LUTTES DE TSUI-GOA ET DE GAUNAB 3OI
été célébrée par des festins et des danses. C'est lui qui a donné en abondance aux hommes des bœufs et des moutons ; c'est lui qui assemble les nuages et fait pleuvoir ; c'est lui qui rend fertiles les vaches et les brebis. En somme, tous les biens viennent de lui. Il vit dans un beau ciel, dans un ciel rouge ; son ennemi Gaunab habite un ciel obscur, un ciel noir.
Il est facile de voir que ce récit légendaire reproduit, sous une forme et avec des détails inspirés par le genre de vie des Khoï-Khoï, cette idée delà lutte entre le génie du bien et le génie du mal qui a enfanté tant de contes mythologiques. Nous verrons plus loin en effet que Gaunab est le nom que ces populations donnent à une divinité méchante. Toutefois, le rôle supérieur joué par Tsûigoa dans les croyances de ces peuples n'est pas ici très nettement marqué. Mais des renseignements plus précis achèvent de nous éclairer sur ce point. Ceux qu'avait recueillis Kolbe, soit par lui-même, soit auprès de diverses personnes, permettaient déjà d'admettre que les Hottentots croyaient à un Etre suprême, à un Gounia-Tiquoïa (Dieu de tous les dieux), regardé par eux comme ayant créé le monde ainsi que les êtres vivants, comme gouvernant toutes choses1.
On retrouve cette croyance dans les paroles de Harisimab, chef actuel de la tribu païenne des Ha-
1 Hahn, loc. cit., p. 41.
302 HOTTENTOTS ET BOSCHISMANS
bobés et ennemi juré des missionnaires. Interrogé par notre auteur sur les origines de son peuple, il répondit : « Toutes choses, les Habobés aussi, ont été faites par Tsûi-goa dans cette contrée; et le Seigneur (Khub1) nous a faits et nous a donné le pays; il nous donne la pluie et fait pousser le gazon. » Cet accord entre les dires du vieux voyageur et la réponse du chef habobé pourraient suffire pour lever tous les doutes. Tsûi-goa était bien et est encore, pour les Khoï-Khoï non convertis, le créateur de toutes choses, le dispensateur des biens les plus précieux pour ces tribus pastorales. Bien d'autres témoignages viennent à l'appui de cette conclusion.
11 est pourtant fâcheux que M. Hahn n'ait pas insisté davantage sur ce point, principalement en ce qui touche h la création de l'homme. C'est en passant, et dans une note, qu'il appelle Tsûi-goa le créateur des Khoï-Khoï et fait connaître la tradition des Koranas. Au dire des vieillards de cette tribu, « Tsûi-goa, après avoir fait un homme et une femme, Kanisma (plume d'autruche) et Hau-na- Maos (cuivre jaune), leur donna des vaches, dont ils devaient boire le lait, une queue de chacal pour essuyer la sueur de leur front, un bâton pouvant servir de massue (kiri), un carquois, des flèches, un arc et un bouclier. C'est de Tsûi-goa qu'ils
1 Ce mot était employé aussi dans le même sens au temps de Valentyn. (Hahn, loc. cit., p. 38.)