‹ Les Pyodermites et leurs TraitementsChapitre 11 sur 20 · PAS · texte numérisé non relu

PAS

sur le tube digestif. C'est peut-être, avant que l'on ait eu notions des auto-intoxications digestives et intestinales parce que l’on considérait ces dermaloses comme une des modalités de ce qu'exprime l'adage populaire dans la pittoresque formule des « sangs tournés » que l'on à appliqué à profusion, la méthode chère aux médecins de Molière : primo purgare. On conçoit très bien, maintenant que nous est connu le mécanisme de moindre résistance de fa peau par mauvais fonctionnement de l'intestin, qu’on ait pu observer quelques succès qui ont pu accréditer les dépuratifs, mais il nous apparail comme puéril de penser que sené, rhubarbe, huiles ou autres purgatifs salins puissent avoir d'heureux résultats sur les affections que nous étudions.

On ne trouve guëre préconisé ensuite par les divers auteurs que le miel soufré et différents sulfures de lithium et de calcium qui, tout compte fait, n’ont pas donné ce que l’on attendait d'eux.

Puis, quand fut décrit le tableau clinique dela scrofule où l'on voit les affections croûteuses et purulentes tenir une telle place qu'elles appartiennent presque à la symptomatologie, on a cru aux bons effets de la médication reconstitutive.

Cette médication fut très en honneur, etil ne semble pas, que même à l'heure actuelle son succès soit en passe de s'éteindre. Tout l'arsenal thérapeutique des anti-scrofuleux et des reconstituants a été mis à l'épreuve et persiste à être employé, soit par les malades agissant spontanément, soit sur l'avis d’un médecin. C'est ainsi qu'à l’huile de foie de morue l'hiver, succède l'été

ATADSS

la cure au sirop iodotannique phosphaté où non, ou de sirop de raifort iodé. Et l’on prend du glycérophosphate de chaux, des vins toniques, des ferrugineux, des arsenicaux, aussi bien liqueur de Fowler que piqûres de cacodylate de soude, parce qu’une croûte d'impétigo est toujours là, s'étendant, diminuant, réapparaissant sans cesse, soit à la nuque, soit au pourtour des lèvres et quand il vient trouver le dermatologiste, le malade est régulièrement nanti d'une longue suite d'ordonnances prescrivant ces médications.

L'exemple de celte famille ayant dépensé une vraie petite fortune à faire prendre à un enfant de l’âge de quatre ans, à celui de quinze, et chaque. jour et sans trève, soit sirop d’écorce d'orange ou anti-scorbutique, soit quinquina, soit kola ou coca ou tout autre produit, «remontant » pour arrêler une gourme qui, malgré toutes ces épreuves, se montrait rebelle, parce que due à une phüriase du cuir chevelu, a été rencontré par une masse de praticiens.

Certes, comme l’a bien mis en évidence Jeanselme dans son article « valeur semiologique de la phtiriase » et comme nous l'avons dit au cours de notre étude étiologique, il existe sous l'influence d'états pathologiques ou physiologiques particuliers, un terrain très prédisposé aux pyodermites: et on les notera fréquemment chez tous les débiles, chez les lymphatiques les déprimés, les affaiblis, les prétuberculeux et dans certains états de diathèse arthritique ou de mauvaise nutrition. Mais faut-il encore dans ces cas bien spéciaux où il n’est pas douteux que l’amélioration de l’état général aide à

la rétrocession des lésions cutanées, admettre que cet effet curateur n’a été obtenu qu'à la faveur d’une cause adjuvante, et il serait insensé de croire que tant de litres de sirop iodotannique ou d’huile de foie de morue puissent empêcher la pullulation de pustules dues à une gale méconnue et durant depuis plusieurs années.

Il ne faudra s'occuper d’administrer des reconstituants que lorsqu'on se sera assuré de la bonne observation des règles de l'hygiène générale, corporelle et vestimentaire et qu'on aura pratiqué l’épouillage ou ja frotte souvent indispensables.

Quand fut mise en relief la question des intoxications digestives on leur a attribué certaines pyodermites et pendant la guerre « le mauvais pain » a été accusé à nouveau: Pour faire de l’asepsie interne, on a cherché une thérapeutique nouvelle.

Dans cette voie, le benzonaphtol'ne semble guère avoir donné de résultats, les ferments lactiques et bulgares sont vite tombés en désuétude.

Par ailleurs, l’empirisme qui a conduit à bien des découvertes thérapeutiques, se basant sur ce fait que les brasseurs du Nord étaient peu enclins à la furonculose a fait proposer la levure de bière.

