‹ Les pygméesChapitre 11 sur 137 · CTÉSIAS · texte numérisé non relu

CTÉSIAS

la barbe les manteaux et autres vêtement en longues graminées flottantes que portent encore les femmes des environ de Travancore \ Mais ce qu'il dit de la position géographique, du teint, de l'emploi de l'arc, ne permet pas de douter qu'il n'ait eu connaissance des Négritos ou de tribus protodravidiennes ayant conservé à un haut degré les caractères du type primitif. C'est en effet au cœur de l'Inde, dans les monts Vindhyas, que M. Rousselet a trouvé des Bandra-Loks 2. Le nom de cette tribu signifie littéralement hommes-singes. Ce sont de véritable Nègres de fort petite taille, qui au milieu des populations plus ou moins métisses ont conservé purs les caractères du type et sont un des témoins laissés par la race noire.

Ni Aristote ni Pline ne mentionnent la couleur noire et les cheveux laineux, attributs des nains dont ils parlent par ouï-dire. Seul Ctésias est très précis sur le premier point. Le souvenir de ces particularités s'est évidemment perdu dans le long voyage que les informations, probablement bien peu nombreuses, ont dû faire du cœur de l'Afrique

1 Journal of the anthropological Insîitute, vol. XI, p. 359.

2 Louis Rousselet, Note sur un Hô autochtone des forêts de l'Inde centrale, appendice à mon Mémoire intitulé : Etude sur les Mincopies et la race négrito en général (Revue d'anthropologie, t. I, p. 245); Note sur un Négrito de l'Inde centrale (Bulletin de la Société d'anthropologie, 2e série, t. VII, p. 619), et Tableau des races de l'Inde centrale (Revue d'anthropologie, t. I, p. 267, avec figure et carte). Un voyageur anglais avait déjà parlé de ces Bandra-Loks ou Bandar-Loks ; mais ce qu'il en avait dit permettait des doutes sérieux.

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et de l'extrémité de l'Inde jusqu'en Grèce et à Rome. Cette omission est d'ailleurs moins singulière qu'on ne serait d'abord tenté de le croire. On sait que les anciens attribuaient le teint foncé et l'aspect laineux de la chevelure nègre à l'action du soleil dont la chaleur brûlait la peau et crispait les cheveux. Ils n'ont donc pas été surpris de trouver dans un pays brûlant, et à côté d'autres hommes noirs comme leurs Indiens et leurs Ethiopiens, des tribus présentant ces deux caractères. La diminution de la taille devait les frapper bien davantage, et leurs exagérations mêmes montrent qu'il en a été ainsi. Ils ont agi en sens inverse, comme a fait Pigafetta à propos des Patagons.

Revenons maintenant en Afrique.

Le contemporain de Pline, Pomponius Mêla, a parlé aussi des Pygmées. Le passage très court qu'il leur consacre a pourtant son intérêt. Il place au delà du golfe Arabique, et au fond d'un petit enfoncement de la mer Rouge, les Panchiens, surnommés Ophiophages, parce qu'ils se nourrissent de serpents. « Dans l'intérieur des terres, ajoute t-il, on vit autrefois les Pygmées, race d'hommes d'une très petite stature, qui s'éteignit dans les guerres qu'elle eut à soutenir contre les grues pour la conservation de ses fruits 4. »

Le traducteur de Pomponius Mêla regarde le petit

1 Pomponius Mêla. Collection des auteurs latins traduits sous la direction de M Nisard, p. 65S, b.

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enfoncement de la mer Rouge dont il est ici question comme étant notre golfe d'Aden. Mais il me paraît difficile que le géographe latin ait employé cette expression pour désigner la vaste étendue de mer qui s'étend sur la côte africaine, du cap Guardafui au détroit de Bab-el-Mandeb. La baie de Moscha, qui s'enfonce profondément dans les terres au sud-ouest du détroit, me paraît répondre bien mieux et de tout point aux indications de Pomponius. Or cette baie, située vers le 13e degré de latitude nord, se trouve, par conséquent, sous le même parallèle que le commencement de la région herbeuse du Nil \ mais environ quatre degrés plus au nord que le dédale d'où le fleuve semble sortir. Pomponius, d'ailleurs, ne parle pas du Nil; il ne dit rien non plus du massif abyssinien interposé entre lui et la mer. Il semble donc placer ses Pygmées tout à fait à l'orient de cette portion du continent.

