‹ Les quadrilles à la cour de Napoléon 1erChapitre 1 sur 2 · H. DARAGON, ÉDITEUR 10, RUE DUPBRRÉ · texte numérisé non relu

H. DARAGON, ÉDITEUR 10, RUE DUPBRRÉ

C'est seulement à lliiver de 1805- 1806 que TEmpereur se détermine à donner de grands bals au palais des Tuileries : jusque-là, on a dansé souvent, mais en petit comité, dans les appartements de llmpératrice, au rez-de-chaussée des Tuileries. Les

dames de la Cour étaient seules in- TÎtées et- les personnes de la Ville étaient exclues : cela n'était point pour faire bon effet et rappelait vraiment un peu trop l'ancien régime et les petits bals de Marie Antoinette.

L'hiver précédent (1805), TEmpereup avait accepté le bal que la ville de Paris lui avait offert à l'occasion du Sacre, mais, venir à l'Hôtel de ville, c'était suivre encore les errements des rois très chrétiens. Un souverain démocrate devait en chercher d'autres et il était au moins de bonne politique de rendre, dans les Tuileries, le bal que la bourgeoisie avait donné chez elle. A dire vrai, Napoléon n'en avait jusque-là guère eu le temps ;

car, aussitôt après le Sacre, c'avait été le voyage d'Italie pour le couronnement de Milan, puis les préparatifs de l'expédition d'Angleterre, puis la campagne d'Austerlitz, mais, à présent qu'on s'amusait, à présent que la Cour, à l'occasion du mariage de Stéphanie de Beauharnais avec le prince héréditaire de Bade, déployait les splendeurs de ses cortèges et faisait si glorieux effet, n'était-ce pas le moment à souhait pour contenter les Parisiens et surtout les Parisiennes ? Une telle fête, c'était plus d'un million jeté au commerce de la capitale, et chacun y trouvait son profit.

Cestdonc entendu, et l'Empereur,

qui, depuis le 12 avril 1806, est établi àSaint-Gloud, reviendra tout exprès le 20, aux Tuileries. Les choses sont réglées militairement, car^ avec la foule d'invités que Ton veut avoir — deux mille cinq cents invitations ont été lancées — il ne faut ni trouble, ni désordre. Il y aura, pour diminuer Tencombrement et éviter les flux et reflux trop violents, deux bals à la fois, mais deux bals en tout semblables. La moitié des invités pénétrera par le grand vestibule, se réunira dans la Salle des Maréchaux et soupera dans la Salle du Conseil d'Ëtat. L'autre moitié entrera par le Pavillon de Flore, se réunira dans la Galerie de Diane et soupera au Pa-

Villon de Flore. Et quels soupers f Pour les noces de Gamache on eût fait moins de cuisine. Le grandmaréchal Duroc, qui fait son compte en homme de ménage, a prévu cent grosses pièces, savoir: seize jam* bonsi seize daubes, seize pâtés, seize longes de veau ; neuf biscuit»

de Savoie, neuf brioches, neuf babas et neuf gâteaux de Compiègne ; puis soixante entrées: douze de chapons au riz, douze de fricassées de poulets à la gelée^ douze de mayonnaises de poulets, douze de salmis de perdreaux chauds et froids, douze de salades de perdreaux»

Après, viennent soixante plats de rôts : poulardes, dindonneaux, pou*

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lets et campines ; et encore deux «cents entremets, vingt-cinq de blanc manger^ vingt-cinq de gelée d'orange, vingt-cinq de gelée de citron, vingt-cinq de crème et cent de pâtisserie. Il y aura encore soixante- -douze assiettes de bonbons, soixantedouze de compotes, cent de petits fours, cent d'oranges, cent de poires et de pommes ; il y aura trois mille glaces moulées, et Ton pourra boire mille bouteilles de vin de Beaune, cent de Champagne, cent de Bordeaux, cent de vins de dessert, vingt bouteilles de rhum, sans compter pour mille francs de limonade, orgeat, orangeade et punch.

C'est bien de les nourrir, les in-

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vîtes, mais que fera-t-on pour les distraire? Ce n'est pas pour eux, mais pour le populaire, que, à sept heures du soir, dans le jardin illuminé, le Conservatoire impérial de Musique, juché sur une estrade en bois, exécutera un concert : ce n*est qu'à neuf heures que le bal doit s'ouvrir : Eh bien I comme faisaient Catherine de Médicis et à son imitation les rois très chrétiens, Valois et Bourbons, la Cour dansera devant la Ville des quadrilles qui seront presque des ballets, oty en des pas très compliqués, des jetés battus, des entrechats, des queues du chat, voire des gargouillades et des flicsflacs, les beaux danseurs et les belles

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danseuses pourront donner carrière à leurs élégances. En chaque quadrille, seize daines et seize c€bvaliers. La princesse Louis, la femme de Louis Bonaparte, qui sera demain la reine Hortense, mène dans la Salle des Maréchaux ses dames vêtues de blanc, couvertes et couronnées de fleurs qui diffèrent de quatre en quatre. Les cavaliers ont Thabit de satin blanc fermé par devant et traversé d'une écharpe de couleur assortie aux fleurs des danseuses. Dans la galerie de Diane, la princesse Caroline (M°^' Murât, la future reine de Naples,) est & la tète d'un semblable quadrille en costume espagnol. Les kommes ici, (dont un quart est pris

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d'officiers de la Garde) ont l'habit de velours blanc impérial doublé en levantine blanche, la culotte de drap de soie blanc, une écharpe aux couleurs des danseuses, pailletée et frangée en argent, et, sur la tète, une toque en velours noir à plumes blanches. Ce costume, fourni par le tailleur Sandoz, coûte 518 francs et c'est TEmpereur qui le paye.

