LIMITE OCCIDENTALE DES NEGRITOS
serve leur indépendance complète et sont restés purs de tout mélange aux Andaman (fig. 7), surtout dans les trois îles dont l'ensemble a été longtemps appelé la Grande-Andaman, jusqu'au moment où les Anglais ont choisi cet archipel isolé pour y placer un de leurs établissements pénitentiaires. Mais cela même nous a valu sur les Mincopies des renseignements nombreux et précis.
Abordons maintenant le continent asiatique et cherchons-y les traces de ces Négritos dont les colonies insulaires l'enserrent encore de Formose aux îles Andaman.
L'existence sur la terre ferme de véritables Nègres, c'est-à-dire d'hommes à teint noir et à cheveux laineux, a été niée, assez récemment encore, par quelques géographes éminents. Pourtant de nombreux témoignages évidemment dignes de foi ne permettaient guère de la mettre en doute. Dès 1820 le major Macinnes et Crawfurd décrivaient, comme présentant tous les caractères de la race, deux individus originaires du petit royaume de Kédah, dans la presqu'île de Malacca1. D'autres voyageurs ne tardèrent pas à confirmer ces détails, et Prichard, tout en combattant une
1 Hamy, Sur les rases sauvages dj la péninsuh malxisz et en particulier sur les Jakuns {Bulletin de la Société d' anthropologie, 2e série, t. IX, p. 716). Pour les détails bibliographiques, je renvoie le lecteur à ce travail et aux Crania ctbnica, p. 191.
théorie sur laquelle j'aurai à revenir, admet que les Samangs, Simangsou Sémangs de cette région sont bien de vrais Nègres.
La description qu'Anderson, ancien secrétaire du gouvernement de Pinang, a faite de l'un d'eux, est des plus caractéristiques. Cet individu, âgé de trente ans, ne mesurait que i m, 441; ses cheveux étaient laineux et divisés en touffes; sa couleur était d'un noir de jais luisant, ses lèvres épaisses, son nez aplati, son ventre proéminent. L'auteur ajoute qu'il ressemblait exactement à deux indigènes des Andaman qu'il avait vus précédemment1. Ces Sémangs ne sont donc pas seulement des Nègres, ce sont en outre de vrais Négritos. Au reste cette opinion est aujourd'hui adoptée par tous les anthropologistes qui se sont quelque peu occupés de cette question. Seulement on doit faire des réserves au sujet de la pureté du sang et admettre que chez les Sémangs, comme chez les tribus analogues, le type est souvent altéré par le métissage.
Au sud de Kédah, se trouvent d'autres tribus sauvages dont les caractères ont été décrits de diverses manières par les voyageurs. Ces incertitudes s'expliquent. Ici, comme aux Philippines et ailleurs, la race nègre s'est croisée avec des populations d'origines différentes, et il en est résulté de
1 Anderson, The Semang and Sakai Tribes of the Malay Peninsula (Journal ofthehdian Archipelago, vol. IV, 425).