OBSERVATION XXX
Un jeune homme âgé de 22 ans, cordonnier, sans rien de particulier dans ses antécédents, est malade depuis huit jours. La maladie à commencé par un malaise général, indéterminé, puis il est survenu des douleurs très vives dans les genoux.
À son entrée, malade pâle, teinte bistrée ; adynamie assez accentuée. Les deux articulations des genoux sont considérablement tuméfiées, très douloureuses ; l’épanchement est abondant. Tout mouvement est impossible ; rougeur au niveau du cou-de-pied droit.
Pas d’endocardite.
Sur la partie antérieure du thorax, surtout du côté droit, sur le bras et l’avant-bras droit, il existe un érythème rosé très marqué, à contour très nettement polycyclique, en forme de carte géographique.
Rien de particulier vers les autres organes
La teinte de l’éruption s’atténua dès le lendemain ; elle s’éteignic complètement le quatrième jour après l’entrée du malade.
Dans les jours suivants, on note une atrophie considérable des muscles et des membres inférieurs.
L'amélioration se fit graduellement ; la résolution de l’épanchement se produisit assez rapidement, mais la réparation de l’atrophie musculaire ne se fit que très lentement, et le malade ne put quitter
l'hôpital qu’au bout de deux mois.
, RECHERCHES BACTÉRIOLOGIQUES. — Un peu de sang est recueilli avec les précautions d’usage et sert à ensemencer un tube d’agar. Le surlendemain, il existe à la surface trois colonies en forme de taches de couleur à l’huile, jaune d’or; six taches analogues, mais blanches, un peu plus petites.
Ce sont des cultures pures de staphylocoque doré et blanc.
3° Rarement le rhumatisme infectieux prend la forme d’une Hydarthrose simple.
4 Enfin tout peut se borner à des douleurs au niveau de la jointure, douleurs très vives, exagérées surtout par les mouvements : c’est la forme arthralgique.
Plusieurs caractères cliniques distinguent ces arthrites infectieuses du rhumatisme aigü franc : leur féxité qui tranche vivement avec les allures voyageuses du rhumatisme articulaire aigu; l'atrophie toujours notable des muscles péri-articulaires ou de muscles très éloignés : cette atrophie est absolument en disproportion avec la lésion articulaire ; la longueur de la période de résolution ; l’absence des sueurs et de la polyurie ; les anciens signalaient l'absence de couenne du sang de la saignée. L’absence d’action thérapeutique du salicylate de soude est aussi un caractère important. La température revêt souvent l’un des types que nous avons décrits en faisant l'étude clinique des pyosepticémies générales.
ErroLogre. — Dans les pyosepticémies médicales, les accidents auriculaires que nous venons d'énumérer peuvent se rencontrer, naissant parfois sans causes connues, et doués d’une gravité plus ou moins grande : « Si les ar-
thrites des services de chirurgie, écrivait déjà Laségue, avec un admirable sens clinique, sont le plus souvent déterminées par des infections purulentes d’une extrême gravité, ne peut-on pas soupçonner Comme cause de nos arthrites médicales, des pyohémies d'intensité moindre, des pyohémues atténuées, des pyohémies au petit pied. Une suppuration existe en un point de l’organisme : c’est un petit panaris, une amygdalite, une vaginite, une métrite puerpérale ou non, un écoulement blennorrhagique de l’urèthre : lasuppuration est médiocre, je le veux bien, mais elle est. Et c’est au cours ou au déclin de ces états morbides que nous voyons éclater une arthrite. Est-ce là une simple coïncidence ? Est-ce un accès de rhumatisme vrai? certes non. Il faut reconnaître une relation de cause à effet, et rapprochant ces cas fréquents de ceux que nous offre la chirurgie, y voir une manifestation articulare de l'infection purulente. »
Tessier avait noté ces cas, et Bourcy les réunit en un chapitre spécial sous le nom de Pseudo-rhumatismes 1nfectieux proprement dits.
Il rapporte des observations très curieuses, l’une notamment, observée dans le service de Marrotte, d’arthrite suppurée à la suite d’une angine. Gaucher à observé dans le service de M. le Professeur Potain, une arthrite suppurée du poignet droit consécutive à une rhino-pharyngite infectieuse; nous avons rapporté la très belle observation de MM. Raymond et Netter, concernant un cas d’arthrite suppurée d'emblée consécutive à une otite ; on l’a vu produite à la suite d'une érysipèle.
Souvent d'autres complications viendront se joindre
aux manifestations articulaires de la pyosepticémie: telles les broncho-pneumonies, les endocardites, les pleurésies. Rien ne démontre mieux la nature infectieuse de ces arthropathies que la série d'observations concernant quatre personnes de la même famille traitées en même temps à la clinique de M. le Professeur Spillmann.
OBsERvaTION XXXI. — Arthrites infectieuses. — Endocardite. — Léger épanchement pleurétique à la base gauche.
Ducrot Juliette, repasseuse, 15 ans ; entrée au service le 19 novembre 1887.