Pour éviter la confusion, nul, hor^ mis l'Empereur, ne peut, avant onze heures du soir, passer d'une réunion dans Tautre et les issues sont à cet effet gardées militairement. A neuf heures, les invités sont arrivés et attendent qu'il plaise à Leurs Ma-* jestés de sortir des Grands aj^parte^

ments où, dans la Salle du Trône et dans les salons qui la précèdent, se sontréunislesprinces,les princesses»

les grands-officiers, les ministres, les dames du Palais, et les dames des princesses : A neuf heures et demie entrée de l'Empereur dans la Salle des Maréchaux, quadrille de la princesse Louis; puis, l'Empereur passe dans la Galerie de Diane et là, quadrille de la princesse Caroline. Ensuite l'Empereur se promène dans le bal, il parle à de nombreuses dames invitées ; il reste une heure environ et, à dix heures et demie, il repart pour Saint-Cloud avec sa suite. Alors, les invités ont la permission de danser et même, & partir

de onze heures^ d'aller d'un bal dana l'autre .

La fête réussit et le commerce de Paris fut satisfait de la dépensa qu'elle occasionna : néanmoins, de plusieurs années, on ne recommença point aux Tuileries. Il fallait des occasions et, d'ailleurs. Napoléon avait sur les bras une telle besogne qu'il ne songeait point à faire danser. Tout l'hiver de 1806-1807, il le passe en Pologne à entretenir la guerre; en 1807, les mois de novembre et de décembre^ il les passe en Italie. Il est vrai qu'il est de retour à Paris le 1®' janvier 1808, mais, au carnaval, il se contente des fêtes que lui offrent ses sœurs, ses ministres et ses mare-

chaux. Déjà Marescalchi, le ministre des Relations extérieures duroyaume d'Italie, a ouvert à ses fêtes déjà célèbres le charmant hôtel qu'il habite au coin des Champs-Elysées et de la rue d'Angouléme, — actuellement rue la Boétie — l'hôtel que Ghatgrin a bâti pour le comte de Langeac et qui sera Thôtel de Flahaut, avant d'être l'hôtel de Massa,mais la grande vogue n'y sera que dans deux ans. Cet hiver, c'est le bal donné à l'Elysée par la princesse Caroline, grande duchesse deBerg, qui emporte tous les suffrages. On y voit un quadrille de Tyroliennes qui réunit les plus jolies femmes de la cour : la grande duchesse d'abord, puis U^"* Duchatel,

^me Regnaud de Saint-Jean-d'Angély, la princesse de Neuchàtel, M«*« de Colbert, M"« de La Vauguyon qui fut depuis M°^^ de Garignan, M"«de Montmorency, M°»® Savary, la princesse de Pontecorvo. Le costume d*uniforme est une jupe fort courte d'une étoffe de laine rouge, bordée d'une large bande gros bleu sur laquelle sont brodées des fleurs en laine de couleur et en or. Le corsage est formé de larges bretelles en étoffe de la couleur de la jupe, bordées de ganses d'or et appliquées sur une chemise de percale très fine à mille plis. La coiffure consiste en un voile de mousseline de rinde à broderies en lames

d'or. Jusqu'à la chaussure qui a été réglée, avec les bas de soie rouge à coins d'or et les étroits souliers de satin noir. A ce même bal, il y a d'autres entrées : une d'Enchanteurs»

une de Vestales, une de Suissesses^ mais les Tyroliennes sont les plus applaudies. D'ailleurs, il arrive des ennuis aux Vestales que mène la reine Hortense, laquelle a dispute avec sa belle-sœur, et cela attriste fort leur danse.

L'hiver suivant, 1809, l'Empereur ne revient d'Espagne que le 28 janvier, et Ton ne trouve guère à citer que le bal costumé chez Cambaeérès, dans son nouvel hôtel de la rue Saint-Dominique, où les qua-

drilles sont emiNruntés aux pièces en vogue : La Jeunesse de Henri V^ d'Alexandre Duval, et Les Deux Magots. Mais le carnaval suivant, celui de 1810, est marqué par une fôte inoubliable. L'Empereur vient de divorcer et il entend que le commerce n'en souffre pas, que Ton soit gai et que Ton danse. Aussi chacun s'y emploie et Marescalchi annonce un grand bai pour le mardi gras. Il faut trouver du nouveau, du rare, de Famusant, et cela n'est point simple.

La princesse Caroline, à présent reine de Naples, est heureusement à Paris et daigne s'en mêler : elle est toute en ce moment à la passion du jeu d'échecs ; elle vient d'appor-

ter à Napoléon ce merveilleux échiquier en lave du Vésuve et en co* rail qui est aujourd'hui une des curiosités du palais de Gompiègne.

Elle engage des parties par correspondance et passerait volontiers ses nuits h jouer. Tout naturellement, lorsqu'il s'agit d'un quadrille costumé, sa pensée s'arrête à un jeu d'échecs. On choisit donc pour figurer les seize pions^ seize femmes de même taille qui sont habillées huit en bleu et huit en rouge. Elles isont vêtues, comme des figuras égyptiennes, d'une jupe de gros de Naples blanc fort étroite, sur laquelle est serré aux hanches un petit pagne bleu et argent ou rouge et or : le

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corsage, semblable au pagne, a des manches étroites. La coiffure, est la coiffure classique des Sphynx d'Er gypte, si à la mode pour la décoration des meubles. Il y a ainsi la reine de NapleSy la princesse de Neuchatel, W^^ Regnaud, la duchesse d'Abrantès, la comtesse Duchatel, la duchesse de Rovigo, W^^ Alphonse de Colbert, la princesse d'Arenberg, Wf"^ de Ganisy, la princesse de Pontecorvo, les mêmes, comme on voit, que dans le quadrille de 1806. Le personnel des jolies femmes est fort considérable à la Cour, mais chaque princesse a ses coteries dont elle ne sort guère. A certaines, la coiffure sied & miracle, mais il en est qu'elle

enlaidit à ne pas croire. Les tours sont des hommes, et on les a pris entre les plus gros qui soient à la Cour, comme M. de Ponte Lumbriasco> M. de Bausset, et M. de Brigode :

ils se cachent en des carcasses d'osier couvertes de toile peinte : Les cavaliers^ MM. de Montesquieu et de Ganouville, coiffés comme les pions^ ont une sorte de croupe en osier avec laquelle ils jouent à souhait les centaures. Les fous, MM. de Septeuil, dePourtalès et de Curnieux,sonttout simplement habillés comme les fous de Cour au temps des Valois, soit en rouge et or, soit en bleu et argent ; ils ont, sur la tête, une jolie cape à grelots d'or ou d'argent et, à la main.

