SQUELETTE
Les proportions de tous les os comparés les uns aux autres, la forme du bassin, etc., rapprochent l'ensemble de ce qui existe chez l'Australien ou le Nègre. Toutefois la discussion des nombres publiés par Owen a conduit Broca à faire une remarque curieuse. Si la longueur de l'humérus est représentée par 100, celle du radius l'est par 81,53 et celle de la clavicule par 42. Par le premier rapport le Mincopie diffère de l'Européen plus que n'en diffère le Nègre; par le second, il diffère du Nègre plus que l'Européen lui-même i.
lien est tout autrement delà tête. L'Australien et le vrai Nègre d'Afrique sont dolichocéphales; tous les Négritos sont plus ou moins brachycéphales comme je l'ai déjà dit (fig. 2, 5, 12, 1 5 et 18). Ce caractère se retrouve donc chez les Mincopies2. 11 est associé à d'autres qui donnent à la tête osseuse un cachet tout spécial et permettent souvent de la distinguer au premier coup d'œil. En outre, les différences sont aussi peu tranchées dans le squelette que chez les vivants. M. Flower a insisté sur cette ressemblance et déclare que, dans aucune autre race, il ne serait possible, à moins de faire un choix inten-
1 Rapport sur les caractères physiques des Mincopies (Bulletin de la Société d'anthropologie, 1 86 1 , p. 497).
2 Nous avions trouvé, M. Hamy et moi, comme indice horizontal des Andamaniens, 82,38 pour l'homme, 84 pour la femme. Les mesures de M. Flower, prises sur un nombre de têtes bien plus nombreuses, le réduisent à 80,50 et à 82,70. On voit que la différence entre les deux sexes reste à peu près la même, et que la femme est plus brachycéphale que l'homme.
tionnel et raisonné, de rencontrer un aussi grand nombre de têtes semblables les unes aux autres. Il est clair que les causes indiquées plus haut ont
uniformisé les caractères ostéologiques aussi bien que les traits extérieurs.
La tête du Mincopie, quoique forte relativement à la taille des individus, est très petite, absolument
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parlant *. Vu de face et surtout par derrière, le crâne est très sensiblement pentagonal. La face a quelque chose de massif, ce qui tient surtout à l'écartement des arcades zygomatiques, au peu de profondeur de la fosse canine et à la direction de l'apophyse montante du maxillaire. Au lieu de se contourner de manière à relever et à rétrécir la charpente du nez, celle-ci se dirige droit vers le haut. Par suite, l'espace interorbitaire est considérablement élargi, et les os du nez ne peuvent se joindre que sous un angle très ouvert. On voit que la forme et la disposition de ces parties osseuses commandent et expliquent les caractères extérieurs signalés plus haut. M. Flower a insisté comme je l'avais fait sur ce que ces traits de la face osseuse ont de tout particulier. Chez les Aêtas purs, ils se retrouvent aussi marqués que chez les Mincopies.
1 La capacité crânienne est, d'après M. Flower, de 1244 centimètres cubes seulement chez les hommes, de 1128 centimètres cubes chez les femmes. Broca avait trouvé des nombres plus élevés ; mais il n'avait que sept têtes à sa disposition. Le même observateur donne comme moyenne de la capacité crânienne chez cent vingt-quatre Parisiens modernes, les nombres de 1558 centimètres cubes pour les hommes et 1337 centimètres cubes pour les femmes. La moyenne la plus basse qu'il ait rencontrée est celle des Nubiens (1329 et. 1298 centimètres cubes). On voit que les Mincopies, comme le pense M. Flower, seraient au dernier rang des races humaines sous ce rapport. Mais les observateurs n'ont cité que les chiffres bruts trouvés par eux; ils n'ont pas tenu compte de la taille. Or, on sait que le poids du cerveau croît et décroît presque proportionnellement à la hauteur du corps et il ne peut guère qu'en être de même de la capacité de la boîte qui renferme l'encéphale.
Après avoir longuement et minutieusement étudié vingt-quatre têtes osseuses de Mincopies, M. Flower écrivait : « Mon impression actuelle est que je ne manquerai jamais de reconnaître pour ce qu'il est le crâne d'un Andamanien de pure race, et que jamais je n'ai vu un seul crâne, venant d'une autre partie du monde, que je pusse attribuer à un de ces insulaires1. » Ces paroles de l'éminent anatomiste anglais feront comprendre comment on peut poursuivre et reconnaître ce type, même bien loin des lieux où il a conservé sa pureté. Les caractères craniologiques ont une grande persistance. Quand le croisement intervient, ils se modifient parfois réciproquement; mais souvent aussi, d'ordinaire peut-être, il se fait une sorte de partage, et les deux types sont représentés, sur la tête des métis, chacun par un certain nombre de traits parfaitement accusés. Quand ces traits sont très spéciaux, comme ceux que je viens de signaler, on les reconnaît bien vite. Voilà comment à une époque où notre opinion a dû paraître quelque peu paradoxale, nous avons pu, M. Hamy et moi, attester que l'élément négrito a joué un rôle plus ou moins considérable dans la formation des populations du Bengale et du Japon.
Au point de vue physiologique, nous n'avons guère à dire des Négritos que ce qu'une foule de
1 Chez les Négrito-Papous, on retrouve à peu près les mêmes traits, quoique un peu moins accentués. (Loc. cit., p. 112.)