Antécédents. — Réglée depuis 1 an. — Blépharite ciliaire habituelle. — À toujours été bien portante.
Cette jeune fille tomba malade le même jour que sa mére. À ce | moment elle garda le lit pendant 8 jours, douleurs dans les genoux et les pieds. — Au bout de 8 jours elle se leva, n'ayant plus que de petites douleurs vagues ; elle fit le ménage jusqu’il y a 8 jours. A ce
moment, nouvelles douleurs dans les poignets et le genou gauche.
ETAT ACTUEL. — %) novembre. — Jeune fille pâle, anémiée ; gonflement du dos de la main et de l’articulation des deux poignets ; quelques légères douleurs. Epanchement dans les deux genoux, surtout à gauche, douleurs assez vives.
Appétit en partie conservé. Pas de diarrhée. Pas de sueurs. Pas de dyspnée.
T. m. 38.2 ; Pouls régulier, égal, fréquent 140.
Cœur. — Choc précordial assez intense. Pointe au 5° espace sur Ja ligne mamillaire. — Soulèvement diffus de toute la région précordiale.
Les deux bruits de la base sont bien marqués. Souffle présysiolique en jet de vapeur ayant son maximum à la
pointe et se propageant un peu vers l’aisselle et du côté du sternum.
| Thorax. — Sonorité en avant et à droite. Matité tympanique dans 1 ou 2 espaces intercostaux gauche ; matité accentuée jusqu’à la base; matité tympanique dans l’espace semi-lunaire de Traube ; bruit respiratoire égal des deux côtès.
En arrière, sonorité dans toute la hauteur à droite. A partir de l'angle de l’omoplate gauche, matité tympanique et son de carton jusqu’à la base.
Souffle interscapulaire. Murmure vésiculaire un peu affaibli à la base gauche.
91 novembre. —T. Fe” P. 5 R. 76. La malade n’a plus de douleurs. On fait une ponction dans le genoux gauche et on inocule 2 tubes avec le liquide. Ensemencements stériles.
922 novembre. — T. — Le 1% me R = fort, égal ; les bruits du cœur sont éloignés, on ne perçoit plus de souffle.
24 novembre. — T. —75 P. 120. Plus de douleurs, la
Même état. Pouls
malade se trouve bien.
97 novembre. — Apyrexie. Pouls régulier, égal, assez petit, 100. Pas de dyspnée ni de palpitations. Pointe du cœur au 5° espace ; à ce
niveau, souffle systolique lointain, très doux.
OBSERVATION XXXII. — Arthrites. — Pneumonie. — Pleurésie. — Accidents gastriques.
Ducrot, 18 ans, tourneur, entré au service le 7 janvier 1888.
Rhumatisme articulaire à l’âge de 4 ans; n’aurait jamais fait d'autre maladie.
Depuis 8 jours, n'aurait pas pu parler; tousse depuis 3 jours. A eu mal au ventre depuis 8 jours; a cessé son travail depuis 2
jours. Depuis 4 jours aurait des points de côté. EraT ACTUEL. — Bien constitué, figure pâle, anémiée T. Pan. 1202020
Se plaint de douleurs de la poitrine ; aurait toussé toute la nuit sans cracher.
Langue blanche; anorexie ; a vomi hier; pas de diarrhée, pas de météorisme, pas de taches rosées. Borborygmes dans la fosse iliaque.
Thorax bien conformé. Sonorité ample sous la clavicule gauche. Un peu de diminution de sonorité et d’élasticité dans le premier espace droit. Des deux côtés, respiration nette en avant sonorité égale en arrière, respiration égale.
Pointe du cœur au 6° espace sur la ligne mamillaire:; bruits du cœur nets ; pouls régulier, égal.
ST P T Ia : Même état qu’hier. Le malade se plaint d’un point de côté à droite. Respiration nette.
10 janvier, —T. 555 P. 529 R: 3 Le malade est trempé
9 janvier. —T
de sueurs, face pâle. Douleurs dans les genoux. Le malade dit avoir beaucoup toussé la nuit, se plaint de douleurs dans le côté droit ; très légère diminution du murmure respiratoire à la base droite.
Le premier bruit du cœur est un peu sourd et comme surajouté.
POS s. 40 420 30 Se 11 janvier. — T. 5% P. 5% R: 5 Transpiration abon-
dante. Le malade est très pâle, teint verdâtre. Ce matin les bruits du cœur sont nets. Souffle pleurétique dans les fosses sus et sous épineuses droites, sans râles; rien aux bases. Douleurs persistantes dans les
genoux.
RE s. 39.8 112 d 12 janvier. —T. = P. 55 R: 30. Souffle tubaire dans
la fosse sous-épineuse droite et râles sous-crépitants à la fin de l’inspiration. Encore quelques douleurs dans les genoux.
D 36.2 ; 13 janvier. — T. x Le malade se trouve bien. Le souffle tubaire a disparu.
LR 14 janvier. —T. + Même état.