IMPORTANCE DES LEGENDES
doute, dès ce moment elle a commencé à se différencier, au gré des diverses conditions d'existence que rencontraient ses tribus. Les froids glaciaires déterminèrent une grande émigration qui irradia en tous sens. Toutefois, soit à ce moment, soit même antérieurement, les populations se groupèrent autour ou à l'intérieur du massif central de l'Asie. Là prirent naissance les trois types physiques et les trois types linguistiques fondamentaux de l'humanité. Les uns et les autres sont encore aujourd'hui représentés dans cette région. Nul autre point du globe ne présente rien de semblable, et ce fait justifie, ce semble, les conclusions que j'en ai tirées.
Le type noir apparut dans le sud de l'Asie, entre le massif central et la mer. Ses représentants pressés entre les Jaunes au nord et les Blancs à l'ouest ne purent, comme leurs frères, s'étendre sur de vastes espaces continentaux. De bonne heure, ils durent chercher par mer une nouvelle patrie; surtout lorsque les invasions, qu'accusent nettement l'existence des races mixtes, vinrent leur disputer un domaine relativement étroit. Pour échapper aux envahisseurs, ils n'eurent d'autres ressources que de fuir par mer; et, par suite de la différence des habitats, ils émigrèrent les uns à l'est, les autres à l'ouest. Voilà comment ils furent les premiers à peupler les archipeles orientaux et ceux de la mer du Bengale, comment ils arrivèrent en Afrique en traversant le détroit de Bab-el-iMandeb et le golfe d'Aden. Partout d'ailleurs les Négritos
Qu atrefages, Pygmées. 18
274 LES NEGRILLES OU PYGMEES D AFRIQUE
et les Négrilles ont précédé les Papouas et les Nègres africains proprement dits. Ce fait résulte de la distribution géographique de ces diverses races, comme je l'ai montré à diverses reprises.
I/étude des petites races nègres suggère une dernière réflexion.
En parlant de leurs Pygmées, les anciens avaient mêlé à des faits vrais bien des exagérations et des fables. La science moderne, parfois égarée par sa sévérité, s'est longtemps arrêtée uniquement à ce qu'il y avait d'inacceptable dans ce que la tradition rapportait des petits hommes d'Asie ou d'Afrique et a rejeté le tout en bloc. Nous venons de voir qu elle avait eu tort, et de là même on peut tirer un enseignement.
Quand il s'agit des traditions et des légendes de peuples moins savants que nous, et surtout de peuples sauvages, quelque étranges ou bizarres qu'elles nous paraissent, il est bon de les étudier de près. Bon nombre de ces récits renferment des faits intéressants et très réels, masqués par des superstitions, par des méprises, par des habitudes de langage, par de simples interprétations erronées. La tâche de l'homme de science devient alors semblable à celle du mineur qui sépare l'or de sa gangue. Bien souvent lui aussi, avec un peu d'étude et de sage critique, retirera de cet amas d'erreurs quelque importante vérité.