ÉTAT SOCIAL
et ce bien-être même les a retenus au plus bas de l'échelle sociale i.
La plupart des voyageurs qui ont visité les Philippines ont parlé des Aëtas comme n'ayant jamais franchi cet échelon, quoique placés dans des conditions bien moins favorables. P. La Gironière 2, Meyer, sont très affirmatifs sur ce point3, et M. Giglioli a accepté sans réserve ce qu'ils disent à cet égard 4. Rienzi lui-même, à qui nous devons des renseignements sur le passé plus heureux de ces populations, les représente comme vivant aujourd'hui exclusivement de fruits sauvages et des produits de la pêche ou de la chasse 5.
Mais il est évident qu'aux Philippines cet état social inférieur est le résultat de la persécution exercée contre les Négritos par des races plus vigoureuses et plus puissantes. Sans doute aussi les faux renseignements intéressés fournis aux voyageurs par les petits chefs de villages tagals 6 ont fait admettre comme général un état de choses
1 M. Francis Day nous apprend qu'une très petite tribu de Mincopies, campés près des établissements anglais et recevant des rations journalières, a pris en outre, dans un an, 500 sangliers, 150 tortues, 20 chats sauvages, 50 iguanes et 6 dugongs. (Proceedings of the Asiatic Society of Bengale, 1870, p. 153.)
2 P. La Gironière, Vingt années aux Philippines, Paris, 1853, p. 303.
3 Meyer, Die Philippinen und ihre Bewohner.
4 Giglioli, Stndi sulla ra^a negrita (Archivio per V ' antropologia , t. V, p. 293), et Viaggio délia pirocorvetta Magenta, p. 245.
5 Rienzi, Océanie, t. I, p. 301.
6 Note manuscrite de M. Montano.
2l8 NEGRITOS AUTRES Q U E LES MINCOPIES
peut-être plus ou moins exceptionnel. Pour répondre à ces exagérations, je crois n'avoir rien de mieux à faire que de reproduire à peu près textuellement quelques-unes des notes qu'a bien voulu me remettre M. Montano1.
« LesNégritos de la province de Bataan paraissaient apprécier parfaitement la sécurité que leur donnait l'administration juste et éclairée du gouverneur don Estanislao Chaves. Je les ai visités «dans leurs montagnes... La demeure du chef, très propre, était située sur un mamelon qu'entouraient d'autres éminences. Plusieurs cases y étaient élevées, chacune au milieu d'un défrichement de quelques arpents où il y avait des bananiers, du riz, de la canne à sucre et surtout des patates... Le chef appela ; et aussitôt les cris se succédèrent et se répandirent. Bientôt après toute la tribu était autour de moi... Dans la province d'Albay, où leurs conditions d'existence doivent ressembler à ce qui existe dans celle de Bataan, j'ai vu une quantité considérable de cacao récolté par les Négritos des îles du golfe. »
Même chez les Mamanouas 2 de Mindanao, dont les derniers restes sont sans cesse traqués par les féroces Manobos, le voyageur français a vu, sur
1 Ces notes ont été reproduites par ce voyageur dans l'ouvrage qu'il a publié sous le titre de Voyages aux Philippines et en Malaisie.
2 C'est le nom que l'on donne aux Négritos dans l'île de Mindanao. {Notes de M. Montano.)