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NÉGRITO-PAPOUS ET PAPOUAS

et placés dans des conditions de bien-être qu'ils n'avaient jamais connues, gagnent rapidement. Leurs membres mignons se régularisent, deviennent ronds et comme polis; enfin la vivacité, la grâce des mouvements compensent ce que la face conserve de trop caractéristique.

La confusion regrettable que je signalais tout à l'heure est cause que l'on n'a pas recherché les traits différentiels qui peuveut distinguer les Négrito-Papous des vrais Papouas, au point de vue de l'état social, des mœurs, des croyances, des industries. Wallace et Earl vont jusqu'à dire que, grands ou petits, les Papouas n'ont qu'une manière de vivre. Cette assertion m'a toujours paru quelque peu difficile à admettre, et les renseignements qui commencent à nous parvenir justifient de plus en plus mes doutes. Toutefois, dans l'état actuel de nos connaissances, il serait bien difficile de faire avec quelque certitude le départ de ce qui appartient à chacune de ces deux races, d'autant plus qu'elles ont dû souvent se croiser et donner naissance à des tribus métisses 4.

1 Les tribus visitées par M. Comrie dans le voisinage de la baie de l'Astrolabe me paraissent être dans ce cas. Sur quatorze crânes recueillis, un seul était sous-brachycéphale ; les autres étaient dolichocéphales. Mais la taille, sur vingt individus mâles mesurés, était en moyenne de 1 m ,553 seulement et descendait jusqu'à lm ,321. Ces nains ne pouvaient être ni des Papouas ni des métis de Polynésiens. Seul le sang négrito a pu abaisser à ce point la stature. La dolichocéphalie jointe à cette petite taille est un exemple de cette juxtaposition de caractères sur laquelle j'ai souvent insisté d'une manière générale et

Q u atrefages, Pygmées. y

Les Négritos proprement dits nous sont bien plus connus que les Négrito-Papous. Dès le temps du moyen âge, les Arabes, et sans doute les Chinois avant eux, savaient que les îles Andaman étaient habitées par des hommes noirs et à cheveux crépus1. A leur arrivée aux Philippines, les Espagnols y trouvèrent les Aëtas, que nous savons aujourd'hui être de la même race que les Mincopies2. Depuis cette époque, à mesure que l'on a

que M. Montano a constatée chez les métis de Négritos, comme je le dirai plus loin. (Anthropologie al notes on New Guinea, by Dr Comrie; Journal of the anthropologie al Institute, vol. VI, p. 102.) Parmi les ouvrages à consulter sur cet ensemble de questions, je signalerai particulièrement les deux Mémoires de M. Mantegazza : Studi antropologici ed etnografici ziilla Nuova Guinea (Archivio per Y antropologia et la etnologia, t. VII, 1877) et Nuovi studi craniologici sulla Nitova Guinea (Archivio, t. XI, 1881). Dans le premier de ces Mémoires M. Mantegazza défendait encore la cause de l'unité ethnologique de tous les Nègres néo-guinéens. Il avait été depuis converti à la dualité des races par la seule vue de la collection craniologique rapportée par M. d'Albertis, et avait fait connaître ses nouvelles convictions dans une note adressée à la Société d'anthropologie de Paris (Bulletin, 3e série, t. III, p. 214).

1 Récit de Soleyman recueilli par Abou-Zeyd-Assam, (Relation des voyages faits par les Arabes et les Persans dans l'Inde et la Chine dans le IXe siècle de l'ère chrétienne. Texte arabe par Langlès, 181 1; traduction et éclaircissements par Reynaud, 1849.)

2 Ce nom, donné aux habitants des Andaman, a donné lieu à bien des hypothèses. Dans mes premières publications, j'avais cru en trouver l'origine dans le vocabulaire recueilli pour Colebrooke. Ce voyageur assure que les insulaires appelaient leur pays Mincopie. Il m'avait paru évident que de l'île ce nom était passé aux habitants. (On the Andaman islands, by Dr R. H Colebrooke; Asiatic Researches, vol. IV, 1799, p. 385 ; cité dans mon Mémoire sur les Mincopies.) Mais M. Man affirme que ce mot n'existe dans aucun des dialectes parlés

mieux connu les îles malaises et les deux presqu'îles indiennes, on a vu s'étendre et se multiplier les points habités par ces petits Nègres, on a acquis sur leur compte des renseignements de plus eu plus précis, et il est possible aujourd'hui de se faire une idée générale de la race ainsi que des variations que présentent ses tribus les plus distantesl'une de l'autre.

