‹ Les pygméesChapitre 68 sur 137 · NATURE DE L'HOMME · texte numérisé non relu

NATURE DE L'HOMME

de Puluga de lui rendre son esprit1. On prie donc le Dieu suprême dans certaines circonstances. En outre, au moment d'une violente tempête, lesMincopies brûlent des feuilles de Mimusops indica, persuadés que les crépitations de ces feuilles flattent l'oreille de Puluga et calment sa fureur. Cette pratique a bien tous les caractères d'une véritable offrande.

Nature de Vhomme, autre vie. — Au dire des Mincopies, tout homme possède, indépendamment de son corps, deux principes actifs, Y esprit (chawga) et Yâme(otyolo)2. L'esprit est noir, Vâme est rouge. Du premier provient tout le bien; le mal, delà seconde. Quoique l'une et l'autre soient invisibles pour nous, ils reproduisent les formes du corps. Quand un homme est très malade, c'est que son esprit hésite entre cette terre et l'autre monde. Quand on rêve, c'est que l'âme a quitté le corps et que le dormeur a conscience de ce qu'elle voit et ce qu'elle fait réellement. Aussi les Mincopies ontils une foi absolue dans les avertissements qu'ils croient recevoir en songe. A la mort d'un individu son âme et son esprit sont séparés. Mais ils seront réunis de nouveau à l'époque de la résurrection. En attendant ce moment, leur destinée est fort différente.

1 On Andamanese and Nicobarese objects (Journal of the anthropological Institut e, vol. XI, p. 289).

2 Spirit, soul. (Man, loc. cit., p. 161 et 162.)

I90 CARACTÈRES DES MINCOPIES

La terre est plate. Elle repose sur un immense palmier (baraia)1. Celui-ci s'élève au milieu d'une vaste jungle, qui occupe tout le dessous de la demeure des hommes et qui se nomme chaïtan, mot que M. Man traduit par celui de badès. C'est un assez triste séjour; car, quoique visité par le soleil et la lune, il ne reçoit de ces astres, comme je l'ai dit plus haut, qu'une pâle lumière.

Quand un homme meurt, son esprit, après avoir hanté pendant quelques jours les environs de la tombe et ceux du campement de la tribu, passe dans le chaïtan. Il y arrive tel qu'était, au moment de sa mort, l'individu dont il faisait partie, et retrouve toutes ses habitudes terrestres. Les adultes passent leur temps à chasser des esprits de mammifères et d'oiseaux que Puluga leur envoie. Mais les esprits des poissons, des tortues, etc., restent dans la mer où ils deviennent la proie de Juruwin.

Entre la terre et la région orientale du ciel, s'étend un pont de roseaux invisible (pidgalarcbawga), reliant la première à un lieu de délices (jereg) que M. Man appelle le paradis. Au-dessus de celui-ci s'étend le jereglarmugu. C'est une sorte de purgatoire, puisque les tourments qu'on y endure ne doivent pas être éternels. Comme les anciens Scandinaves et contrairement aux idées qui ont généralement prévalu, les Mincopies dépeignent cet enfer

1 Caryota sobolifera, Man.

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