INFLUENCE DU CROISEMENT IO
une femme mère de plusieurs enfants, et qui n'avait que im,i40.
On voit qu'au point de vue de la petitesse, les trois races dont il s'agit s'échelonnent dans Tordre suivant : Boschismans, Négritos, Lapons. Mais peut-être les Négrilles du Congo descendent-ils encore au-dessous des Boschismans. Le Dr Wolff qui vient de les retrouver sous le nom de Batouas dans le pays des Bahoubas, assure qu'aucun de ces nains ne dépasse im,4o et leur attribue seulement im,30 comme taille moyenne1.
Dans l'étude de ces petites populations, il faut tenir compte aussi de l'influence exercée par le croisement. Une des photographies que je dois à M. de La Croix est instructive à ce point de vue2. Elle représente sept Sakays pris en pied. Trois d'entre eux ont des cheveux lisses, les autres ont une chevelure plus ou moins laineuse. Or ceux-ci sont de beaucoup plus petits que les premiers; entre les deux extrêmes, la différence est de près du dixième. Ceci nous apprend que le type négrito est altéré dans cette tribu par le mélange avec un autre élément ethnique à taille bien plus élevée.
Ce fait, que Ton constate d'un coup d'œil, explique la différence que MM. Marche et Montano ont trouvée entre le maximum et le minimum de
1 La Galette géographique, 1887, p. 153.
2 Les deux photographies que je tiens de ce voyageur ont été prises par M. de Saint-Pol Lias, dont il était le compagnon.
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taille dans la tribu que je viens de nommer et chez les Manthras. Cette différence est de om,2^ chez les premiers, de on\2^o chez les seconds. On ne voit rien de semblable chez les Aëtas et les Mincopies restés purs ou à peu près purs. Ici la même différence n'atteint que om, 117, om, 118, om, 150, om, 133 et om,i54 d'après les mesures prises sur le vivant.
Enfin, dans toutes ces tribus insulaires ou continentales, les minima se rapprochent beaucoup; et même la taille la moins élevée a été rencontrée chez les Manthras. De ceux-ci aux Aëtas mesurés par les voyageurs français et aux M incopies de MM. Brander et Man, la différence est seulement de 24, 95, 67 et 78 millimètres.
La conséquence de tous ces faits est évidemment qu'à Malaccales Négritos primitifs n'avaient pas la taille plus élevée que les Aëtas et les Mincopies1.
Nos connaissances sont bien moins avancées en ce qui touche les Négritos de l'Inde. Ici le métissage a fait disparaître la souche primitive sur de si larges espaces que, jusqu'à ces derniers temps, bien des savants ont nié l'existence devrais Nègres dans cette contrée. Les observations de
1 Pour avoir des termes de comparaison plus précis, je n'ai tenu compte, dans les considérations qui précèdent, ni des mesures calculées par M. Flower, ni des femmes mesurées par divers observateurs, ni des Udaïs et desjakouns, dont M. Montano n'avait mesuré que deux individus.
NÉGRITOS DE L'iNDE IO7
plusieurs voyageurs anglais1, celles de M. Rousselet2, doivent pourtant avoir levé les derniers doutes. Elles nous apprennent que quelques rares représentants de ce type primitif subsistent encore à Tétat de pureté, et forment même des tribus entières, mais seulement dans les lieux les plus inaccessibles et les plus insalubres. Malheureusement les renseignements recueillis sur leur compte se réduisent à bien peu de chose. L'individu, entrevu par notre compatriote et dont il a rapporté le portrait, s'enfuit pendant la nuit, terrifié par le commencement d'étude dont il était l'objet. Les observateurs anglais, qui ont pu les examiner plus à loisir, n'ont recueilli que fort peu de détails. Parfois même ils ne disent rien de la chevelure, et les planches seules nous renseignent à cet égard.
M. Rousselet n'a pas manqué, au contraire, de signaler les boucles laineuses qui cachaient en partie le front de son Bandar-lokh 3. Ce caractère,
1 Je citerai surtout les travaux de MM. Justice Campbell, The ethnology of India (Journal of the Asiatic Society, vol. XXXV, p. 2, supplementary number); Dalton, Descriptive ethnology of Bengal; Fryer, A few words concerning the hill people inhahiting the for est s ofthe Cochin state (Journal of the royal Asiatic Society of Great Britain and Ireland, 2e série, t. III), etc. Parmi les planches reproduisant des photographies qui accompagnent ces publications, plusieurs reproduisent des individus dont les caractères négritos frappent au premier coup d'œil.