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tiennent une marotte sonnante. Enfin, les rois et les reines sont tout resplendissants : Le roi des Rouges, un Ptolémée ou un Sésostris, c'est cet admirable et héroïque colonel Lejeune, Tun des plus beaux et des plus galants officiers de Tétat-major du Prince yice-connétable : Sa reine est la belle M"^' de Barrai, dame de la princesse Pauline, une feinme qui quelque temps a occupé l'Empereur lui-même. Leurs vêtements de pourpre et d'or ruissellent de rubis que chacun s'est empressé à leur prêter. Pour les Bleus, le roi est le colonel de Lagrange, si beau qu'on le surnommait Apollon, si brave et portant sihautlatétequ'onreùtbien

dit un fils des Dieux et la reine cette duchesse de Bassano, H"^^ Mar.et, dont le pinceau de Gérard a consacré Timpeccable beauté de lignes et la merveilleuse stature. Si les autres ont les rubis, ceux-ci ont les saphirs et ils en portent sur eux une fortune.

. Après quinze grands jours de répétitions à TElysée, arrive enfin Theure de la fête. Dans Thôtel Marescalchi, tous les figurants du jeu se rassemblent; deux sauvages entrent dans la salle du bal avec une immense toile cirée sur laquelle est figuré un échîquier,etilsrétendenten dansant.

L'orchestre^ à ce signal, attaque une marche composée tout exprès, et^ deux par deux, les /non», les fot^f.

les cavaliers, les tours, les rois et les reines défilent devant les spectateurs émerveillés. Sur deux estra* des, deux tribunes plutôt, placées Tune vis-à-vis de l'autre, montent deux magiciennes masquées, à la robe bleue ou rouge, parsemée d'étoiles d'or ou d'argent. Ce sont elles qui jouent la partie. La magicienne bleue^ du bout de sa longue baguette, touche un pion bleu, la reine de Naples, qui fait un chassé en avant : riposte de la magicienne rouge, et, durant un temps, un par un^ les piona chassent. S'il y a prise, le pion qui prend, fait faire un tour de main au pion qui estpriset le met en pénitence sur le bord de l'échiquier. Les cava-

lierx avancent en pas basque, les fous en jetés battus, mais il ne faut point abuser : on prend la partie la plus eourte, celle qui est classique sous le nom Échec du berger et les rouges sont faits mat sans presque s'être défendus : S. M. la reine de Naples étant dans les bleus, on lui doit bien la victoire.

En ces sortes de ballets, quoique le talent de la danse fût alors bien plus répandu qu'aujourd'hui, les solis étaient toujours un écueil et il eût été préférable, à tous les points de vue, qu'on se fût borné à des ensembles. La représentation du jeu d'échec était d'autant moins bien trouvée que l'immobilité de la plu^

part des ligures était requise d'obligation, que les mouvements des dan* seuses étaient fatalement identiques, que, nécessairement, un seul per* sonnage devait évoluer à la fois, que la marche du jeu n'était compréhensible que pour les initiés et que la terminaison de la partie ne donnait lieu à aucun divertissement^ mais ces inventions compliquées étaient assez dans le goût de Caroline.

Au carnaval de 1811, l'Empereur a ordonné trois bals masqués : un chez le prince de Neuch&tel (Berthier), un chez TArchichancelier (Gambacérès)^ un chez le comte Marescalchi. Il se plaît à ces bals particuliers bien plus qu'aux bals

des Tuileries où il se sent en représentation. Là, chez d'autres, il se croit inconnu, il s'imagine qu*il passe inaperçu et qu'à peine sait-on qu'il y est présent. Sans doute, point de police en apparence, au moins à Fintérieur. Mais qui peut méconnaître le ton du maître lorsqu'il parle ; qui peut méconnaître sa démarche et son allure de corps^ lorsqu'il s'avance, se dandinant suivant une habitude qu'il a prise, engoncé dans un domino qu'il s'imagine le déguiser. Rien ne l'amuse comme d'interpeller quelque dame de sa cour et de lui conter les histoires qu'il sait d'elle par sa police. Mais, s'il lui platt qu'on lui réponde sans

avoir Pair de le reconnattre, et que, aux mots vifs dont il intrigue une dame, celle-ci riposte par une phrase plus vive encore, il ne lui convient point d'ignorer qui lui parle et, au besoin, s'il ne trouve point tout de suite^ il porte la main au masque et Tenlève pour voirie visage. Il a, à ces bals masqués, ses rendez-vous d'habitude avec M™« Tallien qui, parce qu'elle est devenue Bf"* de Gamaran-Chimay, s'imagine qu'on a oublié les succès et les revers de Teresia Cabarrus et qu'elle pourra rentrer en grâce, forcer la porte obstinément fermée des Tuileries. Napoléon, malgré tout, a de l'amitié pour elle et se contente de lui dire :

« Mettez-vous à ma place et décidez. »

Mais elle se garde bien de décider et remet à rannée suivante, espérant toujours qu'elle le trouvera plus clément et plus facile, qu'elle saura l'attendrir.