Constatons d'abord que ces variations sont très faibles au point de vue du caractère qui nous intéresse le plus, à raison du point de vue spécial qui nous a amenés à ces études. Partout les Négritos présentent une taille assez peu élevée pour être placés parmi les plus petites races humaines. Depuis longtemps les témoignages unanimes de divers voyageurs ne pouvaient guère laisser de doute sur ce point. Mais ils s'en étaient tenus d'ordinaire à des appréciations générales et vagues. Nous possédons, au contraire, aujourd'hui des mensurations précises et suffisamment nombreuses pour trois des principales stations de la race, sevoir Luçon, les Andaman et la presqu'île de Malacca.

aux Andaman. Il indique comme étant les seules locutions, dont le son se rapproche de celui du nom généralement adopté, celle de kâmin kâpi (qu'il traduit par stand here), et de min kaïch (corne here). Les indigènes prononcent souvant ces dernières paroles; les Européens les auraient adoptées pour désigner ceux qui s'en servaient. (On the aboriginal inhabitants of the Andaman islands, by T. H. Man, p. 3.) Ce livre est la réimpression des articles précédemment publiés dans le Journal of the anthropologie al Institute, 1883.

PYGMEES ORIENTAUX

Deux voyageurs français, MM. Marche et le docteur Montano \ ont visité Luçon et en ont mesuré les Aëtas indigènes : le premier, à Binangonan de Lampon sur la côte du Pacifique; le second, dans la Sierra de Marivelès.

Maximum. Minimum. Moyenne.

im,472 I im,354 I im,397 im,376 I im,3io I im ,336

im,575 I im>425 I im ,485 im ,485 I im,35o I im ,431

Ges nombres semblent indiquer que la population montagnarde est en moyenne un peu plus grande que les tribus du littoral. Mais peut-être la différence tient-elle seulement à ce que M. Montano, ayant pu mesurer un plus grand nombre

iv* m u (7 hommes.

M. Marche I r

( 3 femmes.

ikjf 1 rw n ji à i 18 hommes M. le Dr Montano. 1 r

( 12 femmes.

1 MM. Marche et Montano avaient reçu du Ministère de l'instruction publique deux missions scientifiques distinctes pour les Philippines. Tous deux s'en sont acquittés d'une manière remarquable.

M, Marche s'est borné à explorer Luçon. La collection qu'il en a rapportée est d'un grand intérêt pour la zoologie et l'anthropologie. Ce qui en a été exposé dans une des salles de la Société de géographie a vivement attiré l'attention par la variété des objets qui la composaient, par l'importance ethnographique de plusieurs d'entre eux.

M. Montano, après avoir séjourné quelque temps aux environs de Manille, est passé à Mindanao dont il a exploré quelques-unes des régions les moins connues. Lui aussi a rapporté des collections fort importantes à plusieurs points de vue. En outre, il a envoyé à la Société de géographie un ensemble d'observations, de notes, d'itinéraires, de cartes, qui ont mérité à ce voyageur le prix Logerot (médaille d'or), qui lui a été décerné dans la séance publique du 28 avril 1882, à la suite d'un rapport fait par M. le Dr Hamy.

d'individus, s'est rapproché davantage delà réalité1. Quoi qu'il en soit, on voit que la moyenne générale des Aëtas philippins, hommes et femmes, est d'environ im,4l3-

Passons maintenant à l'autre extrémité de l'aire maritime des Négritos.

Lorsque j'ai publié mes premières études sur des Mincopies,le nombre des mensurations prises sur ces insulaires n'était que de cinq , et donnaient pour maximum im, 480, pour minimum im, 370, et pour moyenne im,4}6. Depuis cette époque, M. Flower, a cherché à déterminer la taille des Mincopies d'après l'examen de dix-neuf squelettes d'hommes et de femmes2. Les résultats ont été confirmés d'une manière remarquable par les mesures directes prises par M. Brander sur quinze hommes et autant de femmes3. Enfin M. Man a publié les mensurations détaillées prises sur quarante-huit hommes et quarante-une femmes4.

1 Dans la note qu'il a bien voulu me remettre, M. Montano fait remarquer que, sur les 18 hommes mesurés par lui, 5 seulement dépassaient im,500.

2 Flower, On the osteology and affinities of the natives of the Andaman islands (Journal of the anthropological Insiitnte, vol. IX, p. 108). M. Flower est revenu depuis sur le même sujet dans ses Additional observations on the osteology of the natives of Andaman islands (ibid.,t, XI V, p. 115).

3 Stature of the Andamanese, note de M. Flower faisant connaître les résultats de M. C. E. Brander ( Journal of the anthropological Institute, vol. X, p. 124). Le travail de M. Brander a paru dans les Proceedings of the royal Soicety of Edinburgh, 1878-1879, p. 416.

4 Man, loc. cit., appendix C, p. 188.

PYGMEES ORIENTAUX

Voici le tableau des nombres obtenus par ces deux méthodes :

M. Flower .

M. Brander.

M. Man. . .

Maximum.

Minimum.

Moyenne.

1 hommes .

Im ,385

im,448

' ( femmes. .