Ici encore les découvertes modernes paraissent donner raison au savoir des anciens. La tradition des Pygmées africains orientaux ne s'est jamais perdue chez les Arabes. Toutefois les géographes de cette nation ont placé leur rivière des Pygmées beaucoup plus au sud. C'est dans cette région, un peu au nord de Léquateur, et vers le 32e degré de longitude orientale, que le R. P. Léon des Avan-

1 Baker fut arrêté pour la première fois par les îles flottantes onze jours seulement après avoir quitté Khartoum. Le voyage de cette station à Gondokoro dura quarante-quatre jours.

Q.uatrefaces, Pygmées. 2

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chers a trouvé les Wa-Berrikimos ou Cincallès dont la taille est d'environ 1^30 \ Les renseignements recueillis par M. d'Abbadie placent vers le 6e degré de latitude nord les Mallas ou Mazé-Malléas, hauts de im,50 2. Tout indique qu'il existe, au sud du pays des Gallas, diverses tribus nègres de très petite taille. Il me semble difficile de ne pas les rattacher aux Pygmées de Pomponius Mêla. Seulement elles ont reculé plus au sud. Probablement ce changement s'était déjà produit à l'époque où écrivait le géographe romain ; et on comprend qu'il a pu regarder cette race comme ayant disparu.

En esquissant l'histoire de ces petits hommes si célèbres dans l'antiquité, j'ai dû insister d'abord sur lestraditions relatives àceux dont Homère a immortalisé le nom et aux populations placéessoit en Asie, soitdansles régions nord -orientales del'Afrique, que Ton a rattachées aux Pygmées du Nil. Mais, environ un siècle avant Aristote, Hérodote avait parlé, lui aussi, d'une espèce de Pygmées, sans employer cette appellation. On lui doit d'avoir reproduit le récit de quelques pèlerins de Cyrène qui tenaient leurs renseignements d'Etéarque, roi des Ammoniens. Celui-ci leur avait raconté qu'un certain nombre déjeunes Nasamons avaient eu l'idée d'ex-

1 Lettre à M. d'Abbadie, avec une carte (Bulletin de la Socuté de géographie, 3e série, t. XII, p. 171).

2 Bulletin de la Société de géographie, 3 e série, t. II, p. 100, et note manuscrite.

plorer les déserts de la Lybie. Cinq d'entre eux, désignés par le sort, partirent munis de vivres et d'eau. « Ils traversèrent d'abord le pays habité, ensuite la contrée sauvage, et entrèrent enfin dans le désert où ils firent route en se dirigeant vers le couchant. Après avoir marché plusieurs jours dans les sables profonds, ils aperçurent des arbres qui s'élevaient au milieu d'un champ. Ils s'en approchèrent et mangèrent des fruits que portaient ces arbres. A peine avaient-ils commencé à en goûter, qu'ils furent surpris par un grand nombre d'hommes d'une stature fort inférieure à la taille moyenne, qui les saisirent et les emmenèrent avec eux. Ils parlaient une langue inconnue aux Nasamons et n'entendaient pas la leur. Ces hommes conduisirent les cinq jeunes gens à travers un pays coupé de grands marécages dans une ville dont tous les habitants étaient noirs. Auprès de cette ville coulait un fleuve considérable dont le cours était du couchant en orient, et l'on y trouvait des crocodiles i. »

Malgré la brièveté de ce récit, il concorde trop bien avec les découvertes modernes pour que Ton puisse douter de la réalité des faits qu'il raconte. Les zones géographiques indiquées par les Nasamons se retrouvent encore, et le fleuve dont ils ont révélé l'existence est notre Djoliba ou Niger, que l'on a cru tour à tour être le Nil lui-même ou un affluent

i Hérodote, Histoire, traduction de A. F. Miot, t. I, p. 246.

