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LE GAVE D'OLORON, NAVARRENX

La route de Mauléon à Navarrenx — trajet de vingt kilomètres en\iron — ne compte pas moins de trente-trois côtes. Je veux rendre témoignage en faveur de ces haridelles à sonnettes qui nous emportent. Hauts sur jambes, maigres comme Rossinante, leur arrière-cousine d'Espagne, ces chevaux béarnais n'en ont pas moins le diable au corps. Et quelle longueur d'haleine! Ils gravissent les pentes au grand trot, et l'on n'a pas besoin du fouet pour les stimuler. Ce n'est pas eux qui voudraient s'arrêter au faite pour souffler; ils continuent le trot à la descente. Ces braves bêtes ont le pied admirablement sûr. Leur zèle, d'ailleurs, n'est pas récompensé, au contraire; nous ne leur en voudrions pas de nous mener moins vite.

Nous sommes sur un chainon étroit qui court vers la grande chaîne; cette belle route se déroule en long ruban au-dessus de

la plaine, en regard des monts. La plaine est riche et gaie; des bouquets de bois viennent couper de leur verdure Tor des maïs et des chaumes. Des cours d'eau la traversent; de nombreux hameaux partout dispersés sur les mamelons, qui se soulèvent à gauche en ondulations régulières et douces, puis au bord des ruisseaux, au boi*d de la route, donnent beaucoup de vie au tableau. A droite, nous avons une superbe perspective, en courbe, des trois étages de montagne. Cest un gigantesque éventail.

D'abord une chaîne noire , puis la deuxième ligne et le pic d'Ossau formant la pointe de la corne; au-dessus, les plus hautes cimes, le Vignemale, dont nous distinguons très bien le glacier.

Ce couronnement de la gi*ande chaîne pyrénéenne se détache même bien mieux que Tétage inférieur, sur un ciel d'orage, chai-gé de nuées menaçantes, ici couleur de lie de vin, là* toutes noirt^s. L'immense coiffure de neige des grands monts se détaille dans toute sa valeur, sur ce fond sombre qui la repousse ; audessous, leurs effritements, leurs énormes brèches se dessinent sans qu'aucun relief en soit perdu. Malheureusement, là-bas— ou là-haut — l'orage crève, et ce spectacle saisissant se noie dans une brunie s^mdaine. Quant à nous , Forage ne nous atteindra pas; il glissa vers le sud, nous courons à Test.

IV^ la vur.èe du Saison, nous passons dans celle du Gave ù\^ -rvi;, — en ti-aversant le Lausset, un de ses affluents. A Sus^ un château ; il est moderne. Nous atteignons le Gave luimôru\ noïîs le franchissons sur un pont de cinq arches. Celle du milieu noiis parait présenter une ouverture plus large à elle toute s^ule que les quatre autres ; et naturellement le dos d'âne s'ensuit, l'antiq^H^ dos dWne, si pittoresque, mais bien fâcheux, après tout^ par le venr'as. Il est \Tai que les frimas sont rares à Xa\^rrenx*

Ce pont est Touvrape d'Henri d'Albret, dont on peut beaucoup UHHiire, IVinc^^ à l'esprit étroit, aux vues courtes, à T humeur dif-

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ficile, incapable d'apprécier sa « dame et noble compagne » Marguerite, mais un assez bon capitaine, et un fier ingénieur, \Taiment, car c'est lui qui reconstruisit et fortifia Navarrenx, une merveille, un bijou, que Vauban — ne gâta point.

Je lis dans plusieurs guides que Vauban a remplacé par des ouvrages modernes les fortifications d'Henri d'Albret. C'est un mauvais propos contre ce grand homme; il ne les remplaça pas, ces remparts étonnants par l'harmonie et la perfection de leurs formes, il les accommoda aux besoins de la guerre moderne, mais il en respecta la décoration, et, par exemple, il ne toucha point aux portes. Ces échauguettes mignonnes qui flanquent les angles de la muraille sont d'Henri d'Albret, et aussi cette porte délicieuse , le bijou entre les bijoux, qui commande une route presque verticale, montant du Gave à la ville. Au xvii* comme au xvi* siècle, l'art militaire, c'était de l'art; et s'il en a été différemment aux temps qui suivirent, c'est parce que le métier d'ingénieur militaire est devenu précisément un métier, et qu'auparavant c'était une vocation.