Mais cela n'est point intriguer, c'est comme un rendez-vous tacite, donné et accepté une fois pour toutes. C'est du nouveau que cherche Napoléon et qu'il désire. Sans doute, il s'imagine un peu trop que l'incognito dont il se couvre, lui permet toutes les fantaisies de paroles et il garde un peu trop, sous le masque, un ton de sous-lieutenant, mais,lorsque la riposte arrive en face et qu'il sent qu'il n'est pas reconnu.

il rit franchement. C'est au bal che^ Gambacérès qu'il attaque de paroles M™« Amé de Sainf^Didier, femme du Préfet du Palais et fille du général Mathieu-Dumas, un des héros de la guerre de llndépendance américaine. Celle-ci riposte « qu'il y a au bal des gens qu'il faudrait mettre à la porte, qui n'ont pu sans doute y entrer qu'avec des billets volés ».

Une autre fois c'est bien pis avec M"« de Mesgrigny, M"« de Rambuteau en son nom ; mais ici il faut une explication. 11°"* de Mesgrigny était une des plus jolies femmes de la Cour impériale ; épouse d'un écuyer de l'Empereur qui fut entre les fidèles au moment des désastres.

«lie avait été appelée elle-même au poste tout de confiance de sous-goavernante du Roi de Rome. Mais, avant, Napoléon avait eu quelque velléité de lui plaire. La première fois, elle avait pris la chose en riant ; la seconde fois qu'il avait entamé le même sujet, elle avait répondu qu'elle serait bien fâchée de quitter Paris où elle se plaisait fort, mais que, si l'Empereur persistait^ elle se verrait obligée de dire à son mari qu'elle voulait aller dans sa terre de Champagne où elle mourrait d'ennui.

L'Empereur n'avait rien répliqué, mais, quelques jours après, il l'avait nommée sous-gouvernante de son fils. Seulement, il avait sa petite

vengeance à tirer et il n*y manqua point. En 1805, lorsqu'il était allé à Milan se faire couronner Roi dltalie, il s'était arrêté à Troyes. M"« de Rambuteau, point mariée encore, vivait dans cette ville avec sa famille, ruinée par la Révolution et réduite presque à la misère. Elle remit à l'Empereur une pétition où elle demandait la restitution des biens non vendus ; et, à peine rentrait-elle dans le logis misérable de ses parents qu'un page y arrivait à grand fracas, apportant un décret rendu sur l'heure et qui rétablissait les Rambuteau dans une fortune de plus de trente mille livres de rente. Gomme la pétitionnaire

était charmante, on imagina dans la ville que la galanterie était pour quelque chose dans la faveur qui lui avait été accordée^ et ce fut cette histoire que l'Empereur rappela au bal masqué,en ajoutant que personne ne doutait qu'elle n'eût payé le droit du Seigneur. k peine ces mots étaientils prononcés que, malgré sa timidité et sa douceur habituelles. M*»* de Mesgrigny se leva et s'éloigna avec colère, des larmes plein les yeux, disant qu'on abusait étrangement du droit que donnait le bal masqué. Cinq ans après. Napoléon ne se rendait pas compte encore exactement de Tinsulte qu'il avait faite à cette jeune femme. « Moi

seul^ disait-il, pouvais lui parler ainsi sans Tinsulter, parce que cela se disait, il est vrai, mais que j'étais bien sûr qu'il n'en était rien. » La défense est d'autant plus médiocre que Napoléon faisait tout pour n'être point reconnu.

Il avait même inventé, afin de dérouter le monde, de s'adjoindre un Sosie. C'était le peintre Isabey qui, plus adroit que quiconque aux imitations, singeait à miracle la démarche et la tournure de TEmpereur, et, sous le domino, faisait illusion au point que les plus familiers s'y trompaient. Sur un seul point il péchait :

ses mains étaient grosses près de deux fois comme les mains deNapo-

léon, mais celui-ci, en conséquence, mettait quantité de gants les uns sur les autres de façon à changer en entier Taspect de ses mains. Choisissant alors un compagnon de la taille du Grand-maréchal, sinon Durée lui-même, Isabey faisait bruyamment son entrée dans le bal, tandis que Napoléon s'y glissait mystérieusement.

L'Empereur n'a jamais endossé de costumes de caractère ou de fantaisie : mais ses dominos étaient très variés de couleurs : le 26 mars 1809, la petite cassette paye, au premier valet de chambre Constant^ une somme de 320 francs pour un mémoire de fournitures de dominos et de masques pendant le carnaval ; en 1810, le ser-

vice de la toilette fait faire deux dominos en taffetas ; en 1811, Constant reçoit, pour masques et dominos, 628 francs ; en 1812^ voici deux dominos,un gris et un bleu,et, en i 813, un domino de levantine noire. Dans rinventaire de la garde-robe en 1814, se trouvent indiqués au total cinq dominos pour les bals.

Napoléon n'était point si empressé à se divertir que, même au bal masqué, il oubliât longtemps les affaires.

Parfois, au milieu d'une contredanse, il avisait un officier de son état-major et le faisait prévenir, par Duroc ou par Berthier, qu'il eût à venir le lendemain aux Tuileries. Il s'était souvenu que, depuis long-

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temps, il n'avait point de nouvelles précises de telle ou telle de ses armées et avait pensé que ce danseur lui ferait un bon rapport. Et le danseur partait le lendemain ; souvent il ne revenait point du tout , parce qu'il avait été tué, ou il revenait, comme le colonel Lejeune^ après avoir traversé toute TEspagne conmie prisonnier, avoir passé la mer, et s'être évadé des prisons anglaises.

D'autres fois^ c'était quelque grosse affaire diplomatique qui l'occupait ; il s'adressait à un ambassadeur ou même à une ambassadrice, l'emmenait en un salon écarté et, posant son masque, traitait à fond quelque question politique. En fait, et quoi-

qu'il pensât trouver à ces plaisirs mondains quelque délassement, l'activité de son esprit n'y rencontrait point sa pâture nécessaire et se lassait bientôt des cancans obligés.

