‹ Les pygméesChapitre 92 sur 139 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

et, sous l'influence de la civilisation, elle deviendrait intelligente et industrieuse.» Nousavons vu M. Man confirmer toutes ces appréciations.

M. Montano me dit dans une de ses notes :

« Non seulement les Négritos ne sont point féroces, mais ils sont vraiment humains. Ils soignent les malades avec beaucoup de dévouement, même quand ils n’appartiennent pas à leur famille. »

« Le Manthra, écrit le même voyageur, ne manque pas d'intelligence, mais l’insouciance et la paresse semblent lui interdire tout progrès. » En même temps, il attribue à cette population des mœurs douces, dont nous avons déjà vu la preuve. M. Montano s'accorde ici entièrement avec Logan. Toutefois celui-ci reconnaît, en outre, à ces tribus du Bermun, en général, une certaine inconstance et une susceptibilité facile à émouvoir. Il faut, ditil, les traiter comme des enfants. C’est précisément l'expression que Saint John emploie en parlant des Mincopies. Les deux populations se ressemblent, on le voit, au moral comme au physique, et nier leur identité ethnique fondamentale est évidemment impossible pour quiconque aura quelque peu étudié la question.

Conclusion. — I ressort, de cette étude, ce me semble, une conclusion évidente et facile à formuler. D'un accord à peu près unanime, les populations dont nous venons de parler ont été considérées comme placées à l’un des derniers échelons de

l'humanité. En particulier, lorsqu'on a commencé à s'occuper des Mincopies, des savants, d’un grand mérite d’ailleurs, ont paru croire qu'enfin on avait mis la main sur le chaînon intermédiaire entre l’homme et le singe. On vient de voir qu'il n’en est rien; et que, là même où ils ont vécu le plus en dehors du mouvement et du mélange, qui seuls élèvent les sociétés, les Négritos se montrent de vrais hommes en tout et pour tout.

CHAÆPETRE:: VI

Anciens voyageurs ; découvertes modernes, — Négrilles occidentaux; M’Boulous; Babonkos ; Akouas. — Métissage. — Négrilles du Livingston; Voatouas; Boitouas. — Négrilles orientaux; Cincallès; Mazo; Maiéas. — Négrilles de l'Ouellé; Akkas. — Taille; traits; teint; proportions. — Téboet Chairallah. — Observations générales. — Migrations primitives. — Importance des traditions et des légendes.

Les petits hommes d’Afrique entrevus par les anciens, et dont l’existence très réelle a donné lieu à tant de fables, n'ont été retrouvés que bien tard par les modernes.

En 1625, Battel fit le premier connaître quelques faits recueillis par lui dans le Loango *.

À huit journées à l’est du cap Négro ‘se trouve,

1 André Battel, marin anglais, fait prisonnier par les Portugais en 1589, fut conduit au Congo, où il demeura captif pendant près de dix-huit ans. Il a publié ses aventures dans le recueil de Purchas. Walckenaer en a donné un résumé détaillé, après avoir fait ressortir les caractères de véracité que présente cette relation. (Histoire generale des voyages, t. XIII, p. 12 et 434.)

? Il ne s'agit pas ici du cap Negro, situé au sud du Benguela par

d'après lui, le territoire de Mani Kesock, et au nord-est de celui-ci « habite une nation de Pygmées qui se nomment Maïimbas, de la hauteur d’un garçon de douze ans, mais tous d’une grosseur extraordinaire. Leur nourriture est la chair des animaux, qu'ils tuent à coups de flèche. Ils payent à Mani Kesock un tribut de dents et de queues d’éléphant. Quoiqu'ils n'aient rien de farouche dans le caractère, ils ne veulent point entrer dansles maisons des Marambas ni les recevoir dans leurs villes... Leurs femmes se servent de l'arc et des flèches avec autant d’habileté que les hommes; elles ne craignent point de pénétrer seules dans les bois sans autre défense que leurs flèches empoisonnées ‘. »

Sans faire connaître les sources auxquelles il a emprunté ses renseignements, Dapper donne des détails analogues sur les Mimos ou Bakhe-Bakkhes, qu'il semble placer un peu plus au sud, au cœur du Loango *.

Des observations toutes récentes, et dont la plus ancienne ne paraît pas remonter au delà de 1861”,

160 3’ de latitude sud et 90 34’ de longitude est. (Malte-Brun.) Le cap Negro de Battel borne à l’ouest la baie de Mayomba et est peut-être le cap Yumba que Malte-Brun place à 3° 30'de latitude sud.

1 Histoire générales des voyages, t. XIII, p. 441.

2 Description de la basse Éthiopie.

3 F. Touchard, Notice sur le Gabon, dans la Revue maritime et coloniale, t. HI, p. 9, cité par M. Hamy dans son Essar de coordination des matériaux récemment recueillis sur l'ethnologie des Négrilles ou Pygmees de l'Afrique équatoriale (Bulletin de la Société d'anthropologie de Paris,

NÉGRILLES OCCIDENTAUX 241

sont venues confirmer ses anciennes données. Les

FIG. 21. — Akoa, d’après l'amiral Fleuriot de Langle.

membres d’une expédition allemande ont retrouvé

QUATREFAGES, Pygmées, 16

dans le Loango, sous le nom de Babonkos, les Bakkeé-Bakkés de Dapper, et en ont rapporté des portraits, des photographies *. M. le D' Touchard a signalé la disparition récente d’une population gabonaise, les 4koas *, dont un petit groupe était pourtant encore, en 1868, cantonné dans les bois, au nord de la rivière de Nazareth. Si bien que l'amiral Fleuriot de Langle a pu photographier un de ses représentants * (fig. 21). Cet Akoa était un véritable nain. Il en est de même des M'Boulous. Chekianis où Osiéhkanis, visités par MM. Touchard et Marche‘. Étouffés entre les Fans et les Ponsoués, ceux-ci sont en voie de disparaître comme leurs frères les Akoas.

PAT ELU ENS tr

En groupant les renseignements divers em-

pruntés à ces photographies, à ces descriptions, M. Hamy a pu tracer le portrait à peu près complet de quelques-uns de ces nains d’Afrique. L’Akoa étudié par l'amiral Fleuriot « paraissait âgé d’environ quarante ans et mesurait de 1”,39 à 1,40. I était admirablement pris dans sa petite per-

1 Zeitschrift für Ethnologie, 1874. — KR. Hartmannn, Die Negritier, pl. XIII. J'emprunte au travaille de M. Hamy ces indications bibliographiques ainsi que la plupart des suivantes relatives à l'histoire des Négrilles occidentaux.

? Touchard, Nofice sur le Gabon (Revue maritime et coloniale, t. HT, p. 9). |

3 Fleuriot de Langle, Croisières à la côte d'Afrique, 1868 (Tour du monde, 1876, p. 279, et figure p. 283). Par suite de quelque méprise, cet Akoa ou Akoua (Fleuriot) est désigné comme étant un Obongo.

4 Marche, Trois voyages dans l'Afrique occidentale, p. 106.

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