Rappelez-vous comment Vauban sortit des rangs de cette foule obscure qui s'appelle une armée. Misérable cadet, élevé par la charité d'un curé de village, il s'engage dans un des bataillons que Condé rassemblait contre Mazarin; son capitaine signale tout de suite ses connaissances en « dessin » et en « arpentage », et le fait travailler à des ouvrages qui devaient mettre en sérieuse défense la petite place de Clermont en Argonne, puis aux remparts (le Sainte-Menehould. A l'instant, le bruit se répand dans les deux armées — la rebelle et la royale — que l'on avait découvert un jeune cadet pourvu de talents extraordinaires, et d'une ^ vocation déterminée pour les fortifications ». Mazarin en est averti; si bien que, peu après, Vauban, dans un engagement malheureux, étant tombé aux mains des soldats royaux, le cardinal se le fit amener. La situation du cadet n'était pas belle; car, enfin, il y avait un arrêt de mort prononcé contre Condé et ses ad-

hérents. Mazarin n'eut pas envie de faire pendre son prisonnier; il le garda, le ramena doucement au parti du Roi, ce qui n'était pas bien malaisé, car le hasard seul l'avait mis dans l'autre, le donna au chevalier de Clerville, leplus célèbre ingénieur de son temps, qui en fît son second.

Quelques années après, Vauban fait partie de la suite de Louis XIV à Saint-Jean-de-Luz (en 1660); on lui donne à remettre en état les places basques et navarraises — Saint-Jean-Pied-de- Port, devenue ville française par le nouveau traité; Navarrenx, naguère la forteresse principale, la petite La Rochelle des protestants béarnais. — Vauban transforme Saint- Jean-Pied-de- Port et Navarrenx, mais ne les dépare point.

Il laisse au premier son caractère gothique, au second toute j?a belle tournure d'un temps où l'on ne concevait pas un ouvrage d'architecture militaire ou civile qui ne fût pas un ouvrage de goût. Il se contente de couronner Saint-Jean-Pied-de-Port d'une citadelle moderne, et de revêtir de gazonnements contre rartillerie nouvelle d'alors — qui maintenant nous fait sourire — les belles murailles de Navarrenx. Vauban, enfin, fut un grand homme et un grand ingénieur qui, en même temps que ses talents spéciaux, eut le goût et l'amour de la justice, qui laissa une œuvre immense de pierres et d'éloquentes œuvres écrites, qui éleva des revendications humanitaires, qui eut le cœur généreux, presque l'âme d'un apôtre, les yeux et la main d'un artiste.

Ces réflexions rapides — en manière de portrait — ne sont pas une satire. Seulement, entrant dans Navarrenx par cette porte adorable dont j'ai déjà parlé, je regarde mon compagnon et je lui dis: Que feraient les ingénieurs militaires d'à présent, s'ils avaient à transformer ceci? — Bon ! me répond-il; en doutez-vous? Ils commenceraient par mettre ce chef-d'œuvre-là par terre. — Et nous ajoutons en chœur : Heureusement, Navarrenx est une place de guerre déclassée !

Navarrenx, au moyen âge, dut participer de la prospérité coin-

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mune à toutes les villes de ce pays qui ae trouvaient sur la route du pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelie. Lieu fort aussi, de tout temps, car il commandait la vallée du Gave. Les pèlerins n'y entraient point, ils demeuraient dans !e bourg — c'est-à-dire le faubourg assis sur ïa même rive, au pied des murs ; ils recevaient l'hospitalité dans un monastère qu'Henri d'Albret racheta.

Je fournis ici la supposition la plus favorable à sa mémoire, car c'était un « prince de fer >, bien capable de confisquer.

Il détruisit le bourg et les vieilles murailles, ne laissant bubsister que la tour Herrère, en avant de la place. Depuis, un nouvel acquéreur du champ qui la portait, l'a rasée tout net ; c'était une tour carrée, assez moderne, relativement aux ouvrages antérieurs, car elle ne datait que du xv' siècle. Henri d'Albret n'enveloppa pas seulement Navarrenx d'une nouvelle ceinture, il reconstruisit certainement la ville elle-même sur un plan parfaî-

tement régulier. Une large rue, toute droite, en estrartèrepriDci pale, que d'autres rues, assez larges également, viennent croiser en sens vertical. Cet Henri d' Albret était un prince correct.

Pas de dessin plus simple, et pas de petite ville au mondt plus propre et mieux aérée. Les maisons appartiennent presque toutes à l'époque de la fondation ; elles sont décorées de balcoDà de fer et construites en granit inaltérable, quelques-unes en pierres plus tendres, pourvues de revêtement de cailloux. De larges boulevards plantés d'arbres courent au-dessus des remparts — envahis eux-mêmes, en certaines de leurs parties, parces beaux ombrages. Oh ne les abattra plus, Navarrenx ayant ces^sé d'être une place de guerre; ils croîtront en paix et en liberté, couronnant ces murailles romantiques. Dans une des échauguettes, j'ai vu jouer une troupe d'enfants; et ceux qui étaient là-haut cd invitaient d'autres, demeurés en bas, à monter avec eux dans la lanterne.

