LUNE, SOLEIL
Le soleil et la lune, après nous avoir éclairés, passent sous la terre, et, tout en dormant, versent une douce lumière sur les malheureux esprits confinés dans l'hadès. Les phases de la lune sont dues, selon les Mincopies, à l'habitude qu'a cet astre de se couvrir progressivement de nuages, comme eux-mêmes se couvrent de peintures. Les éclipses partielles ou totales sont, de sa part, un signe de mécontentement; mais elles les impressionnent peu. Les éclipses de soleil, au contraire, les frappent d une terreur profonde.
La lune et le soleil apparaissent dans cette mythologie comme des divinités secondaires. Parfois il sont les ministres de Puluga; mais ils ont aussi leurs volontés propres, qui doivent être respectées sous peine de châtiment. Le Dieu suprême a défendu d'employer à cuire les tortues le bois de l'arbre dont l'écorce fournit des fibres textiles. Celui qui transgresse ce commandement aura la gorge coupée, s'il est homme ; s'il s'agit d'une femme, elle perdra les seins. Quand le crime est commis en plein jour, le soleil est l'exécuteur; s'il a eu lieu pendant la nuit, la lune est chargée d'infliger la punition. Entre la première aurore et le lever du soleil, on ne doit se livrer à aucune occupation bruyante ; surtout on doit éviter de faire résonner la corde des arcs, car ce bruit irrite le soleil, qui se venge en produisant une éclipse, en soulevant une tempête, etc. Lorsque la lune est dans son troisième quartier et se lève au coucher du soleil, elle veut que l'on soc-
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cupe d'elle seule et est jalouse de toute clarté autre que la sienne. Aussi, à ce moment, les Mincopies cessent toute occupation, font halte s'ils sont en voyage et couvrent tous leurs feux. Quand l'astre est à quelques degrés au-dessus de l'horizon, ils se remettent au travail et raniment leurs foyers.
M. Man n'a trouvé chez les Andamaniens aucun signe d'adoration adressé aux arbres, aux rochers, aux pierres, non plus qu'aux astres. Puluga luimême ne serait, selon notre voyageur, l'objet d'aucun culte. PourtantlecapitaineStokoe, qui, lui aussi, avait vécu parmi les Mincopies et s'était vivement intéressé à ces insulaires, déclare qu'ils adressent des hommages au soleil et à la lune De son côté, le lieutenant Saint John croit avoir reconnu un caractère religieux à certaines danses nocturnes, pendant lesquelles un vieillard entonne seulle chœur, contrairement à ce qui se passe dans toutes les autres2.
Enfin quelques détails précis, donnés parM.Man lui-même, tendent à infirmer ce qu'ont d'absolu ses négations relativement au culte. Le chaman, appelé auprès d'un malade dont il reconnaît l'état désespéré, déclare qu'aucune prière ne saurait obtenir
1 Le major Michel Symes, Relation de l'ambassade anglaise envoyée en dans le royaume d'Ava, traduit de l'anglais par Casteras, t. I, p. 247. Paris, 1800.
2 Admirai sir Edward Belcher, Noies on the Andaman islands, ivomNotesby lieut. Saint John (Transactions of the ethnological Society, new séries, t. V, p. 46).