Au moins cela était-il quelque chose pour son intelligence, pour sa malignité, pour certains travers de son caractère, mais les quadrilles qui n'étaient que pour les yeux l'amusaient moins encore. Pourtant il jugeait que cela était utile et il voulait qu'on en dansât.

On n'a point de trace des quadrilles qui furent dansés, en 1811, chez Marescalchi, mais il n'en est pas de même pour le petit bal donné, le mardi gras 26 février 1811, dans

les appartements de Tlmpératrice aux Tuileries. Marie-Louise étant dans le huitième mois de sa gros-sesse, il n*a pu être question d'un bal cohue où la Ville serait invitée.

Pourtant, rien qu'avec les gens de la Cour, il y aura de quoi remplir tout le rez-de-chaussée des Tuileries. On dansera dans la Salle à manger et dans la Galerie; le Saloa jaune sera ouvert d'abord ; puis, après les quadrilles exécutés, on ouvrira le Salon bleu et la Salle de billard afin qu'on puisse faire le tour des appartements. Les invités arriveront à neuf heures et demie. Ils pourront être masqués, mais alors ils.

se feront reconnaître dans le vestî-

bule au fourrier du Palais. Us pourront apporter leur domino et se masquer dans la pièce de Fentresol, où ils trouveront aussi des costume?

à choisir. Quant aux quadrilles, ilff seront dansés dans la Galerie à dix heures et demie quand l'Empereur et rimpératrice auront été prévenus :

mais Leurs Majestés entreront masquées dans le bal,eton se contentera d'avancer une chaise pour rimpératrice dans le lieu où elle voudra se placer. Après les quadrilles, on pourra circuler dans l'appartement et les orchestres joueront des danses. Le souper sera servi, vers les deux heures du matin ^ par tables de huit couverts, dans la

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Salle des Gardes et dans Tappartement de la Dame d'honneur. Tout est réglé : les détails de police, les précautions contre Tincendie, les mesures d'ordre pour les voitures, le nombre de plats pour les buffets, et la quantité de rafraîchissements qu'on boira. Les quadrilles peuvent faire leur entrée.

C'est Despréaux, le mari de la Guimard; qui a réglé le quadrille que mène la princesse Pauline : les douze signes du Zodiaque. Lefebvre, le bibliothécaire de l'Opéra, a composé une musique tout exprès et l'on a répété huit jours durant, sous la direction du sieur Joly violon répétiteur, et des sieurs Michel et Abraham,

professeur et prévôt de danse. Les hommes ont des costumes exquis :

Combre, costumier du Théâtre français, a composé, pour M. le comte de Noailles, un certain habit de 730 francs, composé d'une cuirasse, d'un manteau, d'un pantalon maillot avec tonnelet, ceinture et baudrier, qui est d'un goût tout à fait à part.

Marche, chef tailleur de TAcadémie impériale de Musique^ a eu pour M. de Talhouëtqui représente le mois de juin, pour H. de Bellissen qui est le mois de juillet, pour M. de Grammont — le mois de décembre,— pour H. Dumanoir — le mois de janvier^ — pour M. de Hontbreton — Bacchus, des inventions qui, pour classiques

qu'elles sont, n'en font pas moins bon effet . Ce sont des tuniques de couleurs variées avec des manteaux assortis et des bonnets phrygiens de soie claire. Il y a des accessoires en carton d'un prix modeste, mais que sont les costumes d'Hortense et de Pauline et des dames qui les accompagnent 1 Pourtant ce ballet n'a point laissé de grandes traces dans la mémoire des contemporains ; sans les papiers de comptes, on ne saurait qu'il a été dansé. Mais voici que le Roi de Rome est né : àl'occasion des fêtes données pour son baptême, Napoléon avait décidé d'abord que, le 16 juin, deux bals seraient donnés simultanément aux Tuileries, l'un dans la Salle des

Maréchaux, l'autre dans la Salle de Théâtre transformée en salle de bal.

Il devait y avoir, outre la Cour, deux mille personnes de la Ville invitées, et les bals seraient ouverts par des quadrilles exécutés par les dames et les officiers de la Cour. Après avoir approuvé ce programme le 14 avril, l'Empereur y renonça et remplaça cette fête populaire par un Banquet en grand couvert et une représentation de la Didon de Paër.

Hais il y revint sept mois plus tard, et tout ce qui a été fait jusqu'ici n'est rien près de ce qu'il prépare.

C'est dans la Salle du Théâtre des Tuileries que deuxbals seront donnés les 6 et 11 février 1812. Au moyen

d'une disposition spéciale et d*un décor ingénieux, la scène est transformée en une sorte de rotonde semblable à celle qui se trouve vis-à-vis, de telle façon que la salle forme un immense parallélogramme, à une extrémité duquel sont disposés, sur une estrade, des sièges pour l'Empereur, rimpératrice et les princes de la Famille, tandis que, à l'autre extrémité, est installé Torchestre.

Des deux côtés longs, quatre rangées de banquettes. L'éclairage, trouvé mesquin lors du banquet du 16 juin, est considérablement augmenté. Le grand foyer est transformé en buffet et Ton y recommande une prodigalité pareille à celle du bal de 1806.