Je ne sais pourquoi, — l'échauguette devant mes yeux devient tout à coup une ianteme magique : l'histoire, c'est un théâtre de fantasmagories. — Par-dessus la tête des enfants, auprès du soldat de vigie , salade en tête, la poitrine couverte « du gardecœur » en cuir, bardé de lames de fer, je vois la figure grave et la mine composée de messire Bassillon, abbé laïque de Gabastou, et gouverneur de Navarrenx pour la reine Jeanne en 1569. Si ce titre « d'abbé laïque » vous étonne et vous fait sourire, c'est que vous n'en appréciez pas toutes les ressources et toutes les finesses. Il était commun en ce temps-là, dans le pays. L'abbé laïque était l'heureux privilégié qui, dans un canton, touchait, empochait les dimes, et présentait les candidats aux cures, lesquels auraient le presbytère tout sec et un peu de casuelpour mal vivre. Ladime, la grasse dîme appartenait au seigneur. Bassillon s'était fait huguenot, croyant bien que la religion nouvelle ne changerait rien au train et surtout au rendement des choses; il fut un peu trompé. Vous ne voudriez pas le plaindre.

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Donc, je vois messire Bassillon dans Téchauguette ; il vient s assurer de Fétat de la muraille. Heureusement, elle était neuve. Henri d'Albret avait joliment travaillé, sans le savoir, pour sa fille Jeanne. S'il n'avait édifié cette forte place de Navarrenx, où les défenseurs du culte réformé trouvaient alors leur dernier refuge, le calvinisme aurait été entièrement rejeté hors du Béarn. Le œntre et l'âme en étaient ici, et ce fut Navarrenx qui le sauva, en résistant héroïquement à Terride qui l'assiégeait. Messire Bassillon, d'ailleurs, n'était pas le maître de la place en ce moment ; il devait s'incliner devant le comte d' Arros, qui s'y était jeté avec les capitaines Casabant, La Motte, Moret, Barselay, Cortade. J'ai déjà raconté comment ces vaillants donnèrent à Montgommery le temps d'arriver à leur secours. Navarrenx avait dû beaucoup souffrir, et sa ceinture neuve fut certainement endommagée, puisque Terride avait vingt canons. On la répara. La belle petite place eut beaucoup de gloire, et probablement assez de profit. La reine Jeanne, rentrée en ses Etats, proscrivit le culte romain dans le Béarn et confisqua les biens du clergé. Il est à croire que messire Bassillon y. trouva son compte — et (|u'il eut les maisons presbytérales et les champs qui en dépendaient, au lieu des dîmes ; — au lieu du revenu, le fonds.

Cinquante ans après, c'est Louis XIII qui règne. Il a dix-neuf ans et il est aux mains du connétable de Luynes, mais c'est Richelieu, déjà ministre sous le favori, qui est l'âme du gouvernement. Quant au connétable, il s'enrichit et s'amuse. Cependant la guerre religieuse parait se réveiller dans le royaume. Ce n'est qu'une apparence : il ne s'agit plus de la lutte d'une religion nouvelle et d'un peuple qui n'en veut point, comme au siècle précédent; c'est maintenant la révolte d'un parti contre l'autorité royale. Le foyer de la sédition est dans la Gascogne et le Béarn. Luynes vient assiéger Montauban, et bientôt est obligé de lever honteusement le siège mal conduit; il veut continuer la campagne, mais il meurt d'une fièvre maligne. Pendant ce temps, le roi lui-

même marchait en Bçarn. Il arrive à Navarrenx, et c'est là que fut rédigé TEdit de Réunion. Le Béarn, qui gardait encore sa constitution indépendante, ne va plus être qu'un des trente-deux grands gouvernements de France. Le culte catholique y est rétabli, l'Eglise romaine remise en possession de ses biens ; et pour dédommager les ministres protestants qui avaient été pourvus des anciens bénéfices, on leur assigne des pensions sur le trésor royal. — Quant aux simples gentilshommes qui avaient eu leur part de ces dépouilles, on les leur reprit, tout uniment.