2 Rousselet, Tableau des races de l'Inde centrale (Revue d'anthropologie, t. II, p. 276), avec une planche et une carte.
3 Littéralement homme-singe. C'est le nom que donnent à ces Négritos les tribus voisines. Elles les nomment aussi Djangâl ou hommes des jungles, terme qu'ils appliquent à toutes les populations plus
le plus important de tous quand il s'agit de la race nègre, atteste la pureté du sang de l'individu, bien que la peau fût d'un noir roux1.
La taille de cet individu, dit M. Rousselet, était à peine de im,50. Les Puttouas mesurés par un officier anglais atteignaient im, 57, mais leurs femmes n'avaient que im,2o,i.
D'après Dalton, la taille des Jouangs à teint noir et a cheveux frisés est de 1^525 chez les hommes, de 1 111 , 4 1 6 chez les femmes; de 1 m? 5 7 au plus chez les Oraons;elle retombe à im, 52 5 chez les Bhûihers qui, par l'ensemble de leurs caractères, lui rappellent les Andamaniens. Ce dernier chiffre revient bien souvent dans la description d'autres tribus plus fortement métissées. La moyenne de tous ces nombres est 1 m,488 au plus. On voit que cet ensemble de populations nous ramène aux mêmes chiffres que les groupes précédents.
Les différences de taille, qui s'expriment en chiffres, peuvent être rendues sensibles pour tout
sauvages qu'elles-mêmes. Enfin le village visité par l'officier anglais appartenait aux Puttouas, ou peuple des feuilles. Les Indiens plus ou moins civilisés les nomment ainsi par suite de la coutume qu'ont leurs femmes d'employer pour tout vêtement deux paquets de feuilles fraîches flottant, l'un devant, l'autre derrière. (Rousselet, loc. cit.) Ce trait de mœurs se retrouve aux Andaman, chez les Mincopies.
1 L'affaiblissement de la teinte noire s'explique aisément par les tristes conditions d'existence dans lesquelles vivent ces tribus depuis un temps immémorial. On sait que le teint du Nègre africain pâlit dans la maladie.
le monde. Il n'en est pas de même des autres caractères, tels que les proportions générales du corps, les traits du visage...
J'ai sous les yeux les photographies que je dois au colonel Tytler, et qui représentent en pied sept insulaires des Andaman1; les phototypies publiées par M. Dobson, qui reproduisent également en pied et groupés de diverses manières seize indigènes des mêmes îles2; celles qu'a publiées M. Man et qui comprennent douze individus3; vingt photographies de ces mêmes Mincopies que le Muséum doit à M. Maxwell; trentesix photographies de M. Montano, montrant les traits de quarante-huit Aëtas hommes ou femmes, jeunes ou adultes, purs ou métis (fig. 16 et 17); enfin les deux photographies de M. de Saint-Pol Lias, prises sur neuf Sakays de Malacca, et que son compagnon de voyage, M. de la Croix, a bien
1 Ces deux photographies représentent un homme adulte, un jeune garçon et cinq femmes ou jeunes filles. Dans l'une, tous les individus sont nus; dans l'autre, ils sont vêtus d'une blouse fermée au cou et serrée à la taille par une ceinture. Quelque simple que soit ce vêtement, il suffit pour enlever à ces personnages une partie de ce qu'ils ont d'étrange à l'état de nudité, malgré leurs têtes entièrement rasées.
2 On the Andaman and Andamanese, by G. E. Dobson ; Journal cf the anthropological Institutc, vol. IV, p. 457, pl. XXXI, XXXII et XXXIII. Ces phototypies représentent cinq hommes, sept femmes et quatre jeunes filles. Les photographies originales, comme celles du colonel Tytler, ont été prises dans la partie méridionale de ce que l'on a appelé longtemps la Grande-Andaman, et que l'on sait aujourd'hui se composer de trois îles séparées par d'étroits canaux.
3 On the aboriginal inhabitants of the Andaman islands, 1883.
IIO PYGMÉES ORIENTAUX
voulu me communiquer1. Jamais pareille masse
Fig. 16. — Jeune fille aëta, d'après une photographie de M. Montano.
1 M. de Saint- Pol Lias et M. de La Croix avaient été chargés d'une mission scientifique par le Ministère de l'instruction publique. M. de La Croix doit publier sous peu ses observations sur les populations dont
TRAITS D U VISAGE I l 1
de documents authentiques n'avait été réunie. En
Fig. 17. — Aëta, d'après une photographie de M. Montano.
il s'agit ici. J'ai d'autant plus à le remercier d'avoir bien voulu mettre à ma disposition ces photographies et 'des notes dont j'aurai à me servir plus tard.
les discutant, je prendrai pour terme de comparaison les Mincopies qui, par suite d'un isolement prolongé jusqu'à nos jours, ont certainement conservé une pureté ethnique bien rare même chez les populations les mieux protégées en apparence contre l'infiltration de tout sang étranger.