du lac Tchad, avant que Mungo-Fark, Caillé, Claperton, les frères Lander, etc., nous en eussent fait connaître le véritable cours. On sait aujourd'hui que ce fleuve, dont la source a été découverte assez récemment par deux jeunes Français S prend naissance dans un des chaînons du massif montagneux qui, à l'intérieur des terres, suit presque parallèlement les côtes nord du golfe de Guinée. Quoique MM. Zweifeld et Moustier n'aient pu, faute d'instruments, déterminer exactement le lieu où s'élève le mont Tembi, d'où sort la source du Niger 2, quoiqu'ils n'aient même pu le contem-

1 II avait été fait de nombreuses tentatives pour arriver aux sources du Niger. Le major Laing et W. Reade entre autres échouèrent dans cette tentative. En 1879, un des fondateurs de la Société de géographie de Marseille, M. C. A. Vermink, organisa à ses frais une expédition dans une intention à la fois scientifique et commerciale. Il confia l'exécution de ses plans à deux jeunes gens attachés depuis longtemps à ses comptoirs d'Afrique. MM. Z. Zweifel et Moustier quittèrent Rotomho le 8 juillet 1879. ^e 25 septembre, ils saluaient le mont Tembi (Tembi Coundou, la tête du Tembi), colline granitique d'où jaillit le Tembi, principale source du Niger. Malheureusement cette source, comme celle que Bruce prit pour le Nil naissant, est sacrée aux yeux des indigènes. Tembi Seli, son grand prêtre, en défendit l'approche aux explorateurs français. Ceux-ci ne purent que contempler, du haut d'un point appelé Foria, la montagne vénérée et le ruisseau qui en sort. — Expédition C. H. Vermink. Voyage aux sources du Niger par Z. Zweifel et M. Moustier, 1879 (Bulletin de la Société de géographie de Marseille, 1880, p. 120).

2 Dans le rapport que M. Rahaud, président de la Société de géographie de Marseille, a fait sur ce remarquable voyage, il fait observer avec raison que cette absence d'instruments n'est en réalité pas à regretter. La superstition est telle, dans les régions traversées par les deux voyageurs marseillais, que l'emploi seul de la lunette d'ap-

plerqu a distance par suite des superstitionslocales, on voit par la carte qu'a publiée la Société de géographie de Marseille, que cette colline est placée à peu près à 8° 3 5' de latitude nord et 1 20 45' de longitude occidentale. Le fleuve, alors simple ruisseau, coule d'abord du sud au nord; mais bientôt sa direction générale est exactement du sud-ouest ua nord-est. Elle reste la même jusqu'à Tombouctou, un peu au delà du 1 8e degré 4. Là, le fleuve s'infléchit brusquement et coule presque directement de l'ouest à l'est, jusqu'à Bourroum 2, sur une étendue de plus de trois degrés de longitude, avant de tourner au sud-sud-est pour gagner la mer de Guinée. C'est donc entre le ieretle 4e degré de longitude occidentale que les Nasamons rencontrèrent le Niger. On ne saurait préciser davantage la position de la ville, habitée par des Nègres, où furent conduits les hardis voyageurs. Nous avons seulement la certitude qu'il ne peut être question de la célèbre Tombouctou, dont la fondation, selon l'annaliste de ces contrées, Ahmed Baba, daterait seulement du ve siècle de l'hégire, soit de 1 100 environ.

Hérodote nous apprend que les jeunes Nasaproche provoquait des manifestations menaçantes et qu'ils durent y renoncer. Ils eussent probablement été massacrés, si on les avait surpris faisant des observations astronomiques.

