RAPPORTS LINGUISTIQUES
nale de la Grande-Andaman, où se trouve Port- Blair, siège de rétablissement anglais.
L'étude des vocabulaires que je viens de rappeler avait conduit Latham à admettre quelques rapports entre le mincopie et le birman1. Pruner- Bey a signalé quelques traits communs entre le mincopie et le néo-calédonien 2. Hyde Clarke a cru découvrir dans la langue andamanienne des affinités avec celle de plusieurs populations de l'Asie, de l'Afrique et des deux Amériques3.
Dans leurs premières publications, MM. Mari et Temple avaient admis qu'il existe certains rapports entre les langues mincopies et les langues dravidiennes, australiennes et scythiques. En revenant sur ce sujet, le second de ces collaborateurs, a développé et précisé ses appréciations que je résume brièvement4,
èrem-len îtan. Ka-wai môllâardârû-len ârla-nackan earthon Let. This day ail of us to daily (lit. daily like)
yât man. Môllârdûrû mol-oichik-len tigrel yaté ôloichik-lm food give. We ail us (to) i. e. agst offend who them ârtîdûbû. Mollàrdûrii-lev ôtig-ûjûnha ttân ya-ba, doua môllârdûrû-len forgive. Us ail (to) be tempted let not, but us ail (to) abja-bag-tek ôtrâj.
evil from deliver.
Ngôl kicbi-kan kanake!
(Do) thou thus order (i. e. Amen!).
1 Latham , Eléments of comparative philology , p. 59. *Pruner-Bey, Bulletin de la Société d'anthropologie de Paris, 1866, p. 12 et 13.
3 Hyde Clark, Journal of the anthropologie al Institute, vol. IV, p. 467.
4 E.-H. Man, The Andaman islands (Journal of the anthropological Institute, vol. VII, p. 105). La prière dominicale a été traduite dans la
138 CARACTÈRES DES MINCOPIES
Pour M. Temple, les langues mincopies sont avant tout purement et simplement agglutinatives. Toutefois elles constituent un groupe spécial et parfaitement distinct de tous les autres, en ce qu'elles font usage à la fois et très largement de particules affixes et suffixes. Dans l'emploi des premières elles ne diffèrent pas des autres langues agglutinatives ; dans celui des secondes, elles suivent des principes bien connus, dit l'auteur, des langues sud-africaines. Ce développement complet de l'emploi des deux sortes de particules constitue, aux yeux de M. Temple, une exception unique. C'est à la présence de certains préfixes qu'il attribue la possibilité pour les Mincopies de former souvent de longs mots composés, d'une nature presque polysynthétique, ou qui représentent parfois une phrase complète.
En présence de ces diverses appréciations, il est difficile de ne pas songer aux rapports signalés par tant de linguistes, entre autres par M. Maury, comme existant entre les langues dravidiennes africaines et australiennes1. MM. Man et Temple ajoutent un troisième groupe linguistique aux précédents. Or ce dernier venu a bien probablement précédé
langue de la tribu qui occupe l'île méridionale de la Grande-Andaman, île où se trouve Port-Blair, siège de l'établissement anglais.
* La Terre et l'Homme, 5e édition, p. 548. M. Maury est, en outre, disposé à rattacher ces deux groupes de langue au me do-scyt bique, parlé probablement, dit-il, par les tribus indigènes de la Médie et de la Susiane.
DIALECTE POÉTIQ.UE 139
les deux autres. Tout tend de plus en plus à démontrer que la race négrito, dont les Mincopies sont les représentants les plus purs, est l'élément nègre fondamental de toutes ou de presque toutes les tribus dravidiennes et de celles qui, sans parler une langue de ce nom, leur ressemblent par les caractères physiques. S'il en est bien ainsi, n'est-il pas permis de penser que Ton trouvera dans les langues mincopies le substratum de cette famille lingustique ? En tout cas, il y a là un problème intéressant à résoudre, et nous devons faire des vœux pour que MM. Man et Temple poursuivent des recherches qui déjà les ont conduits à d'aussi curieux résultats.
Indépendamment du langage usuel, les Mincopies ont un dialecte poétique dont ils font usage pour leurs chants. Ici, dit M. Man, tout est subordonné au rythme, et le compositeur jouit de la plus entière liberté. Il modifie non seulement la forme des mots, mais aussi la construction grammaticale. L'exemple cité par notre auteur me semble devoir justifier ses dires, aux yeux d'un juge même fort peu compétent1.
M. Man revient d'ailleurs, à plusieurs reprises, sur un fait important, déjà signalé par lui, savoir qu'il y a aux Andaman autant de langues par-
1 La phrase usuelle, Mija yadi chebalen la kachire (who missed the hardbacked-turtle ?) devient dans le refrain d'une chanson : Cheklu ya laku mejrc.
I4O CARACTÈRES DES MINCOPIES
faitement distinctes qu'il y existe de tribus. La différence, avait-il dit, est telle, « qu'un habitant de la Nord-Andaman est aussi complètement incapable de se faire comprendre par un natif de la Sud-Andaman, qu'un paysan anglais le serait s'il s'adressait à un Russe1. »
Or M. Man compte huit tribus dans les quatre îles qui représentent l'ancienne Grande-Andaman des géographes, et ces quatre îles égalent à peine en surface la plupart de nos départements2. L'île du milieu, qui ne représente pas la moitié de l'aire totale, possède à elle seule quatre tribus. Le nombre de ces langues, parlées par des populations incontestablement de même race, admettant ellesmêmes leur origine commune, et juxtaposées sur un territoire aussi restreint sans être séparées par de véritables barrières, est certainement un fait des plus curieux et qui contraste étrangement avec ce qui existe en Polynésie.
On sait qu'ici, en dépit de l'espace et des migra-
1 On Mr. Mans collection of Andamanese and Nicobarese objects, by major gênerai Lane Fox,/. R. S. ( Journal oftbe anthropologicallnstitute, vol. VII, p. 436).
2 Les terres longtemps désignées sous le nom de Grande-Andaman ont été reconnues comme formant quatre îles distinctes, séparées par d'étroits canaux et que l'on a nommées North Andaman, Middle Andaman, South Andaman et Rutland. L'ensemble de ces îles s'étendant presque directement du nord au sud n'a pas plus de 250 kilomètres de longueur et 32 kilomètres environ dans sa plus grande largeur. (Map of the Andaman islandsillustrating the distribution of the tribu. Loc. cit., p. 69.)