‹ Les pygméesChapitre 79 sur 137 · C A M P H OR LANGUAGE · texte numérisé non relu

C A M P H OR LANGUAGE

La Croix a recueilli chez les Sakaïs de Pérak 1 m'a conduit au même résultat. De son côté M. de La Croix ne compte que douze mots malais sur les quatre-vingt-dix qui composent son vocabulaire. Déjà le voyageur russe Miklucho-Maclay avait réuni chez les tribus sauvages de Johore et de l'intérieur cent soixante-dix mots qui, soumis à l'appréciation de plusieurs Malais, avaient été regardés par eux comme n'appartenant pas à leur langue2. Enfin M. de Castelnau était arrivé, de son côté, à des conclusions analogues 3.

De cet ensemble de faits il me semble résulter que les anciens Négritos de la presqu'île de Malacca ont dû avoir une langue propre, à peu près entièrement oubliée par une partie de leurs descendants, un peu moins peut-être par d'autres, parce qu'ils sont tous plus ou moins métissés de Malais, sans doute aussi de Siamois, et peut-être d'autres éléments ethnologiques encore indéterminés. Cette langue se rettachait-elle à cette des Mincopies? Ce

1 La province de Pérak, située à 2° ou 30 au nord de celle de Malacca, •est placée vers le milieu occidental de la presqu'île. Nous n'avons pas de renseignements sur les tribus négrito-malaises qui peuvent •exister plus au nord.

2 Dialects of the Melanesian tribes in thé Malay Peninsula (Journal of the straits branch of the royal Asiatic Society, n° 1 , p. 38). Le voyageur russe a constaté l'identité de langage chez ces tribus isolées et sans aucun rapport entre elles, depuis Johore au sud de la presqu'île jusqu'à Ligor au sud du Siam. Ce résultat paraît l'avoir frappé d'étonnement. Il n'a toutefois rien que de très naturel pour qui s'est occupé de l'histoire des Négritos considérés dans leur ensemble.

3 Revue de philologie , 1876.

2l6 NÉGRITOS AUTRES QUE LES MINCOPIES

n'est là qu'une hypothèse ; mais le voisinage relatif des populations permet au moins de la poser. Peut-être MM. Man et Temple nous diront-ils un jour ce que cette conjecture peut avoir de vrai i. Peut-être arriveront-ils aussi à reconnaître si les affinités singulières signalées par M. Hyde Clarke entre les diverses langues mincopies et certains idiomes africains et américains ont quelque chose de fondé 2. Enfin, il serait bien intéressant de rechercher si la langue des Puttouas des montagnes de rAmarkantak, langue qui ne ressemble à aucun des dialectes dravidiens du voisinage 3, se rattacherait d'une manière quelconque à celles qui se parlent dans les îles Andaman ou dans la presqu'île malaise.

État social. — Les Mincopies sont exclusivement chasseurs et pêcheurs. Vivant sur les bords d'une mer remarquablement poissonneuse , à portée d'épaisses forêts où pullulent les sangliers, et qui leur fournissent, en outre., du miel et des fruits, ils n'ont pas éprouvé le besoin de demander au travail de la terre un supplément de nourriture,

1 II serait, je crois, bien intéressant, au point de vue de cette étude, de rechercher quelle est la langue parlée par les Négritos récemment découverts dans le petit archipel de Ténasserim. Leur isolement relatif peut faire espérer que le langage primitif a été moins altéré que sur le continent.

2 Hyde Clarke, Note on the languages ofthe Audamans (Journal of the anthropological Instiïute, vol. IV, p. 467).

3 Rousselet, Tableau des races de Vlnde centrale (Revue d'anihropclogie, t. II, p. 282).

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