n’a pu recueillir des renseignements aussi précis relativement au langage des Mama-
1 La lingua dell’ 1sola delta dei Negri e la Bissaya stessa col miscugho di moltissime parole forestiere. (L'abbé Torrès, cité par Prichard : Recherches into the physical history of mankind, vol. V, p. 221.)
2 M. Montano compte, en outre, treize mots non malais dans le même vocaculaire traduit en dialecte négrito de Zambalés. I] a aussi
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