ANCIENNETÉ DES NEGRITOS
des circonstances exceptionnelles, une race inférieure peut se glisser sur une terre déjà occupée par des ennemis plus forts qu'elle et s'y maintenir, il est impossible d'admettre que ce fait ce soit produit sur une multitude de points en s'accompagnant partout de circonstances identiques. En voyant à peu près toujours les Négritos confinés dans les montagnes et dans l'intérieur des îles dont d'autres races occupent les plaines et les côtes, il est difficile de ne pas les considérer comme ayant été les premiers occupants.
Le continent présente des faits tout semblables dans l'Annam et à Malacca. Laissons de côté la première de ces régions sur laquelle nous n'avons que des renseignements incomplets. A Malacca la plupart des Négritos sont plus ou moins métissés. Moins féroces ou plus faibles, leurs envahisseurs se sont croisés avec eux; mais le sang nègre s'y montre encore avec toutes les apparences de la pureté chez un assez grand nombre d'individus, et nous avons vu qu'il existe encore des petits groupes qui paraissent être exempts de mélange. Des faits analogues se retrouvent dans l'Inde. Pourtant ici le croisement remonte probablement bien plus haut, et s'est en outre accompli dans des conditions plus compliquées.
Les résultats du métissage ne se montrent pas à beaucoup près toujours dans l'Inde avec l'espèce de régularité que je signalais plus haut. Chez l'homme comme chez les animaux le croisement
sans règles et livré au hasard semble avoir ses caprices. Tantôt les caractères opposés s'atténuent réciproquement, tantôt ils se juxtaposent. Il en est qui s'effacent plus aisément que les autres. Ainsi, la chevelure laineuse disparaît souvent sans que la couleur delà peau soit peu ou point changée. Pour M. Montano comme pour Semper, les Nègres à cheveux lisses de Luçon dont parlent les vieux auteurs espagnols ne sont que des métis d'Aëtas et de Tagals, tels qu'on les voit de nos jours. Tous les autres caractères peuvent présenter des fait analogues.
Ce qui s'est produit à Luçon a dû se produire à plus forte raison dans l'Inde, où le mélange est plus ancien et s'est accompli sur une bien plus grande échelle entre des éléments ethnologiques beaucoup plus nombreux et divers. Là aussi la chevelure laineuse a dû disparaître dans une foule de tribus, laissant comme trace du type fondamental, tantôt sur la masse de la population, tantôt chez des individus plus ou moins nombreux, certains traits du visage, la couleur du teint, la petitesse de la taille, la forme de la tête1. Les croisements suc-
1 Les trois premiers caractères sont signalés chez un grand nombre de populations dravidiennes et se retrouvent au même degré dans d'autres que l'on ne comprend pas sous la même dénomination, parce qu'elles ne parlent pas une langue de ce nom. Le défaut de pièces d'études ne permet pas d'être aussi affirmatif pour le quatrième. On a vu plus haut que la tête négrito se retrouve en plein Bengale chez des populations parlant une langue aryano-indienne. Toutefois,