Il semble que ce soit le médecin anglais Mosse qui ait le premier signalé cette médication en 1852. Eile fut recommandée ensuite par Debousy et Gobert (1894-1895) et a été vulgarisée par L. Brocq en 1899. « J’emploie écrit-il, la levure de bière fraiche. Les brasseurs de Paris me la livrent sous l'aspect d’une sorte de crême marron clair. Dès qu’on la laisse au repos, elle se divise en

ns

trois couches. Pour m'en servir, je mélange tout d'abord avec soin les trois couches et je prends une cuiller à café bien pleine de ce mélange que je délaye dans un verre à Bordeaux d’eau ordinaire ou d’eau minérale alcaline. Je donne cette dose trois fois par jour au commencement de chaque repas. Les effets sur la furonculose ont semblé être réellement remarquables chez cerlaines personnes. La plupart des sujets voient d'ordinaire leurs accidents disparaître ou tout au moins s'amender. Il semble donc que ce produit ait pour effet :

1° Quand on l’administre alors qu'un furoncle ou un anthrax a déjà paru, d'en empêcher le développement, la suppuration, les complications, de le réduire à un petitnoyau induré; mais au moins dans beaucoup de cas elle ne la supprime pas totalement. Cependant elle peut en abréger considérablement la durée chez certains sujels.

2 Il semble prévenir et empêcher dans une mesure très notable la production de furoncles nouveaux et il arrive ainsi à guérir certaines furonculoses rebelles ».

Ce remède est donc inconstant. En plus d’ailleurs la difficulté d'avoir de la levure de bière fraîche est parfois grande; pour obvier à ce dernier inconvénient, on a employé la levure basse et son extrait sec, donnant la levure extractive plus facilement absorbable car pouvant être enrobée dans un cachet. Malheureusement, certains sujets manifestent pour la levure de bière soit fraîche, soit desséchée, une intolérance absolue, ce qui ne permel pas encore d'attendre des merveilles de ce produit.

On a fait encore appel à une plante, la racine de bar- %

dane (Lappa officinalis), herbacée de la famille des composées, qu'Alibert employait dans les affections herpétiques et que Cazin administrait dans quelques dermatoses. Lecomte (de Côndé-sur-Noireau) a montré que seule jouit de propriétés thérapeutiques efficaces, la racine de bardane gonflée de suc que l’on recueille au printemps lors de la pousse des feuilles. Desséchée, celte racine perd ses propriélés el acquiert une saveur désagréable; aussi pour garder à la racine desséchée les qualités de la racine fraiche et printanière a-L-on employé le procédé de stabilisation de Perrot et Goris qui tue les oxydases. Ainsi stabilisée, la bardane parait avoir une action efficace sur la furonculose avec atténuation de la douleur, avec évacualion spontanée de la collection purulente, ou flélrissement des jeunes éléments au cas de furoncles nombreux et d’âges divers. On peut la prescrire à la dose de 0 gr. 80 d'extraif. aqueux à renouveler trois fois dans la journée.

Sur nous-même, à cette dose, nous avons eu une amélioration rapide d'un anthrax du cou avec une durée totale de traitement de sept jours.

La bardane ne se montre par contre d'aucune activité sur les autres streptococcies ou staphylococcies superficielles de la peau.

Mauté, encouragé par les succès obtenus avec le sulfate de cuivre en applications locales, a essayé ce sel en injections intra-veineuses. Il emploie le sulfate de cuivre ammoniacal à 4/1.000 à la dose de ? à 20 centimètres cubes et signale huit observations de guérison. Surtout dans la furonculose Herain aurait eu des

. DESFARGES &

De

résultats avec des injections intra-veineuses de 5 centimètres cubes de solution de sulfate de cuivre à 1 p. 200 d’eau distitlée. À celte dose ne se seraient pas produites les thromboses veineuses avec gonflement el solidification de la veine comme il avait pu en observer avec les solutions à 1/50. Ce danger incite certainement à n’employer cette méthode qu'avec circonspection,

La vaccinothérapie qui confère au sujet une immunité active est venue s'ajouter à ces médications.

Les principes généraux el la technique de la vacoinothérapie anti-slaphylococcique, ont été fixés surtout par À. E. Wright en Angleterre après ses premiers essais de vaccination humaine par inoculation directe de cultures microbiennes atténuées par la chaleur; (essais faits en 1897 à Saint Mary s Hospital) et par Mauté en France.

À leur suite, on a ulilisé des cultures atténuées par l’éther ou l’iode el des auto-vaccins.

Ces méthodes ontété suivies par Bertrand et Cohendy de l'emploi de vaccins anli-staphylococciques sensibilisés de Besredka {1}, contenant anticorps et sensibilisatrice et la supériorité de ces derniers vaccins a été démontrée par Deville et Garnikh dans leurs thèses.

Bien que Mauté ait pu écrire « la vaccinothérapie semble contenir à elle seule tout le traitement de la furonculose dans beaucoup de cas, malgré l'usage de stoks vaccins polyelhniques et stabilisés, un furoncle en. remplace un aulre et quand la triste procession tire

(1) Acad. des scieflces, 30 Décembre 1912,

Page 1