CHAPITRE PREMIER
Etiologie des pyosepticémies primitives
DÉFINITION des pyosepticémies médicales. PORTE D'ENTRÉE INCONNUE. — Le microbisme latent; reprise de virulence des microbes pathogènes, hôtes normaux de l’organisme.
PORTE D'ENTRÉE CUTANSE. — Les microbes peuvent envahir l'organisme sans lésion apparente de la peau. Expérience de Garré et de Wasmuth. Mais l'infection se fait bien plus fréquemment lorsque la peau est allérée. Lésions cutanées suppurées, l'impetigo, la gale.
Lésions cutanées diverses : éraillures et ulcérations cutanées insignifiantes suivies d'infection. — L’omphalite suppurée chez les nouveaux-nés. — L’érysipèle.
PORTE D'ENTRÉE PAR LES MUQUEUSES. — Dans l'appareil digestif : les amygdaliles infectieuses. Les infections d’origine inlestinale peuvent se produire avec ou sans perforation de la paroi.
Infections d'origine biliaire par obstruction et stase ; elles sont parfois très bénignes ; les septicémies d’un jour, fièvre intermittente biliaire.
Infections bronchiques; elles sont généralement locales, déterminées par extension de voisinage, mais elles peuvent devenir infectantes.
Infection par la voie génitale; l'infection puerpérale à débuts paradoxaux. L'’infection du fœtus par la voie placentaire.
PORTES D'ENTRÉES DIVERSES. — Infection d'origine auriculaire, par généralisation. Rôle de la carie dentaire.
En somme, il peut exister tous les intermédiaires possibles entre les pyosepticémies médicales à porte d'entrée occulte et les pyosepticémies chirurgicales ou puerpérales ; elles ne diffèrent que par des conditions étiologiques qui les appellent.
La pyoseplicémie médicale primitive est celle qui s'observe en dehors des grands traumatismes chirurgicaux où obstétricaur, et qui évolue dans l'organisme en dehors de toute autre maladie.
Elle est parfois aussi appelée spontanée, appellation à rejeter, Car, ainsi que nous l'avons déjà dit, cette spontanéité n'est qu'apparente.
PORTE D'ENTRÉE INCONNUE. — Cependant il existe des cas où la porte d'entrée ne peut pas être trouvée, malgré les plus minutieuses recherches. Le fait s’'observe en parhculier dans les cas d'infection osseuse, d’ostéomyélite avec infection généralisée ; il est parfois impossible alors de dire, si la lésion osseuse est le point de départ d’une
généralisation, ou si elle n’est que la première localisation d’une infection générale d’emblée, tant sont soudains les phénomènes d'infection, tant les accidents locaux sont effacés devant les accidents généraux qui attirent et retiennent l'attention. M. le professeur Lannelongue soutient que dans ces cas, on trouve toujours la porte d'entrée des microbes dans une érosion, une écorchure...; il n’en est cependant pas toujours ainsi. Dans plusieurs cas d’ostéomyélite de l'adolescence, observés pendant notre année d’internat dans le service de notre maître, M. le professeur Heydenreich, il nous à été impossible de trouver un point d'entrée apparent. Dans un cas, une ostéomyélite du fémur extrêment grave, apparut à la suite d’un choc porté sur la cuisse avec une chaise, sans aucune solution de continuité.
Pour interpréter ces cas, il faut recourir à la doctrine, aujourd'hui à peu près universellement admise, du microbisme latent du professeur Verneuil, et admettre que les microbes pathogènes entrés chez nous à la suite d’une suppuration ou d’une infection ancienne, logés dans un coin de l'organisme, sortent de leur indifférence sous l'influence de conditions encore peu déterminées, et se portent dans le point où une cause quelconque (réceptivité exceptionnelle du tissu osseux jeune, traumatisme, etc.) produit un locus minoris resistentiæ ; l'expérimentation a, du reste, parfaitement établi la réalité de ces inductions.
La même réflexion peut s'appliquer aux Cas nombreux dans lesquels les microbes pyogènes habitant l'organisme deviennent à un moment donné virulents, et pro-
Re
duisent une infection à forme endocarditique, articulaire, ete., que nous retrouverons plus loin.
Porte d'entrée cutanée
PEAU saINE. — L'infection par la surface cutanée est assez fréquente. Elle peut se produire par les téguments sains; les expériences de Garré l'ont établi il y a longtemps; ces expériences viennent d’être reprise par Wasmuth qui a expérimené sur la peau de son propre bras avec des cultures pures de staphylocoque, et sur la peau de lapins, de cobayes, et de souris avec des cultures de staphylocoque, de streptocoque et de charbon.
Une simple onction avec la culture sur la peau lui a toujours donné des résultats négatifs; mais après une légère friction, la Seau saine de l’homme et des animaux, est perméable aux microbes, et, une fois pénétrés, ils occasionnent des troubles locaux et généraux. La voie de pénétration des micro-organisme, en général, est entre le poil et le follicule pileux lui-même; l'ouverture de glandes sébacées où sudoripares ne sert pas de porte d’entrée.
PEAU MALADE. — /mpetigo. — Les infections par la peau saine, en dehors du traumatisme, sont généralement d'ordre expérimental. Mais les infections par la peau malade atteinte de lésions suppuratives, lésions locales suppurées, sont loin d’être rares.
Les géneralisations infectieuses ont été observées surtout dans l'impétigo, dont les pustules renferment habituellement le staphylocoque. Aussi cette maladie très
généralement bénigne, peut-elle être suivie de lésions viscérales graves, telles, les néphrites (Thibierge), les broncho-pneumonies. Bazenski, à l’autopsie d’un enfant de 4 semaines, mort à la suite d’une dermatide suppurée, a trouvé de la périhépatite, de la périsplénite, une néphrite et une arthrite suppurée du carpe.
Nul doute que les quelques cas de néphrite observés dans le cours de la gale, ne reconnaissent également leur origine dans l’absorption du staphylocoque au niveau des lésions ecthymateuses de grattage.
Lésions cutanées diverses. —- Les pyosepticémies peuvent avoir leur origine dans une simple éraillure, dans une téchirure cutanèe, tout-à-fait hors de proportion avec les phénomènes généraux extrêmement graves, très fréquemment mortels, qui l’accompagnent.
C'est ce qui est arrivé dans le cas si intéressant que nous avons pu suivre à la clinique de M. le professeur Spillmann et que nous rapporterons plus tard (obs. n° 49); ia porte d'entrée était très vraisemblablement dans une petite érosion avant les dimensions d’une pièce de vingt centimes, et siégeant dans le sillon balano-préputial.
C'est encore une porte d'entrée analogue que l'on trouve dans l'observation de Winge (de Christiania), célèbre dans l’histoire des endocardites :