‹ Les pygméesChapitre 125 sur 137 · THÉORIE MYTHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

THÉORIE MYTHOLOGIQUE

« malade, blessé ». Or, une blessure récente est couleur de sang, elle est rouge. Tsû, par extension, peut donc avoir la même signification. D'autre part, le verbegoa veut dire« se promener, approcher ». Goab, goam, est « celui qui se promène, celui qui approche ». Le premier sens s'applique fort bien au genou; le second peut être attribué au jour qui est sur le point de paraître. Les mots Tsûi-goab, Tsûi-goam doivent donc se traduire par « celui qui approche rouge ». C'est, dit M. Hahn, le rouge matin, le rouge point du jour, l'aurore.

Le même ordre d'idées conduit notre auteur à identifier avec la nuit le dieu que nous avons vu être l'adversaire de Tsûi-goa. De la racine o, « mourir », dérivent des mots signifiant « dormir, mort, sommeil », etc. La nuit tue, pour ainsi dire, tous les hommes qu'elle endort. L'être masculin qui la personnifie mérite donc bien d'être appelé Gaunam, c'est-à-dire le Destructeur.

M. Hahn regarde comme démontré que, dans l'origine, les mots Tsûi-goa et Gauna ont été employés seulement pour exprimer la succession du jour et de la nuit. Mais le sens primitif se perdit; le sentiment religieux et la mythologie se mirent à l'œuvre et enfantèrent la légende. Tous les soirs l'homme meurt et la nuit l'enveloppe ; il renaît au premier point du jour; il tourne ses yeux vers l'orient et voit le ciel teinté de rouge ; il en conclut qu'un combat a eu lieu et que le sa.ng a coulé. Ainsi a pris naissance l'histoire de la lutte entre

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Gaunab, l'habitant du ciel noir, et Tsûi-goa, qui a remporté la victoire au prix d'une blessure au genou.

Après avoir ramené Tsûi-goa à n'être que la personnification de l'aurore, M. Hahn, en employant la même méthode et grâce à des rapprochements qui me semblent parfois bien forcés, idendifie avec lui la plupart des divinités dont j'ai parlé. Pour lui, Khâb, Heitsi-eibib, Gurub, Nanub, etc., sont tous l'Etre infini, le seigneur de la lumière et de la vie. A peine fait-il une exception au sujet de Gurikhoïsib, le premier homme. Il paraît le regarder comme un personnage distinct, tout en admettant qu'ici le culte des ancêtres s'est fusionné avec celui de l'Être suprême. Il est à remarquer que dans ce mythe astronomique, tel que le comprend M. Hahn, le soleil, Urisis, ne joue qu'un rôle subordonné et devient la femme de la lune, Khâb, assimilée à Heftsi-eibib et à Tsûigoa.

En somme, on voit que M. Hahn appartient à l'école des mythologues, qui compte tant d'adeptes éminents en Europe et en France même. Comme Max Muller1, comme M. Alfred Maury2 il cherche dans la signification littérale du nom des divinités l'interprétation des mythes, il ramène tous les personnages du panthéon hottentot à un petit

1 Max Muller, Essais sur la mythologie comparée, traduit par M. George Perrot, 1873.

2 Alfred Maury, Histoire delà religion de la Grèce antique, 1859.

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