1 l8° 3' 45" de latitude et 40 5' 10" de longitude occidentale; Annuaire du Bureau des longitudes, 1877, P« 3IO«

2 Localité située à l'angle oriental du Niger moyen. (Henri Barth, Voyages et découvertes dans l'Afrique septentrionale et centrale, trad. de l'allemand par Paul Ithier, t. IV, p. 10.)

mons avaient trouvé des crocodiles dans le fleuve visité par eux. C'est là encore un détail parfaitement exact, plus même que Ton ne serait peutêtre tenté de le penser au premier abord. A priori, on aurait pu admettre, non sans raisons plausibles, que les grands reptiles, habitant deux fleuves aussi éloignés l'un de l'autre que le Nil et le Niger, sont d'espèce différente. Il n'en est pourtant rien. Cette question a été étudiée d'une manière spéciale à la suite de discussions nées entre Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire, discussions auxquelles le premier de ces grands naturalistes a attaché assez d'importance pour leur consacrer, dans son Règne animal, une note d'une longueur exceptionnelle1. Cuvier admettait l'identité spécifique de tous les crocodiles des grands fleuves d'Afrique; Geoffroy niait cette identité et admettait, dans le Nil seul, l'existence de quatre espèces distinctes. Duméril et Bibron, reprenant cette étude avec des matériaux qui avaient manqué aux deux illustres adversaires, ont donné raison à Cuvier2. Le crocodile du Niger, comme celui du Sénégal, est le même que le crocodile du Nil.

Enfin, les Nasamons déclarent avoir été conduits dans une ville dont tous les hommes étaient noirs. Ici encore ils ont dit la vérité. Bien que

* Cuvier, Le Règne animal distribué d'après son organisation, nouvelle édition (2*), 1828, t. II, p. 21.

2 C. Duméril et Bibron, Histoire naturelle des Reptiles, t. III, p. 104.

Tombouctou ai été fondée par les Touaregs1, bien que ceux-ci , les Berbères et les Peuls, se disputent de nos jours la domination sur cette ville et sur les contrées que baigne la portion moyenne du Niger2, on sait que ces peuples sont étrangers à la contrée et n'y sont arrivés qu'à une époque relativement récente. Selon Barth, au Xe siècle, le pays des Nègres s'étendait encore en moyenne jusqu'au 20e degré de latitude. A cette époque, toute la région dont il s'agit appartenait donc à la race noire, et à plus forte raison en était-il de même au temps d'Hérodote.

De la même il résulte que les hommes noirs vus par les Nasamons étaient de véritables Nègres et avaient certainement les cheveux laineux. Cette particularité est pourtant oubliée dans le récit des voyageurs. Ce fait justifie, .on le voit, l'interprétation que j 'ai donnée plus haut de l'omission de cette particularité à propos des petits Nègres asiatiques,

Ainsi, qu'il s'agisse du sol, des eaux, des animaux ou des hommes, tout est vrai jusqu'ici dans le récit recueilli par l'historien grec. Quel motif aurions-nous pour mettre en doute ce qu'il rapporte de la petite race humaine rencontrée par les

1 D'après Ahmed Baba, Tombouctou a été fondée dans le ve siècle • de l'hégire, I 100, par des Touaregs qui avaient l'habitude de stationner sur ce point. (Barth, loc. cit.)

2 Les Peuls s'emparèrent de Tombouctou en 1826. En 1844, ils en furent chassés par El Mouchtar, chef de tribus berbères qui s'était allié aux Touaregs. (Barth, loc. cit., p. 32.)

Nasamons? Aucun; et l'observation n'eût-elle pas confirmé ses dires, on devait les accepter. Mais les découvertes modernes ont encore, sur ce point, confirmé les renseignements transmis par Hérodote, au moins pour ce qui est relatif à l'existence de cette race.

Il en est autrement de sa position géographique. Cette position se rattache, comme nous l'avons vu, à celle d'une portion bien déterminée du fleuve. Or la station la plus boréale des Pygmées occidentaux, signalée jusqu'à présent, est placée en pleine Sénégambie, dans le Tenda-Maiô, vers le 10e degré de latitude nord et le 14e degré de longitude ouest, c'est-à-dire environ huit degrés plus à l'ouest que le point où les Nasamons furent capturés par les petits hommes1.