Navarrenx a donc logé la Cour d'un roi de France, l'arrièrepetit-fîls de cet Henri d'Albret qui avait construit la ville. Richelieu, qui accompagnait le roi, a promené par ces rues « tirées au cordeau » sa robe qui n'était encore que violette. Ce n'étaient pas ces terribles plis rouges qui, plus tard, semèrent autour d'eux le frissonnement de la peur, avec la résolution d'obéissance. Navarrenx a vu les grands chapeaux empanachés des seigneurs et les grandes rapières des capitaines. Le spectacle ne l'étonna point ; de tout temps, la belle petite place avait été remplie de soldats et de seigneurs.

J'ai dit que nous étions ici sur la frontière du pays souletin. II y avait même eu jadis un accord entre le vicomte de Béarn et le vicomte de la Soûle, qui tous deux promettaient de « représenter à Navarrenx les criminels des deux seigneuries ». Là, une justice mixte , composée des délégués des deux vicomtes , les faisait pendre.

Suivant toujours cette ligne qui borde le pays basque, nous allons visiter Sauveterre et Salies. Ces deux curieuses villottes ont entre elles ceci de conimun, qu'elles sont situées toutes deux enti^ le Gave d Oloron et le Gave de Pau. Salies est encore dans le pa>^-lisièi-e. Sa population était naguère presque entièivnient basque. Je dis qu elle l'était, parce qu'avant d'y arriver, je s;\is déjà que Salies a perdu par Témigration plus de la moitié de ses habitants*

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« Je devrais partir joyeux, dit un chant basque, — Mais quelle tristesse s'allume au fond de moi ? Mon cœur, mon cœur, comment seras-tu consolé?

< Naître dans le beau pays basque et peut-être mourir dans les Amériques, quel sort méchant!... Je dois pourtant m'y endurcir. Mon cœur, mon cœur, comment seras-tu consolé? »

Pour aller de Navarrenx à Salies et Sauveterre, les chemins ne manquent point. Nous aurions aimé à passer par Lagor, que nous avions vu dans un précédent voyage. Si vous avez, comme moi, le goût des landes couvertes d'ajoncs et de bruyères , avec la couleur âpre et chaude que les grands espaces déserts et sauvages revêtent en ce pays, allez à Lagor. Le soin de prendre nos lettres au bureau de poste nous ramène de Navarrenx à Orthez. Trajet assez court de vingt-quatre kilomètres, que nous ferons en voiture. A droite de la route, on reconnaît sans peine les vestiges d'un ancien camp : ne vous méprenez pas à l'épithète, il ne s'agit pas des Romains. Ce camp pourrait bien avoir été celui qui servit aux troupes d'Henri d'Albret, peut-être à la petite armée de Louis XIIL La route suit un petit cours d'eau, le Laas ; des maisons de plaisance la bordent, vieilles maisons très rustiques, et nous traversons de nombreux hameaux. Notre conducteur a reçu l'ordre de presser ses chevaux, car nous voulons joindre Orthez avant que monsieur le receveur de la poste n'ait fermé ses guichets.

A mesure que nous avançons, la petite vallée du Laas se montre plus boisée ; des bouquets de haute futaie couronnent aussi les collines. Nous traversons l'emplacement d'une ancienne forêt si vaste qu'elle en prit, en latin, le nom parlant de Sylva Lafa. Dans le langage populaire, c'était tout simplement le Faget, le lieu des hêtres. La forêt enveloppait les domaines de la puissante abbaye de Sauvelade. Au seuil du village, nous mettons pied à terre pour visiter l'église, édifice roman du commencement dti XII** êiècle, puis, en sortant de Sauvelade, nous rencon-

trons le confluent du Laas avec le Lâa. Un peu plus haut, court leXialaas. Un vieux château entouré de grands ombrages élève au-dessus des hautes branches ses pignons tremblants.

La ville est proche. Nous sommes au bourg de Magret, et mon compagnon m'attend, assis au bord du chemin qui s'embranche avec celui de Sauveterre, tandis que j'entre dans Orthez et que j'en sors à nouveau, toujours trottant. A la vérité, j'ai tort de m'appliquer ce participe-là; ce sont les chevaux qui trottent.

Jolie petite route que celle de Sauveterre, et très carrossable pour un ruban si étroit, qui va ondulant au gré d'un sol accidenté. Adroite, nous découvrons Orthez; de ce côté, la ville même présente un tableau très coquet. Elle monte en étages; des masures et des villas, des toits moussus et écrasés, des murailles blanches et des feuillages grimpent au coteau qui domine le vieux donjon. Le peuple et le bourgeois plongent à présent dans Faire du seigneur : c'est le mouvement des temps ; et il y a eu bien des temp5> et beaucoup de mouvements depuis ce Gaston Phœbus, le grand comte dont nous allons voir le dernier refuge à l'abbaye de rhopital dOrion. Bientôt, un rideau de collines nous cache Orthez; nous cheminons tantôt sous de beaux ombrages, sur un ph^teau très riche, tantôt entre des mamelons entièrement habillés de fougèivs. Au-dessus, nos yeux peuvent suivre, sans la perdre un moment, la ligne bleue des monts.