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Mais, au contraire de ce qui s'est passé alors, il y a deux catégories très distinctes d'invités : une formée de gens qui danseront, l'autre de gens qui verront danser. Au bal, et pour danser, on invite toute la Cour, toutes les personnes présentées, les douze dames qui ont reçu l'Impératrice au bal de la Yille^ un certain nombre de demoiselles, filles ou sœurs de personnes présentées, un certain nombre d'auditeurs^ d'officiers de la Garde ou d'aides de camp, choisis parmi les jeunes dansant. Le tout forme de treize à quinze cents invitations et l'Empereur luimême revoit la liste : il y fait des corrections et adresse des observations

au Grand chambellan sur Tinconvenance d'inviter des demoiselles dont les mères ne seraient pas invitées, mais il n'a point Tidée de la suprême inconvenance qui consiste à faire venir huit à neuf cents personnes choi* sies parmi les premières classes de la Ville pour regarder danser la Cour. Ces huit à neuf cents personnes, eelles-là même qui appartiennent à la bourgeoisie éclairée^ opulente, partant d'autant plus désireuse d'égards, susceptible d'opposition, et vaniteuse de l'égalité qu'elle croit avoir conquise, entreront par le vestibule du Conseil d'Etat ; elles seront placées par des huissiers et des valets de chambre dans les premières,

les deuxièmes elles troisièmes loges ; elles ne pourront en sortir ni pour aller au buffet, ni pour entrer dans le bal. Seulement, on leur fera Taumône de quelques rafraîchissements qu'on leur portera. Point de souper pour elles. C'est purement à un spectacle qu'on les convie, un spectacle àla vérité que donnentles princesses, et l'Impératrice même.

Les invitations pour le bal portent dix heures pour tout le monde, dix heures et demie pour les princesses et les ministres, mais, exactement à dix heures et demie, Marie-Louise fait son entrée en costume de Cauchoise: jupe de velours raz nacarat, corset de velours bleu et de bou-

tonnade d'or^ garni d'un fichu et de manches en mousseline bordées de dentelles de Malines. Sur la jupe, un tablier en mousseline lamée d'or, garni de malines. Gomme coiffure, un bonnet cauchois en velours raz^ rouge, organdi et argent.

Pour bijoux, au cou, un collier en gros jaserand, avec plaque formant croix et poire; aux poignets, des bracelets en or émaillé ; aux oreilles, des boucles d'oreilles à poire, puis une grande chaîne, un anneau en argent doré auquel pend une médaille d'or émaillée ; aux souliers, des boucles en pierres fausses. Le costume a coûté 1764 francs 20 centimes, les bijoux 731 francs.

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A peine Marie-Louise est-elle assise aux côlés de FEmpereur, qui a simplement revêtu un domino de couleur, (il y en a cent soixante-etun à la disposition des invités ainsi que vingt costumes de caractère tous loués chez Babin), que la porte, du côté du foyer, s'ouvre à deux battants et Torchestre entame une sorte de marche guerrière. C'est le quadrille des princesses Caroline et Pauline qui fait son entrée : voici d'abord les douze divinités descendues des astres ; ce sont des étoiles ou des constellations, M. de Lencep écuyer, le comte de Rambuteau, chambellan, le baron de Saluées, écuyer, le comte de Monteynard, le

comte d'Hautpoul, officier d'ordonnance, M. Pallavicinî, auditeur au Conseil d'Etat^ le baron Duhamel de Prié, maître des cérémonies, le baron de Lambertye de Gerbevillers, écuyer, le comte de Clermont-Tonnerre, chambellan de la princesse Pauline, le comte de Chabrillan, officier d'ordonnance de TEmpereur, le comte de Montguyon, chambellan, le baron de Montbreton, écuyer de la princesse Pauline. Chacun a reçu pour l'occasion une graification de 6.000 francs et ces Etoiles dansent un pas avec leurs brillants costumes, un peu ridicules, car les tonnelets ne sont jamais pour avantager les dieux. Paraît Iris : c'est

M™« la comtesse Legrand, M"» Schérer, une mariée de 1811^ qui, avec ses dix-sept ans, est une des beautés les plus fraîches du monde impérial.

Ce qu'elle fait, le poète Dupaty, auteur du livret, le dit en vers :

Elle parcourt ces lieux d'une course légère Et, pour en éloigner les profanes mortels, Autour du bois sacré suspend son arc en ciel.

Cela est fort poétique^ mais point très facile à imaginer. Il n'y a point de bois sacré, car nul décor n'a été planté et Tare en ciel est simplement figuré par des voiles de gaze de diverses couleurs. Après le pas que danse Iris, entrée des Nymphes; elles s'échappent de « leurs grottes

humides » et viennent cueillir « les odorantes fleurs ». Elles sont fort jolies, ces nymphes : ce sont la comtessse Duchatel, la nouvelle duchesse de Castiglione , Mesdames de Colbert, de Brignole, de Laitre, la duchesse Dalberg et la comtesse de Montmorency ; mais, après elles, Zéphir vient en scène : il est charmant, tout blond, et Ton dirait que Thomme a été fait pour le rôle : c'est M. de Galz-Malvirade, ancien premier page, lieutenant sur le champ de bataille d'Austerlitz, capitaine au V Hussards et, depuis un an, officier d'ordonnance de l'Empereur.

11 poursuit les Nymphes^

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Les atteint, les enlace en leurs propres festons Forme autour de leurs bras une amoureuse chatne,

et finalement danse un pas avec elles.

... Rome paratt £t Tient sur les destins consulter les oracles.

Rome, c'est la princesse Pauline, merveilleusement belle sous un costume qui met en relief toutes ses beautés. Sa tête mignonne est coiffée d'un casque d'or bruni, couronné de <iuelques légères plumes d'autruche blanches ; sur sa tunique de mousseline de rinde à lames d'or, est posée une petite égide à écailles d'or,

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au centre de laquelle est fixé le plus grand des camées Borghèse. A ses bras nus, des bracelets d'or avec des camées; à ses pieds^ desbrodequins à bandes de pourpre brodées d'or, dont chaque croisement est arrêté par un camée. Elle tient à la main une demi-pîque dorée et, s'avançant ainsi dans la pleine lumière avec des mouvements d'une douceur et d'une grâce infinies, elle apparaît comme un être presque surnaturel, une divinité véritable au milieu de ces demi-dieux de pacotille. Egérie sort du milieu des nymphes : Egérie c'est la comtesse de Noailles, W^^ de Talleyrand, celle que, un moment, Napoléon a pensé faire épouser à

Eugène de Beauharnais, une des femmes le plus à la mode, hier au Faubourg Saint-Germain, à présent auxTuileries.^jérie présente à Rome un miroir où celle-ci aperçoit ses destins futurs. Rome^ rassurée, relève la tète : Torchestre attaque un air belliqueux, etPon voit apparaître le Génie de laVictoirej M. de Montmorency, le Génie du Commerce^ M. de Prié, le Géniede r Agriculture jM , LeClémentde Taintegnies, le Génie des Arts, M. de Montaigu ; ils annoncent la France qui est représentée par la reine de Naples. Caroline, vêtue d'une robe longue, blanche et or, que traverse un manteau de pourpre brodé d'or, coiffée d'un casque à grand panache,

est UD peu écrasée sous ce costume.

