‹ Les pygméesChapitre 55 sur 137 · HABITATIONS · texte numérisé non relu

HABITATIONS

large. Des pieux enfoncés dans le sol, des traverses pour former la charpente du toit, de larges feuilles de palmier artistement assujetties, constituent les matériaux de ces édifices, qui peuvent braver les pluies les plus torrentielles. Ajoutons que l'on trouve toujours à l'intérieur des nattes ou des feuilles servant de lits. Ces huttes sont généralement disposées de manière à entourer une place elliptique destinée aux danses. A l'une des extrémités se trouve ce qu'on pourrait appeler la cuisine publique. Les filles et les garçons dorment dans des cases particulières, que séparent celles des gens mariés. Cet isolement des jeunes gens des deux sexes s'observe même à l'intérieur des huttes, et ce fait répond encore à lui seul à certaines assertions trop légèrement accueillies au sujet de ces insulaires.

Ainsi, au point de vue du logement, les Mincopies se montrent supérieurs aux Fuégiens et au moins les égaux des tribus les moins arriérées de la Tasmanie et de l'Australie. Sur un autre point, dont l'importance est universellement admise, ils sont très supérieurs, non seulement à ces populations, mais encore aux Polynésiens les plus avancés. Ils fabriquent de la poterie allant au feu et des vases où ils font cuire la plupart de leurs aliments. Ces vases, à fond généralement arrondi, se font à la main et sont décorés, à l'extérieur, de lignes ondulées ou diversement entre-croisées, gravées à l'aide d'un stylet de bois. Leurs dimensions

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varient; les plus grands contiennent 10 litres et plus. Les Mincopies savent aussi se faire des vases de bais auxquels ils donnent parfois la forme d'un double nœud de bambou.

Ces insulaires ne le cèdent en rien, pour la plupart des industries primitives, aux populations pêcheuses ou chasseresses. Par exemple, ils fabriquent des filets de plus de 20 mètres de long sur 5 mètres de large, avec lesquels ils barrent les criques étroites et l'embouchure des cours d'eau. Ils ont encore des flèches et des harpons à détente, dont la pointe est reliée à la hampe par une longue cordelette. L'animal frappé déroule lui-même cette corde en fuyant ; et, embarrassé, arrêté par la hampe qu'il traîne, il est facilement atteint. Rien de semblable n'existe chez un grand nombre de sauvages regardés comme supérieurs aux Mincopies.

Leur arc mérite encore une mention spéciale. A la Petite-Andaman, cette arme présente la forme ordinaire; mais elle est tout autre à la Grande- Andaman. Ici, le milieu servant de poignée est épais et cylindrique. Les deux moitiés latérales sont aplaties, relativement très larges au milieu et atténuées aux deux extrémités. Elles sont, en outre, courbées en sens contraire dans l'arc détendu ; si bien que celui-ci ressemble alors à un S très allongée ou à une grande intégrale. Cette disposition a pour résultat de protéger la main de l'archer contre le choc de la corde qui est arrêtée

ARMES IÔÇ

par la convexité d'une moitié de Tare. Le défaut de symétrie de cette arme ne nuit ni à sa force ni à sa sûreté. A la distance de 30 à 40 mètres, un Mincopie, avec un arc de 2 mètres, perce une planche de sapin ayant près de 4 centimètres d'épaisseur ; à près de cent mètres, il peut encore faire une blessure grave. Il est curieux de constater que Tare mincopie n'a été retrouvé que sur quelques points de la Mélanésie orientale, entre autres à Mallicolo, c'est-à-dire chez une population se rattachant, au moins en partie, à un type nègre très voisin de celui des Andamaniens.

Outillage des Mincopies ; application au problème de l'existence de V homme tertiaire. — Pour abattre les arbres et tailler les pieux qui forment la charpente de leurs huttes, pour façonner leurs arcs, creuser leurs vases ou leurs canots, pour tracer les dessins parfois assez compliqués qui les décorent, les Mincopies n'ont que les instruments les plusrudimentaires., A tous les points de vue, ce côté de leur histoire présente un intérêt tout spécial. En outre, il touche à des questions vivement controversées à propos de nos races fossiles européennes, et en particulier à celle de l'existence de l'homme tertiaire. Je crois donc devoir entrer ici dans des détails plus circonstanciés, et reproduire en partie ce que j'ai dit ailleurs à ce sujet1.

1 Thenay et les îles Andaman (Matériaux pour l'histoire naturelle et primitive de V homme, 3e série, t. II).

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L'abbé Bourgeois présenta en 1868, au Congrès d'anthropologie préhistorique réuni à Paris, des silex qu'il regardait comme ayant été taillés par Thomme. Ces silex avaient été recueillis par lui dans un terrain appartenant au miocène inférieur situé dans la commune de Thenay, près de Pontlevoy (Loir-et-Cher) \ Il concluait de ce fait que l'homme existait en Europe dès l'époque tertiaire. Cette communication devint le point de départ de discussions qui durent encore. Trois objections principales furent faites aux conséquences que le savant abbé avait tirées de sa découverte. Le nombre des silex taillés parut exorbitant ; les craquelures que présentent un très grand nombre d'entre eux furent attribués à diverses causes toutes indépendantes de l'intervention del'homme ; on insista sur la prédominance des silex ne portant aucune trace de travail humain, et on expliqua par l'action des forces naturelles les retouches que l'abbé Bourgeois et ses adhérents attribuaient à ce travail . En outre, un certain nombre de géologues élevèrent des difficultés tirées de la distribution des silex dans la couche où on les rencontrait.

L'histoire du travail chez les Mincopies répond à toutes celles de ces objections qui ne reposent pas sur la géologie.

1 Congres international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques. — Sessions de Paris, 1868.

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