Im ,481

Im ,302

im>375

i 15 hommes..

im,562

im,4o8

im ,476

f 15 femmes. .

im ,441

im,3o8

im,$66

( 48 hommes.

im .598

im ^367

im,484

( 41 femmes. .

im ,496

im ,343

im,397

On voit que le désaccord est peu considérable. Dans les moyennes il ne s'élève qu'à om,03Ô pour les hommes et à om,03 1 seulement pour les femmes. En outre, dans les maxima et les minima, les nombres les plus accusés s'entre-croisent. Ils tiennent donc à la différence réelle des tailles et non à la méthode inductive suivie par l'un des auteurs. On peut donc attribuer aux nombres de MM. Flower, Brander et Man à peu près la même valeur i.

Si l'on fait abstraction des sexes, et que l'on calcule la moyenne générale, on trouve, pour la population des Andaman prise en masse, la taille de im,358, supérieure de om,055 seulement à celle des Aëtas.

Les premiers renseignements précis relatifs à la taille des Négritos de la presqu'île de Malacca ont été donnés par le major Macines et reproduits par Crawfurd2. Bien plus récemment, le célèbre

1 L'anatomiste anglais n'a pas donné le nombre des squelettes pour chaque sexe.

2 Crawfurd, History of 'the Indian Archipelago, vol. I, p. 23. La taille assignée par Macines à l'individu unique examiné par lui est de lm ,445.

voyageur russe M. Micluko-Maclay a publié, sur ces populations, un travail que j'ai le regret de connaître seulement par l'analyse qu'en a donnée M. Giglioli1. Enfin, MM. Marche et Montano ont recueilli de nouvelles mesures d'autant plus intéressantes que ces voyageurs ont eu soin de faire connaître le nom des tribus diverses qui les leur ont fournies2. Les tableaux suivants présentent l'ensemble de ces données, à l'exception de l'observation de Macines, qui, ne portant que sur un seul individu, perd aujourd'hui son ancienne importance.

Maximum.

Minimum.

Moyenne.

M. Micluko-Maclay.

( hommes3.. .

'( femmes. . .

1 Im ,620

1 im,48o

I im,46o

1 Im,400 |

im,54o 1 im,440

| 10 Sakaïs 4. .

1 im,7°5

1 Im,462 |

im,=,84

1 Nuove notifie sui popoli negroidi delV Asia e specialmente sui Negriti. Le Mémoire de M. Micluko-Maclay, intitulé : Ethnologische Excursionen in der Malayischen Halbinsel, a paru comme extrait du Natuurkmdig Tijdschrift de Batavia. (Archivio pcr l'antropologia e la etnologia, t. IX, P. I73-)

2 M. Marche n'a pas publié, que je sache, les nombres qu'il avait bien voulu me communiquer. Ceux qu'a recueillis M. Montano ont paru dans un Mémoire intitulé : Quelques jours che% les indigènes de la presquîle de Malacca (Revue d'ethnologie, 1882, t. I, p. 42).

3 L'analyse de M. Giglioli ne donne ni le nombre des individus ni leur provenance.

Ici les moyennes ne sont pas prises, comme les précédentes, sur l'ensemble des observations que je ne connais pas. Elles expriment seulement le nombre intermédiaire entre les maxima et les minima.

4 Les observations de M. Marche ont été recueillies à Nogen-Bara, dans la province de Pérak. Elles n'ont porté que sur des hommes adultes.

M. Montano i. .

12 Manthras.

8 Knabouis .

2 Udaïs. . .

2jakouns. .

im,^8o im,578

im,545 im ,550

Minimum. Moyenne.

Im ,330

im,455 im,39o im,525

D'après ces nombres, la taille moyenne générale de ces diverses tribus serait de im,507, supérieure par conséquent de om,094 à celle des Aëtas et de om, 149 à celle des Mincopies. Ces derniers sont les plus petits des Négritos.

Il est intéressant de comparer au point de vue de la taille des diverses races humaines qui ont mérité Tépithète de naines. Les Lapons ont longtemps passé pour être les plus petits hommes. Mais Capel Brooke, qui a longtemps séjourné chezeux, et mesuré plusieurs individus, leur attribue une taille moyenne de im, 550, supérieure, on le voit, à celle de l'ensemble des Négritos2. Au contraire, celle des Boschismans mesurés par Barrow descend à im,370 chez les hommes, à im,220 chez les femmes, et est ainsi inférieure à celle des Mincopies eux-mêmes3. Ajoutons que ce voyageur a mesuré

1 J'ai réuni dans ce tableau les mesures prises sur les deux sexes. M. Montano en a publié un autre dans lequel la taille des hommes et des femmes est indiquée à part pour les Manthras et les Knabouis. Il n'a mesuré qu'une femme chez les Udaïs, et aucune chez les Jakouns. (Revue d'ethnographie, t. I, p. 42 et 43.)

2 Voyage en Suéde , en Norvège, enFinmark et au cap Nord (Bibliothèque des voyages, t. XLV, p. 243), et Transactions of thé ethnologicaî Society, n. s., vol. V, p. 1.

3 Histoire générale des voyages, par Walckenaer, t. XVII, p. 308.

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