Nous retrouvons donc, à propos de l'Afrique occidentale, entre la tradition et les observations modernes, la différence que nous avons eu à signaler quand il s'agissait de la haute Egypte et de l'Afrique orientale. Encore une fois la race naine se montre plus éloignée de nous qu'elle ne l'aurait été au temps des Grecs. Mais dans les deux cas précédents, nous pouvions mettre ce désacord sur le compte d'un savoir imparfait qui aurait fait diminuer les distances. Ici cette hypothèse est inad-

* Mollien, Voyage dans l'intérieur de l'Afrique, aux sources du Sénégai et delà Sénégambie, fait en 1818; t, II, p. 256. Paris, 1822.

Je préciserai plus loin la situation des points géographiques habités par ces petites races récemment observées.

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missible. En présence de la précision d'Hérodote et de la concordance que son récit présente avec des faits matériels d'une nature constante, il faut admettre, ou bien que la petite race humaine vue par les Nasamons existe encore au nord du Niger, mais n'a pas, jusqu'ici, été découverte; ou bien qu'elle a disparu de ces régions.

Sans vouloir en rien préjuger de l'avenir, cette dernière hypothèse me semble avoir pour elle une grande probabilité. Sans doute, il faut aussi l'appliquer aux autres pays où les anciens ont placé leurs Pygmées. Les Égyptiens connaissaient les Akkas sous le nom qu'ils portent encore, car Mariette-Pacha l'a lu à côté du portrait d'un nain sculpté sur un monument de l'ancien empire1. Or, tout en leur accordant qu'ils ont pu explorer le bassin du Nil fort au delà des barrières qui nous arrêtaient naguère, rien, je crois, ne permet de supposer qu'ils aient atteint les affluents les plus méridionaux de ce fleuve, ou qu'ils se soient portés à l'ouest en franchissant le seuil qui sépare ce bassin de celui de l'OuelIé. 11 me paraît bien plus rationnel d'admettre qu'au temps d'Aristote les tribus akkas remontaient beaucoup plus au nord, et arrivaient jusqu'à la région marécageuse du grand fleuve. Leur refoulement vers le sud et l'ouest n'aurait rien de surprenant. En effet,

1 Hamy, Essai de coordination des matériaux récemment recueillis sur V ethnologie des Négrilles ou Pygmées, p. i\.

partout où nous suivons ces petites races, toutes les fois que les renseignements recueillis sur leur compte sont quelque peu multipliés, elles nous apparaissent comme ayant été, dans le passé, plus florissantes que de nos jours, comme ayant jadis occupé une aire géographique plus vaste et surtout plus continue.

Ce n'est pas devant les attaques d'animaux aériens ou terrestres que ces petits hommes reculent et que leurs communautés se fractionnent. Nous verrons, au contraire , qu'il en est parmi eux qui savent affronter et vaincre jusqu'à l'éléphant. Mais ils sont forcés de céder à des races humaines plus grandes, plus fortes. Ce sont en Afrique et en Mélanésie, les Nègres africains et papouas ; en Malésie les diverses races malaisiennes; dans l'Inde, les races qui, en se mêlant à eux, ont enfanté les populations dravidiennes. Partout où on les rencontre aujourd'hui on les voit en train de reculer et souvent de s'éteindre. Cetamoindrissement progressif a commencé il y a bien des siècles. Aujourd'hui, il n'y a plus de vrais Pygmées sur bien des points où ils dominèrent jadis. Bien souvent, quelques faibles tribus représentent seules le type pur. Mais même en disparaissant, ces petits Noirs ont laissé des traces dans les populations actuelles. Dans l'Afrique occidentale comme aux îles Philippines et dans les deux presqu'îles gangétiques, ils ont joué un rôle ethnologique parfois important en se croisant avec les races supérieures

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et en donnant naissance à des populatione métisses.