Sa taille n'a plus la sveltesse qu'a conservée la taille de Pauline. Un peu courte et épaisse déjà, elle est comme engoncée par son manteau.

La tète seule est demeurée charmante, d'une fraîcheur de fleur. Rome •et la France dansent ensemble un pas fort compliqué pour exprimet leur satisfaction pendant que les Nymphes et les Génies entourent Rome de leurs guirlandes de fleurs.

Ce n'est pas tout : la fête serait incomplète sans Apollon, le beau La Grange, qui s'avance en dansant,lyre en main, lauriers en tète, vêtu d'un maillot chair. Il est fort joli homme ;sans conteste, mais, ainsi costumé.

^vec ses yeux louchons et sa couronne mal assujettie sur des cheveux d'emprunt, il est franchement comique. Heureusement n'a-t-on guère le temps de Texaminer ; les Heures \% suivent, les vingt-quatre heures :

c'est, pour les Heures du jour, la comtesse de Bouille, la duchesse de Bassano, M"*® de Braacamp, la comtesse Andréossi , la comtesse Curial, M™® Mouton de Lobau, la comtesse Regnaud de Saint Jean d'Angely, la comtesse Daru, la comtesse de Ghabrillan, la comtesse Walther, M™« de Lambert et la comtesse de Montaigu. C'est, pour les Heures du soir, M°*' de Grillon, la baronne Le Pelletier d'Aulnay, lacom-

tesse de Beauharnais, la baronne Lepic, M"*<* de Broc, la comtesse de Crouy-Chanel, M"« de Ligneris, la baronne Foy, la baronne Anatole de Montesquieu, M™® de Chastenet, M'"^ de Laubépin et la comtesse de La Vieuville. Pour trouver ainsi vingt-quatre Heures à joindre à huit Nymphes^ il n'a point fallu être trop difficile sur la beauté, et, dans les Heures du soir en particulier, il s'en trouve quelques-unes qui sont d'âge respectable. Ainsi la comtesse de La Vieuville, Tancienne maîtresse de d'Antraigues^ dont le fils d'un premier lit, depuis belles années hors de page, fait dans ce même quadrille la huitième Etoile ; ainsi la

pauvre M™® de Crouy-Chanel qui représente Minuit et dont on dit :

« C'est Minuit passé ».

Les Heures dansent autour d'Apollon qui fait semblant de jouer de la lyre, tandis que, sur un signal de la France^ les Génies se sont élancés hors de la salle toujours en dansant.

Les Heures intéressées par la musique que semble faire Apollon^ musique toute consacrée à célébrer la gloire de l'Empereur , prêtent une attention à ce point soutenue qu'elles en oublient leurs pas :

Pour la première fois on les voit s'arrêter.

C'est qu'elles doivent prolonger ainsi, avec la vie de Napoléon, le

moment sublime de sa gloire. Autour d'elles, Zéphyr s'empresse et vient présenter des fleurs. Il oflFre à Rome riris etrimmortelle, en même temps que, revenus du séjour céleste, les Génies y messagers des dieux, apportent un manteau triomphal et une armure dont Rome est revêtue par les soins de la France. Avec une nonchalance adorable, la princesse Pauline [Rome) se laisse parer mais qu'est-ce encore que les Génies viennent de remettre à la France ?

C'est un portrait, le portrait d'un enfant, un nouveau né, qui a trouvé dans son berceau la couronne de Rome et, à genoux, Rome reçoit ce portrait tandis que \qs Nymphes^ les

Heures^ Egérie^ Iris^ Zéphyr^ les Génies , les Etoiles exécutent un ballabile final.

C'est un véritable ballet comme on voit et il n'est point inutile que M. Dupaty en ait, quoiqu'en vers assez obscurs, raconté le libretto, car on pourrait aisément s'y perdre.

Pour la richesse des costumes il est difficile d'aller plus loin, car chacun de ces costumes des Nymphes du Tibre^ en laine blanche brodée en or, avec deux rangs de frange d'or en point turc, et, au bas, une broderie de feuilles de chêne vert et or, coûte 800 francs. Chacune des princesses paye à Leroy environ 20.000 fr .

pour les costumes des dames et, pour

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leshommes,c'est TEmpereur qui leur donne à chacun 6000 francs de gratification. La dépense totale excède cent mille francs.

La reine de Naples et la princesse Pauline avaient eu leur quadrille, il fallait que la reine Hortense eût le sien : ce fut cinq jours après, le 11 février 1812, dans la même salle, qui avait reçu la même décoration, sauf qu'on avait supprimé Testrade et les fauteuils pour Leurs Majestés.

Marie-Louise en effet avait voulu, elle aussi, avoir, comme on disait, sa mascarade et avait ordonné à Garneray de lui dessiner toute une suite de costumes que Leroy exécuta. C'étaient toutes les provinces de TEm-

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pire que devaient symboliser les dames de la Cour : Marie-Louise s'était réservé pour elle-même le costtim« des femmes de Corfou, lequel n''esl point peu compliqué : sur une robe de dessous en satin blanc qu'accompagne une tunique de même étoffe, est jetée une (unique de satin vert h chef d'or, sur laquelle s'ajuste une robe brodée à colonne en or fin.

