‹ Les pygméesChapitre 86 sur 139 · ÉTAT SOCIAL · texte numérisé non relu

ÉTAT SOCIAL

la côte est du lac Maïnit, « une cribu craintive, excessivement méfiante, mais qui n’en avait pas moins construit des cases, défriché un coin de la forêt et planté des bananiers et des patates. »

Ainsi tout ce que l’on a ditau sujet des indomptables instincts de vagabondage des Aëtas est parfaitement inexact. Si ces petits Nègres mènent une vie errante sur certains points de l'archipel, s'ils ne bâtissent pas de huttes et ne cultivent pas le sol, la faute en est aux persecuteurs dont ils sont les victimes.

Les cultures, fort élémentaires du reste, dont nous venons de parler se retrouvent chez les Négritos métis de l'Inde et de la presqu'île malaise. Chez tous, le procédé général paraît être le même. Le Gound, comme le Manthra, commence par abattre les arbres, auxquels il met le feu dès qu'ils sont à demi secs. Puis il sème, ou plante au milieu du fouillis des troncs enchevêtrés, du grain, des patates... Quand les broussailles repoussent, il abandonne sa hutte, faite de légers clayonnages et couverte de feuilles, et va recommencer ailleurs. Un chien, quelques poules, des porcs, vivent comme ils peuvent sur ces défrichements imparfaits. La chasse, la pêche, les racines et les fruits sauvages semblent d’ailleurs constituer les principales resources de ces populations *.

1 Notes inédites de M. Montano et ouvrage cité ; Rousselet, or, cif., p. 2/0;:Logan, loc. cit., p. 255,etc,

Tel est l’état de choses actuel. Mais cés tribus aujourd’hui à demi errantes et dispersées n'ontelles pas connu des jours meilleurs ét une organisation sociale plus élevée ? On ne saurait répondre d’une manière générale à cette question.

Pour ce qui est des Mincopies, à l'exception des instruments en pierre polie, dont j'ai parlé plus haut, rien n'indique qu'ils se soient jamais élevés au-dessus de ce que nous les voyons. Ayant pour ainsi dire sous la main tout ce qui peut satisfaire aux besoins du sauvage, sans rapports avec les étrangers, rien n’est venu éveiller chez eux des aspirations nouvelles ; et leur activité intellectuelle s’est appliquée uniquement à multiplier, à perfectionner l'outillage que comportait leur genre de vie. Nous avons vu que, dans cette - direction, ils ont fait preuve d’une véritable initiative.

Il est au contraire plus que probable qu'aux Philippines les Aëtas étaient plus avancés. Rienzi, qui a résumé, d’uñe manière malheureusement trop confuse, les traditions relatives à ces peuples, les représente comme ayant occupé jadis en entier l'ile de Luçon, comme ayant résisté longtemps aux invasions tagales. [ls avaient alors une sorte de gouvernement. Une réunion de chefs et de

vieillards veillait à l'exécution des lois‘. Il est

1 C’est exactement ce qui existe encore chez les Bhils, métis de Négritos. (Rousselet, loc. cif,, p. 61.)

Page 1