Les îles Andaman étaient connues des Arabes dès le ixe siècle1. Mais la réputation de barbarie et de cannibalisme faite à leurs habitants en avait toujours écarté les voyageurs. Les mêmes motifs, et sans doute surtout l'absence du cocotier, que l'on n'a rencontré nulle part dans ce petit archipel, a empêché les Malais de l'envahir comme les Nicobar. Marco Polo, dont les voyages remontent à 1 273-1295, en avait entendu parler et a donné sur ses habitants quelques détails qui ne renferment que des erreurs2. A partir du célèbre voyageur vénitien jusqu'à la fin du xvme siècle, je ne crois pas qu'il ait été fait mention de ces insulaires. En 1790, les Anglais essayèrent d'y fonder un établissement pénitentiaire (Fort Cornwallis), qui fut bientôt abandonné. Ce projet fut repris et exécuté seulement en 1857. Le nouvel établissement (Port Blair) amena sur les lieux de nombreux
1 Relation des voyages faits par les Arabes et les Persans dans le IXe siècle de l'ère chrétienne, texte arabe d'Abou-Zeyd-Hassan, imprimé par Langles, 18 1 1 ; traduit par M. Reynaud, 1849.
2 Recueil de voyages et de Mémoires publié par la Société de géographie, t. I. — Voyage de Marco Polo, d'après un manuscrit français delà Bibliothèque royale.
TYPE MINCOPIE I 13
observateurs, parmi lesquels il n'est que juste de mentionner d'une manière toute spéciale le docteur Mouat1 et M. Man. Des cartes, des dessins, des photographies, des têtes osseuses, des squelettes entiers, arrivèrent en Europe et furent étudiés entre autres par MM. R. Owen 2 et G. Busk 3 en Angleterre, par Pruner-Bey 4 et par moi-même en France5. J'ai exposé cet historique avec détail dans mon Étude sur les Mincopies (fig. 4).
Ce qui frappe tout d'abord lorsque l'on examine les vingt-trois portraits mincopies, c'est la grande ressemblance des proportions du corps, des traits du visage, et la presque identité des physionomies. Il n'y a rien d'étrange dans ce fait. Isolés du monde entier pendant de longs siècles, ne se mariant qu'entre eux, soumis aux mêmes conditions d'existence, les insulaires de la Grande-Andaman se sont uniformisés, comme s'uniformise une race animale surveillée par un éleveur soigneux. Les deux sexes menant d'ailleurs exactement le même genre de vie, il n'est pas surprenant de voir dis-
1 A narrative of an expédition to the Andaman islands in 1857, by F. S. Mouat, esq., 1862.
2 On the psychical and physical characters of the Mincopies or natives ofthe Andaman islands (Report of the British Association, 1 861, p. 241). — On the osteologv and dentition ofthe aborigines ofthe Andaman islands (Transactions ofthe ethnological Society, n. s., vol. II, p. 34,' 1863).
3 Description of two Andamanese skulls (Transactions of the ethnological Society, n. s., 1866, p. 205).
4 Bulletin de la Société d'anthropologie, 1866, p. 12.
5 Etude sur les Mincopies (Revue d'anthropologie, t. I).
Q.U atrefages, Pygmées. 8
paraître bien des différences qui distinguent ailleurs Thomme de la femme.
Les mesures, nécessairement quelque peu approximatives, prises sur la jeune fille placée au milieu d'un des groupes de M. Dobson m'ont donné un peu plus de sept têtes pour la hauteur totale du corps. C'est aussi ce que j'avais trouvé en étudiant le portrait de John Andaman, publié par M. Mouat Sous ce rapport, les Mincopies se rapprochent du Terme égyptien mesuré par Gérard Audran2; et, comme leur tête est en même temps élargie, il en résulte qu'elle est forte relativement au reste du corps.
Le même caractère se retrouve chez les Aëtas. Je n'ai pu mesurer, il est vrai, qu'un seul des individus photographiés par M. Montano, les autres ayant tous la tête couverte d'une chevelure par trop abondante. Chez lui, la hauteur totale serait à peine égale à sept têtes. Autant que l'on peut en juger, il en est à peu près de même des Sakays de M. de Saint-Pol.
Il n'y a là rien qui puisse surprendre. Quételet a fort bien démontré que, chez nous, le rapport
1 Sélection of the Records of the Government of India, n° XXV. The Andaman Islands. Préface, p. xi et frontispice.
2 D'après le célèbre artiste, ce Terme a 7 têtes. L'Apollon pythien, qui représente l'autre extrême des mensurations prises par Audran, a 7 ^ têtes. On sait qu'Audran partageait la tête en quatre parties égales divisées elles-mêmes en douze minutes. Pour rendre ses résultats plus comparables, j'ai réduit toutes ces fractions au même dénominateur.