Au fond d un vallon très étroit, couché à l'ombre, et comme ^ous le moutonnement de plusieurs coteaux boisés, voici l'hôpital d Orion. J ai dit que c était une abbaye; j'ai eu tort : ce fut une cvMunianderie, avec la maison hospitalière qu'elle entretenait. IVmuI d'autrvs restes que la chapelle du temps, toute croulante : uno ivtito nof^ a\-ec deux bas-côtés très étroits, chacun ayant leur .^hsîdo ao^vUv au chœur. l>e longues fenêtres à lancettes Téo\^uvî\î d uîi ;our bUfard, sauf du côté de l'occident, où le soleil, v)vu d^vî:î\o^ u*ît jrlissor une flèche lumineuse. Les voûtes, sou- U nuos jv^r do \Hinis piliei*^ présentant des chapiteaux à crochet,

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sont dans un état lamentable de mutilation. Voilà tout ce qui subsiste du lieu choisi par Gaston Phœbus pour mettre — comme on devait dire plus tard à la cour de Louis XIV, ou comme disait, du moins, Saint-Simon, — « un intervalle entre la vie et la mort » .

Cest bien un lieu de paix profonde et de recueillement infini. De son logis, dans cette commanderie contiguë à Téglise, le brillant seigneur, qui avait été plus même qu'un seigneur, qui avait été un grand prince, — ne voyait que la ramure noire des bois montant aux flancs des coteaux; il s'était mis volontairement au fond de cette prison mouvante, et n'avait au-dessus de ses yeux qu'un coin du ciel. C'est là que ses repentirs allaient tout droit, s'il en avait. Il pouvait bien en avoir, car, à côté de grandes actions, il en avait commis de troubles et de violentes'. Le dégoût du pouvoir et de la vie était venu par l'abus que ses passions en avaient fait. Surtout il ne se pardonnait point le cruel traitement que sa méfiance avait infligé à son propre fils, et désormais, vieux avant Tâge, car il n'avait pas cinquante ans , il attendait l'heure. Le plus amer, c'était que ce fils, longtemps enfermé dans un cachot, accusé d'avoir voulu empoisonner son père, ne pouvait être moins impatient de sa délivrance. Les jours n'étaient plus où, dans un de ses châteaux — Mazères en son comté de Poix — le comte recevait le roi Charles VI. — L'année suivante, ce puissant roi de France ne devait plus être que Charles le Fol^ et Gaston, son hôte, se débattait contre les blessures de la conscience, quelquefois aussi cruelles que celles de la raison.

Quant à nous, voyageurs chétifs, que le remords ne déchire point, qui n'avons jamais commis de forfaits célèbres — peut-être parce que nous n'avons jamais eu le pouvoir qui en donne l'occasion et en allume la tentation — nous n'avons plus aucune raison de demeurer au fond de cet entonnoir.

Cest le mot. Aucun autre ne serait exact. Nous avons aisément glissé à la descente sur ces parois verticales, il faut les remonter pour regagner notre carrosse à sonnettes. Et nous éprouvons,

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comme Gaston Phœbus, que le retour des choses d'îci-bas est rude. — La route, que nous avons rejointe enfln , va montant encore, montant toujours. En i-evanche, le soleil baisse, décidément. A Burgaronne, nous embrassons toute la vallée du Gave d'Oloron, qui est ici très large. Les lueurs du couchant l'éclairent obliquement, de longues traînées brillantes courent sur les prairies et sur l'eau, les toits des villages étincêlent. Le paysage est joli. — Seulement joli. Presque pas de reliefs montagneux; un cadre agreste, c'est tout. La route enirc dans Sauveterre, et nous devenons inquiets.

Nous savons que la ville contient les plus belles ruines peut-être de la province.et nous ne les voyons pas. Cependant, nous avons traversé toute la ville; nous sommes arrivés au point d'interseo lion de cette route avec celle de Salies à Saint-Palais. La voiture s'arrête devant une hôtellerie; le conducteur nous dit qu'elle est excellente. Nous dînons, et le conducteur n'a pas menti.

Mail ces ruines ?

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