En somme, les anciens ont eu des renseignements plus ou moins inexacts, plus ou moins incomplets, mais aussi plus ou moins vrais, sur cinq populations de très petite taille, dont ils ont fait leurs Pygmées. Deux étaient placées en Asie, dans l'extrême sud-est du monde alors connu ; la troisièmeau midi, vers les sources du Nil; la quatrième, plus à l'est, mais non loin delà précédente; la cinquième, en Afrique encore, mais entièrement au sud-ouest, et dans une région où les Nasamons seuls paraissent avoir pénétré. Deux de ces groupes plus ou moins réduits, plus ou moins altérés par le métissage, sont encore en place en Asie. Les trois groupes africains se retrouvent, de nos jours, à une distance de la Grèce ou de Rome plus grande que ne l'admet la tradition, mais située à peu près dans la même direction. Les uns et les autres ne sont d'ailleurs que des fractions de deux races humaines bien caractérisées comme nègres, occupant, l'une en Asie, l'autre en Afrique, une aire considérable et comptant toutes deux, non seulement des tribus, des peuples distincts, mais même des sous-races.

Dès les premières années de mon enseignement au Muséum, j'ai proposé de réunir toutes les populations nègres de l'Asie, de la Malaisie et de la Mélanésie, caractérisées par la petitesse de la taille et la gracilité relative des membres, dans un ra-

meau Négrito1, opposé au rameau Papoua, auquel j'attribuais les Nègres orientaux de grande taille et de proportions souvent athlétiques. Les Australiens qui présentent à un haut degré les caractères d'une race mixte, et les Tasmaniens, qui forment à eux seuls une race distincte, restaient en dehors des deux groupes précédents2. J'ai lieu de penser que sous une forme ou sous une autre, cette division est aujourd'hui généralement adoptée.

De son côté, M. Hamy avait d'abord fait voir que, contrairement à l'opinion universellement adoptée, il existe dans l'Afrique occidentale des Nègres distingués du type classique par la forme racourcie de leur crâne3. En poursuivant cette ordre de recherches, il reconnut que ce caractère céphalique coïncide avec un amoindrissement sensible de la taille. Groupant, à ce point de vue, les observations res-

1 J'ai ainsi appliqué à la race entière le nom des petits Nègres des Philippines, appelés aussi Aëtas

2 De Quatrefages, Cours d'anthropologie du Muséum; Nègres asiatiques et mélanésiens, leçon rédigée par M. Jacquart, aide naturaliste ; Galette médicale de Paris, 1862. Dans cette leçon, je résumais ce que j'avais dit, à ce sujet, dans le cours de l'année précédente. Mais j'avais exposé les mêmes idées et établi cette division dans un cours antérieur. Avant moi, Crawfurd et Pickering étaient rentrés dans cette voie. Toutefois, le premier n'avait proposé qu'avec hésitation de distinguer les Nègres orientaux de petite taille. (On the Malayan and Polynesian languages and races ; Journal of the ethnological Society of London, t. I, 1848.) Le second confondait les Tasmaniens avec les Négritos. (The Races ofman, new éd., 1 85 ï , p. 5 et 175.)

3 Hamy, Note sur l'existence de Nègres brachycéphales sur la côte occidentale d' Afrique (Bullettin de la Société d'antropologie de Paris, 2 e série, t. VII, p. 210, 1872).

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tées jusque-là éparses et isolées, il montra que l'Afrique possède , comme l'Asie, un sous-type nègre, dont une stature remarquablement réduite constitue un des caractères les plus frappants ; que les petits Nègres, africains et asiatiques, si éloignés l'un de l'autre géographiquement, se ressemblent d'ailleurs par plusieurs autres traits anatomiques ou extérieurs; que ces deux groupes sont, en réalité, deux termes correspondants, à la fois géographiques et anthropologiques. M. Hamy proposa, pour l'ensemble des tribus naines africaines, le nom de Nègrilles1. Cette dénomination, qui a l'avantage de rappeler un des traits caractéristiques du groupe et les rapports qui l'unissent aux Négritos, sera, je pense, facilement acceptée par tous les anthropologistes.

1 Hamy, Essai de coordination des matériaux récemment recueillis sur V ethnologie des Nègrilles ou Pygmées de l'Afrique équatoriale.

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