La taille est serrée dans une chemisette à manclicslongues, ceinturée de gaze d'or et traversée d'une écharpe de satin ponceau brodée d'or. Sur lu télé, une toque en satin ponceau et or que recouvre un voile de mousseline brodée. Coût : 2 800francs.

(il faut toujours penser, lorsqu'on

GP) LES QL.Ar'lULLES

parle (rtirgent, que, de 1811 à 1904, en quatre-vingt-treize ans, la valeur du signe monétaire a baissé en France déplus de moitié : ainsi^ pour prendre un exemple, dans Tannée 1812, la rente 5 % a été cotée au plus liau 1 83 francs 60 centimes et au plus bas 76 francs 50 centimes. Aujourd'hui, la rente 3 7o vaut en France en moyenne 98 francs. On avait donc alors 1 franc de revenu pour 16 francs de capital, tandis que Ton a aujourd'hui 1 franc de revenu pour 32 francs 66 centimes de capital).

La reine de Naples a choisi un costume dalmate avec robe de mousseline rayée d'or, pantalon de salin blanc rayé en vert, écharpe en satin

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lilas, voile de mousseline lamée d'or ; il coule 1.800 francs. La duchesse de Montebelloa un costume presque semblable à celui de Tlmpératrice, mais qui ne coûte que l.oOO francs.

M"* la comtesse de Montemart est en costume corse (782 francs), la comtesse de Lucay eu Bretonne (664 fr.), la duchesse de Bassano en Tyrolienne (550 francs) ; la duchesse de Rovigo en Landaise (630 francs), la princesse d'Ëckmiihl en Toscane (506 francs), et voici la comtesse Duchatel en Basquaise, M"*" de Mercy en Bordelaise, M'"^ de Talhouët en Maconnaise, la comtesse Philippe de ) Ségur en Strabourgeoise, la comtesse de Brignole en Hollandaise, la com-

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iesse Daru en Vosgienne, la comtesse deLauriston enMilanaise,la comtesse de Bouille en Piémontaise, la baronne de Mesgrigny en Béarnaise, la duchesse Dalberg en femme de Neucliâtel, et puis des costumes de la Lorraine, de la Flandre, de Gènes, de Naples, de Hambourg, de Dantzick, de la Provence, de la Savoie, des environs de Paris, pour 24.7u6 francs 20 centimes de costumes, que paie la cassette de Marie-Louise. Un des plus jolis est, à coup sûr, le costume polonais de la duchesse de Castiglione ; la jupe en satin blanc et or, avec le spencer en velours pensée garni de renard bleu et, sur la lête, une loque polonaise en veloiirs

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pensée rehaussé d'or, sur laquelle est appliqué un oiseau de Paradis. Il ne coûte que 1.054 francs ; c'est pour rien.

Mais si la mascarade de Marie- Louise est éclatante et superbe, elle n'est qu'une mascarade ; les dames qui en font partie dansent bien en exécutant leur Entrée particulière, mais ce n'est point ici un ballet figuré, tandis que le quadrille que mène la reine Hortense est une véritable pièce mimée.

La scène empruntée à Marmontel {Les Incas ; chapitre XVIl) se passe au Pérou, au moment de la conquête, en 1525, dans une île sauvage.

D'abord, arrivent des Péruviens

et des Péruviennes : les Péruviens sont Messieurs de Monlesquiou, de Bongars, de Flahaut, de Canouville,

de Bellissen, de Marmier, de Villeneuve, de Sainte Aulaire, Germain et PerregauK. Les Péruviennes, Mesdames de Monlesquiou, de Grammont, de Fezensaa de Graville, de

Villeneuve, de ^Maillé, de Rochefort, de Menou, de Broc, de Bellissen, d'Ambnigeac, M"° de Bourgoing, M"® Gaulheaiime, M""® Mollien, M™® Lctort et M'^*- Cochelet : seize Péruviennes pour dix Péruviens.

Tous sont masqués et les costunaes légers et courts sont du meilleur effet. Les femmes ont la jupe eD gaze rouge et bleue rayée d*or et d'argent, sur la poitrine un soleil, sur la tète un diadème en paillon et en plumes. Les hommes ont, sur un pantalon de tricot, une tunique eu gaze semblable aux jupes des danseuses et garnie de plumes, le même soleil et le même diadème. Chaque costume coûte 300 francs. Les

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danses réussissent aussi fort bie»

et d'autant mieux qu'elles ne sont qu'un ensenable, qu'elles sont gaies, claires,, vivantes, mais voici où ledrame commence : entre Alonzo^ officier castillan, — le comte d*Arjuzon — qui, séparé de l'armée de Pizarre, cherche son fils égaré comme lui. 11 se trouve au milieu des sauvages, qui Tentourent, le désarment, annoncent le projet de le faire périr et sortent pour aller prendre leurs arcs et leurs flèches, après l'avoir confié à leurs femmes qu'ils menacent de toute leur colère si elles le laissent s'échapper. Aussi, quoique Alonzo supplie les femmes de lui rendre sa liberté, elles ne

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cèdent point à ses prières et forment une danse guerrière autour de lui.

Arrive le fils d'Alonzo — c'est un jeune page de l'Empereur qui joue ce personnage et il le joue au mieux.

Il exprime sa terreur en voyant son père enchaîné ; il se précipite à seapieds ; il essaie d'attendrir les Péruviennes qui vont céder à ses larmes, lorsque les Péruviens reparaissent armés d'arcs et de flèches. Les femmes intercèdent vainement pour obtenir la grâce de l'Espagnol ; déjà,, les arcs sont tendus et les flèches encochées, lorsqu'une marche religieuse se fait entendre. C'est la reine de Tlle, grande prétresse du Soleil , la reine Hortense ; elle est

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